ÇHINA (Taïwan): investigators seize 200 kg of cocaine in latest bust 

TAIPEI — Taiwan investigators last week seized more than 200 kilograms of cocaine that was packed inside car batteries imported from Brazil, the Ministry of Justice’s Investigation Bureau (MJIB) said Monday.

During the raid on the cargo at Kaohsiung Customs, investigators also found not just cocaine but also 51.3 kilograms of amphetamine, the investigation bureau said. 


Read more 

http://m.chinapost.com.tw/taiwan/2016/12/06/485957/Investigators-seize.htm

ITALIA (Operazione “Federico II”): scacco al traffico di droga Italia-Albania, blitz e arresti all’alba

L’operazione messa in piedi dalla Dia di Lecce ha consentito di scompaginare due distinte organizzazioni di cui una di stampo mafioso facente capo ad Andrea Leo e dedite all’estorsione e al traffico di stupefacenti.


Ennesimo scacco alla criminalità organizzata da parte della Direzione investigativa Antimafia di Lecce: sono 20 le persone raggiunte dalle prime luci dell’alba, da un’ordinanza di custodia cautelare e indagate a vario titolo, ovvero per associazione di stampo mafioso, traffico e spaccio di sostanze stupefacenti, al termine di un’articolata indagine della Dia di Lecce, avviata nell’agosto 2012 nelle province di Lecce, Prato e Sassari. 

Piu:

http://m.leccesette.it/dettaglio.asp?id_dett=40597&id_rub=58

MEXIQUE: envoyer l’armée contre les narcotrafiquants, les politiques mexicains  l’ont fait… 

Quand le niveau d’insécurité dans les rues atteint un seuil critique, une équipe politique peut être tentée d’avoir recours à l’armée pour pacifier un quartier, une ville, une région. Le Mexique, grand fournisseur de drogue pour son puissant et riche voisin du nord, est déchiré par les violences causées par les organisations criminelles qui s’occupent de ce terrible trafic. Les sommes en jeu sont, au Mexique comme dans tous les pays producteurs de drogues, colossales. L’argent corrompt tout l’Etat, et surtout les fonctionnaires de police. L’armée, à l’abri de ses casernes,  semble moins perméable à la corruption de la rue. C’est pourquoi on lui a demandé, il y a dix ans, de procéder à des opérations de police pour éradiquer la violence dans les rues. 


Dix ans après, c’est l’heure du bilan…

Le 11 décembre 2006, le président mexicain Felipe Calderon faisait déployer 5 000 hommes dans son état natal de Michoacan. L’armée était appelée pour rétablir l’ordre et lutter contre les organisations criminelles de la drogue.

Mais les assassinats passèrent de 10 253 en 2007 à 22 852 en 2011. Une grande partie de  cette effusion de sang est venue des affrontements ultra-violents entre les gangs de drogue. Ces cartels de la drogue ont terrorisé la population en laissant les corps décapités de leurs rivaux sur les bords de routes ou les accrochant sur des ponts, tandis que les charniers ont été régulièrement trouvés dans la campagne. Les civils ont également payé un lourd tribut au commerce international de la drogue. En 2010 par exemple, 72 migrants latino-américains avaient été massacrés par le cartel de la drogue Zetas dans l’État de Tamaulipas, au nord-est, après avoir refusé d’être recrutés par la bande.

La police, elle, a été régulièrement accusée de collusion avec les criminels alors que des soldats et des commandos de marine ont été accusés de torture, d’exécutions extrajudiciaires et d’abus sexuels.

Lire plus:

https://www.medias-presse.info/contre-la-drogue-envoyer-larmee-le-mexique-la-fait/66129/

VIDEO 

http://www.lci.fr/international/100-000-morts-depuis-2006-au-mexique-des-corps-dessines-pour-denoncer-les-violences-liees-a-la-drogue-2017001.html

FRANCE (Drogue au travail): « j’ai licencié un salarié qui prenait de la cocaïne, j’ai été condamné aux prud’hommes »

Une fois on l’a chopé. Il avait planqué ça sous la machine à café. Pendant le service il prenait de la coke. J’ai fait constater par la police. La brigade des stups a débarqué au restaurant, l’a attrapé, et puis terminé. Ils l’ont convoqué deux ou trois jours après, il n’avait pas grand-chose sur lui. Résultat des comptes, moi j’ai été plus souvent convoqué que lui, en tant que patron. Ensuite, j’ai demandé s’ils avaient fait des tests, ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas le droit. (…) En plus on s’est aperçu qu’il en vendait à la clientèle. Pour finir, je me suis un peu énervé et je l’ai licencié sur le champ. Résultat des courses, on a été condamné à 60 000 euros de Prud’Hommes ».
http://rmc.bfmtv.com/emission/drogue-au-travail-j-ai-licencie-un-salarie-qui-prenait-de-la-cocaine-j-ai-ete-condamne-aux-prud-hommes-1069831.html

ARGENTINA: incautan 52 kilos de cocaína en Rafaela 

Durante un control carretero en kilómetro 219 de la ruta nacional 34, a la altura de la ciudad santafecina de Rafaela, un grupo de Gendarmería secuestró más de 52 kilos de cocaína que eran trasladados ocultos en el doble fondo de un Fiat Siena. 



