NARCOTRAFIC: les routes de la drogue se multiplient en Afrique, avec le Maroc đŸ‡Č🇩 comme Ă©picentre des expĂ©ditions de cocaĂŻne vers l’Europe đŸ‡ȘđŸ‡ș et le Maghreb

Photo tirĂ©e d’une video diffusĂ©e par LCI en novembre 2019

Par Abdelkader Abderrahmane

Analyste géopolitique et consultant international sur les questions de paix et de sécurité en Afrique

Le Maroc est depuis des décennies le plus grand cultivateur de haschich au monde.

Et si Rabat s’est engagĂ© Ă  partir de 1992 dans une «guerre contre la drogue», diminuant de maniĂšre considĂ©rable les surfaces de terres utilisĂ©es pour cette culture, la production de rĂ©sine de cannabis n’a toutefois pas diminuĂ© dans les mĂȘmes proportions.

En outre, au fil des annĂ©es, du fait de sa position gĂ©ographique et de sa longue histoire de producteur de cannabis, le Maroc est aussi devenu une voie de transit-clĂ© pour d’autres trafics de drogues, telles que la cocaĂŻne, l’hĂ©roĂŻne et les drogues de synthĂšse. Ce faisant, le royaume chĂ©rifien est en passe de devenir aussi un pays de consommation, crĂ©ant ainsi de nouveaux dĂ©fis de santĂ© publique pour la sociĂ©tĂ© marocaine et au-delĂ .

EXTRAITS des différents paragraphes

Histoire du cannabis

Les premiĂšres plantations de cannabis au Maroc sont apparues au XVe voire au VIIe siĂšcles, sans doute introduites par les Arabes aprĂšs leur invasion de l’Afrique du Nord. Au XIXe siĂšcle, le sultan Moulay Hassan autorisa ensuite la culture du cannabis dans des zones restreintes. Cette politique fut poursuivie sous les protectorats espagnol et français, puis pour des raisons Ă©conomiques, sous le rĂšgne du roi Mohammed V qui tolĂ©ra lui aussi cette culture aprĂšs l’indĂ©pendance du Maroc en 1956.

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Culture hybride

La raison pour laquelle la quantitĂ© de drogue n’a pas diminuĂ© en parallĂšle de la diminution des terres utilisĂ©es pour la culture du cannabis est essentiellement due Ă  la nouvelle culture hybride du cannabis, de plus en plus utilisĂ©e par les trafiquants marocains. Selon Pierre-Arnaud Chouvy et Kenza Afsahi, auteurs de Le haschich marocain, du kif aux hybrides, c’est l’introduction de variĂ©tĂ©s hybrides, au rendement trois Ă  cinq fois supĂ©rieur au cannabis traditionnel qui explique que malgrĂ© une baisse rĂ©elle des surfaces utilisĂ©es pour la culture du cannabis, la production de rĂ©sine de cannabis demeure stable.

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De producteur de cannabis Ă  consommateurs de drogues

En sus du trafic de rĂ©sine de cannabis, la cocaĂŻne ainsi que d’autres stupĂ©fiants ont aussi fait leur entrĂ©e sur le territoire marocain depuis plusieurs annĂ©es. Si la cocaĂŻne demeure encore inaccessible pour la plupart des Marocains, au cours des quinze derniĂšres annĂ©es, le prix d’un gramme de cocaĂŻne a toutefois considĂ©rablement diminuĂ©, coĂ»tant aujourd’hui environ 600 dirhams (60 euros). Cette baisse est aussi une indication de la disponibilitĂ© croissante de la cocaĂŻne au Maroc, en particulier au sein des classes moyennes. Ceci dit, le pays est surtout devenu une zone de transit vers l’Europe ou les pays du Golfe Ă  travers les routes du Sahel, du Maghreb et maritimes.

