FRANCE (les cadavres dans le placard de Charly): pour Boulin, l’affaire est dans le SAC

 
Boulin

Les cadavres dans le placard de Charly (14) : pour Boulin, l’affaire est dans le SAC

Et pour terminer cette série, la mort d’un autre ministre, encore plus révélatrice des turpitudes opposant les giscardiens aux gaullistes. Un combat à mort, dont a fait les frais Robert Boulin… son affaire vient de connaître avant hier un ultime rebondissement. On notera simplement qu’on ouvre à nouveau son épais dossier une fois Charly disparu. Une coïncidence qui en dit long sur les méandres de l’affaire… une des pires de la carrière de Jacques Chirac, vers qui converge, il faut le dire, l’ensemble de l’enquête.

jacques-chirac-et-edouard-balladur-6c611-e86c8Les relations entre giscardiens et gaullistes ont toujours été exécrables. C’est le Canard Enchaîné qui suit le décès de Charly avec une page entière consacrée à la disparition d’un de ses meilleurs clients côté bons-ou mauvais- petits mots, qui nous le rappelle de façon plutôt amusante : « En pleine campagne présidentielle de 1981, et juste après l’affaire des diamants de Bokassa, révélée par « Le Canard », de mystérieux commandos piratent les affiches électorales de Giscard. De petits papiers en forme de diamant sont collés à la place des yeux sur les portraits du président sortant. Effet électoral garanti ! Attribuée à tort aux Jeunes socialistes, l’initiative vient, en fait, de Pasqua et de ses amis du SAC (Service d’action civique), une officine gaulliste où se croisent barbouzes et truands, et qui a longtemps compté Charly parmi ses dirigeants. Cinq ans plus tard, en 1986, une brochure aussi anonyme que fielleuse, intitulée « L’autre visage de Raymond Barre », sort à la veille des législatives. Il s’agit alors de couper la route de Matignon à l’ancien Premier ministre de Giscard. Coïncidence ? Quelques mois plus tard, alors que Pasqua de vient Ministre de l’Intérieur, une vague de cambriolages frappe successivement Raymond Barre et son entourage, puis des proches de Mitterrand. Chaque fois, des dossiers ont été fouillés ou ont disparu. Et Charly de jurer, la main sur le cœur : « Ce n’est pas moi qui les ai volés. J’ai bien rigolé quand j’ai vu ça, mais ce n’est pas moi. » Parole d’expert… »

images-3-21-73609-d62aaL’homme n’a jamais hésité à flinguer… en politique, et sa cible préférée a toujours été les centristes, qu’il détestait. Pensez-donc, aucun n’avait aimé De Gaulle. Crime de lèse-majesté, pour Charly. Le plus gros coup de l’homme de chez Ricard demeure quand même, en ce cas, l’élection du rival de Giscard. Et pour ça, il va y mettre les moyens, et surtout, mouiller tout le monde, ce qu’il adorait faire : « pour mettre le plan de son leader –faire battre le président sortant– sur orbite, Pasqua n’hésite pas à actionner les plus secrètes officines », comme le raconte Frédéric Charpier dans son livre, Les Officines. Trente ans de barbouzeries chiraquiennes,publié en 2013 aux éditions du Seuil« Pour faire battre Giscard, on est même prêt à faire alliance avec l’ennemi socialiste à condition, bien sûr, que cette alliance reste secrète », écrit Charpier. « Charles Pasqua a convaincu Jacques Chirac de franchir le pas, sans scrupule ni états d’âme, en appelant à voter Mitterrand. » Reste à trouver un intermédiaire de contact : ce sera Philippe Dechartre, un temps vu aux côtés de Jacques Foccart et du « sulfureux » note Slate Colonel Barberot. En 1981, il est secrétaire général du Mouvement socialiste pour la solidarité par la participation, une organisation satellite du RPR. En tant que « gaulliste de gauche », il veut appeler à voter Mitterrand. L’idée est d’envoyer une lettre à tous les adhérents du RPR… mais ça coûte cher (rappelons aux plus jeunes qu’Internet, Facebook et Twitter n’existaient pas à ce moment-là !). On s’accorde sur William Abitbol, un des conseillers de Charles Pasqua, membre du RPF, député européens et souverainiste (?) : or c’est une ancien militant d’Occident, d’extrême droite, pour la rédaction du texte. Pasqua fournit la liste, fournie par Dominique Vescovali, adjoint au maire du XIIIe arrondissement de Paris. Il y a 800 000 adresses à faire, et le coût de l’opération avoisine le million de francs. Giscard, qui avait ses propres espions, se doutait de la manœuvre dans son dos. Il téléphonera à une permanence RPR pour demander pour qu’il il fallait voter. Il se verra répondre « pour Mitterrand ».

giscard-2-350d3-285d3En 2006, la plaie n’était toujours pas refermée : Giscard se déclarant toujours « victime d’un complot », affirmant que Mitterrand lui avait dit ‘il n’aurait jamais été élu en 1981 « sans l’apport des voix de Chirac », ce que Pasqua avait nié, comme il savait si bien le faire…. en 2009, il rajoutera une couche en clamant que Bongo avait aussi financé la campagne de Chirac. Ce qui est aussi exact, ce que lui avait confirmé Bongo en personne ... « Il a expliqué qu’en 1981, « normalement on n’acceptait pas des versements de fonds provenant de pays étrangers qui soutenaient des candidats en France ». Il était président de la République quand il a appris « que Bongo soutenait financièrement Jacques Chirac ». Il explique alors avoir appelé le président gabonais et lui avoir demandé très directement si tel était le cas. Après « un temps mort », Omar Bongo lui répond finalement « Ah, vous le savez ». A partir de ce moment là Valéry Giscard d’Estaing a « rompu (ses) relations personnelles avec lui ». Un dossier sérieux, qui avait vu Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur, mis en examen dans l’affaire Elf au Gabon : et qui avait finalement bénéficié d’un non lieu… comme à l’habitude, dira-t-on….

barre_avec_vge-000_arp1311552_retaillee-55f36-71012Une ambiance délétère donc régnait entre les deux partis. Elle existe toujours. Giscard, en quête d’un nouveau premier ministre à la place du fort peu charismatique commence à s’intéresser à Robert Boulin. Barre a remplacé Chirac, qui a claqué la porte en 1976 avec fracas. L’homme affiche 15 ans de carrière ministérielle, a été ministre sous DeGaulle et Pompidou, et sa réputation d’intégrité n’est plus à faire, il est alors ministre du Travail en 1979. Mais il y a un hic : Boulin est gaulliste, et les fidèles de De Gaulle ne peuvent supporter qu’un des leurs trahisse leur cause pour rejoindre Giscard, qu’ils détestent tous de façon viscérale.tournet-1e60d-df5ea Alors, pour empêcher cela, on va mettre en place une campagne de dénigrement, lancée d’une officine dont la méthode rappelle beaucoup celles du SAC. L’homme est réputé irréprochable ? « On » lui – découvre un petit bout de terrain à Ramatuelle, où il a fait bâtir une petite maison de vacances, acquis par l’intermédiaire d’un « ami », appelé Henri Tournet. On l’a un peu oublié depuis, mais Tournet était aussi l’ami et l’associé de Jacques Foccart (qu’il a connu quand il s’appelait encore Jacques Koch-Foccart), membre fondateur du Service d’action civique… avec Charles Pasqua. Après l’affaire, il s’était exilé à Santiago du Chili… certainement par peur de représailles. Pourquoi avait-il mis autant de distance avec… Ramatuelle. Qui avait pu lui faire aussi peur ???