Leer:

http://www.lanacion.com.ar/1966358-incautan-52-kilos-de-cocaina-en-rafaela

ESPAÑA (aeropuerto de Madrid Barajas): detenidas 11 mujeres, una embarazada, con medio kilo de cocaína en la vagina

La Policía Nacional ha detenido en el aeropuerto de Barajas a once mujeres, cada una de las cuales ocultaba medio kilo de cocaína en su vagina, y una de ellas embarazada por lo que tuvo que ser trasladada al hospital urgentemente.
Leer:

http://www.larazon.es/movil/sociedad/detenidas-11-mujeres-una-embarazada-con-medio-kilo-de-cocaina-en-la-vagina-HE14107275

HONDURAS: ‘Kay’ olfateó un contenedor repleto de droga

‘Kay’ rasga la maleta desesperado. Cree que su juguete -una ligera pelota lila del tamaño de una de tenis- está dentro de la vetusta valija acostada junto con otras similares en el caliente cemento. Su balón no está ahí, sino dos pedazos de madera y mármol contaminados con droga. Él está entrenado para asociar el olor de su pelota con el de los estupefacientes y detectar las estratagemas de los narcotraficantes.

Así, como si estuviera jugando, ‘Kay’ frustró el envío de 7,2 toneladas de cocaína a Honduras. La mercadería ilegal estaba oculta en sacos repletos de harina de camarón, acomodados en un contenedor que iba a ser exportado a Holanda desde el puerto marítimo de Guayaquil. Este fue el segundo decomiso más abundante de 2016, en Ecuador. El primero fue de 11,85 toneladas de cocaína camufladas en sacos de sal, incautadas el fin de semana. El can ‘Stano’, de 2 años de edad, detectó el alcaloide, que tenía como destino Bélgica.

El pastor holandés es uno de los 190 perros policías de Antinarcóticos del Centro Regional de Adiestramiento Canino (CRAC) y está asignado a realizar controles dentro de la terminal marítima, ubicada en el extremo sur de la urbe. También ha participado en operativos en aeropuertos y correos.


Leer:

http://www.eltelegrafo.com.ec/noticias/judicial/13/kay-olfateo-un-contenedor-repleto-de-droga

TUNISIE (La Goulette): une Tunisienne d’Italie arrêtée pour trafic de drogue

Des agents de la douane ont arrêté, dimanche,  au port de la Goulette, une Tunisienne en provenance d’Italie, en possession de 150 grammes de cocaïne et 20.000 pilules d’Ecstasy.

La dame était à bord d’un un bateau en provenance de Gênes, au nord de l’Italie. La drogue était camouflée dans des cachettes aménagées dans son véhicule.

Lire:

http://kapitalis.com/tunisie/2016/12/12/la-goulette-une-tunisienne-ditalie-arretee-pour-trafic-de-drogue/

PANAMA: decomisan 110 kilos de droga y detienen a 3 colombianos 

El Servicio Nacional Aeronaval de Panamá (Senan) decomisó 110 kilos de droga y detuvo a 3 colombianos que transportaban la sustancia ilícita en una lancha rápida en aguas del Pacífico panameño, indicó hoy una fuente oficial.

Leer:

http://www.critica.com.pa/sucesos/decomisan-110-kilos-de-droga-y-detienen-3-colombianos-457589

FRANCE (Trafic de drogue): 18 gardes à vue après une vaste opération policière à Lille 

Lille est considérée comme un haut lieu du trafic et de l’approvisionnement en drogue en France, en particulier pour l’héroïne, en raison notamment de sa proximité avec la Belgique et les Pays-Bas, avec des prix « deux à trois fois » plus bas qu’ailleurs en France. 

150 fonctionnaires de police ont été engagés sur le terrain ce lundi dans la métropole lilloise, dont une centaine de la police judiciaire, appuyés par des effectifs du RAID, de la BRI de Lille et de la BRI de Rouen. Le coup de filet a été mené dans le cadre d’une enquête sur important un réseau de trafic de stupéfiants.

Lire:

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/trafic-de-drogue-18-gardes-a-vue-apres-une-vaste-operation-policiere-a-lille_1859664.html

http://m.france3-regions.francetvinfo.fr/nord-pas-de-calais/nord/lille-metropole/lille/lille-grosse-operation-policiere-contre-important-reseau-trafic-drogue-1153943.html

CAGLIARI  (Nuova condanna per Mesina): 30 anni per traffico di droga 

Condanna a 30 anni di reclusione e revoca della grazia concessa nel 2004. È la sentenza pronunciata dal tribunale di Cagliari nei confronti di Graziano Mesina, alla sbarra per associazione a delinquere finalizzata al traffico di droga. Per i giudici, l’ex primula rossa del banditismo sardo era il capo della banda. Rinchiuso nel carcere nuorese di Badu e’ Carros dal giorno dell’arresto, il 10 giugno 2013, oggi Mesina non era in aula.
Piu:

http://www.sardiniapost.it/cronaca/nuova-condanna-per-mesina-30-anni-per-traffico-di-droga/

NARCOPOLITICA: Juan Manuel Santos propone al mundo cambiar estrategia contra el narcotráfico

La lucha global contra las drogas ilegales no se está ganando y el mundo necesita cambiar la estrategia para enfrentar el narcotráfico que genera corrupción y violencia, dijo el sábado el presidente de Colombia, Juan Manuel Santos, al recibir el Premio Nobel de Paz.

Colombia es considerado uno de los principales productores mundiales de cocaína y durante más de tres décadas ha librado una guerra contra poderosos carteles, como los de Medellín y Cali que desmanteló, aunque fueron remplazados por otras organizaciones.

“El narcotráfico es un problema global y requiere una solución global que parta de una realidad inocultable: la Guerra contra las drogas no se ha ganado, ni se está ganando”, aseguró Santos.

