FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (OFAST) : pour FrĂ©dĂ©ric Ploquin, de Marseille Ă  Lille, certains quartiers semblent aujourd’hui hors de contrĂŽle

Pour Marc Fievet , c’est de Dunkerque Ă  Bordeaux, d’Algeciras Ă  Rotterdam, d’Anvers au PirĂ©e, d’Hambourg Ă  Lisbonne, du Havre Ă  Naples et Gioia Tauro, de Saint Nazaire Ă  Marseille et de Gdansk Ă  Cagliari par le seul fait que nos frontiĂšres europĂ©ennes sont, comme les frontiĂšres françaises des passoires et que nos Ă©lites dirigeantes n’ont pas encore rĂ©alisĂ© ce fait.

Mais le souhaitent-elles ? 

Mais OUI, on a FRONTEX savent-elles s’exclamer… et pourtant !

FRONTEX est sur le point de devenir la plus grosse agence de l’Union europĂ©enne dotĂ©e du budget le plus important.

Frontex est, depuis sa crĂ©ation en 2004, chargĂ©e de veiller sur les frontiĂšres extĂ©rieures de l’Union. En quelques annĂ©es elle n’a cessĂ© de prendre de l’ampleur, pour atteindre quelque 10 000 hommes en 2027 (contre Ă  peine 750 il y a deux ans) tandis que son budget s’envole : de 19 millions d’euros en 2006, il devrait atteindre quelque 900 millions d’euros par an sur la pĂ©riode 2021- 2027. L’argent du contribuable europĂ©en est-il utilisĂ© Ă  bon escient ? La Cour des comptes de l’Union europĂ©enne vient de remettre son audit. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est guĂšre tendre envers l’agence.

Inefficace, tel est le terme le plus diplomatique pour qualifier la gardienne des frontiĂšres de l’Union.

Inefficace dans ses missions actuelles et sans doute incompĂ©tente, tacle le rapport, pour assumer efficacement son nouveau mandat. Car outre la surveillance et la sĂ©curisation des frontiĂšres, Frontex doit aussi venir en appui des États pour contrer le trafic de migrants, la traite des ĂȘtres humains, traquer le crime transfrontalier et passer d’un rĂŽle de coordination Ă  un rĂŽle opĂ©rationnel, en premiĂšre ligne sur le terrain. Mais c’est sans doute un trop gros morceau, estime le rapporteur LĂ©o Brincat. L’agence a en fait grandi trop vite, sous la pression politique en 2015 face au dĂ©fi migratoire, et n’a cessĂ© depuis lors de se voir confier de plus en plus de missions. Des missions fustige le rapport qui n’ont jamais fait l’objet d’Ă©tude d’impact ou de rĂ©el contrĂŽle. Frontex s’est montrĂ©e plus habile pour dĂ©crire son travail que pour l’Ă©valuer, ironise le rapporteur. Difficile mĂȘme, expliquent les auteurs du rapport de connaĂźtre le coĂ»t rĂ©el des opĂ©rations conjointes que ne fournit pas Frontex. Une agence de garde-frontiĂšres incapable mĂȘme de rĂ©pertorier et d’analyser les franchissements illĂ©gaux.

 Un véritable réquisitoire

Frontex n’est pas seule responsable de ces lacunes. Le Conseil europĂ©en et la Commission ne sont pas exempts de reproches, eux qui ont alourdi sa tĂąche sans mĂȘme Ă©valuer ses capacitĂ©s. Les États membres sont Ă©galement dans le viseur pour leur manque de coopĂ©ration. Ainsi, pour analyser la vulnĂ©rabilitĂ© des frontiĂšres ou l’immigration illĂ©gale et faire ses recommandations, l’agence manque de donnĂ©es tout simplement parce que nombre de pays les gardent jalousement pour eux pour des raisons de sĂ©curitĂ© nationale ou ne donnent que des bribes d’informations. RĂ©sultat Frontex a en sa possession des donnĂ©es qui ne sont ni exhaustives, ni harmonisĂ©es d’un État Ă  l’autre, ni actualisĂ©es. On pourrait rĂȘver mieux pour gĂ©rer les frontiĂšres. Quant Ă  sa mission de lutte contre les crimes transfrontaliers, aucun cadre d’action n’a mĂȘme Ă©tĂ© dĂ©fini. L’agence manque aussi de ressources humaines pour remplir son mandat : elle devrait recruter des profils de criminologues par exemple. Frontex prend acte et se dit consciente que des amĂ©liorations sont nĂ©cessaires, mais la tempĂȘte risque de continuer Ă  souffler. L’Office europĂ©en de lutte anti-fraude travaille en effet de son cĂŽtĂ© sur des soupçons de mauvaise gestion. Et la Cour prĂ©pare un nouveau rapport pour la rentrĂ©e, sur un sujet encore plus sensible : les refoulements illĂ©gaux. Frontex est accusĂ©e d’avoir renvoyĂ© des migrants en mer et fait d’ailleurs l’objet de plusieurs enquĂȘtes Ă  ce sujet. On ne parlera plus alors d’incompĂ©tence mais d’actions potentiellement criminelles.

sourceFrĂ©dĂ©ric Ploquin, journaliste et auteur de documentaires, est un spĂ©cialiste reconnu de l’histoire et des enjeux du trafic de stupĂ©fiants en France. Fort de trente ans d’exploration des milieux policier et criminel, il nous raconte comment et pourquoi, de Marseille Ă  Lille, certains quartiers semblent aujourd’hui hors de contrĂŽle.

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