boulin-0c355-8cad9Selon Boulin, l’achat provenait de l’héritage de sa mère. Mais la presse s’en est déjà emparé : Minute et Le Canard enchaîné avaient révèlé que l’opération était douteuse… en se fiant à des déclarations de celui qui se serait présenté comme l’ami du ministre, un dénommé « Patrick Blanck« , un « communicant » désireux d’aider le ministre qui en fait ne souhaitait en rien en faire la publicité ! Fait moins connu, un proche, Luc La Fay fut pendant sept ans le conseiller en communication de Robert Boulin, décrira l’envoi à son cabinet d’une « double page à paraître dans un journal mettant en cause son fils, Bertrand, dans une affaire de pédophilie. Tout était faux, mais il en a été très affecté ». En somme, on a cherché à le miner, pour le pousser au suicide. L’opération sent fort le coup fourré politique de la grande période de l’OAS et du SAC !!!

On songe aussitôt à un Chirac pas du tout décidé à laisser son rival lui prendre une partie de son électorat. « Dès le printemps de 1979, la désignation, à Caen, d’un jeune et fougueux juge d’instruction, Renaud Van Ruymbecke, pour s’occuper du dossier de Ramatuelle – soutenu par un parquet qui se charge de pousser les feux – convainc Boulin qu’on ne lui fera pas de cadeau. Que son image d’homme intègre est en cause. Au moment précis où il voit s’entrouvrir, devant lui, les portes de Matignon. Ne parle-t-on pas de lui pour succéder à Raymond Barre à la tête du gouvernement ? La consécration, pour le maire de Libourne, de vingt ans d’une vie politique sans histoire. Une opération qui, dans la perspective de la présidentielle de 1981, renforcerait la position de Valéry Giscard d’Estaing en lui ralliant l’aile tiède du RPR. Mais qui ôterait, du même coup, toute chance au chef du parti, Jacques Chirac. Boulin n’en serait certainement pas marri. Il tient en piètre estime l’ambitieux Corrézien. Il n’a guère apprécié de le voir jouer Giscard contre Chaban lors de la consultation de 1974. Ni la manière dont, quelques mois plus tard. Chirac a conquis le secrétariat général de l’UDR opération que Boulin a osé appeler un « coup de force scandaleusement antidémocratique » et qui l’a poussé à quitter, un temps, le parti » écrit l’Express en 1988.

corps-2-80c09-4254eLe 30 octobre 1979 on le retrouve noyé dans l’étang du Rompu à Saint-Léger-en-Yvelines… dans 50 cm d’eau. C’est à à peine 200 mètres de la D138, qui relie Saint-Léger-en-Yvelines à Montfort-L’Amaury. Un des policiers ayant retrouvé le corps avait été appelé le 30 octobre 1979 à 7 heures avec ses hommes pour un « renfort aux étangs », avec pour « mission de rechercher ‘une haute personnalité susceptible de mettre fin à ses jours’ ». Ils seront selon lui « dessaisis » de l’enquête « 30 minutes » après la découverte du corps ». Ce policier c’est Francis Deswarte, qui remet en cause en 2011 la thèse officielle du suicide : « Je suis catégorique. Robert Boulin n’est pas mort noyé. Ce n’est pas possible. Il était quasiment à quatre pattes. La tête hors de l’eau ». Voici les propos de Francis Deswarte à l’époque chef à la brigade motorisée de Poissy (Yvelines) et aujourd’hui retraité. Dans un entretien au quotidien gratuit 20 Minutes publié jeudi, Francis Deswarte précise qu’il a été le premier à apercevoir le corps à la surface de l’étang. « Ma conviction, c’est qu’il tentait de ramper jusqu’à la berge. Et puis, il avait des traces sur le visage. Comme des griffures rouges », ajoute-t-il. « Il était à genoux » et « regardait vers sa voiture », une Peugeot « 305 » garée tout près, insiste-t-il. Francis Deswarte, 70 ans aujourd’hui, assure aussi que « deux ou trois mois plus tard », lors de l’audition, « les gendarmes ont voulu (lui) faire changer (sa) version ». « Alors que je parlais des traces sur son visage, ils m’ont expliqué que les pompiers avaient fait tomber le corps en le sortant de l’étang. Mais ce n’est pas vrai. J’étais là. Les pompiers l’ont sorti sans aucune difficulté », ajoute-t-il. « J’ai entendu beaucoup de mensonges. Il est temps de dire la vérité », dit encore le gendarme pour expliquer sa décision de parler. « 

Un Boulin, manifestement mort avant la date avancée pour son suicide matinal : « en septembre 2005, Yann Gaillard, sénateur (UMP) de l’Aube, ancien directeur de cabinet de Robert Boulin, confirme aux policiers avoir appris le décès du ministre du travail, à l’hôtel Matignon, vers 2 heures du matin le 30 octobre 1979, de la bouche de Philippe Mestre, directeur de cabinet du premier ministre Raymond Barre. Cette affirmation contredit les informations inscrites au dossier, selon lesquelles le corps de Robert Boulin avait été retrouvé le 30 octobre 1979 à 8 h 45 par une patrouille motocycliste, dans un étang en forêt de Rambouillet, face contre terre, noyé dans une cinquantaine de centimètres d’eau. Interrogé à son tour, M. Mestre dément ces allégations. Dans un ouvrage du journaliste Benoît Collombat – Un homme à abattre (Fayard) –, d’autres témoins, dont Raymond Barre, corroborent la version de M. Gaillard. L’ancien premier ministre (1976-1981) de Valéry Giscard d’Estaing se souvient avoir été alerté de la disparition de Robert Boulin vers 3 heures du matin. Même version chez Marie-Thérèse Guignier, membre du cabinet de M. Boulin. Elle aurait été réveillée, entre 1 h 30 et 2 heures, dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979, par le procureur général de Versailles Louis-Bruno Chalret, qui lui aurait annoncé que le corps de Robert Boulin venait d’être retrouvé ».

