FRANCE 1988 đŸ‡šđŸ‡” (Douane française) : de la DNED Ă  la DNRED avec Jean Henri Hoguet

Jean Henri Hoguet m’a offert son livre en novembre 2019 lors d’une des visites que je lui rendais lors de mes passages du cĂŽtĂ© de Saintes non loin de son domicile.

Relisant ces jours derniers « Au service de l’Etat – A travers la Douane « , j’ai relu la dĂ©dicace qu’il me fit.

Qui mieux que lui pouvait confirmer l’injustice de l’administration des Douanes ?

‱‱‱‱‱‱

Dans le cadre de notre rĂ©trospective de l’histoire des services d’enquĂȘtes, de recherche et de renseignement de l’institution douaniĂšre française, le passage de la « DNED Â» Ă  la « DNRED Â» constitue un sĂ©quence dĂ©terminante. C’est en 1988 que voit le jour une vĂ©ritable direction du renseignement au sein du service.

Pour relater cette sĂ©quence, Nous reproduisons ici l’éclairage apportĂ© par Jean-Henri Hoguet, promoteur de cette mesure novatrice et chef du service Ă  cette Ă©poque. Son tĂ©moignage est extrait – avec son aimable autorisation – de son ouvrage « Au service de L’Etat Ă  travers la douane – 1954-1996 Â».

L’équipe de rĂ©daction 


La Direction du renseignement

L’annĂ©e 1988 a d’abord Ă©tĂ© celle de l’adjonction d’un pĂŽle Renseignement Ă  la D.N.E.D., devenue de ce fait D.N.R.E.D., suite Ă  la parution d’un arrĂȘtĂ© ministĂ©riel du 1er mars 1988 et de 1’Instruction Cadre du 19 mai. Comme proposĂ© par le G.P.A. (Groupe Prospective et Action), le Centre de Documentation et d’Evaluation (C.D.E.), créé quelques annĂ©es auparavant et qui, faute d’une doctrine bien Ă©tablie et appliquĂ©e avec des moyens correspondant aux objectifs Ă  atteindre, devait disparaĂźtre. Les moyens de l’ex -C.D.E, Ă©taient transfĂ©rĂ©s, au moins en partie, Ă  la Direction du Renseignement. La partie Evaluation du C.D.E. Ă©tait reprise, au niveau des principes, par la Direction gĂ©nĂ©rale et l’application pratique des rĂšgles relatives Ă  la Valeur en douane relevait des Directions rĂ©gionales Ă  travers les bureaux de douane et les C.E.R.D.O.C.

Le C.D.E. avait Ă©tĂ© dirigĂ© jusqu’ici par un directeur, flanquĂ© de deux adjoints cadres supĂ©rieurs qui rĂ©gnaient sur un effectif d’environ 70 agents. Le personnel, livrĂ© Ă  des tĂąches peu exaltantes et mal encadrĂ©, relevait plus de la rĂ©serve indienne que de la troupe d’élite. Je reçus carte blanche de la D.G. – ce qui est rare – pour ne conserver que les agents que j’estimerais convenir Ă  l’accomplissement des nouvelles tĂąches de renseignement. Ce contrat prĂ©voyait toutefois que je devais garder le directeur. Je n’ai conservĂ© qu’environ la moitiĂ© de l’effectif du C.D.E..