Leer mas:

http://radiosucre.com.ec/presidente-de-colombia-propone-al-mundo-cambiar-estrategia-contra-el-narcotrafico/

SALVADOR: capturas en Acajutla por traficar 430 kilos de cocaína

Los 430 kilos de cocaína interceptados por las autoridades 173 millas náuticas al sur del Puerto de Acajutla, en Sonsonate, ayer, están valorados en $10 millones 750. 
Tras el decomiso de la droga, que estaba distribuida en varios paquetes, también fueron capturados los ecuatorianos Manuel García y Byron Andrade, y el colombiano Harold Angulo. 

Leer:

http://www.laprensagrafica.com/Movil/2016/12/12/capturas-en-acajutla-por-traficar-430-kilos-de-cocaina

http://www.elsalvador.com/articulo/sucesos/cocaina-incautada-costas-salvadorenas-esta-valorada-millones-134692

SALVADOR : 430 kilos de cocaïne saisis au large du Salvador 

Une cargaison de 430 kilos de cocaïne a été saisie dans les eaux du Salvador à bord d’une embarcation battant pavillon de l’Equateur, a annoncé lundi le ministère de la justice du Salvador.

Lire:

http://mobile2.24heures.ch/articles/584dfa63ab5c374b04000001

COLOMBIA: cayó banda que movía flotilla de navíos que llevaban cocaína a los Estados Unidos 


Policía Nacional captura a siete personas sindicada de mover droga por el Océano Pacífico. La cocaína era camuflada en lanchas y semisumergibles que salían de las costas de Chocó, Cauca y Valle del Cauca rumbo a Centroamérica. Los integrantes de esta red narcotraficante son pedidos en extradición por la justicia de Estados Unidos y tendrían nexos con el ‘Clan del Golfo’.


En Bogotá cualquier movimiento ilegal en el Pacífico colombiano tenía que ser analizado, aprobado y ejecutado por la red narcotraficante de ‘J’ o ‘Primo’. Los integrantes de la estructura, conocedores del mar, con amplia experiencia en navegación y tripulación de lanchas rápidas tipo go fast, quedaron en evidencia gracias a un trabajo investigativo y de interdicción adelantado durante los últimos dos años por la Policía Nacional y las autoridades de Estados Unidos.

La Dirección Antinarcóticos de la Policía Nacional capturó a siete de las principales piezas en el engranaje de la organización, en una operación simultánea realizada en Cali, Cartago y Buenaventura (Valle del Cauca).

Leer 

http://diariodelsur.com.co/noticias/judicial/video-cayo-banda-que-movia-flotilla-de-navios-que-llevaban-c-259960

DNRED (Douane française): la CELTIC (cellule d’études et de lutte contre les trafics illicites par conteneurs)

Aux portes du hangar Pélican, sur le terminal de France du port du Havre (Seine-Maritime), trois conteneurs attendent. Des tee-shirts blancs venus d’Asie, des éléments de construction arrivés d’Inde, des sacs en toile du Bangladesh. « La maroquinerie, c’est un grand classique des saisies douanières », note Laurence Coredo, chef du pôle action économique des services.

Le flair du douanier

Ce n’est pas le hasard qui a fait arriver ces conteneurs dans ce lieu, mais les services des douanes. Précisément, les cibleurs de la Celtic (cellule d’études et de lutte contre les trafics illicites par conteneurs), qui ont isolé ces marchandises parmi les dizaines de milliers de tonnes débarquées chaque jour. Comment ces conteneurs ont-ils ainsi été ciblés ? « On agit avec plusieurs sources, détaille Sonia Lecomte, chef du pôle orientation des contrôles à la direction régionale des douanes du Havre. Nos propres analyses de risques, l’orientation donnée par la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) sur la nature des contrôles à pratiquer… Il s’agit de chercher une aiguille dans une botte de foin, et on ne peut pas la chercher au doigt mouillé. Ce qu’on appelle le flair du douanier a été théorisé, automatisé… »

Haro sur la contrefaçon (ou l’héritage du pantouflage chez LVMH du DG de la Douane Pierre Mathieu Duhamel qui sitôt revenu comme Directeur du Budget sortira une directive reléguant au second rôle la lutte contre le narcotrafic pour privilégier la lutte contre la contrefaçon)

Les neuf cibleurs de la Celtic épluchent les manifestes (les bordereaux de voyage des marchandises) sur lesquels figurent la raison sociale de l’expéditeur, du destinataire, la nature des marchandises, leurs poids, volume et mode de conditionnement, le numéro du conteneur, le nom du navire… « On cherche des anomalies, des irrégularités », note olivier Herbaut, chef de la cellule : une origine incongrue, un expéditeur inconnu, un conditionnement inhabituel, un poids incohérent… « Le plus régulier, c’est la contrefaçon », poursuit le chef des cibleurs. Cette année, peu de marques de luxe, mais du savon, du shampoing, des rasoirs… » C’est justement ce que recherche Martine ce jour-là. En présence d’un représentant de l’expéditeur, cet agent des douanes fait ouvrir les conteneurs. Les deux plombs (des scellés métalliques numérotés) sont brisés. Les portes s’ouvrent. Pas besoin dans l’immédiat de dépoter — vider l’intégralité du contenu –, quelques cartons sont ouverts, des échantillons sont prélevés pour vérification de ces sondages auprès du fabricant.