Le problème, le gros problème, c’est que le fameux Louis-Bruno Chalret est aussi… une barbouze du SAC !!! « L’amie intime de ce magistrat très spécial, Marie-Thérèse Guignier, une proche des milieux gaullistes, ancienne collaboratrice de Robert Boulin (Fonction publique, Santé), nous avait confirmé, lors de plusieurs entretiens que Chalret avait immédiatement prévenu les principaux services de l’Etat et l’Elysée grâce au REGIS (Réseau électronique gouvernemental inter-administratif spécial), l’interministériel de l’époque, avant de se rendre sur place, à l’étang Rompu, où le corps de Boulin a été retrouvé, avec une équipe d’hommes de confiance, que Chalret avait alors qualifié de « gendarmes ». Quelques jours plus tard, le Procureur général confie à son amie : « C’est un truc à emmerdes. On a tout fait minutieusement comme il fallait. J’ai tout surveillé. Rien n’a été laissé au hasard. » « Chalret était l’homme qu’il fallait pour ce genre de choses » , nous explique Marie-Thérèse Guignier. »

Un drôle de procureur que ce Chalret, comme avait pu le constater France-Inter :  « c’est un document explosif jamais entièrement dévoilé jusqu’ici. Dix pages d’écoutes téléphoniques de la Préfecture de police de Paris faisant état de « liens étroits existant » entre l’avocat Pierre Lemarchand, député de l’Yonne dont le nom est cité dans l’affaire Ben Barka, le magistrat Louis-Bruno Chalret qu’on retrouve dans l’affaire Boulin, et « des membres de la pègre ». Ce document daté du 22 novembre 1966 se conclut ainsi : « La nature des relations entre le député et la pègre est abondamment démontrée : il s’agit d’un trafic d’influence d’autant plus sordide et plus scandaleux qu’il touche le haut banditisme, le plus difficile à maîtriser. » C’est le Journal du dimanche, le 29 novembre 1981, qui évoque pour la première fois l’existence de ces écoutes, mais de façon partielle, en citant quelques extraits mettant en cause Pierre Lemarchand. Outre Pierre Lemarchand, ces écoutes mettent en évidence le rôle central joué par le Procureur général, Louis-Bruno Chalret, alors détaché auprès du ministère de l’Intérieur dirigé par Roger Frey. » A ce stade, difficile de parler de coïncidence !!!

sanguiUn cas plutôt étonnant, donc dénoncé par Lucien Aimé-Blanc en personne : Lucien Aimé-Blanc revient sur le parcours de Chalret dans les années 1960 auprès du ministre de l’Intérieur, Roger Frey, chargé de la lutte anti-OAS, aux côtés notamment d’Alexandre Sanguinetti (voir plus haut), en liaison avec le SAC et des truands « chargés d’infiltrer l’OAS ». « Chalret était un personnage central chargé d’organiser les libérations conditionnelles de voyous, explique Lucien Aimé-Blanc. Le contrat était simple : on vous fait sortir de prison, mais vous travaillez pour nous ! » « Chaque fois qu’on arrêtait des truands [liés au gang des Lyonnais] à la BRI, trois-quatre mois après, ils étaient relâchés, après intervention de Chalret », ajoute Lucien Aimé, qui rappelle les 10 pages d’écoute le démontrant… on peut croire au hasard, certes, mais l’apparition d’un tel personnage au milieu de l’affaire fait davantage pencher vers l’assassnat de type barbouzard qu’autre chose…. « Pour Lucien Aimé-Blanc, Chalret était « l’homme idoine » pour « écraser » l’affaire Boulin et « donner une orientation différente à l’enquête de ce qu’elle aurait dû avoir. » Alexandre Sanguinetti, un des fondateurs du SAC, déclarera avant sa mort devant Jean Charbonnel connaître « le nom des deux assassins de Robert Boulin » ; celui du commanditaire et celui de l’exécutant. « Jean Charbonnel convient que la chose lui était apparue tellement énorme qu’il l’avait prise pour de l’outrance. « Le nom du commanditaire, si c’est bien lui, est très connu. Celui de l’exécutant ne me disait rien en 1979. Depuis, je me suis renseigné. L’un comme l’autre sont encore en vie. Si la justice veut les interroger, il faut néanmoins qu’elle se presse (ça date de juillet 2015). » Cela signifiait nécessairement que l’un des deux sentait sa fin prochaine. Selon Sanguinetti, ce n’était que la suite des autres meurtres expliqués dans l’épisode précédent : « selon lui, si la confidence de Sanguinetti s’avérait exacte, cela provoquerait aujourd’hui encore un séisme politique. « Si personne n’a rien voulu voir et entendre, c’est que les répercussions auraient été trop fortes, sans doute. » Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ? « Nous vivions une période de transition. C’était la fin du gaullisme gaullien (…) Les réseaux issus de la guerre, de l’OAS, ceux du SAC étaient encore actifs, sans véritable chef à la tête. Les barons du gaullisme, dont certains avaient lâché Chaban en 1974, avaient créé du vide. Les meurtres de Brooglie, Boulin et Fontanet ont eu ce vide pour toile de fond. » 

buck-77fb4-f4316-1Or le jour de son décès, Boulin qui avait dit à sa femme qu’il allait régler ses problèmes et dit à Ivan Levaï à un cocktail que « demain mes détracteurs seront confondus » avait rencontré le dénommé Heman Stromberg (ici à gauche), qui était membre… du SAC. Une autre barbouze. Une de plus. L’homme sera entendu par la police. Boulin lui aurait remis des documents, ainsi qu’au député RPR Charles Bignon. Selon les deux, Boulin aurait discuté l’après-midi même à Montort-Lamory avec Alain Peyrefitte (le Garde des Sceaux) et Christian Bonnet (le ministre de l’Intérieur), le rendez-vous avec Herman Stromberg étant pour extrader Tournet en Amérique du Sud. Un autre véhicule inattendu était présent avec à bord Erst Sigrist, associé suisse de Tourrnet, accompagné de gorilles et du dénommé Kopp, un membre connu de la French Connection : c’est un ancien nazi devenu le chimiste du trafic d’opium !!! Stromberg et Bignon auraient retrouvé Boulin « inanimé » (déjà mort) au bord d’un chemin, une fois les gorilles repartis . Des policiers leur disant alors de partir…(tout est visible ici). Tournet niera tout. Selon le reportage, Boulin s’apprêtait à dénoncer les agissements de Paul Nemegyei, faux-médecin roumain devenu propriétaire de plusieurs cliniques escroquant la Sécurité Sociale. Lui aussi décédera au bob moment : « le décès de Paul Nemegyei a été annoncé très opportunément, alors que la justice se rapprochait dangereusement de lui. Personnage trouble de la Ve République, il avait ses introductions dans plusieurs cénacles du Tout-Paris. Son nom apparaît notamment dans l’affaire des terrains de Ramatuelle, qui avait permis de piéger le ministre gaulliste Robert Boulin afin de le discréditer et donc, de l’éliminer de la vie politique. S’il n’avait pas bénéficié de protections haut placées, Paul Nemegyei aurait-il pu obtenir des pouvoirs publics qu’ils effacent l’ardoise des ses escroqueries ? Toujours est-il qu’en 1986 le préfet de Seine-Saint-Denis impose le rachat de l’ex-clinique Victor-Hugo par les Hôpitaux de Saint-Denis, au prix exorbitant de 12,5 millions de francs. Soit 2,3 millions au-dessus du prix fixé par les Domaines ! Au total, 33 millions de francs d’argent public seront engloutis dans le rachat et la mise en conformité d’un établissement qui, bien que basé à Pierrefitte, a été artificiellement rattaché au centre hospitalier d’une autre commune. Une opération dont se seraient bien passés les Hôpitaux de Saint-Denis. Cet achat forcé semble être l’une des causes de leurs difficultés financières actuelles. Une affaire qui nous réservera, sans aucun doute, bien des surprises... »

