FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (OFAST) : confinement et trafic de stupĂ©fiants

J’avais prĂ©vu d’intervenir dans ce dĂ©bat! Je m’Ă©tais arrangĂ© pour m’arrĂȘter dans un parking avec une bonne couverture 4G et je me suis connectĂ© avec le serveur dĂ©diĂ©…

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C’est vrai que la lutte anti-stups n’est qu’affaire d’experts dĂ©signĂ©s !

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À quoi ressemblera le « monde d’aprĂšs » du trafic de stupĂ©fiants ? ConfĂ©rence sur l’Ă©volution de la dĂ©linquance liĂ©e aux drogues en temps de confinement, avec StĂ©phanie Cherbonnier (Police nationale) et Thierry ColombiĂ© (expert).

Le Rendez-vous de la recherche en visioconfĂ©rence avait pour objectif de prĂ©senter les consĂ©quences de la crise sanitaire sur le trafic de stupĂ©fiants et sur l’activitĂ© des services de police.

Pour traiter ce sujet, l’Institut a conviĂ© StĂ©phanie Cherbonnier, contrĂŽleuse gĂ©nĂ©rale de la Police nationale et cheffe de l’office anti-stupĂ©fiants (OFAST), et Thierry ColombiĂ©, Ă©conomiste, spĂ©cialiste du crime organisĂ©.La sĂ©ance a Ă©tĂ© animĂ©e par Christophe Soullez, chef de l’Observatoire national de la dĂ©linquance et des rĂ©ponses pĂ©nales (ONDRP). Ce rĂ©sumĂ© a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© par Juliette Papon, Ă©tudiante du Master 2 Droit et stratĂ©gies de la sĂ©curitĂ© de l’UniversitĂ© Paris II PanthĂ©on-Assas (association A2S).

La  crise sanitaire du Coronavirus et la période de confinement de la  population qui été décidée par le gouvernement ont, au moins durant un  temps, considérablement bouleversé le paysage criminel.

Fermeture des frontiĂšres, attestations de sorties, multiplication des contrĂŽles, baisse de la demande et de l’offre… la situation a modifiĂ© les pratiques des trafiquants et des consommateurs, ainsi que la nature des crimes et dĂ©lits enregistrĂ©s depuis deux mois.

MalgrĂ© une chute estimĂ©e entre 30% et 40% pendant le confinement, le trafic et la revente de produits  stupĂ©fiants ont connu des Ă©volutions remarquables et le marchĂ© s’est immĂ©diatement restructurĂ© – parvenant Ă  assurer les 60 % restant.

De la mĂȘme maniĂšre, les services de lutte contre le trafic de stupĂ©fiants, et notamment les services spĂ©cialisĂ©s de la police  judiciaire, ont du s’adapter Ă  cette nouvelle configuration.

Quelles sont les conséquences de ces crises sur ces organisations et sur les services de police, à court et long terme ?

On en parle « chez vous », avec deux spĂ©cialistes du sujet, le mardi 16 juin de 18h Ă  20h.

AccĂšs libre via l’application Zoom.

Contexte

La crise sanitaire du Coronavirus et la pĂ©riode de confinement de la population ont considĂ©rablement bouleversĂ© le paysage criminel. La fermeture des frontiĂšres, les attestations de sorties, la multiplication des contrĂŽles ou encore la baisse de la demande et de l’offre, ont modifiĂ© les pratiques des trafiquants et des consommateurs, ainsi que la nature des crimes et dĂ©lits enregistrĂ©s sur ces deux mois.

Intervention de Stéphanie Cherbonnier

Durant le confinement, quatre phases ont Ă©tĂ© observĂ©es.Tout d’abord, la premiĂšre phase est la dĂ©sorganisation des trafics avec une rupture quasiment immĂ©diate des approvisionnements. Le vecteur routier est le principal vecteur d’approvisionnement de cannabis en France depuis le Maroc et l’Espagne (90 % du cannabis est importĂ© par la voie routiĂšre). Pour la cocaĂŻne, l’arrĂȘt progressif du trafic aĂ©rien (fermeture de l’aĂ©roport d’orly) a coupĂ© la voie d’approvisionnement par le systĂšme des passeurs (communĂ©ment appelĂ©s «mĂ»les»), depuis la Guyane notamment. Cependant, certains distributeurs/consommateurs avaient anticipĂ© la crise, on a donc vu se former, avant le confinement, des files d’attente devant les points d’approvisionnement. Une vĂ©ritable stratĂ©gie d’entrave a Ă©tĂ© mise en place par les forces de sĂ©curitĂ© (police/douane/gendarmerie), de maniĂšre Ă  limiter l’arrivĂ©e de produits sur le territoire. Durant le confinement on a observĂ© un mouvement de ralentissement global du trafic de l’ordre de 30%. Toutefois, la fermeture des frontiĂšres n’a pas totalement empĂȘchĂ© la poursuite, Ă  moindre mesure, de l’approvisionnement des marchandises.