Pour faire fonctionner la nouvelle Direction du Renseignement, il fallait certes des « petites mains » non expertes, mais surtout un encadrement de spĂ©cialistes de la lutte contre la fraude. Or, oĂč les trouver sinon chez les enquĂȘteurs de la D.N.E.D. ? Je fis le tour des cinq divisions parisiennes de la Direction des EnquĂȘtes et Recherches en expliquant aux agents ce que je voulais faire avec cette nouvelle Direction du Renseignement et de la Documentation, et les moyens que j’entendais y consacrer, y compris Ă  l’étranger. Je demandais que chaque Division – sur la base du volontariat – me « prĂȘte » pour un an ses deux meilleurs agents, libre Ă  eux si l’aventure leur plaisait, de rester un temps plus long Ă  la D.R.D. Si cette expĂ©rience ne les satisfaisait pas, ils Ă©taient assurĂ©s de retourner, au bout d’un an, dans leurs unitĂ©s d’origine. Le pari Ă©tait risquĂ© – un enquĂȘteur de classe n’aime rien plus que de faire des enquĂȘtes avec un rĂ©sultat probant au bout. Un enquĂȘteur c’est avant tout un chasseur. S’asseoir derriĂšre un bureau ou un ordinateur, peloter des listings ou confronter des sĂ©ries de donnĂ©es n’a rien de trĂšs passionnant, encore que tout enquĂȘteur prĂ©pare souvent son enquĂȘte de la sorte. Devant la rĂ©ticence des enquĂȘteurs Ă  venir Ă  la D.R.D., je leur racontais que j’avais rencontrĂ© Ă  Londres, au siĂšge de 1’Investigation Division, un enquĂȘteur rĂ©putĂ© qui, antĂ©rieurement, avait battu moult fois la campagne dans le cadre de ses investigations et qui maintenant se contentait de recueillir des informations, de les analyser et de lancer ses jeunes collĂšgues sur les routes. Cet agent me disait qu’assis derriĂšre son ordinateur, il Ă©prouvait « une vĂ©ritable jouissance chaque fois qu’il avait rĂ©uni le faisceau d’informations qui ferait tomber son client ». L’homme derriĂšre l’ordinateur ajoutait : « avant je me dĂ©plaçais, maintenant j’envoie les autres et ça marche ». C’est ainsi qu’avec un peu de persuasion j’ai pu dĂ©baucher une petite dizaine (9 au dĂ©part) d’enquĂȘteurs qui ont fait dĂ©marrer la D.R.D. Quelques-uns y sont restĂ©s plus d’un an. Je n’ai pas Ă©tĂ© ensuite ingrat avec ces agents qui m’ont cru et ont eu le courage de tenter l’aventure.

(
)


La mise en place de la nouvelle D.N.R.E.D.

Concernant le fonctionnement du service, on peut dire que 1988 a vu la mise en marche de la D.R.D. et le dĂ©but de rapports nouveaux entre cette Direction et celle des EnquĂȘtes DouaniĂšres. Nous revenions de loin car, au dĂ©but, les enquĂȘteurs de la D.E.D., soucieux de conserver leurs enquĂȘtes d’initiative, niaient la nĂ©cessitĂ©, l’utilitĂ© et mĂȘme la viabilitĂ© d’une Direction du Renseignement. Pour les enquĂȘteurs, la Direction du Renseignement ne pouvait avoir qu’une tendance monopolistique et confiscatoire au regard de l’information opĂ©rationnelle.

A la D.E.D., on avait Ă©galement innovĂ©. On avait montĂ© des opĂ©rations faisant intervenir soit plusieurs Ă©chelons, soit une division parisienne et plusieurs Ă©chelons. Ces opĂ©rations concernaient des livraisons surveillĂ©es de stupĂ©fiants naissant Ă  la frontiĂšre espagnole et se terminant Ă Marseille, Lyon ou dans le nord, mais aussi d’autres opĂ©rations plus classiquement douaniĂšres relatives Ă  un produit importĂ© mais ayant des points de chute dissĂ©minĂ©s sur tout le territoire. L’importance de ces opĂ©rations amenait naturellement Ă  Ă©valuer leur coĂ»t en hommes, en matĂ©riel et en frais de dĂ©placement et Ă  tirer de cette Ă©valuation des consĂ©quences au regard de la rentabilitĂ©

(
)

La D.N.R.E.D. en 1989

Les 14 et 15 mars, je me rendis, en passant par Lille oĂč je pris Bardu avec moi, Ă  Anvers. Le but du voyage Ă©tait d’examiner avec nos collĂšgues douaniers belges les possibilitĂ©s d’échanges de renseignements en matiĂšre de conteneurs arrivant dans ce grand port et dont une bonne partie Ă©tait ensuite acheminĂ©e sur la France. Je m’aperçus qu’en Belgique la Douane a d’abord pour directive du gouvernement de ne pas freiner le commerce afin que le bon renom du port d’Anvers ne soit pas altĂ©rĂ©. La vitesse du dĂ©douanement primait donc la recherche de la fraude.

