FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (DNRED) : retour sur une opĂ©ration de 10 tonnes de coke

L’opĂ©ration n’est dĂ©clenchĂ©e que le 7 fĂ©vrier 1994

InstallĂ© Ă  MontrĂ©al, Mario (Claudio Locatelli) est rĂ©guliĂšrement informĂ© de la manƓuvre par radio. Son compĂšre Carlos Hernandez-Rembeault est aussi Ă  MontrĂ©al et nĂ©gocie l’enlĂšvement qui suivra cette premiĂšre opĂ©ration. Il tombe d’accord sur dix tonnes de cocaĂŻne qui seront transbordĂ©es sur le Pacifico qui a dĂ©jĂ  retenu du fret au dĂ©part de Philadelphie pour le Liban. Il est prĂ©vu qu’au passage en MĂ©diterranĂ©e, au sud de la Sardaigne ; le Sea Harmony rĂ©cupĂ©rera la marchandise avant de la dĂ©charger sur Propiano en Corse. Mais, pour l’heure, nous n’en somme qu’au dĂ©but des opĂ©rations et je suis chargĂ© de superviser la partie technique du parachutage par tĂ©lĂ©phone depuis l’Espagne. AvisĂ© de condition mĂ©tĂ©o dĂ©testables je dĂ©cide d’interrompre l’opĂ©ration et j’interdis au pilote d’un avion-cargo un dernier largage de trois tonnes. J’estime que l’état de la mer que l’on me dĂ©crit ne permettrait plus de rĂ©cupĂ©rer la marchandise.

le MY Sea Harmony

Voilà que les trafiquants se mettent au marketing


Au total, ce ne sont donc finalement que cinq tonnes quatre cents de coke – et non huit comme prĂ©vu – qui seront rĂ©cupĂ©rĂ©es par l’équipage et cingleront vers le Canada, ce qui constitue tout de mĂȘme un record. Autre grande premiĂšre dans le monde du commerce illicite : non seulement les ballots de drogue sont livrĂ©s en mĂȘme temps par plusieurs fournisseurs, mais la marchandise est Ă©galement destinĂ©e Ă  deux clients diffĂ©rents : Carlos Hernandez-Rembeault, et les Colombiens Bipe et Cardel.

Alors que le Pacifico approche de la Nouvelle-Écosse au Canada, les ballots de cocaĂŻne reliĂ©s entre eux par un cordage sont jetĂ©s Ă  la mer. Ils sont rĂ©cupĂ©rĂ©s par un bateau de pĂȘche, le Lady Terri Anne qui met aussitĂŽt le cap sur le port de Shelburn. À peine arrivĂ© Ă  quai, le bateau est laissĂ© au seul contrĂŽle d’un homme d’équipage et ne sera envahi par une cohorte de policiers que plusieurs heures plus tard. La drogue est rapidement dĂ©couverte et les responsables de la Gendarmerie Royale clament sur toutes les ondes : « C’est la plus grosse saisie jamais rĂ©alisĂ©e Ă  ce jour dans le monde. Â»

Le lendemain, les gendarmes de la GRC sont glorifiĂ©s dans tous les journaux. La saisie du siĂšcle est Ă  la « une Â» de tous les quotidiens.

Dans le mĂȘme temps, suite aux informations donnĂ©es par Raymond Leblanc au gendarme Fournier, le Pacifico est arraisonnĂ© en haute mer et dirigĂ© vers Halifax. Des enquĂȘteurs hĂ©litreuillĂ©s fouillent le bord, ne trouvent bien sĂ»r plus de drogue, mais se rĂ©galent avec des tĂ©lex dont ils attribuent l’origine au propriĂ©taire supposĂ© du navire : c’est-Ă -dire moi.

La situation devient parfaitement ubuesque: alors qu’ils devraient me remercier, et m’offrir le champagne pour la formidable saisie record que je viens de leur servir sur un plateau, les Canadiens me condamnent!

Pourtant Ă  l’origine de toutes ces opĂ©rations, les douaniers de la DNRED de Nantes ont permis Ă  d’autres services d’intervenir, par incompĂ©tence, nĂ©gligence, ou sottise, se privant de jolis succĂšs et me plaçant dans une situation Ă©pouvantable. Je vais payer leur mollesse trĂšs cher. Et je la paye toujours.

En effet, dĂšs le 7 fĂ©vrier, sans mĂȘme consulter les douanes françaises, les Anglais et les Canadiens font Ă©tablir un mandat d’arrĂȘt contre moi et contre Mario, m’imputant une conspiration depuis 1991, alors que je n’ai jamais mis les pieds au Canada.