Des saisies très inégales

Et puis il y a la drogue, qui régulièrement fait parler d’elle sur le port. 110 kg le 14 juin, 80 kg deux semaines après… « Il n’y a aucune règle dans la régularité des saisies, note Gaël Guillaume, chef d’échelon de la direction des opérations douanières de Rouen. S’il y avait une règle, on la détecterait au ciblage. On ne se dit jamais que les trafiquants sont idiots, il faut au contraire les présumer intelligents, avec leur propre analyse de risque. Plus le chemin est long, plus il y a d’étapes, plus il y a de risques pour le trafiquant. Donc ça dépend de la qualité de l’organisation criminelle, de ses moyens. Or, 100 kg de cocaïne, c’est 4,5 M€ au prix de gros. Et tout homme a un prix… »

Les dockers sous surveillance

Une manière de reconnaître, sans toutefois incriminer les dockers parfois mis en cause pour complicité de trafic de stupéfiants, la tentation pour certains de participer au passage de la poudre en se prêtant au « rip off » (voir infographie). Sébastien Dumetz, responsable de manutention pour la compagnie concessionnaire du terminal, docker, fils, petit-fils, arrière-petit-fils de docker, veille au ballet de « 25 000 boîtes sur le terminal ». Lui montre les caméras, le portail d’accès du terminal où un passe nominatif est exigé et défend ses collègues. « Celui qui fait le con, il est interdit portuaire. Concernant le rip off, un docker a été impliqué. Il a été averti pendant sa formation, et il a pris ses responsabilités, il a tout perdu. Mais 1 sur 2 200 dockers au Havre, ce n’est pas beaucoup… »
source:http://www.leparisien.fr/espace-premium/fait-du-jour/les-douaniers-en-premiere-ligne-05-08-2014-4046769.php

NARCOTRAFIC (VIII): le régime international de contrôle en question 

Par Francois Polet 

Développement sans précédent dans l’histoire de la diplomatie des drogues, l’idéologie prohibitionniste qui imprègne le régime international de contrôle des stupéfiants est depuis quelques années l’objet d’un mouvement de contestation au plus haut niveau politique. Les contributions rassemblées dans ce numéro s’en font toutes l’écho d’une manière ou d’une autre.


Effet ballon et criminalisation de la pauvreté

Ces remises en question naissent d’abord de la constatation de l’échec de l’approche outrancièrement répressive de la « guerre aux drogues ». Cet échec se lit d’abord dans les chiffres. En 1998, lors de la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies sur les drogues (UNGASS), les gouvernements s’étaient donné dix ans pour libérer le monde des drogues (« a drug free world »). En 2008, le nombre de consommateurs d’opiacés dans le monde avait pourtant augmenté de 34 %, celui de cocaïne de 27 %, celui de cannabis de 8 % (Commission mondiale pour la politique des drogues, 2011). Non seulement l’approche répressive ne s’est pas montrée efficace, mais elle s’avère contre-productive car c’est l’interdiction des drogues elle-même qui multiplie le prix de celles-ci et suscite les activités criminelles liées à son commerce. En témoigne le précédent historique du fabuleux enrichissement de la mafia et de l’expansion de son pouvoir corrupteur durant les années de la prohibition de l’alcool aux États-Unis.

La lutte frontale contre les trafiquants a bien permis de démanteler tel cartel ou de « nettoyer » telle région, mais elle n’a jamais débouché sur une baisse globale de la production. Car, à demande égale, la réduction de telle ou telle filière entraîne un renchérissement du produit qui stimule les trafiquants à augmenter la production ou le trafic ailleurs. Un phénomène de géographie économique qualifié d’« effet ballon » [5]. Ainsi la performance du système de surveillance états-unien dans les Caraïbes dans les années 1990 n’a pas entraîné de baisse de l’entrée de cocaïne sur le territoire états-unien, mais un déplacement du trafic par l’itinéraire centro-américain et mexicain. De même, le succès du « bridge denial » entre le Pérou et la Colombie au début des années 1990 a mené à une chute de la production de coca au Pérou mais à une augmentation concomitante des cultures colombiennes. Quelques années plus tard, les campagnes d’éradication forcenées du Plan Colombie ont mené à une (petite) baisse de la production colombienne… immédiatement compensée par un rebond des productions péruvienne et bolivienne.

La focalisation de la répression sur la production et le trafic a par ailleurs des effets pervers dramatiques, qui démultiplient les coûts sociaux et politiques du narcotrafic et en créent de nouveaux. En s’efforçant de démanteler les gangs, les forces de l’ordre perturbent les positions acquises et déclenchent régulièrement de sanglantes guerres de succession. A fortiori lorsque, comme c’est souvent le cas, elles mènent des campagnes à géométrie variable et concentrent leurs forces sur certains réseaux en en épargnant d’autres. La militarisation de la lutte contre les trafics a également comme conséquence une hypertrophie des appareils de sécurité militaire et policier (au détriment des dépenses sociales), un nivellement par le bas du respect des droits humains et une criminalisation des populations pauvres qui fournissent l’essentiel des « petites mains » de la production et du trafic.