Les Ă©changes internationaux de renseignements sur la fraude ne s’en dĂ©veloppĂšrent pas moins en 1989. Le nombre des dossiers traitĂ©s augmenta de 14% par rapport Ă  1988 et de 67% par rapport Ă  1985. Compte tenu des facilitĂ©s que i’avais obtenues pour envoyer des agents en mission Ă  l’étranger, le nombre des missionnaires passa de 26 en 1987 Ă  51 en 1989. Certaines de ces missions donnĂšrent d’excellents rĂ©sultats sur le plan contentieux. Pour la premiĂšre fois, une permanence H 24 fut instituĂ©e dans le secteur de l’assistance mutuelle avec l’étranger, en raison du dĂ©veloppement de celle-ci et de la nĂ©cessitĂ©, dans certains cas, de rĂ©agir trĂšs vite. En 1989 Ă©galement un systĂšme international de surveillance des navires suspects a Ă©tĂ© mis sur pied – Mar-Info – et une partie de la gestion du systĂšme fut confiĂ©e Ă  la D.R.D. par nos collĂšgues Ă©trangers, Pour la premiĂšre fois, un pays gĂ©rait en temps rĂ©el un fichier douanier et le mettait Ă  la disposition des autres.

La D.R.D. commençait Ă  ĂȘtre victime de son succĂšs, car si les besoins en informatique pouvaient Ă  peu prĂšs ĂȘtre satisfaits, il n’en allait pas de mĂȘme pour ce qui concerne le renfort en personnel. Cette mēme pĂ©nurie nous empĂȘchait de nous lancer dans l’élaboration d’une structure apte Ă  traiter l’information en matiĂšre de blanchiment.

A partir de septembre, la D.R.D. eut un nouveau patron. En remplacement de Pla, j’avais pu, en insistant beaucoup, faire nommer sur ce poste de directeur le chef d’échelon de Lille, Jacques Bardu. Tout son passĂ©, y compris lorsqu’il Ă©tait chef de subdivision dans l’Est, montrait qu’il savait recueillir l’information, dĂ©velopper des rĂ©seaux d’informateurs et faire des affaires sur renseignements. Son efficacitĂ© Ă©tait mĂȘme dĂ©rangeante pour certains, d’autant qu’il agissait et rendait compte aprĂšs, chaque fois qu’il pressentait que la diffusion prĂ©alable de I’information Ă©tait susceptible de retarder ou d’arrĂȘter l’action. De plus, sa notoriĂ©tĂ© auprĂšs de ses collėgues chefs d’échelon Ă©tait de nature Ă  donner une crĂ©dibilitĂ© accrue Ă  la jeune D.R.D.. DĂšs son arrivĂ©e, il mit sur pied un nouveau systĂšme de diffusion mensuel de l’information sur la fraude qui incitait les services destinataires Ă  faire du retour d’information et crĂ©ait 1’émulation entre ces services en publiant leurs rĂ©sultats. Ce bulletin Ă©tait en outre prĂ©sentĂ© sous une forme attractive, relevant plus de la bande dessinĂ©e que de la note administrative. Yvon Pelafigue, directeur interrĂ©gional Ă  Lille, nous donna un trĂšs sĂ©rieux coup de main en mettant pendant plusieurs mois Ă  notre disposition le dessinateur-douanier qui illustrait si bien notre document mensuel.

La D.E.D. quant Ă  elle, si elle avait achevĂ© sa reconversion du Change vers la Douane, n’en avait pas moins deux problĂšmes Ă  rĂ©soudre pour s’adapter aux Ă©volutions en cours. Alors qu’elle fonctionnait auparavant en circuit fermĂ© concernant le renseignement qu’elle recueillait et exploitait directement, il lui fallait maintenant, non seulement admettre l’existence de la D.R.D., mais aussi participer Ă  son fonctionnement en la pourvoyant en informations. Des progrĂšs restaient Ă  faire, spĂ©cialement pour les recherches, car le changement des habitudes mentales ne se rĂ©alise pas immĂ©diatement Ă  la suite d’une injonction, mĂȘme forte. Le dexiĂšeme problĂšme pour la D.E.D. Ă©tait que ses unitĂ©s apprennent Ă  travailler entre elles compte tenu des dimensions nationales et internationales prises par la fraude, qu’il s’agisse de stupĂ©fiants ou de fraudes commerciales communautaires. Devant la complexitĂ© ou la difficultĂ© des dossiers Ă  traiter, les agents se rendaient compte que la matiĂšre Ă©tait en train de changer de nature et de dimension et que, pour mener Ă  bien les enquĂȘtes, il fallait mettre en jeu des moyens juridiques, techniques et matĂ©riels dont certains faisaient encore dĂ©faut (Ă©coutes lĂ©gales, coopĂ©ration judiciaire internationale, mesures conservatoires sur les biens situĂ©s Ă  l’étranger, etc.).

Jean Henri Hoguet

°°°°°

000000

Laisser un commentaire