Câest le Journal du Mali qui nous rapporte que lâOffice des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) dans un rapport dâĂ©valuation de la rĂ©duction de la demande de drogues publiĂ© en 2017 prĂ©cisait que :« Le phĂ©nomĂšne a connu une expansion rapide au milieu des annĂ©es 2000, comme consĂ©quence directe des mesures rĂ©pressives drastiques prises par les Ătats-Unis. DĂ©sormais, les cartels des drogues latino-amĂ©ricains vont Ă©lire lâEurope comme marchĂ© de remplacement du marchĂ© amĂ©ricain et lâAfrique de lâOuest comme plateforme dâacheminement vers ce marché » .
La nouveauté est que le pays de transition est devenu un consommateur considérable des stupéfiants.
Deux facteurs coexistants sont en cause, note lâONUDC : lâimmigration des Maliens en Europe et lâessor du tourisme europĂ©en au Mali. Un premier groupe de dealers dâhĂ©roĂŻne est dĂ©couvert dans les annĂ©es 80 dans le quartier huppĂ© de lâĂ©poque, lâHippodrome. « Ces deux groupes ont importĂ© les produits au pays et ont initiĂ© des personnes proches aux modalitĂ©s de leur consommation. Quelques annĂ©es auraient suffi pour faire Ă©merger une gĂ©nĂ©ration dâusagers autochtones qui nâa jamais immigrĂ© en Europe ni Ă©tĂ© contact avec des touristes europĂ©ens », indique-t-il.
Itinéraires divers
La drogue au Mali transite principalement, selon lâOSC, par lâaxe Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) â Yorosso (Mali). Du cercle de Yorosso, une quantitĂ© est propagĂ©e Ă SĂ©gou, qui ravitaille des villes du centre et du nord. Le reste sâachemine vers Koutiala, qui approvisionne Sikasso et Bamako par la route en contournant les points de contrĂŽle des forces de sĂ©curitĂ©. Souvent camouflĂ©s et dispersĂ©s dans des sacs de cĂ©rĂ©ales ou de lĂ©gumes, les stupĂ©fiants traversent des localitĂ©s de la rĂ©gion avant dâĂȘtre stockĂ©s dans des fermes agricoles prĂšs de Bamako puis versĂ©s discrĂštement dans les marchĂ©s.
Au nord, « les psychotropes quittent le Niger, passent par Labbezanga et Ansongo et se retrouvent Ă Gao. Quant Ă la cocaĂŻne, elle transite par la frontiĂšre algĂ©rienne », assure un notable de la localitĂ©. Selon ce dernier, de la ville, les drogues sont souvent acheminĂ©es par bateaux dans les localitĂ©s, sur lâaxe fluvial Gao â Tombouctou â Mopti.
« Quant au rĂ©seau de la cocaĂŻne, il opĂšre par voie aĂ©rienne et sur lâaxe GuinĂ©e â KourĂ©malĂ© â Bamako. La route transahĂ©lienne, communĂ©ment appelĂ©e autoroute A-10, qui passe par le nord du Mali, est Ă prĂ©sent peu pratiquĂ©e en raison de la forte prĂ©sence militaire et de la montĂ©e en puissance des FAMa », explique M. KeĂŻta. Mais en 2009 un avion cargo, renommĂ© par la suite « Air CocaĂŻne » sâest posĂ© en plein dĂ©sert Ă Tarkint, Ă une centaine de kilomĂštres de Gao. Lâavion, qui venait du Venezuela, a Ă©tĂ© dĂ©chargĂ© de son contenu puis incendiĂ©. Dâautres rĂ©seaux du cannabis â haschich pratiquent « lâaxe Ghana â Burkina Faso â Mali, celui Maroc â Mauritanie â Mali et lâaxe CĂŽte dâIvoire â Mali ».
Nombreux acteurs
Autant les routes sont diverses, autant le sont les acteurs et les ramifications vont souvent loin. Lâaffaire Air CocaĂŻne et les rĂ©centes saisies et arrestations de personnes transportant de la drogue Ă lâaĂ©roport international Modibo Keita de SĂ©nou le prouvent. Certaines de ces personnes « sont issues des importantes diasporas ouest-africaines dâEurope et dâAmĂ©rique du nord et latine. Elles servent Ă la fois Ă Ă©tablir des liens avec les cartels, les producteurs, les revendeurs et les intermĂ©diaires sur le terrain, qui peuvent les aider et les soutenir en cas de problĂšme, mais aussi Ă rapatrier les bĂ©nĂ©fices vers lâAfrique sous diverses formes », explique la Commission ouest-africaine sur les Drogues (WACD). Selon elle, un baron de la drogue ouest-africain peut aussi bien ĂȘtre avocat, cadre supĂ©rieur ou homme politique que jeune dĂ©scolarisĂ© ou passeur de diamants.
Dans le Septentrion malien, traditionnellement, ce sont les tribus Arabes lamhar du Tilemsi (rĂ©gion de Gao) et BĂ©rabiche (principalement Ă Tombouctou et Ă TaoudĂ©nit) qui dĂ©tiennent le quasi-monopole le trafic de drogue, indique une enquĂȘte dâInternational Crisis Group de 2018. Depuis, la sociologie des acteurs sâest complexifiĂ©e, Ă cause « des revenus gĂ©nĂ©rĂ©s par la drogue ». Selon notre source Ă Gao, « les groupes terroristes, sous couvert du djihad, et certains groupes dâex-rebelles » sâadonnent Ă©galement Ă la pratique. Ce qui est attestĂ© par plusieurs rapports, dont celui trĂšs dĂ©taillĂ© dâInternational Crisis Group. Ces groupes profitent de la dĂ©stabilisation de lâĂtat et de plusieurs « No go zone » pour leurs trafics. De fait, le petit vendeur de la Tour de lâAfrique nâest que la partie immergĂ©e de lâiceberg.
Narcotrafic : le Mali en a plein le nez
par Aly Asmane Ascofaré
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