797-2-2708b-81c1c-1Or le même Bignon (ici à droite) sera retrouvé mort quelque temps plus tard. Dans de biens étranges conditions : le 29 mars 1980 à 1h45 du matin sur l’autoroute A 10, près de Rambouillet, sa voiture étant broyée par un camion !!! L’un des procédés favoris du SAC… L’oublié de l’histoire de la vie politique tumultueuse de Jacques Chirac. Bignon, jusque là obscur membre du parti gaulliste était aussi le président de la commission des conflits du RPR et pour cela avait vu passer un bon nombre de dossiers embarrassants à une époque où son leader s’appelait Jacques Chirac. Ceux, notamment, où apparaissaient un peu trop souvent le nom de Charles Pasqua, l’homme damné du gaullisme, celui du SAC et l’exécuteur des basses œuvres d’un De Gaulle qui n’était pas l’oie blanche que l’on avait décrite, loin de là. Le premier a annoncé la mort de Boulin à sa femme sera Guy Aubert, ami de Robert Boulin, qui lui dira le soir même vers 18h30, en parlant « d’enlèvement ». Il dira plus tard 20H30. Selon lui, c’est une secrétaire du ministre, Armelle Montard, qui lui aurait dit. Ce qu’elle nie.

L’enquête a un peu vite conclu au suicide, donc. Car trop d’erreurs l’entachent. Le cadavre a des lividités sous le corps, preuve qu’il n’est pas mort à genoux mais bien sur le dos, il a le nez fracturé, ce que l’autopsie n’a même pas vu, (il faudra la seconde de novembre 1983 pour ça) les bocaux contenant ses poumons ont été volés, des viscères enfouies dans un carré du cimetière de Thiais. Deux heures après la découverte du corps, le parquet parle de suicide alors qu’aucune autopsie n’a encore démarré, le Dr Xavier de Crépy, du Perray-en-Yvelines a rédigé l’acte de décès sans même avoir examiné le corps, et parmi les 14 courriers reçus par ses amis annonçant son intention de se donner la mort, aucune lettre n’est originale, ce sont toutes des photocopies (ce qui est rarissime, chez un suicidé, car on ne voit pas l’intérêt pour lui de garder les originaux !!). Sur les textes, qui s’en prennent aux envoyeurs, les caractères parlant du suicide ne sont pas les mêmes que le reste de la page. On ne retrouvera pas le document original. Et la machine à écrire du bureau de Boulin n’a même pas été examinée !!! Cela fait un peu beaucoup pour un « suicide »…

Sans oublier le mystérieux « MrPaul », un des hommes de main du Service d’action civique (SAC) appelé par Debizet pour aller récupérer des documents chez un ami de Robert Boulin… en 1983, venu le raconter en 2011 seulement, et incognito. Une récupération déguisée en vol commis par un gang : « Pierre Debizet est resté trois jours à Bordeaux. Le premier soir, il est venu me voir. Il m’a dit : « Il y a des documents très importants à récupérer dans le Libournais, Est-ce que tu veux t’en occuper ? » Je ne savais pas de quoi il s’agissait, j’ai dit oui. Il m’a alors demandé de me mettre en relation avec Regis D. C’était un cadre du SAC bordelais. Je le connaissais. Ancien des services secrets, il a viré truand à la fin de sa vie et est mort d’un cancer il y a trois ans. Le troisième jour, avant le départ de Pierre Debizet, nous avons dîné tous les trois. C’est là qu’ils m’ont dit que les documents concernaient Robert Boulin. Régis D. était très bien renseigné : il connaissait l’adresse et le lieu exact où ils étaient cachés, à l’intérieur d’une résidence secondaire d’un notable dans le Libournais. Régis D. a établi le mode opératoire. Je devais infiltrer un groupe de truands sans envergure qui avaient l’habitude de faire des casses dans des baraques de la région. « Je les ai suivis sur quelques coups, puis j’ai glissé l’adresse que m’avait donnée Régis D. Au cas où nous nous ferions arrêter par la police, on m’avait donné un numéro de téléphone à appeler. Pendant que les truands mettaient la maison sens dessus-dessous, j’ai visité la pièce qu’on m’avait indiquée. En quelques secondes, j’ai récupéré le dossier. Il était épais d’une dizaine de centimètres. Je ne l’ai pas ouvert. Ce n’est qu’après que j’ai compris l’importance de ces documents. Le soir même, j’ai tout remis à Régis D. avec qui j’avais rendez-vous dans un bar bordelais où le SAC avait ses habitudes. Il les a regardés et il a pris un avion. Je pense qu’il a tout remis à Debizet »... Que contenait ce dossier ? On n’en sait rien mais l »idée de monter un tel stratagème pour le récupérer indique qu’il devait avoir une certaine importance !!!

images-4-16-ace61-7313d-1Et surtout, on a oublié depuis que Boulin et Pasqua avaient eu des mots entre eux peu de temps avant la mort du premier, obligeant Chirac à trancher… en faveur du même : « Embarqué, l’année suivante, dans le RPR naissant, par raison autant que par attachement au gaullisme, il supporte de plus en plus mal le poids des amis de Chirac dans l’appareil. Et aussi, certaines meneurs du Rassemblement. Par exemple, les tripatouillages des scrutins internes. Il rend Charles Pasqua, l’animateur des fédérations, responsable de cette cuisine malsaine, qui tend à écarter des responsabilités les opposants au maire de Paris. Le 20 juin 1979, à l’hôtel Lutétia, le dépouillement des élections au conseil politique fait déborder le vase du mécontentement. La voix de Robert Boulin résonne haut et fort dans le concert des protestations. Six jours après, le président du RPR annule les élections et limoge Pasqua, qui ne rentrera en grâce qu’un an et demi plus tard. Boulin, lui, vient de se faire un ennemi de plus ». Le Canard Enchaîné du 8 juillet dernier raconte à ce propos une anecdote assez phénoménale… « A entendre l’ami Pasqua, les élections internes au mouvement gaulliste ont toujours été un modèle de démocratie, à l’époque où il mettait la main à la pâte. En témoigne cette scène touchante révélée par le Palmipède en juin 1979, après une réunion des instances dirigeantes du RPR à l’hôtel Lutetia. Un dirigeant du parti, André Fanton, surprend, dans les cuisines (cela ne s’invente pas…), un proche de Pasqua en train de tripatouiller les procès-verbaux pour assurer l’élection de Charly comme secrétaire général du RPR. Alerté, Chirac temporise. Il faudra que Fanton menace : « Tu le vires et tu annules les élections ou j’alerte la presse » pour que Pasqua accepte de quitter son nouveau poste. Et l’ancien Premier ministre Michel Debré de commenter : « Pasqua ? Jamais sur le pont, toujours dans les soutes… » Et quelles soutes !  » Charly, via son homme de main surpris de tripatouiller sa propre élection dans une cuisine, alors qu’il venait de la perdre à cause des probes du RPR qui en avaient eu assez de ces tripatouillages précédents, et qui se retrouve éjecté, avouez que ça vous donne sinon un mobile, du moins disons un fort ressentiment…

