« Breaking Bad » en Europe centrale
Un reportage de Prune AntoineÂ
La drogue, miroir déformant des sociétés ? La méthamphétamine qui gangrène la Mitteleuropa n’ouvre pas les portes d’autres mondes possibles mais aide à supporter les cadences à l’usine, à oublier la dureté du présent, à repousser un avenir sinistre. Dans des zones frontalières, les laboratoires clandestins éclosent partout, la production se professionnalise et profite du grand marché européen.
Il est cinq heures du matin lorsque les gyrophares déchirent l’obscurité d’une zone industrielle à la périphérie d’Ostrava. Des hommes armés enfoncent une porte métallique. À l’intérieur, des fûts de précurseurs chimiques empilés jusqu’au plafond, des tuyaux de distillation, l’odeur âcre de l’éphédrine en cuisson. Un laboratoire clandestin démantelé de plus.
Cette descente de police illustre la guerre sans fin que mène la Tchéquie contre sa drogue nationale. Ici, on ne parle pas de crystal meth mais de pervitine, du nom du stimulant distribué massivement aux soldats de la Wehrmacht pendant la seconde guerre mondiale. Quatre-vingts ans plus tard, la molécule circule toujours largement dans les marges industrielles de l’Europe centrale. On l’appelle la « cocaïne du pauvre ». Un gramme de cocaïne coûte environ 150 euros dans la région ; un gramme de méthamphétamine, 30.
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