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Drogues de synthĂšse

Mais comme dans le reste de la rĂ©gion du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest – voire Ă  travers le monde –, c’est la prĂ©sence croissante de drogues de synthĂšse qui est en train de faire une percĂ©e au sein de la population marocaine. Tramadol, Captagon, Rivotril, Lyric ou encore Artane (aussi connu sous le nom de Madame Courage) sont de plus en plus populaires parmi la jeunesse marocaine. Ces drogues de synthĂšse, telles que le karkoubi ou al shaghala anglyzyya (une colle) utilisĂ©e en Egypte ne sont pas sans consĂ©quence pour la santĂ© des utilisateurs souvent trĂšs pauvres. Le karkoubi, trĂšs rĂ©pandu au Maroc, est un mĂ©lange de psychotropes, tels que le Xanax, le Valium ou le Rivotril. L’utilisation croissante de ce mĂ©dicament est due au fait qu’il est facilement disponible ainsi qu’à son prix extrĂȘmement bas, qui varie de 1 Ă  10 dirhams (0,50 Ă  1,00 euro) par dose selon les rĂ©gions. Ces prix bas qui les rendent attrayants pour de nombreux consommateurs aux ressources et aux revenus limitĂ©s reprĂ©sentent un Ă©niĂšme dĂ©fi sanitaire pour les autoritĂ©s marocaines.

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Violence et questions sanitaires

Cette consommation croissante de drogues est devenue source d’inquiĂ©tude et de prĂ©occupations pour les autoritĂ©s marocaines et professionnels de la santĂ©. Contrairement aux drogues traditionnellement dominantes, telles que le cannabis – il est estimĂ© que prĂšs d’un million de Marocains sont des consommateurs rĂ©guliers de cannabis –, ces mĂ©dicaments, qui devraient normalement ĂȘtre obtenus sur ordonnance, sont souvent utilisĂ©s Ă  des fins rĂ©crĂ©atives et leurs effets addictifs ont des consĂ©quences nĂ©gatives sur la santĂ© des utilisateurs, les rendant souvent trĂšs agressifs. La criminalitĂ© et la violence des jeunes sont d’ailleurs souvent imputables Ă  la drogue. En outre, beaucoup au Maroc s’interrogent sur le fait que la consommation croissante de substances n’érode la morale culturelle et cultuelle.

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Business as usual

Comme l’indiquent les trafics de cocaĂŻne et de drogues de synthĂšse provenant respectivement d’AmĂ©rique latine et d’Asie, le Maroc est devenu en quelques annĂ©es un hub majeur pour toutes sortes de trafics de drogues liĂ©s Ă  l’Europe et Ă  l’Afrique de l’Ouest. Le fait que les Marocains consomment de plus en plus de drogues autres que le cannabis ne fait que renforcer cela.

Le trafic de drogues au Maroc a ainsi de beaux jours devant lui. Et si les difficultĂ©s de transports et d’acheminements vers l’Europe et ailleurs se dressent devant les trafiquants de maniĂšre rĂ©guliĂšres, ceux-ci ne sont pas Ă  court d’idĂ©es pour poursuivre leurs activitĂ©s illĂ©gales. Dans le passĂ©, de la cocaĂŻne a bien Ă©tĂ© trouvĂ©e dans des copies du Coran dont les pages avaient Ă©tĂ© arrachĂ©es au prĂ©alable !

Par ailleurs, le trafic de drogues de maniĂšre gĂ©nĂ©rale bĂ©nĂ©ficiant aussi Ă  de nombreux notables, officiers de l’armĂ©e et autre fonctionnaires, il demeure donc trĂšs peu probable que cela cesse de sitĂŽt.

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par Marc Fievet

Le Mahkzen est-il impliquĂ© et jusqu’à quel niveau ?

Le rĂŽle confirmĂ© de la structure financiĂšre Attijariwafa Bank dans la dissimulation des fonds engrangĂ©s par le trafic de cannabis ne laisse aucune place au doute quant Ă  l’implication personnelle du roi Mohammed VI dans ces activitĂ©s criminelles.

En juin 2015, Ă  Mornas, une bourgade du Vaucluse, les douaniers français mettent la main sur la somme rondelette de 300 000 euros en espĂšces Ă  l’intĂ©rieur d’un vĂ©hicule.

