OCRTIS France: l’enfumage continue…

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Blog : Le blog de KShoo

Est-ce un hasard si, tandis que l’Observatoire français des drogues et de la toxicomanie (OFDT) publie son rapport annuel toujours plus accablant pour ce qui est de la politique française des drogues, l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS) annonce, lui, des saisies records de cannabis en ce mois de décembre ?

Pas moins de 11 tonnes de résine auraient ainsi été interceptées par la vénérable institution policière elle-même impliquée dans l’une des plus rocambolesques affaires de corruption connues à ce jour.

S’agirait-il là d’une nouvelle manœuvre visant à occulter les minables résultats d’un dispositif répressif n’ayant jamais atteint ses objectifs sauf s’il s’agissait de dynamiser le crime organisé. Jamais celui-ci n’a autant prospéré, appuyé désormais par tout un panel de milliers de petites mains employant les outils que la technologie numérique met désormais à leur disposition, leur permettant d’assurer l’approvisionnement des millions d’usagers que compte notre pays.

En à peine 10 ans, nous sommes passés du vulgaire deal de rue aux « fours », ces véritables centres commerciaux des drogues où peut venir se ravitailler tout un chacun. Des lieux bien connus d’une police impuissante, extrêmement bien organisés aussi et dont les « gérants » semblent n’attendre qu’une réforme de la loi pour mener leur activité en toute légalité.

Un simple coup de fil permet dorénavant de commander les substances de votre choix, en toute quiétude, livrées à domicile en scooter.

La banalisation de ce négoce est telle que la plupart des revendeurs propose cartes de fidélité et autres « petits cadeaux » aux client(e)s les plus régulier(e)s. Un commerce s’apparentant à un service, délivré par une multitudes de « start-up » dédiées à cette filière. La vente sur Internet à travers le « Dark Web » demeure, elle, anecdotique.

Dénoncée dans les médias, elle ne sert que d’outil de propagande pour stigmatiser ce qui reste de libre sur le réseau numérique mondial.

Ces saisies records ne peuvent nous faire oublier le formidable échec de la prohibition que certain(e)s persistent cependant à soutenir. Il en est ainsi du gouvernement de notre sémillant Président qui, plutôt que de suivre la voie du téméraire Premier Ministre Canadien, M. Justin Trudeau, a décidé de confier au très sécuritaire Ministre de l’Intérieur, un domaine dévolu normalement à celui de la Santé. Joli coup de pression opéré par les services judiciaires, policiers et militaires à l’occasion d’une autre imposture, la prétendue « mission d’information parlementaire relative à l’application d’une procédure d’amende forfaitaire au délit d’usage illicite de stupéfiants » pour laquelle les associations d’usagers et autres acteurs de la réduction des risques, ont été écoutés sans pour autant être entendus courant septembre.

Nulle raison de se réjouir donc. La France demeurera encore pour quelques temps, le pays le plus répressif en matière de stupéfiants. Une situation de pure schizophrénie entre des pratiques de consommation parfaitement intégrées dans les mœurs des Français(es), une explosion et une diversification croissantes de l’offre, un soucis sincère mais cependant limité de réduire les risques liés à l’usage, une obligation d’obéir aux directives européennes visant notamment à autoriser les médicaments à base de cannabis (Sativex© cependant toujours indisponible, autre scandale d’État)… et l’intense lobbying sécuritaire de toute une corporation décidément engagée à ce que surtout rien ne change.

Cette mainmise des forces de l’ordre est d’autant plus préoccupante que celles-ci ne devraient avoir d’autre rôle que d’appliquer le Droit et non d’en débattre. Leur témoignage est précieux certes, mais à bien y réfléchir, il n’a d’intérêt que pour souligner le naufrage du système répressif en place, son incapacité à juguler l’offre et la demande de stupéfiants. Leur avis est en cela purement anecdotique et ne devrait par conséquent pas interférer dans un débat n’intéressant que la santé et les libertés publiques. Il n’en est pourtant rien, ce que l’ensemble des organisations antiprohibitionnistes déplorent.