Par ailleurs, les campagnes d’épandage aérien telles qu’elles ont été pratiquées à grande échelle en Colombie ont eu des conséquences désastreuses sur la végétation environnante. Plus généralement, les campagnes d’éradication forcée en Colombie ou au Pérou alimentent indirectement la déforestation en incitant les trafiquants à déplacer leurs plantations dans des régions toujours plus isolées de la forêt amazonienne, où ils entrent en contact avec les populations indigènes qui utilisent traditionnellement les terres convoitées. La prophétie de Ricardi Soberon à ce propos est pour le moins inquiétante : « De plus en plus, le bassin de l’Amazone sera confronté à une colonisation progressive et désordonnée, catalysée par les activités économiques illicites. Cela entraînera non seulement la destruction rapide, mais aussi l’implication graduelle des sociétés rurales ancestrales dans cette spirale associée à la criminalité. »

Quant aux programmes de développement alternatif menés parallèlement aux campagnes d’éradication pour détourner les paysans des cultures illicites, ils ont donné des résultats mitigés. Dans leur contribution sur le « miracle » de San Martin (Pérou), Mirella van Dun, Hugo Cabieses Cubas et Pien Metaal identifient les faiblesses de la majorité de ces expériences : focalisation sur les monocultures d’exportation, dépendance des financements internationaux, mauvaises gestion et méconnaissance des causes structurelles de l’implication des populations dans les cultures incriminées. Sans compter le fait que, étant donné « l’effet ballon », la moindre production dans telle région est rapidement compensée par une extension des cultures dans la région voisine.


Fronde latino-américaine

Il en va de la politique des drogues comme de bien d’autres domaines de la diplomatie interaméricaine : la prééminence de la vision états-unienne ne va plus de soi. « Un développement décisif » pour reprendre le titre de l’article d’Amira Armenta, Pien Metaal et Martin Jelsma, qui reviennent dans le détail sur les ressorts du désaccord latino-américain. Cette insatisfaction largement partagée vis-à-vis du modèle prohibitionniste imposé de l’extérieur a des tonalités variables suivant les contextes nationaux.

L’évolution la plus remarquable a paradoxalement été initiée par deux chefs d’États conservateurs et proches des États-Unis, les présidents Otto Perez Molina (Guatemala) et Juan Manuel Santos (Colombia), qui ont mis sur la table lors du Sommet des Amériques d’avril 2012 la nécessité d’une révision réaliste des politiques de contrôle des drogues sur le continent. Avec leurs homologues du Costa Rica et du Mexique notamment, ils estiment que leurs sociétés paient un prix exorbitant à la guerre aux drogues orchestrée depuis Washington, notamment sous la forme d’une escalade de la violence et d’un encombrement de leurs systèmes carcéraux. Si aucune alternative n’a fait l’objet d’un consensus, des options autrefois inimaginables sont en cours de débat entre présidents centro-américains, en ce compris la « dépénalisation » du transit et la réglementation de la production, du commerce et de la consommation de drogues.

La dissidence du président bolivien était plus prévisible. Porté par un large mouvement populaire de réappropriation « nationale » des ressources naturelles, Evo Morales est aussi un syndicaliste cocalero qui, à ce titre, a plusieurs fois été la cible des opérations de la DEA durant les années 1980. « Coca oui, cocaïne non ! » – pour le leader aymara, la feuille de coca mastiquée par des millions d’indiens depuis des millénaires doit être réhabilitée en tant que symbole de l’identité nationale et les conventions internationales qui la criminalisent doivent être modifiées. Les agents de la DEA seront expulsés en 2008, une question de «  dignité et de souveraineté ». Cinq ans plus tard, le gouvernement affirme, chiffres à l’appui, que la nationalisation de la lutte contre le narcotrafic s’est traduite par une plus grande efficacité. Ce rejet de l’ingérence états-unienne est sans surprise partagé par les voisins vénézuélien et équatorien.

Moins spectaculaire, l’évolution des pays du cône sud (Argentine, Brésil, Uruguay) dans le sens d’une dépénalisation de la possession de drogues « pour usage personnel » traduit cependant un changement important dans les mentalités et la montée des préoccupations de santé publique. En pointe dans le débat, l’Uruguay envisage de mettre en place un « Institut national du Cannabis » qui, d’une part, distribuerait des licences de production, d’autre part, vendrait directement le produit, ce qui ferait du petit pays sud-américain le premier « fournisseur officiel » de cannabis au monde. Notons par ailleurs que l’ex-président brésilien Fernando Enrique Cardoso est président de la Commission mondiale pour la politique des drogues, une initiative de tout haut niveau (y participent notamment deux anciens présidents du Mexique et de Colombie, ainsi que l’ex-Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan) visant à sortir le monde de la « guerre aux drogues ».

La fronde latino-américaine débouchera-t-elle sur une réforme du régime international des drogues ? Si pour Armenta, Metaal et Jelsma le déblocage du débat est irréversible, l’adoption de propositions communes de changements de la part des nations latino-américaines n’est pas pour demain. La conjoncture internationale est pourtant favorable, souligne Carolina Cepeda, avec une présidence Obama ayant pris ses distances avec les accents les plus répressifs de la lutte contre les drogues (l’éradication forcée notamment) et débarrassé son lexique de l’expression « guerre aux drogues ». Un assouplissement qui ne va cependant pas jusqu’à sortir du paradigme prohibitionniste… et qui pourrait même s’assimiler à une tactique pour diviser les pays critiques, d’après Luis Astorga. D’autant que les partisans de la ligne dure comptent des alliés de poids dans le reste du monde, à commencer par la Russie et la Chine. Mais le choix récent de deux États états-uniens de légaliser l’usage du cannabis est peut-être annonciateur d’une évolution plus nette des positions américaines. Et les États latino-américains devraient pouvoir compter sur des alliés, notamment européens, pour faire bouger les lignes dans les enceintes internationales.

[5En référence au fait que si l’on comprime un ballon gonflable en un endroit, l’air à l’intérieur de celui-ci ne diminue pas mais se déplace.

