Pas de banalisation de l’usage des drogues, mais des stupéfiants qui se répandent jusque dans les zones rurales ; une répression inefficace ; des usages qui ne posent pas forcément problème : la sociologue Sarah Perrin nous éclaire sur l’usage des drogues en Nouvelle-Aquitaine.
« La répression est inefficace »
Dans ces conditions, Sarah Perrin a un avis tranché sur la répression. Le gouvernement a-t-il raison d’accroître la répression ? « Non, cingle la docteure en sociologie, puisque nous avons l’une des politiques les plus répressives d’Europe à l’égard des stupéfiants et nous avons également parmi les niveaux d’usage les plus élevés de l’Europe. Donc, la répression est inefficace à plusieurs niveaux. Déjà, la répression n’empêche pas les consommations. Elle ne prévient pas non plus les trafics. On le voit bien, les niveaux de consommation sont importants, les trafics sont accessibles ».
« Et puis, au-delà de ça, la répression va exacerber des inégalités de race, puisque les profilages policiers, ce qu’on appelle les contrôles au faciès, vont se concentrer sur des jeunes hommes précaires et racisés qui vivent plutôt dans des zones urbaines défavorisées. La répression exacerbe également des inégalités de genre, on le voit avec le phénomène des mules qui vont ramener de la cocaïne depuis l’Amérique du Sud ou avec le phénomène des nourrices qui vont garder de la drogue chez elles. La répression exacerbe des inégalités d’âge puisque ce sont les jeunes qui sont les plus ciblés par la répression, et puis également des inégalités de classe, puisque plus on est pauvre, plus on a de chances de se faire interpeller par la police. La répression exacerbe enfin des inégalités entre les pays du Sud qui sont plutôt producteurs et les pays du Nord qui sont plutôt consommateurs ».
La répression exacerbe même plusieurs types d’inégalités, énumère Sarah Perrin : inégalités de race, avec les contrôles au faciès ; inégalités de genre, avec le phénomène des mules qui transportent la drogue ou des nourrices contraintes de garder la drogue chez elles ; inégalités d’âge, les jeunes étant les plus ciblés ; inégalités de classe, « puisque plus on est pauvre, plus on a de chances de se faire interpeller par la police » ; sans oublier les inégalités entre les pays du Sud qui sont plutôt producteurs et les pays du Nord qui sont plutôt consommateurs.
Enfin, faire appel au droit pénal peut contribuer à délégitimer la loi au regard des Français, estime-t-elle. Un Français sur deux a déjà consommé du cannabis. Que la loi de 1970 considère cela comme un comportement délinquant, « c’est peut-être que c’est à la loi de s’adapter à la population et pas à la population de s’adapter à une loi qui semble obsolète ».
Sarah Perrin estime enfin que la répression est source de stigmatisation, obstacle à la prise en charge sanitaire. Certains usagers n’osent pas en parler, à leurs médecins, à leur entourage, à une structure de prise en charge, « parce qu’ils ont peur d’être jugés et de faire l’objet de sanctions judiciaires. Il est très difficile de mettre en place de vraies politiques de réduction des risques dans un contexte prohibitif ». Et la sociologue de conclure, tranchante : « Non seulement la répression est inefficace, mais en plus, elle est contre-productive. Et je dirais que cette répression est essentiellement un faire-valoir pour des acteurs politiques. Ça leur permet d’afficher des chiffres dans les médias. Ça leur permet de mettre en avant des résultats qui en réalité n’en sont pas. La répression est inefficace ».
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