Aviseur International renseigne, sans complaisance, sur la problématique de la drogue, du narcotrafic, de la corruption et sur les politiques mises en œuvre par les différents Etats et les dérives que s'autorisent les fonctionnaires des administrations — aviseurinternational@proton.me — 33 (0) 6 84 30 31 81
Et bien à la lecture de l’article paru dans « Courrier International« , les langues se délient enfin !
La DEA ne pouvait pas ignorer la situation en Haïti.
Bien qu’officiellement le meurtre du chef d’État haïtien Jovenel Moïse dans la nuit du 7 juillet reste toujours inexpliqué, l’enquête du New York Times, souligne que cet assassinat pourrait bien être lié à un vaste complot de trafiquants de cocaïne et d’héroïne couverts par de hautes autorités locales.
Dimanche 22 août 2021, vers 22 h, des coups de feu ont éclaté dans le quartier de Ménimur à Vannes (Morbihan), rue Claude-Monet. Un jeune homme âgé de 17 ans a été blessé par un tir à la jambe. Il a été transporté par les pompiers à l’hôpital de Vannes. Selon le voisinage, la victime n’est pas un jeune du quartier mais, originaire de Rennes et était sur un point de deal habituel dans le quartier.
KANSAS CITY, Mo. – A Kansas City, Missouri pharmacy is prohibited from continuing its past practice of filling prescriptions without verifying whether they were issued by a Drug Enforcement Administration-authorized practitioner, under a consent decree approved yesterday in federal court. Spalitto’s Pharmacy, L.C., a retail pharmacy at 3801 Independence Avenue…
SAN ANTONIO – A federal grand jury in San Antonio returned an indictment this week charging two Kerrville men and an Ingram man with distribution of narcotics. According to court documents, Scott Mitchell Brown, 35, and John Henry Swiencki, 51, of Kerrville and David Jeffrey Hughes, Jr., 42, of Ingram…
ST. LOUIS – A federal grand jury indicted Rebecca Hanks, 46, Zachary Siebert, 19, Amelia Siebert, 23, and Richard Frazier, 23, Aug. 11 for drug and gun-related offenses that allegedly occurred in Lincoln County, Missouri. The defendants are charged with the drug trafficking crime of conspiring to distribute and possess…
ST. LOUIS – A federal grand jury issued a 13-count indictment Aug. 18 against Matthew Steven Miller, D.O., charging him with illegally prescribing controlled substances and other related offenses. At the time Miller allegedly committed these offenses, he was licensed to practice medicine in Missouri, Michigan, and New Jersey. The…
ST. LOUIS – A federal grand jury issued a 25-count indictment Aug. 18 against Katie Diana Rooney charging her with health-care fraud and controlled substance offenses. At the time Rooney allegedly committed these offenses, she was a resident of St. Charles, Missouri. The indictment alleges that through fraud and deceit…
HOUSTON – Two alleged members of one of the most serious transnational criminal organizations will make their initial appearances in U.S. federal court on charges of narco-terrorism and distributing kilogram quantities of cocaine from Colombia. This is the first time believed members of the National Liberation Army (Ejército de Liberación…
CORPUS CHRISTI, Texas – A 32-year-old Alice, Texas resident has entered a guilty plea earlier today to possession with intent to distribute 112 grams of meth, announced Drug Enforcement Administration (DEA) Special Agent in Charge Daniel C. Comeaux, Houston Division and Acting U.S. Attorney Jennifer B. Lowery. On April 9…
PENSACOLA, Fla. – Defendants previously indicted and later convicted in multiple cases for their participation in a methamphetamine, cocaine, heroin, and marijuana ring operating in Crestview, Fla., were sentenced last week in the Northern District of Florida. The prosecutions were the result of a large-scale multi-agency investigation spearheaded by the…
PENSACOLA, Fla. – Defendants previously indicted and later convicted in multiple cases for their participation in an opioid, methamphetamine, and cocaine distribution ring operating in Okaloosa County, Fla., were sentenced last week in the Northern District of Florida. The prosecutions were the result of a large-scale multi-agency investigation spearheaded by…
DALLAS – A Colombian man was sentenced to nearly three decades in federal prison for drug trafficking violations. Manuel Camilo Renteria Lemus, 37, pleaded guilty on Nov. 16, 2020, to conspiracy to manufacture and distribution of cocaine, knowing it would be imported into the United States. Lemus was sentenced to…
OMAHA, Neb. – Investigators with the Drug Enforcement Administration (DEA) Omaha Division, Lincoln Police Department (LPD), Omaha Police Department (OPD) and Nebraska State Patrol (NSP) are alerting the public to an increase in overdose deaths that began August 10, from fentanyl-laced drugs. No less than eight overdose deaths and 21…
MILWAUKEE, Wis. – John G. McGarry, Assistant Special Agent in Charge for DEA Wisconsin, and Acting United States Attorney Richard G. Frohling of the Eastern District of Wisconsin announced that on Aug. 13, 2021, Lisa Hofschulz, a licensed nurse practitioner, and Robert Hofschulz, both owners and operators of Clinical Pain…
LOS ANGELES – A High Desert physician remains in federal custody today after his arrest Wednesday on charges of illegally dispensing prescriptions for often-abused controlled substances – including opioid-based medications – during telemedicine sessions with “patients” from across the United States. Dr. Raphael Tomas Malikian, 36, who resides in Llano…
Greenbelt, Md., – A federal grand jury has returned an indictment charging four men for a conspiracy to distribute and possess with intent to distribute cocaine, heroin, and fentanyl. The indictment was returned on August 11, 2021. The defendants were arrested on a related criminal complaint on August 10, 2021…
En France, les contrôles aléatoires sont tellement rares que la sécurité est remise en cause et nos savants continuent de réfléchir et de se refiler le dossier de ministères en ministères puis de services en services pour savoir si l’on va équiper nos ports de systèmes performants de contrôles qui existent !