Ensuite les trafiquants se sont adaptĂ©s aux nouvelles contraintes et ils ont mis en place une stratĂ©gie de contournement. Nous avons constatĂ© un recours important aux rĂ©seaux sociaux (Snapchat, WhatsApp) pour des commandes, via un systĂšme de drive ou de livraison Ă  domicile. Nous avons parlĂ© d’«ubĂ©risation» du trafic. Des saisies importantesde stupĂ©fiants ont Ă©tĂ© observĂ©es pendant le confinement avec le dĂ©veloppement de la culture «indoor» . Pendant longtemps, cette culture Ă©tait plutĂŽt cantonnĂ©e Ă  l’Outre-Mer et depuis quelques annĂ©es, on assiste une augmentation forte de ces cultures en mĂ©tropole. Les saisies rĂ©alisĂ©es ces derniĂšres annĂ©es portent sur de nombreux plants de cannabis, pouvant aller de 500 Ă  1000 pieds. On parle de Cannabis Factory (industrialisation du phĂ©nomĂšne). Le matĂ©riel est parfois acquis sur le darknet et de grands moyens logistiques sont dĂ©ployĂ©s pour produire. Les techniques utilisĂ©es sont celles d’organisations criminelles, leur production gĂ©nĂšre des profits colossaux.La troisiĂšme phase est celle de la pĂ©nurie, effectivement, nous Ă©tions en flux tendu puisque le stock de produits permettait de tenir environs une dizaine de jours, au-delĂ  la pĂ©nurie Ă©tait assez inĂ©luctable. On estime une augmentation de la violence de l’ordre de 20%, rĂ©sultant des conquĂȘtes et reconquĂȘtes de territoires notamment dans de nombreuses villes de province (Rennes, Strasbourg ou Bordeaux) et une augmentation de 40 Ă  60% des prix, tous produits confondus. L’augmentation des prix a Ă©tĂ© moins observĂ©e dans les rĂ©gions frontaliĂšres (Perpignan, Lille), oĂč les consommateurs pouvaient encore s’approvisionner, pour de plus petites quantitĂ©s en Espagne ou aux Pays-Bas. Enfin, la derniĂšre phase est la reprise du trafic juste avant le dĂ©confinement, des saisies majeures ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par des services de la douane et de la police. La crise a bĂ©nĂ©ficiĂ© aux organisations les plus structurĂ©es. Elles avaient la capacitĂ© de mettre en Ɠuvre des importations malgrĂ© le ralentissement de l’ensemble des vecteurs d’approvisionnement. Il y a eu une augmentation de la demande, pas forcĂ©ment plus de nouveaux consommateurs mais une demande plus forte de quantitĂ© chez les consommateurs. Durant le confinement l’OFAST a dĂ©veloppĂ© la collecte de renseignements, en faisant appel Ă  tous les capteurs (sources humaines, services locaux, recours Ă  la technique). La coopĂ©ration internationale durant cette pĂ©riode a jouĂ© un rĂŽle majeur, nous avons continuĂ© Ă  beaucoup Ă©changer avec nos homologues d’Espagne, de Belgique, des Pays-Bas, du BrĂ©sil et de Colombie.

