« Parfois, quand on tire sur la chambre des enfants, ils meurent »
Un mois à peine après le meurtre d’une étudiante corse de 18 ans, Chloé Aldrovandi, le crime organisé a fait une nouvelle victime innocente sur l’île de Beauté : Pierre Alessandri, syndicaliste agricole, assassiné le 17 mars. Président de Crim’Halt, association de référence en France dans la lutte contre le crime organisé, le politologue Fabrice Rizzoli lance un cri d’alarme auprès de nos autorités pour faire cesser ce massacre.
J’ai 54 ans. J’enseigne la géopolitique des criminalités et j’ai cofondé l’association Crim’Halt. J’ai grandi par moments dans un milieu interlope et, quand j’accompagne des parents de victimes du crime organisé, j’ai l’impression de participer à la réparation des cœurs et des esprits.
Le lundi 17 mars au soir, après mon cours à Sciences Po, je me jette sur les nouvelles de notre juriste qui a assisté à la session parlementaire sur la proposition de loi contre le narcotrafic, pour savoir si nos amendements et ceux du collectif Maxime Susini ont été adoptés. Va-t-on enfin protéger les anciens gangsters qui veulent bien témoigner ? Va-t-on enfin confisquer tous les patrimoines non justifiés ? Puis c’est le choc.
Combien de signaux d’alerte avions-nous déjà reçus ?
Notre doyenne, Josette, 82 ans, envoie un message renvoyant à un article de Corse-Matin parlant d’une personne assassinée sans mentionner son nom. Josette écrit ensuite : « C’est Pierre, il est mort. » Le temps de comprendre qu’il s’agit de Pierre Alessandri. Syndicaliste. Honnête. En 2019, déjà, il avait été victime d’un incendie criminel et on avait publié un communiqué en soutien. Combien de signaux d’alerte avions-nous déjà reçus ?
En 2016, alors salarié de l’association Anticor, je me rappelle cet e-mail envoyé par un couple d’exploitants agricoles en Corse avec une photo de leur camion brûlé. Un incendie de nuit a failli mettre le feu à la chambre des enfants. Leur tort : avoir alerté sur les fraudes massives aux subventions agricoles. L’année suivante, « on » tire sur la maison de David Brugioni, maire de Centuri, en Corse du nord ; la chambre des enfants est atteinte. Ce dernier alertait depuis 2014 sur des actes de corruption de la part de l’ancienne mairie. Depuis ces deux événements, mon obsession est de répondre collectivement à cette criminalité mafieuse.
Défendre les citoyens face au crime organisé, c’est avant tout leur confier la gestion de biens confisqués au criminel.
Deux associations ne seront pas de trop pour soutenir les familles. Anticor ne cessera de mettre en action sa machine citoyenne pour faire condamner les fraudeurs ; quant à Crim’Halt, nous essayons d’apporter des outils et des bonnes pratiques pour défendre les victimes.
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