
Les lourds soupçons de collusion entre le gouvernement socialiste et les narcotrafiquants devraient peser sur les négociations d’adhésion du pays à l’UE, qui seront évoquées lors du Conseil européen de jeudi et vendredi.
Le fourgon fonce à toute vitesse sur une petite route de campagne. Armés jusqu’aux dents, des policiers en descendent et sécurisent la zone, avant d’encercler des plants de cannabis qu’ils coupent et incendient. Depuis des années, ces images composent le clip promotionnel de l’action du gouvernement albanais face aux trafiquants. Illustrant la «guerre impitoyable contre le crime et la drogue» promise par le Premier ministre socialiste, Edi Rama, élu en 2013, elles animent régulièrement les soirées télé des Albanais. Mais la plante que l’on arrache devant les caméras est en réalité des plus invasives.
Voiture suspecte
Si la célèbre «capitale du cannabis», Lazarat, à la production annuelle estimée à près de 1 000 tonnes, est tombée en 2014, ses graines se sont disséminées. Dès les années suivantes, la culture s’est étendue à toutes les montagnes, faisant de l’Albanie le premier producteur au sein de l’Union européenne. La police italienne, qui survole le pays depuis six ans à la recherche des plantations de chanvre, observe, éberluée, cette progression et double la superficie passée au crible. En 2017, ses avions scrutent le quart du territoire albanais. Trop parfait pour être honnête, le spectacle mis en scène par les autorités est perturbé à plusieurs reprises : corruption, liens avec le crime organisé… les scandales frappent jusqu’au sein du gouvernement. A l’heure où l’Albanie redouble d’efforts pour obtenir l’ouverture des négociations concernant son adhésion à l’UE – qui sera discutée au Conseil européen de jeudi -, nombreux sont ceux qui s’interrogent : la lutte contre les trafiquants menée depuis cinq ans par Edi Rama n’est-elle qu’une farce ?
Pour Dritan Zagani, officier de la police albanaise, la réponse ne fait aucun doute. Exilé en Suisse, qui lui a accordé l’asile politique en 2015, il a été le premier à dénoncer les liens entre les autorités de son pays et les groupes criminels.
‘Avant 2013, il y avait une lutte continue entre les trafiquants et les policiers. Parfois on gagnait, parfois c’était eux.
Et puis tout a changé, les criminels sont arrivés au pouvoir’
n’hésite pas à affirmer Zagani qui, de 2009 à 2014, a fait la chasse aux trafics en direction de l’Italie.
Au cours de ses enquêtes, il a remarqué la présence d’une voiture suspecte : de couleur noire, elle était régulièrement utilisée par les trafiquants. «J’ai relevé le numéro de la plaque et l’ai vérifiée dans le système. Propriétaire du véhicule : Saimir Tahiri, le ministre de l’Intérieur», raconte le policier. Zagani transmet alors à ses supérieurs un rapport qui reste sans suite… et se retrouve lui-même sous le coup d’une enquête interne, accusé d’avoir fourni des informations à des collègues italiens. Le policier passe plus de six mois en prison avant d’être assigné à résidence. Après huit mois «à vivre comme un paria», il se résout à demander l’asile en Suisse.
«Colombie de l’Europe»
Plus au sud, les autorités grecques croulent elles aussi sous les tonnes de cannabis de l’Albanie voisine…..LIRE la suite
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Un skipper qui part l’esprit tranquille