Que du bonheur pour les narcos qui savent pouvoir compter sur le pinaillage des administrations françaises pour les laisser continuer à exporter des cargaisons de drogues.
Le groupe américain ADVANCED WARNING SYSTEMS INC a proposé le dernier système de numérisation automatique IGRIS (INELASTIC GAMMA RAY IMAGING SYSTEM) utilisé par le Pentagone pour inspecter de près les marchandises et les conteneurs avec précision.
Au total, 335 emballages vraisemblablement de cocaïne, camouflés dans des cigares, ont été saisis à l’aéroport international de Cibao, à la suite d’une opération menée par la Direction nationale de contrôle des drogues (DNCD) avec l’appui du Corps spécialisé de sécurité aéroportuaire et sous la coordination du ministère.
La cargaison repérée dans plusieurs boîtes dans la zone de cargaison du terminal avec un poids préliminaire de 4,51 kilos devait etre expédiée à Miami, aux États-Unis.
Deux hommes de nationalité dominicaine qui se sont présentés à l’aéroport avec l’intention d’envoyer les paquets de tabac ont été arrêtés dans l’affaire.
Dans un communiqué de presse, il est expliqué que la substance était recouverte de papier carbone, pour empêcher les rayons X de découvrir le contenu à l’intérieur.
Plus de 320 kg de cocaïne ont été localisés et saisis sur un navire dans le port de Santos, sur la côte de São Paulo, ce vendredi 20 août. La drogue a été trouvée lors d’une opération déclenchée par la Douane brésilienne avec la participation de la police fédérale, la garde portuaire et la marine brésilienne.
Selon la Douane, plusieurs sacs de cocaïne ont été retrouvés sur un navire panaméen amarré au port de Santos. Les douanes de Santos ont indiqué qu’au départ, des fouilles avaient été effectuées dans la salle des machines et dans d’autres parties internes de la structure du navire. Après un travail minutieux des équipes, six sacs de cocaïne pesant 174,47 kg ont été localisés.
Des sacs contenant de la cocaïne étaient cachés dans le compartiment appelé « coffre de mer » et des plongeurs du groupe de patrouille navale sud-sud-est de la marine brésilienne ont été sollicités.
Après de nouvelles recherches, cinq autres sacs ont été trouvés, préparés et cachés dans ce compartiment pesant 154,48 kg, soit au total onze sacs de cocaïne et 328,95 kg.
Article de Patrice MOYON dans Ouest France sous le titre:
Drogue, complicité, extorsion de fonds… Comment les talibans ont acheté leur victoire
Du sang et des larmes. Il y a quelque chose de poignant dans l’actualité afghane de ces derniers jours. Comme ces habitants de la capitale accrochés aux ailes d’un avion américain sur la piste de décollage. Ou le départ précipité du Président Ashraf Ghani qui dit avoir voulu éviter un bain de sang.
Les talibans narcotrafiquants
L’effondrement de l’Afghanistan ne doit rien au hasard. La victoire éclair des talibans est aussi le fruit de tractations conduites derrière les portes comme le souligne Bilal Sarwary un journaliste afghan. Des complicités achetées avec l’argent de la drogue. Pour financer leur effort de guerre, les talibans ont fait de ce pays la plaque tournante du trafic d’héroïne.
Des gangsters théocratiques », comme les définit Lynne O’Donnel qui a couvert avec le photographe Massoud Hossaini l’actualité de ces trois derniers mois en Afghanistan. Les talibans sont à la tête d’un puissant cartel de la drogue qui inonde le monde d’héroïne et méthamphétamine.