Mon officier traitant de Nantes ne réagit pas

C’est David May le reprĂ©sentant Ă  Paris de la DEA, la Drug Enforcement Administration, qui monte Ă  Londres fin mars pour prendre ma dĂ©fense et demander aux douaniers anglais de suspendre les poursuites contre moi.

En revanche, mes employeurs français, eux, ne semblent absolument pas concernĂ©s par ce qui arrive et se soucient comme d’une guigne du mandat lancĂ© contre moi. Bien au contraire, je rencontre bientĂŽt le nouveau directeur de la DNRED, Bernard PouyannĂ©, en compagnie de Christian Gatard dans une brasserie de la place de la Bastille et il me promet une prime de trois millions de francs si je rĂ©ussis Ă  faire charger le Sea Harmony toujours en rĂ©fection Ă  Saint-Martin.

Afin que je puisse continuer Ă  coopĂ©rer et Ă  voyager, j’utilise mon passeport Ă©tabli au nom de Charles-Henri de Bossieu et le divisionnaire HervĂ© Maignier, d’un aller retour Ă  Jersey, s’est assurĂ© que la photo y figurant est suffisamment sombre pour qu’on ne puisse pas comparer avec celle fournie par les Anglais pour le mandat d’arrĂȘt. Me voilĂ  tout Ă  fait rassuré Plus mĂȘme, HervĂ©, lors de son dĂ©placement Ă  Jersey pour sĂ©curiser cette identitĂ©, a dĂ©sinformĂ© les services de Jersey et tĂ©lĂ©phone aussi dĂšs son retour Ă  Nantes aux services anglais pour tenter d’obtenir des informations sur un certain Mark Van de Velde, une des identitĂ©s que j’ai utilisĂ©e pour l’opĂ©ration contre l’IRA. La rĂ©ponse des Anglais est formelle, Van de Velde est inconnu par les services de sa trĂšs gracieuse majestĂ©! Par hasard, je rĂ©ussis Ă  faire dire Ă  Jo Le Squere que les numĂ©ros de tĂ©lex relevĂ©s sur les factures de Marconi remises Ă  Jean Paul Garcia Ă  Madrid, ont permis de savoir que mon navire, le Melor, alors qu’il Ă©tait chargĂ© de plus de trente tonnes de cannabis afghan, Ă©tait en communication avec un tĂ©lex sur liste rouge dans le dĂ©partement du Var en France et avec une grande banque amĂ©ricaine de New York. Je ne pourrais pas obtenir le nom et l’adresse de ces correspondants ! C’est vrai, je ne suis qu’une merde d’infiltrĂ©!

Par ailleurs, une rĂ©union est organisĂ©e par Christian Gatard et HervĂ© Maignier dans un hĂŽtel du XVe arrondissement avec un agent du TRACFIN, service rattachĂ© au ministĂšre des Finances chargĂ© du traitement du renseignement et de l’action contre les circuits financiers clandestins. C’est Ă©videmment de l’ouverture de ma banque Ă  Zagreb que je dois l’entretenir. Je m’aperçois trĂšs vite que cet agent est Ă  mille lieux des rĂ©alitĂ©s. FicelĂ© Ă  ses certitudes, et Ă  sa culture livresque, il ne me croit pas et prĂ©fĂšre s’en tenir Ă  ses dossiers. La fin de la rĂ©union sera marquĂ©e par une dĂ©monstration Ă©loquente de l’attitude de nos chers fonctionnaires qui ne pensent avant tout qu’à leur petite carriĂšre. J’osais suggĂ©rer Ă  l’homme du TRACFIN de dĂ©missionner puisqu’il reconnaissait ne pas pouvoir agir efficacement; il s’exclama en se dressant debout: Certainement pas! L’humour n’est pas particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© par ces fonctionnaires de Bercy. Ils se la pĂštent vraiment un max!1Christian Gatard me laissera un billet de 500 F pour participer au frais de la location de la chambre d’hĂŽtel qui a servi de salle de rĂ©union, le reste de la facture restant naturellement Ă  ma charge… Ça fait plus de 21 mois que la DNRED ne m’a pas donnĂ© un sou ! Brusquement trĂšs demandĂ©, je parviens pourtant Ă  caler un rendez-vous avec mon dĂ©fenseur David May Ă  l’ambassade des États-Unis Ă  Paris. Son homologue du bureau de Rome fait le dĂ©placement pour me rencontrer Ă  cette occasion et les deux hommes me prient d’effectuer pour eux une sĂ©rie de photos du Sea Harmony. Le mĂȘme jour, Ă  la demande d’HervĂ© Maignier, je rĂ©vĂšle aussi l’exact rĂŽle du juge Domenico Catenacci Ă  l’attachĂ© de la police italienne Ă  Paris. Puis je prends l’avion pour Saint-Martin via Pointe-Ă -Pitre.