Source :

http://www.cetri.be/Ravages-du-narcotrafic-naufrage-de

NARCOTRAFIC (VII): le régime international de contrôle des drogues 

Par Francois Polet 

Le principal carburant du phénomène du narcotrafic réside cependant dans l’orientation adoptée depuis un siècle par la communauté internationale pour… réduire la consommation de drogues, à savoir la mise en place et le renforcement d’un régime international de contrôle des drogues axé sur la prohibition. Ce régime est aujourd’hui l’objet de vives critiques, du fait de son inefficacité et de ses effets pervers, mais également de son caractère asymétrique et de ses contradictions, reflets d’inégalités politiques historiques au sein de l’ordre international.

De La Haie à l’Initiative de Mérida : un régime déséquilibré

Le projet d’un système international de contrôle des drogues naît en 1912 lors de la Convention internationale de l’opium de La Haie, à laquelle seules une douzaine de nations participent. Visant à éviter toute production et distribution d’opium en dehors d’un cadre scientifique et médical strictement contrôlé, la rencontre est, déjà, le résultat de l’activisme des États-Unis, qui viennent de prendre les Philippines aux Espagnols et constatent avec effroi le degré d’intoxication de la population des îles, et plus largement de cette partie de l’Asie, suite au « libre » commerce imposé par les européens depuis les guerres de l’opium du 19ème siècle. La restriction de l’opium est à la fois un devoir moral et une manière d’affaiblir commercialement les puissances coloniales, tout en améliorant la relation entre les États-Unis et la Chine, principale victime du commerce de l’opium (Sinha, 2001).

Dès sa naissance donc, la diplomatie des drogues est animée par un mixte étonnant de motivations morales, économiques et géopolitiques. Les traités internationaux adoptés par la suite dans le cadre de la Société des nations, puis des Nations unies, en porteront tous la marque, notamment les trois principaux textes qui constituent l’armature juridique du régime de contrôle actuel : la Convention unique sur les stupéfiants (1961), qui ramasse les traités antérieurs en un seul texte et porte essentiellement sur l’opium, l’héroïne, la cocaïne et le cannabis ; la Convention sur les substances psychotropes (1971), suite au décollage de la consommation de LSD et autres substances de synthèse en Occident ; et enfin la Convention contre le trafic illicite de stupéfiant (1987), qui vise à harmoniser 
les législations nationales dans un sens nettement répressif.

Outre son orientation prohibitionniste et répressive, au détriment des considérations de santé publique et de droits humains, le régime de contrôle international consacré par ces textes connaît deux déséquilibres, particulièrement préjudiciables pour les anciennes colonies. Tout d’abord l’idée d’un contrôle souple sur les substances d’origine végétale, défendue par les États du Sud dont de larges pans de la population consommaient de manière traditionnelle les matières incriminées ou vivaient de leur production, a été écartée. A l’inverse, les besoins des industries pharmaceutiques occidentales ont été globalement épargnés – ceux-ci relevant des domaines « médical » et « scientifique » -, notamment au sein de la Convention de 1971 sur les produits de synthèse.

Par ailleurs, comme le signale Jai Sinha, en étant centrée sur l’offre de stupéfiants (la production et le trafic), elle déplace « le fardeau et les coûts du contrôle des stupéfiants principalement vers les pays en voie de développement asiatiques et latino-américains, qui n’avaient ni la disposition culturelle, ni les ressources requises pour procéder à une telle ingérence – ni la puissance économique ou militaire qui leur aurait permis de refuser ce qu’on leur imposait » (2001). Des pouvoirs étendus furent par ailleurs accordés à l’Organe internationale de contrôle des stupéfiants (OICS), organisme onusien sous influence états-unienne chargé de vérifier le respect des trois conventions. Dans la pratique, l’appareil de contrôle s’appliquera essentiellement dans un sens Nord-Sud, les pays occidentaux – États-Unis en tête -, s’appuyant sur la qualité juridiquement contraignante des conventions pour réclamer le durcissement des politiques anti-drogues dans le reste du monde.

L’ingérence au nom de « la lutte contre les drogues » franchit plusieurs paliers lorsque les États-Unis décidèrent de porter au coeur de l’Amérique latine la « guerre aux drogues » proclamée en 1971 par le président Nixon. Des opérations en terrain bolivien et péruvien de la Drug Enforcement Administration (DEA) dans les années 1980 à l’énorme programme d’assistance militaire à la Colombie dans le cadre du « Plan Colombie » au tournant du millénaire, l’implication états-unienne prit des formes de plus en plus massives et diversifiées dans les campagnes nationales de démantèlement des trafics. [4] Signe d’un déplacement du front principal de la guerre aux drogues, l’Initiative de Mérida, sorte de réplique à moindre échelle du Plan Colombie, vise à renforcer les forces armées mexicaines dans le cadre de la « guerre contre le trafic de drogues » décrétée en 2006 par un président Calderón en manque de légitimité. L’« initiative » soutient également les efforts de répression en Amérique centrale et dans les Caraïbes.

Instrumentalisation des trafics… et de la guerre aux trafics

Le régime international de contrôle des drogues n’est pas seulement biaisé dans ses orientations répressives et centrées sur l’offre. Á l’instar d’autres politiques internationales, il est aussi l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques. Le rôle de « croisé de la prohibition » que les États-Unis se donnent volontiers dans les enceintes de la diplomatie des drogues n’a pas empêché leurs services secrets de subordonner allègrement la « guerre aux drogues » à d’autres dimensions de leur politique extérieure. Des débris du Kuomintang réfugiés en Birmanie aux Contras du Nicaragua, en passant par les talibans afghans, l’objectif suprême du containment a régulièrement amené la CIA à tolérer, voire à soutenir directement la mise en place de réseaux d’écoulement d’héroïne ou de cocaïne permettant le financement clandestin de groupes armés objectivement alliés.