Quels sont leurs revenus ? Selon un rapport confidentiel de l’Otan dévoilé par Radio Free Europe, en 2019-2020, ils s’élevaient à 1,37 milliard d’euros, en progression de 400 % par rapport à 2016.
Pour se financer, outre l’argent de la drogue, les talibans peuvent s’appuyer sur l’exploitation clandestine de mines de pierres précieuses dans les territoires occupés, l’extorsion de fonds en échange d’une protection et le prélèvement de droits de douane dans les zones frontalières. Une véritable économie s’est mise en place avec des courants d’import-export destinés à asseoir l’indépendance économique de ce mouvement.
Ce rapport souligne également que les donations étrangères (particuliers et États) s’élèvent à 240 millions de dollars. De quoi permettre de financer le silence et des complicités comme cela a été le cas ces dernières semaines.
Tout se négocie. Les Afghans ne sont pas à vendre mais ils peuvent se louer, dit-on parfois. Au mois de janvier, à Kaboul, un ancien cadre haut placé des services de renseignement afghans évoquait des retournements d’alliance obtenus contre des villas et des voitures à Doha la capitale du Qatar.
Au mois de juillet, afin de placer un collet autour de l’économie afghane et percevoir les droits de douane, les talibans ont lancé un vaste mouvement d’encerclement en prenant le contrôle des principales frontières.
Sans rencontrer de résistance, les complicités avaient été achetées. Sinon, comment expliquer que le poste frontière avec l’Iran ait pu tomber alors qu’il était attaqué par une quarantaine de talibans sur des motos, témoigne Abdul, un habitant d’Hérat. Ismaïl Khan qui était chargé d’organiser une résistance face aux talibans a été capturé par ces derniers à la suite d’une trahison des autorités afghanes.
Et puis, le temps c’est de l’argent.
Lors des négociations à Doha en 2019, les talibans savaient les Américains sous pression. Pour Donald Trump, il fallait leur signature avant les élections présidentielles. Ils ont joué la carte de cette urgence pour obtenir un accord de retrait en février 2020 des États-Unis et la libération de 5 000 prisonniers. Avec en prime, la promesse de faire pression sur le gouvernement afghan pour demander et obtenir la libération de 5 000 prisonniers talibans.
A lorry driver who attempted to smuggle ketamine and mephedrone worth £2 million into the UK by hiding it in his mattress has been jailed.
The National Crime Agency investigated Alessio Giovannetti (36), from Italy, after his HGV was stopped at Dover on 29 May 2021.
His truck, carrying lettuce, was searched by Border Force officers and packages containing 70 kilos of ketamine and 20 kilos of mephedrone were found in voids hidden around the cab.
Further amounts were discovered in Giovannetti’s mattress, with NCA forensic experts estimating the drugs to have been worth £2 million at street level.
NCA officers questioned Giovannetti who stated that the packages smelt bad so he had placed them around his cab to stop the smell.
He said he believed the packages contained horse medication which he did not think was illegal.
Giovannetti was charged with two counts of attempting to import class B drugs.
He pleaded guilty at Canterbury Crown Court on 19 August and was sentenced to five years and seven months imprisonment.
“Alessio Giovannetti went to great efforts to hide these drugs around his cab, claiming it was their bad smell that caused him to conceal his illegal haul.
“Drug runners like Giovannetti should not doubt that we are determined to catch them and bring them to justice.
“These drugs would have caused serious harm if they had reached the streets of the UK and we will continue to work with our Border Force partners to ensure criminal activity like Giovannetti’s is disrupted.”
63 kilos d’héroïne et 32 kilos de cocaïne dans un camion chargé de chocolats belges.
Le camion, immatriculé en Pologne, devait amener le chocolat belge à Maidstone, dans le Kent. Il a été arrêté le 12 août au tunnel sous la Manche par les agents douaniers britanniques.
Le conducteur, un Irlandais âgé de 64 ans, a été inculpé pour tentative d’importation de drogue.
A lorry driver has been charged following the seizure of cocaine and heroin worth £5.7 million.
Irish national 64-year-old Robert Wilkin, now living near Tilbury in Essex, was questioned by officers from the National Crime Agency after his lorry was stopped at the Coquelles Channel Tunnel terminal on 12 August.
Wilkin’s Polish-registered truck was carrying a load of Belgian chocolates, which documents showed he was due to deliver to a location in Maidstone, Kent.
But hidden in two pallets of the chocolates Border Force officers discovered tape wrapped packages.
In total 63 kilos of heroin and 32 kilos of cocaine were seized, which once cut and adulterated would have been worth more than £5.7 million at street level.
NCA officers later charged Wilkin with attempting to import class A drugs.