A mon retour je remets les photos du Sea Harmony Ă  David May qui me donne chichement dix mille dollars en deux fois aprĂšs m’avoir fait signer un reçu de caisse pour une mission officielle parfaitement bidon au nom de Marc FiĂ©vet alors que j’étais entrĂ© sous l’escorte de Jo Le Squere et HervĂ© Maignier Ă  l’Ambassade amĂ©ricaine avec mon identitĂ© de Charles Henri De Bossieu. C’est la premiĂšre participation Ă  mes frais que je touche depuis plus de 20 mois…Ce sera la seule! Dix mille dollars en vingt mois… puisque la derniĂšre fois que Christian Gatard m’a donnĂ© de l’argent, c’est en septembre 1992 alors que j’étais Ă  Saint Vincent dans les CaraĂŻbes. Vingt mois durant lesquelles l’ensemble de la hiĂ©rarchie douaniĂšre se fĂ©licitait que je ne coĂ»tais rien au service! Je crois que le record de la pingrerie administrative a Ă©tĂ© atteint!

Le 8 juin 1994, une nouvelle rĂ©union au sommet se tient dans une villa du Pornic, sur la cĂŽte bretonne, au nord de Nantes. Christian Gatard ne vient pas, je le vois de moins en moins. Ce sont Jo Le Squere et HervĂ© Maignier qui nous reçoivent David May et moi. D’emblĂ©e mon dĂ©fenseur amĂ©ricain m’informe:

-Ce matin, Ă  Tampa, en Floride, il y a quelque heures, dans nos bureaux, installĂ©s au DĂ©partement de la Justice, nos agents de la DEA ont transmis tous les renseignements que vous nous avez fournis sous le nom de code NS55 au gendarme Michel Fournier, reprĂ©sentant de la Bathurst Drug Section de la Police MontĂ©e canadienne. Ces renseignements portent essentiellement sur l’organisation mafieuse de Mario, Claudio Locatelli de son vrai nom et sur ses trafics de drogue. La liste des numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone qu’il utilise nous a Ă©tĂ© prĂ©cieuse. Merci.

Une fois de plus je me tourne vers Jo Le Squere:

-Mais pourquoi nous n’arrĂȘtons pas Mario tout de suite ? Pourquoi laisser les Canadiens prendre ça en main ? Vous voulez que je lui passe les menottes moi-mĂȘme ?

David May, l’homme du DEA Paris s’énerve:

-Mario, on l’arrĂȘtera quand on voudra. C’est nous qui dĂ©cidons.

Le divisionnaire Hervé Maignier de la DNRED renchérit:

-Le cas Ă©chĂ©ant, si c’était utile dans l’intĂ©rĂȘt du service, est ce que tu serais prĂȘt Ă  le descendre?

-T’es cinglé Mais t’es complĂštement ravagĂ© ! C’est hors de question


Cette simple idĂ©e me donne envie de vomir. Je suis outrĂ© que l’on ose seulement envisager cette hypothĂšse, mais pour HervĂ©, il imagine cette option comme tant d’autres ! J’ai hĂąte de quitter les lieux et de me rendre Ă  Marseille oĂč j’ai rendez-vous avec Pino et Lucien. Je dois leur confirmer qu’aprĂšs tous ces dĂ©boires leurs dix tonnes de drogue seront bien livrĂ©es par le Sea Harmony. Quand et comment, je ne sais pas encore mais je promets ! Pour garantir ma sĂ©curitĂ©, aucune couverture par les services qui ne me couvrira donc pas… DĂ©jĂ  que David May m’avait dit qu’il n’était pas envisageable de prĂ©venir les Espagnols de mon infiltration, ne pas me suivre dans ces prises de contact n’était qu’une anomalie supplĂ©mentaire.

AprĂšs un bon repas dans un restaurant au pied du chĂąteau d’Anne de Bretagne Ă  Nantes, j’appelle Mario Ă  partir du tĂ©lĂ©phone portable de l’agent DEA de Rome, qui m’informe avoir Ă©tĂ© en contact le jour mĂȘme avec un Gilberto, un des frĂšres Rodriguez Orejuela….Gros poisson, puisque c’est lui le successeur de Pablo Escobar ! Les mecs du DEA sont satisfaits !