Avec la fin de la guerre froide et surtout les attentats du 11 septembre 2001, le narcotrafic devient un enjeu central de la doctrine sécuritaire des États-Unis et dans une certaine mesure des autres puissances. Pour les stratèges du Pentagone, l’Afghanistan démontre que le terrorisme et les réseaux de la drogue sont des phénomènes qui s’alimentent mutuellement, voire se confondent, dans les zones de non-droit délaissées par les États faillis, il s’agit donc de recourir aux grands moyens pour combattre le « narco-terrorisme » partout où il fait mine de s’enraciner. La force évocatrice de l’expression diabolise les acteurs, dépolitise les enjeux et est rapidement réappropriée par des pouvoirs nationaux en quête de légitimation de leurs stratégies répressives, de la Colombie au Sri Lanka. Les conseils, offres de services et pressions de toutes sortes se multiplient des États-Unis vers les États supposés manquer de fermeté ou de capacité d’action dans la répression du phénomène. Ces mêmes États que la doctrine d’hier jugeait pléthoriques et envahissants…

Et pourtant ce regain d’activisme international contre les trafics cohabite avec d’autres enjeux, à commencer par celui de la proximité géopolitique avec les États-Unis. Mercille le démontre dans son article sur l’Afghanistan, où Washington s’accommode d’alliés – Hamid Karzai et son entourage en l’occurrence – dont les liens avec le trafic d’héroïne ont suffisamment été démontrés, tout en menant une « guerre aux drogues » sélective visant uniquement les trafiquants liés aux talibans. Une même compréhension a prévalu dans le contexte colombien face à la tolérance du président Uribe vis-à-vis de groupes paramilitaires d’extrême droite tout autant, si pas plus impliqués dans le narcotrafic que les FARC. Le fait que les États-Unis avaient dû fermer leur base militaire au Panama en 1999 et que l’ex-président colombien mettait à leur disposition l’accès à plusieurs bases n’y était certainement pas pour rien.

Le conditionnement géopolitique de la guerre aux drogue apparaît aussi clairement dans le très controversé processus de « certification » auquel les États-Unis s’adonnent annuellement afin d’évaluer la coopération des pays de production ou de transit au système de contrôle international. D’une part l’objet de cette évaluation, qui peut déboucher sur une suppression de l’aide états-unienne, réside moins dans l’engagement des gouvernements dans la lutte contre la drogue que dans leur collaboration avec les agences anti-drogues américaines. D’autre part il est évident que les considérations stratégiques pèsent lourdement dans la classification des États. Ainsi les deux pays ayant récemment rejoint la Birmanie dans la catégorie des pays ayant « clairement échoué à remplir leurs obligations » en matière de respect des conventions internationales ne sont pas la Guinée Bissau ou l’Afghanistan mais… le Venezuela et la Bolivie.

[4Pour autant, comme le précisent Tickner et Cepeda dans ce numéro à propos du Plan Colombie, l’adoption de ces dispositifs d’assistance externe anti-drogues répond aussi aux stratégies des gouvernements locaux.

Source:

http://www.cetri.be/Ravages-du-narcotrafic-naufrage-de

NARCOTRAFIC (VI): libération économique et expansion du narcotrafic 

Par Francois Polet 

Si les responsabilités des élites du Sud ne peuvent être éludées, l’ampleur et les formes empruntées par l’économie du narcotrafic ces trente dernières années sont davantage le résultat d’un certain nombre de biais et d’asymétries de la gouvernance internationale. Sur le plan de la gestion de la mondialisation tout d’abord. Les politiques de libéralisation des économies et des marchés financiers promues depuis les grandes agences internationales ont indiscutablement contribué au renforcement du narcotrafic.

La baisse des tarifs douaniers et autres barrières aux échanges a radicalement augmenté les flux de marchandises et de capitaux, ainsi que le caractère transnational des filières de production, notamment dans le secteur agroalimentaire. « Bien souvent les réseaux de trafiquants ont profité des instruments et des mécanismes qui libéralisent le commerce de biens et services pour transporter la drogue et d’autres produits illicites » indique Ricardo Soberón Garrido. Dans la pratique, la priorité à l’augmentation et à la fluidité des échanges qui commande le commerce international rend le contrôle systématique des containers virtuellement impossible.

Les politiques d’ajustement structurel préconisées par la Banque mondiale, le FMI et le GATT/OMC aux pays latino-américains, africains et asiatique au cours des années 1980-1990 – ouverture aux importations de biens agricoles et démantèlement des politiques de soutien à la petite agriculture – ont objectivement renforcé l’attrait économique des cultures de pavot, de coca et de cannabis pour les paysans pauvres. Les autorités elles-mêmes ont parfois fermé les yeux sur des cultures illicites qui permettaient d’amortir les coûts sociaux de l’ajustement et d’accumuler des devises étrangères protégeant le pays d’une éventuelle crise de la dette (Dabène, 1996).

