Cette affaire Cedar recèle également un volet politique des plus sensibles.
La DEA soupçonne les deux têtes de ce réseau de blanchiment de travailler aussi pour le compte du Hezbollah, le parti paramilitaire chiite libanais dont l’implication dans le trafic de drogue aux côtés de nombreux cartels sud-américains lui rapporterait près de 500 millions de dollars annuels. Le nom de Mohammad Ammar revient notamment dans le « Projet Cassandra », une vaste enquête menée depuis 2008 par la DEA sur les activités de la milice dans le trafic de drogue [le site Politico vient de révéler que la présidence Obama aurait freiné cette enquête pour ne pas nuire à la signature de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, principal soutien du Hezbollah, NDLR].
Dans le téléphone de Mohamad N., considéré lui-aussi par la DEA comme un associé du Hezbollah, les policiers ont ainsi découvert le numéro de Mohamad Ali, un individu interpellé en juin 2016 à l’aéroport d’Abidjan, alors qu’il transportait près d’un 1,7 million d’euros, une somme provenant du trafic de drogue en Afrique et destinée au parti chiite.
Plus étonnant, le réseau œuvrait également pour les frères ennemis du parti chiite. Lors de son audition, une petite main du réseau, Abdel M., ancien chauffeur de maître en France d’un homme d’affaires libanais, affirmera en outre avoir remis à Paris près de 250.000 euros en espèces à celui qui lui avait été présenté comme l’avocat libanais de la famille Hariri, chef de file des sunnites libanais. Un argument avancé par Abdel M. et Ali Z. pour contester avoir eu connaissance de l’origine illicite des fonds. Entendu par les policiers français, l’avocat en question aurait affirmé que l’argent était destiné à Fahd Hariri, le frère de Saad Hariri, le premier ministre libanais. Lui aussi fera l’objet d’une audition. Selon nos informations, Fahd Hariri aurait reconnu avoir eu recours à ce réseau de banque parallèle depuis 2014 afin d’obtenir des espèces lors de ses séjours en France, ses autorisations de retraits limitées à 25.000 euros ne couvrant pas ses besoins. Il dira toutefois ne pas connaître les protagonistes du réseau. Selon Mediapart, l’enquête concernant ce volet pour le moins embarrassant de l’affaire aurait été rapidement stoppée. Ni l’avocat ni Fahd Hariri n’ont été mis en examen dans ce dossier, ni confronté aux autres protagonistes.
Par Vincent Monnier
Journaliste
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