En AoĂ»t, lors du repas que nous prenons ensemble Ă  Marseille, Pino me demande pourquoi je persĂ©vĂšre alors que mes bateaux sont systĂ©matiquement arrĂȘtĂ©s. Il s’étonne me disant: 

-Mais enfin, avec l’argent que vous avez gagnĂ© avec Mario, tu pourrais te mettre au vert ! 

©PHOTOPQR/LE PARISIEN/DELPHINE GOLDSZTEJN – LE 15/05/2009 – Un an d’emprisonnement avec sursis a Ă©tĂ© requis ce matin contre Charles Pasqua, juge en appel a Paris dans l’affaire de financement Ă©lectoral illĂ©gal liĂ©e a la revente du casino d’Annemasse (Haute-Savoie) ARCHIVES Charles Pasqua, sĂ©nateur (app. UMP) des Hauts-de-Seine, ancien ministre de l’IntĂ©rieur, lors d’une interview le 14 mars 2007 au SĂ©nat a Paris (VIe).

Comment lui dire que je n’ai pas un sou ! Il me prendrait pour le dernier des imbĂ©ciles. Je me tais ! Cette formalitĂ© accomplie je retourne sur la Costa del Sol, mais je repense, sans cesse, Ă  notre derniĂšre conversation dans le bureau de Christian Ă  Nantes. J’ai dit Ă  Jo Le Squere que j’irai jusqu’au bout et que je mettrais Pasqua au placard. David May est restĂ© interloquĂ© et sa suprĂȘme laideur, dont il use pour provoquer ses interlocuteurs par des manƓuvres dĂ©stabilisatrices, ne me permettra pas de constater la moindre rĂ©action…Mais, les gens du DEA connaissent bien les rĂ©seaux de Monsieur Pasqua. Les derniĂšres informations recueillies Ă  Marseille m’ont encore confortĂ© dans ma position jusqu’au-boutiste ! Ce type qui est ministre de l’intĂ©rieur et qui vient, fort de sa position de ministre des cultes, de rencontrer Monseigneur Tauran, le ministre français des affaires Ă©trangĂšres du Vatican, le N° 3 du Pape, pour « s’occuper Â» de Jacques Gaillot, cet Ă©vĂȘque impudent par les propos tenus dans son livre Coup de gueule contre l’exclusion contre lui, Charles Pasqua, le tout puissant magouilleur de la VĂšme rĂ©publique, ne mĂ©rite absolument pas la moindre rĂ©serve dans mon action. Bon d’accord, avec Jacques Gaillot, il ne va pas mobiliser l’arriĂšre garde du SAC et refaire un « Auriol bis Â», mais sa position dominante de ministre va lui permettre d’obtenir la tĂȘte de Jacques Gaillot.

Ah, le terrible Monsieur Pasqua comme aimait à le dire François Mitterrand!

La DNRED connaĂźt tout ça, et mĂȘme plus, comme sur la nĂ©buleuse Tranchant, oui, oui, Georges Tranchant, l’ex dĂ©putĂ© RPR, Ă  qui d’ailleurs des douaniers, Ă©garĂ©s sans doute, piquĂšrent un gros paquet de biffetons en partance pour la Suisse… Affaire qui fut classĂ©e par Jean Henri Hoguet lui-mĂȘme! La DNRED connaĂźt aussi Benjamin, l’un des fils qui faisait de la trĂ©sorerie avec de la coke sans le savoir…

Discret, prudent, rĂ©servĂ©, voire effacĂ© jusqu’à l’insignifiance, telles sont les qualitĂ©s indispensables du fonctionnaire de base

Mais tout ça ne doit pas ĂȘtre rĂ©vĂ©lĂ© au grand public et nos gabelous sont d’une discrĂ©tion Ă  toute Ă©preuve! Ah mon bon monsieur, au Bourget, ils savent quand il le faut s’absenter ! Surtout ne pas dĂ©couvrir quelques turpitudes commises par nos puissants! Pour un fonctionnaire, cela correspondrait Ă  coup sĂ»r Ă  un arrĂȘt de mort pour le moins dans sa trajectoire professionnelle s’il persistait dans le constat de tels mĂ©faits… Pour souvenir, ce gabelou qui fut durement sanctionnĂ© pour avoir osĂ© constater qu’une intellectuelle qui accompagnait un prĂ©sident de la RĂ©publique avait profitĂ© de son voyage pour s’approvisionner en poudre colombienne…

1 Se la pĂ©ter : Se prendre trĂšs au sĂ©rieux

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