41Gy0jzgUeL._SX316_BO1,204,203,200_On a oublié aussi une autre chose, montrée par François Audigier dans son Histoire du SAC : selon lui, bien qu’étant resté fort discret sur le sujet, Robert Boulin était lui aussi membre du SAC !!! A Libournes, en effet, c’était le suppléant du député, Bertrand de Garnier des Garets qui s’occupait de l’organisation. « Cette collaboration entre le SAC et Robert Boulin existait également à l’échelle nationale puisque le ministre assistait volontiers aux grands rassemblements du service d’ordre. Le 28 octobre 1972, il avait participé avec Jacques Foccart et Jacques Godfrain à une réunion nationale du SAC tenue dans les salons du Lutétia et consacrée à la préparation des législatives de 1973. Lorsque, dans son Journal, Jacques Foccart citait parmi le personnel parlementaire et gouvernemental ceux qui étaient proches de la rue de Solférino, il ne manquait jamais d’évoquer sa personne » écrit Audigier, qui sort cette fort étonnante anecdote : « Lors des obsèques du ministre le 2 novembre 1979, une large délégation du service d’ordre assista à ses obsèques. Devant la commission, le journaliste James Sarazin (qui avait été menacé physiquement par des gens du SAC) rapporta une anecdote. Parmi les gerbes envoyées par les proches, les associations et la présidence de la République, on pouvait en apercevoir une relevant du SAC. Comme cette dernière gênait par ses dimensions les photographes présents, ceux-ci demandèrent à l’entourage de la pousser un peu pour qu’ils puissent faire leur travail. Cette initiative dut déplaire aux amis de Jacques Foccart puisque, quelques minutes plus tard, arriva un quarteron d’individus costauds aux cheveux courts, porteurs d’une gerbe qui étajt l’exacte réplique de la précédente. Sur la couronne on pouvait lire l’inscription : « À notre regretté ami, Robert Boulin, le SAC de Gironde »… »

dormeur-val-fabienne-boulin-burgeat-L-5PYNclLe 19 mai dernier encore, Fabienne Boulin-Burgeat, 63 ans, la fille de Robert Boulin (ici à gauche) espérait encore savoir un jour la vérité. Un homme, l’un des créateurs du SAC, vient de l’embarquer avec dans sa tombe, sans jamais rien révéler. Ironie du sort, elle habite toujours dans la maison incriminée par la campagne de dénigrement de son père. Il lui faut agir : l’affaire sera prescrite en janvier 2016. Elle a raconté cette anecdote saisissante : « peu de temps après la mort de mon père, le Président du Conseil Constitutionnel et maire de Neuilly est venu proposer à ma mère beaucoup d’argent contre son silence, en ajoutant que mon frère serait le suivant sur la liste si elle refusait cette offre. Ce qu’elle fit cependant, en lui lançant tout de go : « je sais tout ». Sur quoi il lui rétorqua : « alors faites sauter la République ! » Monsieur Achille Peretti, également co-fondateur du SAC, vous aura ainsi répondu… » Un homme avait assisté à la proposition : Alain Morlot, le « kiné » de Robert Boulin, resté caché durant l’entretien, qui annonce que Perreti, se jour-là, avait parlé d’offrir un ou deux milliards de francs… pour obtenir le silence de la veuve de Robert Boulin.

Il était temps, in extremis même (le délai de prescription était tout proche) qu’on ouvre à nouveau l’enquête. C’est chose faite depuis le 10 septembre dernier. Mais sans Charly, qui en aurait eu beaucoup à raconter, pourtant, sur cette sordide affaire.

 

sources :

http://www.atlantico.fr/decryptage/affaire-boulin-suicide-ou-assassinat-ombre-jacques-chirac-dans-deux-cas-benoit-collombat-622297.html

http://www.atlantico.fr/decryptage/affaire-boulin-suicide-ou-assassinat-ombre-jacques-chirac-dans-deux-cas-benoit-collombat-622297.html/page/0/1

Selon Collombat dans l’article ; « En 1979, l’autopsie est sabotée sur ordre du procureur : interdiction d’examiner le crâne, en invoquant une volonté familiale qui n’a jamais existé. Tous les prélèvements du sang de Robert Boulin et les organes du ministre sont ensuite détruits dans des conditions troubles. Rien n’a été fait pour prouver scientifiquement la soi-disant noyade de Robert Boulin, dont le visage ressemblait plus à un boxeur qu’à un noyé. Et ça continue aujourd’hui puisqu’en 2010 on a appris que des scellés judiciaires ont mystérieusement disparu, avant de réapparaître un mois plus tard, après la non-réouverture du dossier. » Or ce procureur, justement, c’est Louis-Bruno Chalret !

http://rue89.nouvelobs.com/2010/12/15/pasqua-jai-pris-beaucoup-de-risques-pour-chirac-180918

ou l’étrange aveu de Charly sur Chirac : « j’ai pris beaucoup de risques pour Chirac »…

http://destins.notrejournal.info/L-HISTOIRE-des-BARBOUZES

https://www.youtube.com/watch?v=DRwXowXleiU

http://www.liberation.fr/politiques/2015/09/11/l-affaire-robert-boulin-en-6-unes-de-liberation_1380637

Trois livres de référence :

François Audigier « Histoire du SAC, la part d’ombre du gaullisme ».

Fabienne Boulin-Burgeat. « Le dormeur du Val »

Benoît Collombat « Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin »

gulfstreamLe livre contient une autre révélation : « Au cours de ses recherches, Collombat a découvert que le corps de Boulin avait été retrouvé juste à côté de la résidence de René Journiac, le «monsieur Afrique» de Giscard, considéré comme le fils spirituel de Jacques Foccart, fondateur du SAC et parrain de la Françafrique. Mort des années plus tard dans un étrange accident d’avion, Journiac a disparu avec ses secrets. Une zone d’ombre, parmi beaucoup d’autres, sur laquelle va désormais pouvoir se pencher la justice » écrit Libé, et Télérama ajoute : « L’avion utilisé par Journiac avait été prêté par Omar Bongo…«  L’avion était un Grumman-Gulfstream immatriculé TR-KHD.

