octobre 28, 2015
Par Mazdak Vafaei Shalmani et Alice Papin

Stock de cocaïne de 166 kilos et d’une valeur de 10 millions d’euros caché dans les entrailles d’un bateau. Photo via Wiki Commons.
Avant de commencer l’interview, l’homme avec lequel nous avons rendez-vous nous accueille. Affable, il nous met à l’aise ; puis il nous demande nos noms, prénoms, adresses et dates de naissance. S’il a besoin de ces informations, c’est pour vérifier auprès des services compétents que nous ne mentons pas. En gros : il veut être certain que nous ne sommes pas des flics. Son contact à la Police Nationale lui affirme que non. La tension descend d’un cran. Il raccroche.
Ça fait de nombreuses années que notre contact, importateur de drogues en gros, réapprovisionne régulièrement Paris et sa périphérie en psychotropes de toutes sortes. À côté de ça, selon ses dires, il mène une vie rangée. Sa routine n’a rien à voir avec celle des membres du gang Corleone dans le film de Coppola. Il ne faut pas imaginer les barons de la drogue en short Prada, affalés sur des transats, commentant à voix haute les derniers résultats sportifs devant leur piscine chlorée. Ils bossent et se taisent. Lorsqu’on lui demande ce qu’il fait, il répond : « Homme d’affaires ».
En 2010, sur les quelque 13 000 interpellations pour usage de drogues dures en France, 4 679 étaient liées à la cocaïne et au crack. L’Observatoire français des drogues et de la toxicomanie (OFDT) précise que parmi les Français âgés de 11 à 75 ans, environ 2,2 millions en ont déjà consommé. Quelque 450 000 en ont tapé pour la seule année 2014, soit 0,8 % de la population française. Fin 2008, on estimait que le marché européen du trafic de coke était évalué à 31 milliards d’euros. Aux États-Unis, il avoisinait les 34 milliards. Tous les mois, après avoir payé tous ses intermédiaires, notre contact se fait dans les 120 000 euros. Ce qui ne l’empêche pas de rouler en Renault Clio.
On a discuté ensemble environ 40 minutes ; principalement de drogue, d’argent et de travail.

Cocaïne interceptée à Orlando, Floride, sur un passager en provenance du Panama. Photo via Wiki Commons.
VICE : Qu’est ce que vous faites pour gagner votre vie ?
Le grossiste : Je suis un homme d’affaires. Aujourd’hui j’investis dans plusieurs sociétés françaises, dont des sociétés nationales. Je dois en avoir une bonne vingtaine.
Et à la base, vous vendiez des produits illicites ?
Oui j’ai commencé très tôt, à l’âge de 15 ans. J’étais alors un simple dealer de drogue. Je vendais essentiellement du cannabis. C’est le cannabis qui m’a lancé car c’est ce qui est le plus accessible pour commencer. Il est très difficile de toucher à de la drogue dure quand on débute dans le milieu. Puis les années passent et la drogue dure vient s’ajouter au reste.
Vous avez donc gravi les échelons un à un.
Je n’ai pas vraiment suivi toutes les étapes. Je n’ai jamais été shouf par exemple [N.D.L.R. : ces jeunes chargés de prévenir les dealers de l’arrivée de la Police ]. Et je n’y suis pas monté palier par palier. Un plus grand m’a pris sous son aile ; il m’a tout appris.
Comment se passe un deal de drogue en gros ?
Tout commence lorsque je reçois un appel. On me prévient d’abord que la commande est prête. Des hommes à moi partent retrouver la marchandise dans tel ou tel coin de France, et notent sur un carnet la quantité qui est censée débarquer pour chaque ville. Cinq fournisseurs viennent alors chercher chacun leur part de marchandise pour la ramener dans les plus grosses villes de France : Paris, Nantes ou Bordeaux. Ces cinq fournisseurs alimentent ensuite les réseaux à l’intérieur même des grandes villes.
LIRE: http://www.vice.com/fr/read/la-vie-professionnelle-dun-grossiste-de-drogue-francais-347
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