En attendant, ce sont toujours les mêmes qui trinquent, les jeunes que l’État prétend protéger tout en encourageant leur stigmatisation à coup de contrôles policiers incessants menant parfois à de retentissantes bavures. Des jeunes des quartiers populaires le plus souvent, principalement issus des « minorités visibles ». Pas un mot sur les millions de cannabinophiles intégrés, de tous âges et de toutes catégories socio-professionnelles, cette multitude d’individus invisibles aux yeux des autorités mais qui constituent cependant la principale substance du peuple de l’herbe.

Viendra bien un jour où les Droits et les Libertés individuelles prévaudront sur une approche morale anachronique d’un autre temps. Mais malgré cette évidence, il faudra faire preuve d’un courage politique à toute épreuve tant le terrain est miné depuis près d’un siècle de « guerre à la drogue ». Un déminage que seul un débat serein, exempt de passion et d’irrationalité, peut apporter. Mais encore faudrait-il que les croisé(e)s de ce dogme, bien que dépourvus d’argumentation raisonnable, ne viennent le polluer avec leurs habituels messages anxiogènes.

À suivre donc…

source: https://blogs.mediapart.fr/kshoo/blog/281217/ocrtis-pendant-le-proces-l-enfumage-continue

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FRANCE: une délinquance organisée par l’État!

Enquêtes et études ont beau se suivre et se ressembler, démontrant chaque fois un peu plus l’échec cuisant de la prohibition du chanvre/cannabis, sénateur(trice)s et député(e)s n’en démordent pas. Si ça ne fonctionne pas, c’est que le Droit n’est pas bien appliqué et qu’il doit être durci ! Mais qu’en est-il d’une société criminalisant près de 40 % de la population (1) et pas loin d’un jeune Français sur deux (2).

Dans d’autres pays ou sur d’autres sujets, il n’en faudrait pas plus pour que soit immédiatement remis en cause une législation responsable d’une telle gabegie.

Mais en France, en matière de drogues en général et de cannabis en particulier, rien n’y fait. À un message de tolérance, à une politique pragmatique, on préfère la punition et la culpabilisation pour moitié d’une jeunesse qu’on prétend par ailleurs protéger. Doit-on ensuite s’étonner de la défiance qu’elle manifeste à l’égard des institutions et de la police ?

Combien de temps encore accepterons-nous que nos enfants, cannabinophiles raisonnables pour la plupart, se voient pris en tenaille entre les réseaux douteux qu’ils sont amenés à fréquenter pour se procurer quelques grammes d’herbe ou de résine, et le harcèlement policier quotidien dont ils sont victimes ?

Alors que les interventions policières ridicules et veines au sein d’établissements scolaires semblent se répéter, jetant opprobre et méfiance entre l’administration et les élèves ; que les quartiers populaires et leurs habitant(e)s, souvent issu(e)s de l’immigration, sont toujours plus stigmatisé(e)s et que l’argent brassé par le trafic contribue à alimenter les réseaux criminels en facilitant celui d’armes de guerre, nos dirigeant(e)s maintiennent le cap.

L’abandon progressif par les autorités nord-américaines, d’une politique qu’elles ont imposé au monde entier, devrait pourtant les interroger. De même que les prises de position antiprohibitionnistes de personnalités insoupçonnables telles que d’anciens chefs d’État, ministres, scientifiques, philosophes, entrepreneurs ou humanistes (3).

À cet aveuglement, le CIRC espère que les cannabinophiles seront capables de répondre par une importante mobilisation à l’occasion de la Marche Mondiale du Cannabis le 2 mai un peu partout en France et le 9 à Paris, puis le 18 juin pour le traditionnel Appel du 18 Joint.

Des mobilisations que toutes les organisations cannactivistes ainsi que celles qui les soutiennent, veulent festives et conviviales afin de démontrer une fois de plus que le chanvre/cannabis ne se pose pas en terme de problème sanitaire mais qu’il s’agit bien d’une question culturelle !

(1) 4 personnes sur 10 chez les 15-64 ans selon le récent rapport de l’OFDT et de l’INPES !

(2) 47,8 % des jeunes de 17 ans selon une autre note de l’OFDT.

(3) Rapport de la Global Commission on Drug Policy.

http://blogs.mediapart.fr/blog/kshoo/010515/en-france-une-delinquance-organisee-par-l-etat

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