Le journal citoyen est une tribune.  Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

source: http://www.centpapiers.com/les-cadavres-dans-le-placard-de-charly-14-pour-boulin-laffaire-est-dans-le-sac/

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FRANCE (les cadavres dans le placard de Charly AKA Charles Pasqua – N° 4: l’Afrique, et une tuerie entre barbouzes (la tuerie d’Auriol)

par morice
jeudi 16 juillet 2015

Le SAC c’est Charly mais aussi Foccard, l’ineffable Mr Afrique de De Gaulle, qui fait la pluie et le beau temps sur une bonne partie du continent, aidant ses dictateurs préférés à rester en place en supprimant physiquement leurs opposants. Les tueurs du SAC sont à l’ouvrage… ou les mercenaires, tel Bob Dénard, autre poème à lui tout seul. Le SAC a aussi des troupes disparates, on l’a vu, mais aussi de véritables psychopathes, dont une poignée dans le Var va massacrer toute une famille pour des ragots, entraînés par un leader se prétendant ancien légionnaire alors qu’il avait été réformé pour pieds plats, ce que ces camarades d’infortune apprendront éberlués le jour de leur procès commun. Le SAC de Pasqua, c’est plutôt une Cour des Miracles qu’autre chose…

Le SAC est ses basses œuvres, et ce n’est pas ce qui manque, en effet, et Mr Charly est très affairé dans les années 70.. et même depuis avant, car il ne s’est pas occupé que des opposants français. Dans l’épisode précédent, on a vu le sort horrible réserve à un opposant africain, Félix Moumié, mort empoisonné à Genève. Treize ans plus tard, Foccard et le SAC, qui est aussi l’arme par destination de Foccard, se trouvent un autre objectif. Ou plutôt sont appelés à la rescousse par François Tombalbaye le dirigeant tchadien que soutient alors la France, comme on peut le voir ici sur le perron de l’Elysée :

L’homme visé s’appelle Outel Bono. Brillant élève en France (il a passé son doctorat de médecine à Toulouse), voici de retour en 1962 dans son pays natal, plein d’espoir. Il y crée aussitôt un journal d’opposition, L’Etudiant tchadien, qui lui vaut aussitôt une haine féroce du régime. Arrêté à plusieurs reprises, il rentre en France dix ans plus tard en 1972. Là, il décide d’y créer le MDRT (pour « Mouvement démocratique de rénovation tchadienne »), en opposition toujours à Tombalbaye qui au même moment est harcelé par le Frolinat, un mouvement marxiste soutenu par la Libye. Tombalbaye, excédé et craignant que des gens du Frolinat ne rejoignent le nouveau mouvement en gestation d’Outel Bono, demande à Foccart de lui débarrasser de l’activisme de Bono. Là encore, le SAC est impliqué.  Le 26 août 1973 le leader noir est assassiné proprement de deux balles dans la tête, juste avant de réintégrer sa voiture, Rue de la Roquette (dans le 11e arrondissement, entre la place de la Bastille et le cimetière du Père-Lachaise). Du travail de pro. On retrouvera en 2012 seulement des documents attestant du danger qu’encourait Tombalbaye, des textes signés d’Ibrahim Abatcha, chef du Frolinat, mort en 1968, dont des courriers à Bono, qui ne semblait pourtant pas vouloir répondre positivement au Frolina. Le danger était plutôt algérien, avec des liens avec le FLN et Cuba, ou avec Damas et le parti Baas, voire l’Irak de Saddam Hussein et même au Koweit, le principal supporter étant la Libye. Bono n’avait en fait pas trop envie de s’associer avec le Frolinat, mais il n’était plus là pour le faire savoir.

Qui a assassiné Bono ? Très certainement la barbouze Claude Bocquel, un ancien CRS, tireur d’élite auquel Tombalbaye, a déjà fait appel pour des opérations en France comme l’enlèvement d’un des leaders du Frolinat. Bocquel avait la même arme personnelle que l’assassin et la même voiture que celle vue dans la rue le jour de l’assassinat. En somme, il n’a pris aucune protection pour éliminer le docteur Bono. Il devait donc se savoir sacrément protégé pour agir en toute impunité. Selon la presse de l’époque, c’est le mentor de Bocquel, resté au Tchad, Camille Gourvennec, proche de Tombalbaye qui avait décidé et téléguidé l’opération. « Par rapport à la question des droits de l’homme, on reproche aux armées africaines d’être impliquées dans des crimes de guerre. Il serait juste de rappeler que dès 1960, la fonction sécuritaire au niveau des Etats africains, a été confiée aux assistants français à charge pour eux de mettre au pas toutes les velléités de rébellion, n’oublions pas le contexte de revendication d’indépendance dans beaucoup de pays africains. Ce n’est pas un hasard si de nombreux leaders africains ont été liquidés par les réseaux Foccart à cette période grâce aux militaires et autres barbouzes français à la tête des différents services de police et de gendarmerie. En ce qui concerne le Tchad, le commandant Galopin et le colonel Camille Gourvennec ont joué ces tristes rôles, torturant et exécutant tous ceux qui dérangeaient le régime de Tombalbaye » écrit en 2010 « Zoom sur le Tchad »… dans son livre « Les tueurs de la République », Vincent Nouzille évoque un autre larron comme influence : Maurice Robert, le responsable de la Garde Nationale de Tombalbaye. L’homme du SDECE, qui deviendra ambassadeur, et qui organise alors et dicte les opérations « homo » : à savoir les exécutions sommaires : son homme de main s’appelle alors Bob Denard !

