ITALIE 🇮🇹 (Calabre): plus de 350 membres présumés de la ‘Ndrangheta mais aussi élus locaux, fonctionnaires, policiers et entrepreneurs, sont jugés à partir de ce mercredi en Calabre.

Ce mercredi 13 janvier, dans un tribunal-bunker spécialement aménagé pour l’occasion, s’ouvre un procès qui concernera 325 personnes, toutes accusées de liens plus ou moins forts avec le crime organisé calabrais. Une audience censée dévoiler au grand jour l’immense pouvoir de la mafia la plus puissante et la plus méconnue d’Italie : la ’Ndrangheta.

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Un procès hors-norme, comme nous l’explique Fabrice Rizzoli, docteur en sciences politiques.

La plus puissante mafia italienne face à la justice.

Accusés de crimes, de trafic de drogue ou d’extorsion, des centaines de membres présumés de la ‘Ndrangheta comparaissent à partir de mercredi en Calabre.

Pas moins de 900 témoins et 400 avocats sont attendus lors de ce procès hors normes, le plus important depuis trois décennies.

Que faut-il en attendre ?

Les explications de Fabrice Rizzoli, docteur en sciences politiques à l’université Paris I, enseignant de géopolitique des criminalités à Sciences Po et l’institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Y aura-t-il un avant et un après ce procès de la ‘Ndrangheta ?Il ne faut pas raisonner seulement à l’échelle de la ‘Ndrangheta, le procès ne concernant pas toute la Calabre. En outre, il concerne très peu les relations de cette mafia à l’étranger. Il n’empêche : le procès a lieu devant la cour de Catanzaro, où le procureur Gratteri a été nommé il y a quatre ans et où, jusqu’ici, on estimait que la justice n’avait pas été assez pêchue. Gratteri a mis un grand coup de pied dans la fourmilière grâce à ses enquêtes depuis quatre ans puis ce procès. Il a tiré les fils de Vibo Valentia, une ville de Calabre très connue pour son omerta, sa loi du silence, mais moins sujet à la répression car les autorités avaient d’autres priorités.Le prisme qui consiste à se demander si ce procès peut mettre fin à la ‘Ndrangheta n’a pas de sens. Il faut surtout souligner qu’à Vibo Valentia, la loi du silence régnait, et que désormais les gens osent aller manifester dans la rue. Ils l’ont fait en décembre dernier, pour soutenir le procès et Gratteri à qui ils ont dit : « Depuis que vous êtes intervenus, on respire. »

Sur le banc des accusés, on retrouve des policiers, des élus locaux ou des entrepreneurs…. La ‘Ndrangheta se répand-elle dans tous les pans de la société italienne ? 

Cette mafia n’existerait pas sans ses complicités au sein de la sphère politico-administrative. Cette « bourgeoisie mafieuse », ce corps social dans lequel il y a des mafieux, des pauvres qui veulent devenir riche. Des avocats sont aussi sur le banc des accusés. Au même titre que des commandants de police, un ancien maire, des hommes politiques…

Le procureur de Catanzaro, Nicola Gratteri, arrive dans la salle où se tient le procès, à Lamezia Terme, en Italie, le 13 janvier 2021. PHOTO / REUTERS/ Yara Nardi

Tout cela, c’est grâce à Gratteri. Il ose. « Quand il fait des procès, y a beaucoup de relaxes », estiment ses détracteurs. Certes, mais quand on essaie de poursuivre les puissants, qui disposent des meilleurs avocats du monde, sans flagrants délits… forcément il y a des relaxes.

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