Intervention de Thierry Colombié

Trois remarques prĂ©liminaires doivent ĂȘtre Ă©voquĂ©es. PremiĂšrement, on ne parle pas de «fermeture des frontiĂšres» mais d’une «restriction des Ă©changes commerciaux». DeuxiĂšmement, la plupart des usagers ont Ă©tĂ© confinĂ©s et n’ont ni pu rejoindre leur point de vente, ni se rendre en soirĂ©e pour acheter leurs marchandises.TroisiĂšmement, jusqu’à la veille du confinement, personne ne savait quelle serait la durĂ©e de ce dernier, ce qui a accentuĂ© un sentiment d’impuissance et une volontĂ© pour les consommateurs d’anticiper la pĂ©nurie. Ainsi, cela pose des problĂšmes, pour les trafiquants, de logistique pour s’approvisionner en produit et, pour les forces de l’ordre, pour adopter des stratĂ©gies efficaces. Toutefois, nous avons pu voir que les trafiquants ont su s’adapter, par exemple, en janvier, lorsque se profilait la pandĂ©mie, les rĂ©seaux criminels ont importer des marchandises pour avoir plus de stocks pour anticiper la crise sanitaire. Il y a le commerce de gros, de demi gros, de dĂ©tail, filiĂšre par produit, filiĂšres annexes et connexes. Tout est organisĂ©, en effet, post confinement, on peut voir que les choses sont comme avant, rien n’a fondamentalement changĂ©, au contraire les rĂ©seaux ont pu apprendre de leurs erreurs. Par ailleurs, Ă  cause de cet arrĂȘt temporaire des approvisionnements, des dealers se sont retrouvĂ©s au chĂŽmage technique, et ont pu avoir tendance Ă  crĂ©er des troubles Ă  l’ordre public.La crise a rĂ©vĂ©lĂ© deux phĂ©nomĂšnes. D’une part, l’«ubĂ©risation» avec l’«uberweed» ou l’«ubercoke». GrĂące Ă  l’air numĂ©rique, nous commandons avec notre tĂ©lĂ©phone et nous sommes livrĂ©s Ă  notre domicile. Cela met en Ă©vidence l’explosion des circuits courts. D’autre part, au-delĂ  des citĂ©s, dans les zones pĂ©ri-urbaines et rurales, on a des rĂ©seaux qui existent depuis trĂšs longtemps, qui sont peu visibles, ce sont les cannabiculteurs. En outre, pendant le confinement des usagers se sont tournĂ©s vers la kĂ©tamine. Produite par l’Asie, il y aujourd’hui, une grosse production aux Pays-Bas.

FOCUS sur l’office anti-stupĂ©fiants

Le trafic de stupĂ©fiants gĂ©nĂšre d’autres infractions, comme le trafic d’armes, les homicides volontaires ou encore les rĂšglements de compte. La mise en place d’un plan national de lutte contre les stupĂ©fiants permet de mieux structurer cette lutte. C’est dans ce contexte que l’OFAST a Ă©tĂ© créé. Il s’agit d’une mesure phare du plan annoncĂ© le 17 septembre 2019 par trois ministres Ă  Marseille.Le but de cet office est d’articuler les acteurs entre eux puisqu’une multitude d’acteurs (douanes, police, gendarmerie) travaillent ensemble pour lutter efficacement pour ce flĂ©au mondial. Pour ĂȘtre efficace, il faut coordonner nos forces et travailler ensemble.Depuis le 1erjanvier 2020, l’office est devenu un service Ă  compĂ©tence nationale (SCN). L’agence est directement rattachĂ©e au directeur central de la police judiciaire. L’OFAST est devenu le chef de file de la lutte contre les stupĂ©fiants en France. Ainsi, cette agence sert Ă  rĂ©ceptionner des informations au niveau national et international mais aussi Ă  envoyer des informations et Ă  apporter son expertise aux autres services sur le territoire. L’office anti-stupĂ©fiants ne doit plus ĂȘtre perçu comme un concurrent mais permet de produire et partager des renseignements.L’OFAST comptera Ă  la fin de l’annĂ©e 2020, cent soixante-dix enquĂȘteurs et l’objectif est de parvenir Ă  deux cent quarante enquĂȘteurs en 2022 (plan triennal de renforcement).La lutte contre le trafic de stupĂ©fiants nĂ©cessite une approche globale qui inclut la lutte contre le blanchiment issu de ces trafics. En effet, Thierry ColombiĂ© Ă©voque l’affaire «Virus», et Ă©nonce que sans blanchiment, il n’y a pas de trafic et sans corruption, il n’y a pas de crime organisĂ©.On ne peut pas travailler tout seul sur le blanchiment, il faut travailler avec des partenaires, tels que l’Office central pour la rĂ©pression de la grande dĂ©linquance financiĂšre (OCRGDF) ou le Service d’enquĂȘtes judiciaires des finances (SEJF) au sein de Bercy.
Pour conclure, le but principal de l’OFAST est de dĂ©cloisonner les structures et les compĂ©tences pour inscrire la lutte sur le long terme.

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