Parfois, le SAC et le SDECE font appel à des mercenaires. La bonne façon pour eux de ne pas apparaître au scénario des mauvais films quand les opérations ratent. Foccart a ainsi recours au dénommé Bob Dénard (ici à gauche), rebaptisé le « lieutenant-colonel Gilbert Bourgeaud » sur son faux passeport fabriqué par le SAC. Le discret« exploitant agricole » de la ferme de Donguila, au Gabon, est vite devenu conseiller de la garde personnelle d’Ali Bongo, au sein de la SGS (Société gabonaise de services) société de sécurité créée par… Maurice Robert. Même méthode pour se débarrasser des encombrants, chez Bongo : son principal opposant, le diplomate Germain M’Ba (ici à droite), est ainsi froidement assassiné le 16 septembre 1971 de deux balles dans la tête, à Libreville. Une attaque rocambolesque où l’épouse et la fille de Germain M’Ba, sont blessées par les tirs, et le corps de l’opposant emmené (il n’a jamais été retrouvé !). Selon les témoins, se sont deux « blancs bronzés » qui auraient fait le coup et qui se seraient enfuis dans une 404 blanche. Selon Pierre Péan, peu de temps après le meurtre, on a bien arrêté une voiture semblable avec deux occupants blancs, mais ils auraient été relâchés sur ordre express de… Bongo. L’affaire en restera là jusqu’au jour où Jean Mauricheau-Beaupré  » l’« archétype de la barbouze française »(il était de la DGER, l’organe de renseignement qui deviendra le SDECE en 1946 où il intègrera le service « Action » et gardera longtemps son titre de couverture de journaliste à Paris-Match) accusera ouvertement Maurice Robert d’avoir demandé à Bob Denard d’exécuter M’Ba, ce qu’il aurait appris directement de Bob Dénard. en personne… Beaupré est aussi l’homme qui fournira en armes les milices de Charles Taylor au Biafra…

Des tueurs, des assassins, et des paranoïaques, voilà ce qui constitue les hommes au service de Charles Pasqua, celui qui décide de la vie ou de la mort d’autres personnes, avec Debizet. Une parano qui va provoquer un des pires massacres commis par le SAC… contre l’un de ces hommes, au départ. Cela commence par la découverte d’une tuerie, à Auriol , qui commence par un incendie : « Le 19 juillet 1981, à Auriol, un maçon remarque une épaisse fumée qui s’élève de la villa de Jacques Massié, inspecteur de police et militant RPR. Les gendarmes découvrent sur place de nombreuses traces de sang et constatent la disparition de six personnes : Jacques Massié, son épouse Marie-Dominique, leur fils Alexandre âgé de sept ans, ses beaux-parents Jules et Emmanuelle Jacquèmes, et son beau-frère Georges Ferrarini ». Or Massié est aussi un dirigeant local du SAC, alors en conflit ouvert avec un collègue, Jean-Joseph Maria, surnommé « Kojak » à cause de son crâne rasé, et avec son ami et collègue Lionel Collard. « Jean-Joseph Maria suscite l’adhésion. A l’entendre, il a été colonel de paras et a sauté sur Kolwezi. En réalité, il a été simple soldat dans des bureaux à Nancy et n’est qu’un très ordinaire directeur d’une entreprise familiale de peinture, en mal de reconnaissance ». Ces derniers, devenus complètement paranos, sont persuadés que leur collègue va les trahir et remettre des documents « à la gauche ». Le SAC étant une organisation de tueurs et pas d’anges, ils ont décidé tous deux de s’en débarrasser… physiquement. L’équipe de tueurs réunie est fort surprenante, car elle contient un un instituteur Jean-Bruno Finochietti qui n’a jamais fait de mal à une mouche, un parachutiste à l’oreille coupée, Lionel Collard, et trois postiers syndicalistes de la CGT. Didier Campana, qui est aussi motard, Jean-François Massoni et Ange Poletti.

A l’origine du conflit interne, selon MrX Patrice Pesnot dans « Morts sous la Vème République« , il y a une bête histoire d’argent : « au centre de cette sanglante affaire se trouve un inspecteur de police, Jacques Massié. Fils et petit-fils de policier, il commence modestement sa carrière comme motard dans les CRS. Soudain, dans la deuxième moitié des années 1970, il bénéficie de promotions exceptionnelles qui ne doivent rien à ses mérites mais à ses seuls appuis politiques : ce militant du RPR devient un adhérent très actif du SAC. Si actif même qu’il prend du galon et devient le responsable départemental du service. Sous son autorité, le SAC continue à entretenir des liaisons dangereuses avec la pègre locale et se livre à de nombreux trafics. Jacques Massié entend profiter de sa position pour s’enrichir. L’inspecteur peut ainsi acheter une bastide à Auriol, près de Marseille, et roule en Mercedes. Tout est bon pour faire de l’argent. Massié propose ainsi d’assurer la sécurité d’une grosse entreprise de la région. Il touchera le chèque mais omettra de remplir son contrat. Comme il détournera les cotisations des adhérents. Bref, il a tendance à confondre sa bourse et la caisse du SAC. Conséquence : à l’intérieur du mouvement, ça commence à grogner. Un homme mène la fronde : Jean-Joseph Maria, un artisan marseillais qui est l’adjoint de Massié et rêve de prendre sa place. La rivalité entre les deux hommes ne cesse de s’exacerber. Les deux chefs et ceux qui les suivent s’espionnent. C’est une lutte à mort qui s’instaure. En février 1981, un restaurateur marseillais, membre du SAC, disparaît mystérieusement. On ne le reverra pas. Puis en mai, le trésorier départemental du service, un proche de Massié, s’évanouit pour toujours dans la nature. Quelques jours plus tôt, Massié lui-même affirme avoir été l’objet d’une tentative d’attentat sur une autoroute. Cette querelle prend de telles proportions que le président du SAC en personne, Pierre Debizet, décide de se rendre à Marseille au début du mois de mai. Curieusement, Debizet rencontre le seul Maria dans un hôtel proche de l’aéroport de Marignane. Maria multiplie les accusations contre son chef : détournement de fonds, chantage, faux hold-up, attentats à h bombe contre une imprimerie et un foyer de travailleurs immigrés Et même, quelle horreur ! flirt avec les Giscardiens. Bref, il est urgent de mettre Massié hors d’état de nuire ».

C’est le quintette de pékins qui a déboulé dans la villa la veille, dissimulés par des masques de chirurgiens… mais ce jour-là Massié (ici à droite) n’était pas là, seuls. Les attendaient Marie-Dominique Massié, son épouse, son fils, Alexandre, âgé de 7 ans, sa mère, son père et son beau-frère. Les voilà tous les 5 otages, avec un énorme hic d’emblée : Marie-Dominique Massié a hélas reconnu l’instituteur sous son masque. C’était la condamner elle et ceux présents ce soir-là : le « para » Collard décide en effet de tous les supprimer (par étranglement). Le petit Alexandre sera battu à coups de tisonnier avant que Finochietti ne décide de mettre fin à ses souffrances en lui donnant un coup de couteau. Les corps sont jetés dans une ancienne mine à proximité, et les tueurs attendent le retour de Massié, qui est tué au couteau à trois heures du matin, puis les assassins placent des bougies partout pour incendier la maison.