L’affaire est confiĂ©e Ă  des enquĂȘteurs de Marseille, membres d’une section spĂ©cialisĂ©e dans la dĂ©linquance financiĂšre. En coopĂ©ration avec leurs confrĂšres de plusieurs pays d’Europe, un travail de fourmi permet de remonter la filiĂšre aux ramifications importantes et dont le quartier gĂ©nĂ©ral se situerait au sommet de l’Etat marocain.

Comme toujours, la DG des douanes, bien qu’interrogĂ©e, n’avait pas souhaitĂ© communiquer.

La conférence de presse animée par Xavier Tarabeux, le procureur de Marseille, restera dans les annales de la justice française.

Les 300 000 euros saisis Ă  Mornas, ce n’est donc que de la petite monnaie. Selon l’AFP, Xavier Tarabeux, qui reprĂ©sente le ministĂšre public, annonce le chiffre faramineux de 400 millions d’euros qui ont Ă©tĂ© blanchis sur ces quatre derniĂšres annĂ©es.

Une partie aurait transitĂ© par la France oĂč Attijariwafa Bank possĂšde plusieurs agences.

Parce que si la presse française avait Ă©voquĂ© une «Hawala (systĂšme traditionnel de paiement informel dans la culture arabe)», les milieux initiĂ©s n’ignorent pas que la banque marocaine Attijariwafa Bank couvre un important flux financier, notamment en Afrique de l’Ouest. MalgrĂ© la bienveillance des autoritĂ©s de ces pays et malgrĂ© le systĂšme de blanchiment efficace, les experts antiterroristes ont repĂ©rĂ©, dĂšs l’annĂ©e 2012, les mĂ©canismes frauduleux du financement de groupes terroristes proches du Makhzen tel le Mujao dont les mercenaires ont tentĂ© d’infiltrer les camps de rĂ©fugiĂ©s sahraouis de Tindouf en mĂȘme temps qu’ils ont investi le nord du Mali avant de disparaĂźtre dans la nature


Ou comment faire pour que ça fasse ‘Pschitt’ !

En novembre 2016, des dizaines de personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es en France, en Belgique et aux Pays-Bas, et la montĂ©e au crĂ©neau des relais de Mohammed VI ont rĂ©ussi Ă  liquĂ©fier cette affaire d’État, Ă  coups de gros millions ou de demeures somptueuses Ă  Marrakech (Rien de plus anonyme qu’une SCI …), dans les limites de corruptibilitĂ© des responsables europĂ©ens chargĂ©s de l’enquĂȘte et… comme il est toujours bon de le rappeler, la complaisance crĂ©ent toujours beaucoup d’amis!

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AQMI, main dans la main avec les cartels de drogues

L’Ameripol s’est aussi penchĂ©e dans son rapport sur le conflit malien qui, pour les cartels, n’a fait qu’interrompre momentanĂ©ment les principales routes de la cocaĂŻne dans la rĂ©gion.

L’A-10 (autoroute 10), nom donnĂ© Ă  cette route par les experts, est la voie la plus importante au large du 10e parallĂšle menant en Europe. Le rapport cite Alain Rodier du Centre français de recherche sur le renseignement, lequel assure que «les trafiquants ont dĂ©montrĂ© leur capacitĂ© Ă  anticiper la politique internationale et continuent Ă  faire des affaires Ă  travers d’autres voies». Mathieu Guidere, spĂ©cialiste en gĂ©opolitique et en histoire immĂ©diate du monde arabe et musulman, souligne, quant Ă  lui, que «les trafiquants de drogues payent aux mouvement islamistes radicaux un droit de passage reprĂ©sentant 10% de la valeur totale de la cargaison. Certains groupes armĂ©s «facturent» plus pour garantir la protection du convoi».

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Une rĂ©flexion au sujet de « NARCOTRAFIC: les routes de la drogue se multiplient en Afrique, avec le Maroc đŸ‡Č🇩 comme Ă©picentre des expĂ©ditions de cocaĂŻne vers l’Europe đŸ‡ȘđŸ‡ș et le Maghreb »

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