MAROC đŸ‡Č🇩 (Rabat) : depuis prĂšs d’un mois, grand bal des tartuffes au Parlement marocain

« Pour des raisons thĂ©rapeutiques », disent-ils
 Depuis prĂšs d’un mois, le sujet du cannabis est au centre des dĂ©bats au Parlement marocain. Non pour renforcer les contrĂŽles et torpiller le trafic de cannabis, mais pour lĂ©gifĂ©rer sur sa lĂ©galisation. VoilĂ  qui va donner des « hallucinations » au voisin europĂ©en 


217 tonnes. C’est la quantitĂ© de cannabis et d’herbe, saisie par les services de la sĂ»retĂ© nationale et la surveillance du territoire national pendant le confinement sanitaire. 600 kg en octobre de l’annĂ©e 2019, dĂ©couverts, cette fois, par les gendarmeries de Narbonne et de Clermont-Ferrand. Trois mois plus tĂŽt, 27,3 tonnes soigneusement dissimulĂ©es dans des vĂ©hicules de transport international, au port de Tanger-Med. En 2018, la Direction gĂ©nĂ©rale de la SĂ»retĂ© nationale (DGSN) avait mis la main sur 52 tonnes de rĂ©sine de cannabis. En 2017 : 700 tonnes, selon un rapport d’Etat amĂ©ricain sur le trafic de drogue.

Mais ce dernier rapport ne s’est pas contentĂ© de jouer les comptables : il pointe les intĂ©rĂȘts du Royaume dans ce trafic, insistant notamment sur les gains qu’il en a tirĂ©s en 2017 : le magot correspondrait “à 23 % du PIB marocain, soit plus de 100 milliards de dollars”. Une mine d’or pour le Maroc, mais un camouflet pour l’Europe: “principale destination de ce trafic, qui transite par l’Espagne, avant d’irriguer le Vieux Continent”, prĂ©cise le rapport.

Il n’y a pas de fumĂ©e sans feu

Fait curieux : les autoritĂ©s marocaines laissent faire les trafiquants, tout en s’empressant Ă  pondre des communiquĂ©s victorieux sur la baisse de cette criminalitĂ©. Pourtant, il suffit d’un dĂ©tour par le nord du pays pour le constater : les champs de cannabis s’étalent sur plusieurs hectares. Sans qu’il y ait un raclement de gorge de la part des autoritĂ©s. Mais chut
 Le dernier qui a jouĂ© Ă  l’enfant d’Andersen – cet enfant qui criait : “le roi est nu” -, c’est l’Office des Nation-Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) : depuis quatorze ans, il est interdit de rĂ©aliser des enquĂȘtes de terrain.

Car rien ne doit venir souiller “le habits neufs de l’empereur”. Au Maroc, le cannabis n’obĂ©it pas seulement Ă  des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques : il est cultivĂ© principalement dans la rĂ©gion frondeuse du RIF. LĂ -bas, c’est le trafic qui permet de nourrir de nombreux habitants. Plus de 800.000 personnes, selon ce dernier rapport des Nations Unis. La moindre intervention des gendarmes contre les trafiquants attire des milliers de manifestants dans les rues. Depuis des dĂ©cennies, le Royaume s’est retrouvĂ© devant un choix cornĂ©lien : soit les priver de cette manne et prendre le risque de raviver les tensions, soit fermer les yeux et devenir lui-mĂȘme complice. Tout compte fait, il a prĂ©fĂ©rĂ© verser dans le double jeu : l’interdire sur papier, pour faire bonne figure et le tolĂ©rer dans les faits, pour “acheter” la paix sociale. Question de stabilitĂ© du trĂŽne.

C’est sĂ»rement pour rompre avec cette tactique que le royaume alaouite a dĂ©cidĂ© de tourner la page de l’illĂ©galitĂ© du cannabis. Sous couvert de la derniĂšre dĂ©cision des Nations Unis de retirer cette drogue de sa liste de stupĂ©fiants, dĂ©putĂ©s et ministres marocains dĂ©boulent dans les machettes, pour puiser leur science dans la littĂ©rature mĂ©dicale et prĂ©parer l’opinion : le gouvernement a conscience des vertus « thĂ©rapeutiques » du cannabis 
 “iI faudrait au Maroc un cadre lĂ©gal et rĂ©glementaire sur ce sujet, car la rĂ©pression seule a montrĂ© son inefficacitĂ©. Elle est injuste dans notre contexte“
 “Il serait plus rentable, en termes de santĂ© publique, d’ĂȘtre plus efficace dans la lutte contre le tabagisme
”, “Aujourd’hui, nous gagnerons tous si ce dĂ©bat se faisait sereinement, loin de toutes polĂ©miques politiciennes stĂ©riles”. Effectivement, tout le monde trouvera Ă  y gagner : le Royaume peut compter sur les trafiquants pour renflouer ses caisses ( il pourrait gagner 1 milliard par an ) et les trafiquants peuvent compter sur le Royaume pour devenir 
 « officiels ». C’est royal !

Les rĂ©gions concernĂ©es sont connues de tous les “aficionados” de « la marocaine » : Chefchaouen, Taounate ou Al Hoceima. LĂ -bas, il existe diffĂ©rentes qualitĂ©s de poudres, appelĂ©es Chira. La plus communĂ©ment produite est Sandouk, cueillie dans son Ă©tat brut, puis transformĂ©e en poudre par les exploitants marocains ou des opĂ©rateurs Ă©trangers.

Dans les rues pittoresques de Chefchaouen, grand fumoir Ă  ciel ouvert, la beuh passe de mains en mains.

Les trafiquants courent les rues Ă©troites. Souvent la barbe et Ă  la casquette des policiers nonchalants. La derniĂšre tendance ? Jouer les guides touristiques Ă  travers les champs et les ateliers de transformation de la drogue. Pour vendre leur “science” Ă  ces touristes qui ont les euro, mais pas le savoir-faire : comment la drogue est cultivĂ©e, comment elle est transformĂ©e, comment – surtout – repartir avec un « petit lot » et passer sous les radars des douanes : “si vous voulez acheter une grande quantitĂ©, je vous montrerais comment faire passer la marchandise en Europe, sans le moindre problĂšme”.

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