Les soupçons portent vite sur ceux déjà cités, la propre sœur de Massié étant venue aussitôt dire aux policiers que son frère lui avait dit que « Le chauve, l’instituteur et l’homme à l’oreille coupée, je ne peux plus les contrôler ! « … soit Jean-Joseph Maria, Jean-Bruno Finochietti et Lionel Collard (en photo à leur procès ici à droite), qui vont vite devoir avouer, tant tout les accable, dont des relevés d’empreintes. Il avouent finalement après 48 heures d’interrogatoire. Dans la foulée, le 24 juillet, la police arrête le secrétaire général du SAC Pierre Debizet, à la demande de la juge d’instruction de Marseille Françoise Llaurens-Guérin, qui l’inculpe aussitôt de complicité d’assassinat et l’incarcère un mois en préventive à la prison des Baumettes. Jean-Joseph Maria, Lionel Collard et Ange Poletti seront condamnés à la réclusion à perpétuité, Jean-Bruno Finochietti et Didier Campana à vingt ans de prison, et Jean-François Massoni à quinze ans. Or aujourd’hui, tous sont libres. Pour Debizet, le scandale sera pire encore : Pierre Debizet renvoyé devant les assises, bénéficiera, après cassation, d’un non-lieu de complaisance absolument inadmissible. Or le 5 mai 1981 de passage à à Marignane, il avait déclaré « qu’il fallait régler le problème Massié »... ce qui avait été perçu comme un feu vert par la fine équipe. L’Etat français, avec un pouvoir qui a changé de mains, décide d’en finir avec le SAC : « L’affaire fait scandale, et une commission d’enquête parlementaire, dominée par les socialistes, est créée sur le SAC. Ses travaux aboutiront à sa dissolution, le 3 août 1982 Le Service d’action civique est logiquement dissous par le président François Mitterrand le 3 août 1982, par application de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et les milices privées.

Tout le monde s’interroge alors sur la grande mansuétude dont a bénéficié Debizet, qui a très vite recréé un autre mouvement. « En 1986, Pierre Debizet, proche de Jacques Foccart, actuel conseiller de Jacques Chirac pour l’Afrique, réapparaissait avec le titre de délégué général du Mouvement initiative et liberté (MIL), dont le président d’honneur était Alain de Boissieu, gendre du général de Gaulle. » L’histoire du fameux « fichier » que le pauvre Massié aurait promis à la gauche, c’est tout autre chose en fait. Debizet en personne, qui déteste Giscard, autant que Charles Pasqua que l’on accuse partout d’avoir fait téléphoner pour demander à la droite d’élire Mitterrand pour faire tomber celui qu’il détestait, a résolu de donner à la gauche le fameux fichier, qui est celui de tous les adhérents du SAC. Le prix pour qu’on lui fiche la paix ? Debizet aurait lui-même offert ce pourquoi il aurait fait assassiner un des ces militants ! Debizet, comme Pasqua, avaient tous deux misé sur l’élection de Mitterrand et non de Giscard d’Estaing, leur ennemi juré ! Plutôt lui… que l’autre !

Mais Debizet n’en n’avait pas terminé et Pasqua non plus, qui crée le 7 décembre 1991 le mouvement intitulé « Solidarité et défense des libertés » pour « ceux qui refusent le socialisme et veulent agir » (dix ans avant c’est un de ceux qui l’avaient fait élire !). On y trouve Alain Juppé, Jacques Toubon, Yvon Bourges et Jacques Médecin pour le RPR, Alice Saunier Seité et Jacques Dominati pour l’UDF, mais aussi François Bachelot futur député du Front national, et Pierre Lagaillarde ancien député d’Alger… un partisan de l’Algérie française et de l’OAS. Et encore Gérard Ecorcheville, un ancien d’Ordre Nouveau et du Parti des Forces Nouvelles, venu avec son beau frère Alain Robert (le responsable de la Fédération des étudiants nationalistes avec Gérard Longuet et Alain Madelin.) C’est Alain Robert, rappelons-le, qui a créé avec François Brigneau, le Front national (FN) en 1972, Jean-Marie Le Pen en devenant le secrétaire. Robert, en 1974, avait fait un deal avec Giscard, en acceptant de faire voter ses militants qui collaient les affiches de Giscard… contre finance !

Mais Charly n’a pas abandonné pour autant Marseille, et mlagré sa disparition officielle, le SAC est toujours bien vivant : « sur le terrain ce mouvement réactive de vielles amitiés. A Marseille par exemple c’est en février 1982 qu’est créée une section de Solidarité et défense des libertés. Pasqua viendra en personnes inaugurer les locaux. Le président est Paul Gaillet, ancien secrétaire fédéral du SAC, le vice-président est Jean Roussel, futur député du Front national en 1986, le secrétaire est Joseph Nicolaï ancien commandant principal de la police de Marseille et membre du SAC. On trouve comme membres :
 – Gilbert Chabillat, ancien responsable du SAC de 1970 à 1975 (date de son exclusion) et qui s’est reconverti depuis dans le devillièrisme.

- Humbert Giaconelli, un ancien policier membre du SAC,

- Henri Neurmond, un autre ancien policier, membre lui aussi du SAC,

- Me Henri Ruggieri, membre lui du RPR et du SAC.

On trouve aussi et surtout Gérard Kappé responsable du SAC marseillais de 1967 à 1969, connu pour avoir préparé à Marseille en mai 1968, « l’opération stade » consistant à l’arrestation et au regroupement de diverses personnalités et syndicalistes de gauche dans des stades de foot, préfigurant ainsi ceux du Chili de 1973 (voir l’épisode précédent). Viré du SAC en 1969, il créait une fédération sud-est du SAC , mouvement dissident du SAC national. A la même époque d’autres SAC dissidents se constitueront à l’instigation de Charles Pasqua qui venait d’en démissionner ».

Un SAC proche de la droite extrême, avec les gens du GUD notamment, ce qui explique le positionnement du parti politique créé par Charly  : « Deux partis vont largement accueillir les anciens fascistes, au RPR on trouvera le plus d’activistes d’extrême droite auprès de Charles Pasqua (Patrick Devedjan, Bruno Tellenne (alias Basile de Koch, le mari de Frigide Barjot et le frère de Karl Zéro), Jean Taoussan, Jean-Jacques Guillet…) ainsi qu’à l’UDF ; c’est au Parti républicain que l’on retrouve Alain Griotteray, Hubert Bassot, Alain Madelin, Gérard Longuet, Guy Tessier, Serge Didier, Hervé Novelli. Une fois ralliés à la droite, leurs ascensions seront diverses mais certains atteindront des postes-clefs. » Telllene devenant au passage la « plume » des discours de Charles Pasqua…, son frère squattant CanalPlus pour finir par se ridiculiser lors de l’affaire de Toulouse, où on s’apercevra qu’il avait offert une voiture Espace à une des « témoins » de l’affaire, venue raconter n’importe quoi devant sa caméra (c’est ce qu’affirme Collard dans son ouvrage). Un journalisme de caniveau…

 

sources :

http://www.partiradicaldefrance.com/sac.htm

http://fresques.ina.fr/reperes-mediterraneens/fiche-media/Repmed00628/le-massacre-d-auriol.html

http://www.parismatch.com/Actu/Societe/La-tuerie-d-Auriol-Six-morts-pour-un-fichier-148447

https://www.youtube.com/watch?v=LsV-58pumy4

SOURCE: http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-cadavres-dans-le-placard-de-169427

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