Combinées aux effets de la crise économique et de la baisse des recettes d’exportation, ces mêmes mesures d’ajustement ont mené à un resserrement brutal des moyens des États. Les plus affaiblis, en Afrique notamment, ont d’une part réduit leur contrôle sur des pans entiers de leur territoire – y favorisant la prolifération d’activités criminelles -, d’autre part poussé une partie de l’élite politique et militaire à se reconvertir dans des activités illicites pour se maintenir au pouvoir, signant le passage de l’État « kleptocrate » à l’État « malfaiteur » (Bayart, Ellis et Hibou, 1997). Les nouveaux narco-États sont avant tout des États faillis.

Les politiques de dérégulation de la sphère financière depuis les années 1980 ont quant à elles hautement facilité les opérations de blanchiment de l’argent sale. « Ce phénomène est venu renforcer la puissance des organisations criminelles transnationales les plus liées au commerce de la drogue » (Lalam, 2011). Malgré quelques avancées sur le secret bancaire suite au 11 septembre 2001 et à la crise financière de 2008, les pays riches ont les plus grandes difficultés à mettre de l’ordre dans l’entrelacs de places off-shore et autres paradis fiscaux servant de zone d’intersection entre les flux financiers licites et illicites.

Source:

http://www.cetri.be/Ravages-du-narcotrafic-naufrage-de

NARCOTRAFIC (V): corrosion des institutions, criminalisation du politique, conflits

Par Francois Polet 

Si la banalisation de la violence criminelle sous l’effet du narcotrafic est propre au continent latino-américain, aucun territoire de culture ou de transit des stupéfiants n’échappe à l’action délétère du trafic sur les institutions. Celle-ci découle « logiquement » de la puissance financière des mafias vis-à-vis des représentants de l’État dans les régions concernées. D’autant que, pour les sites de production comme pour les « routes » de la drogue, les préférences des trafiquants vont aux régions isolées, négligées par les pouvoirs centraux, où les autorités locales comme les agents des échelons inférieurs de la police ou de la douane sont mal payés et donc sensibles aux arguments « sonnants et trébuchants » des criminels. Il n’est qu’à imaginer la rencontre entre un garde-frontière guinéen ou malien dont le salaire, quand il est versé, dépasse à peine 50 euros et un « narco » colombien brassant des millions de dollars.

Mais l’influence corruptrice des trafiquants va le plus souvent bien au-delà des agents locaux pour toucher les niveaux supérieurs de la justice, de la police, de l’armée, de la classe politique, des services secrets. L’enjeu : obtenir par l’achat des autorités des conditions optimales pour le développement discret de leurs activités criminelles. Achat agrémenté d’intimidation lorsque l’autorité en question refuse de marchander sa probité. Mais les agents de l’État ne sont que rarement objets passifs de corruption. Dans bien des cas ce ne sont pas les trafiquants qui les approchent, mais eux-mêmes qui traquent les contrebandiers afin de monnayer leur libération. Aux Philippines notamment, Nex Benson nous apprend que le rançonnement des trafiquants, grands ou petits, est un véritable fléau au sein de la police anti-drogues.

Dans plusieurs pays, des responsables publics de haut rang vont jusqu’à devenir collaborateurs actifs des trafiquants, voire organisateurs directs de trafics. Phénomène de « criminalisation du politique » donc, mais aussi parfois de « politisation de la criminalité », lorsque des barons de la drogue rentrent en politique afin d’influer le cours des décisions dans le sens de leurs affaires. Principales incarnations des narco-États dans les années 1990, la Birmanie – longtemps considérée « État trafiquant type » (Labrousse, 1993) -, la Colombie, le Pérou, la Bolivie, la Turquie ou le Nigeria se sont vues déclassés par l’Afghanistan, la Guinée Bissau, le Mexique ou le Tadjikistan comme États les plus régulièrement associés au concept [3]. Plus généralement, si le poids politique du narcotrafic a baissé dans les pays andins, il aurait augmenté en Amérique centrale et au Mexique, dans les républiques d’Asie centrale, mais aussi en Afrique de l’Ouest.

Relevons enfin que les activités du narcotrafic contribuent au financement de dizaines de conflits politiques, religieux ou identitaires qui constituent autant de sources de déstabilisation politique et de crispations autoritaires. La récente prise du Nord-Mali par des groupes armés islamistes dont une partie des ressources provenait du rançonnement du trafic transsahélien de la cocaïne en constitue la dernière illustration. Les interactions entre drogues et conflits peuvent prendre des formes variées (Labrousse, 2011). Il existe parfois une proximité politique ou ethnique entre les producteurs de cultures illicites de régions marginalisées et les guérillas prétendant défendre leurs droits – cas des FARC « révolutionnaires » dans les régions pauvres de Colombie ou des talibans dans les provinces à majorité pachtoune d’Afghanistan.

Les organisations rebelles peuvent également tirer profit de la commercialisation des drogues, en taxant les trafiquants ou en assurant elles-mêmes le rôle d’intermédiaires – cas des Tigres tamouls du Sri Lanka. Enfin certaines d’entre elles finissent par s’impliquer dans les étapes les plus rentables de la transformation et de la distribution sur les marchés de consommation – cas du Parti des travailleurs du Kurdistan. Alain Labrousse relève aussi qu’au cours du conflit la drogue peut devenir un enjeu relatif, voire une fin en soi, les organisations politiques dégénérant en organisations purement criminelles. Ce processus de criminalisation concerne d’ailleurs tout autant les forces contre-insurrectionnelles chargées de mater les rebelles.

[3Un concept dont le contenu comme l’application, il faut le souligner, sont l’objet de controverses scientifiques et d’instrumentalisations géopolitiques.

Source:

http://www.cetri.be/Ravages-du-narcotrafic-naufrage-de