
L’affaire Marc FiĂ©vet n’est pas un cas isolĂ©. Ă€ partir des annĂ©es 1990, la DNRED (Direction nationale du renseignement et des enquĂŞtes douanières) a opĂ©rĂ© une vĂ©ritable « rĂ©volution culturelle » axĂ©e sur la course aux chiffres et l’utilisation massive d’aviseurs. Cette stratĂ©gie a gĂ©nĂ©rĂ© des saisies records, mais a Ă©galement conduit Ă des dĂ©rives systĂ©miques majeures oĂą la frontière entre la lĂ©galitĂ© et le complicitĂ© de trafic s’est parfois estompĂ©e. [1]
Plusieurs autres affaires emblématiques mettent en lumière ces pratiques :

1. L’affaire du cargo Melor (1993)
MentionnĂ© brièvement par Marc FiĂ©vet lui-mĂŞme, le cargo Melor est au cĹ“ur d’une autre opĂ©ration trouble menĂ©e par la DNRED Ă la mĂŞme pĂ©riode. En 1993, ce navire a transportĂ© plus de 30 tonnes de cannabis afghan sous la supervision des douanes françaises. L’objectif officiel Ă©tait de mener une livraison surveillĂ©e pour identifier les rĂ©seaux de distribution en Europe. Cependant, l’opĂ©ration a mis en lumière l’opacitĂ© des canaux de communication de la DNRED (notamment via des lignes sur liste rouge dans le Var) et l’incapacitĂ© — ou le refus — des autoritĂ©s de remonter jusqu’aux vĂ©ritables donneurs d’ordres financiers et aux banques complices.
2. L’affaire Zoran Petrovic et les dĂ©rives de la DOD
Bien que le procès ait eu lieu plus tard (le jugement a été rendu en septembre 2022 par le tribunal correctionnel de Paris), cette affaire plonge ses racines directes dans les méthodes héritées des années 1990 et 2000. [1]
- Le mécanisme : Plusieurs anciens hauts responsables de la DNRED et de sa branche opérationnelle, la DOD (Direction des opérations douanières), ont été jugés pour avoir fermé les yeux sur le trafic massif orchestré par leur aviseur vedette, le Serbe Zoran Petrovic. [1]
- La dĂ©rive : Pour obtenir des saisies spectaculaires de marchandises (notamment de cigarettes et de stupĂ©fiants) et gonfler artificiellement leurs statistiques de rĂ©ussite, les douaniers laissaient l’informateur importer lĂ©galement d’immenses cargaisons tout en n’en saisissant qu’une partie. Les cadres de l’Ă©poque, dont Pascal Schmidt, ont Ă©tĂ© condamnĂ©s pour avoir agi en dehors de tout cadre lĂ©gal. [1]
3. Le scandale de la saisie du Havre et l’affaire du cafĂ© (2015)
Cette affaire a provoquĂ© un sĂ©isme institutionnel, entraĂ®nant le limogeage du patron de la DNRED de l’Ă©poque, Jean-Paul Garcia (qui avait Ă©tĂ© l’attachĂ© des douanes en poste Ă Madrid lors de l’affaire FiĂ©vet). [1]
- Les faits : Les douanes avaient mis en scène une saisie spectaculaire de 43 tonnes de café de contrebande dans le port du Havre.
- La manipulation : L’enquĂŞte judiciaire a rĂ©vĂ©lĂ© que la marchandise avait en rĂ©alitĂ© Ă©tĂ© entièrement achetĂ©e, importĂ©e et acheminĂ©e par les douanes elles-mĂŞmes, par l’intermĂ©diaire d’un indicateur grassement rĂ©munĂ©rĂ©. L’opĂ©ration n’avait pour but que de crĂ©er une fausse saisie pour valoriser le service, illustrant la persistance des pratiques d’incitation Ă l’infraction. [1, 2]
Une culture du résultat qui a forcé la réforme
Ces dĂ©rives Ă rĂ©pĂ©tition reposaient toutes sur le mĂŞme triptyque : la recherche effrĂ©nĂ©e de la saisie record, l’autonomie excessive des services d’enquĂŞte par rapport aux magistrats, et le recours Ă des indics-trafiquants intouchables. C’est prĂ©cisĂ©ment l’accumulation de ces scandales qui a poussĂ© le lĂ©gislateur Ă cadenasser les pratiques de la DNRED, menant Ă la refonte globale de leur statut. [1]
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