He appeared before Folkestone magistrates on 14 August where he was bailed to appear before Canterbury Crown Court on 13 September.
NCA Branch Commander Martin Grace said:
“This was a significant seizure of class A drugs of the type we see being distributed by violent and exploitative street gangs and county lines networks.
“Working with our law enforcement partners like Border Force we are determined to do all we can to disrupt and dismantle the organised crime groups involved in bringing these drugs to the UK.”
« La drogue est un incendie qui couve à peu près partout sur le territoire« , estime le journaliste Frédéric Ploquin qui conclut cet interview par : « En dehors du fait de multiplier les policiers, il faut essayer d’offrir aussi à cette jeunesse une autre porte de sortie que de ressembler à Scarface, et de gagner beaucoup d’argent pour avoir des filles, des fringues et la belle vie. Ce n’est pas ça la vie. On le voit bien, c’est même la mort. »
Segundo a PF, droga estava no tanque de combustível, por isso, foi necessário o auxílio de cães farejadores, uso do scanner da Receita Federal e trabalho dos bombeiros.
Lors de leur première conférence de presse mardi, leur porte-parole, Zabihullah Mujahid, a affirmé que les nouvelles autorités ne transformeraient pas le premier producteur mondial d’opium en un véritable narco-État.
« Nous assurons à nos compatriotes et à la communauté internationale que nous ne produirons pas de stupéfiants« , a déclaré Mujahid à Kaboul.
« À partir de maintenant, personne ne sera impliqué (dans le commerce de l’héroïne), personne ne pourra être impliqué dans la contrebande de drogue« , a-t-il ajouté.
Reste à confirmer!
Souvenons-nous que les Talibans avaient tenté d’éradiquer les champs de pavot en édictant une fatwa en ce sens en juillet 2000. La production avait alors chuté de 90%.
Vingt ans après leur départ, les Talibans reprennent le contrôle d’un pays où la culture du pavot a représenté en 2017 près d’un tiers du PIB national.
C’est une autre facette de l’échec américain. Déterminés à éradiquer la culture du pavot, les Etats-Unis laissent derrière eux un Etat afghan plus dépendant que jamais à l’opium, le latex dont on tire l’héroïne.
Les douaniers turcs ont saisi lundi plus de quatre tonnes de substances utilisées dans la production de drogue à l’aéroport d’Istanbul, a rapporté le journal BirGün .
Les substances, signalées comme « amphétamine » et « méthamphétamine », ont été découvertes à l’intérieur d’une cargaison en transit à destination des Pays-Bas en provenance de Hong Kong, a déclaré BirGün.
En 1972, l’universitaire américain Alfred McCoy, professeur à l’université du Wisconsin, publiait un ouvrage désormais classique: La politique de l’héroïne en Asie du Sud-Est. Il y étudiait dans la (longue) durée le trafic des opiacés dans cette région du monde, pointant les relations troubles de pouvoir entre États, agences de renseignement (notamment la CIA), armées régulières, guérillas, contrebandiers, confréries mafieuses et populations traditionnelles, tous pris dans la nasse de la guerre froide. En s’appuyant en partie sur McCoy et sur d’autres travaux, retraçons ici la géopolitique de cette région-clé dans le trafic international d’opiacés, dont l’âge d’or fut les années 1960-1980.
L’opium a une vieille histoire en Asie du Sud-Est. Les populations Hmongs (ou Méos) des régions montagneuses du Laos, de Thaïlande ou du Vietnam, ou encore les communautés chinoises du Yunnan, cultivent traditionnellement le pavot depuis des siècles. Mais les premiers acteurs géopolitiques qui firent de cette région du monde un foyer majeur du trafic de stupéfiants furent les États. Au XIXe siècle, les Britanniques inondèrent l’Empire de Chine d’opium indien à la suite de deux guerres authentiquement impérialistes (1839-1842, 1856-1860), afin d’ouvrir un juteux marché les armes à la main. Dès lors, l’économie de l’opium fut au cœur des empires coloniaux qui se mirent en place au XIXe siècle. Dès la conquête de l’Annam et du Tonkin, les colons français du Second Empire puis de la IIIe République comprirent le profit qu’ils pouvaient tirer de la culture et de la vente de l’opium. D’une «ferme de l’opium» mise en place dans les années 1860, l’administration coloniale mit en place en 1881 le régime de la Régie directe, en situation de monopole. Une manufacture d’opium fut installée à Saigon, raffinant de l’opium acheté principalement aux Indes (et non dans les régions périphériques du pays), à destination des pharmacies mais aussi des fumeries. Au début du XXe siècle, un quart des recettes dans le budget de l’Indochine, soit environ 8 millions de piastres, provenait de la vente d’opium à prix fixé par la Régie1. Ailleurs, les colonisateurs établirent le même type de régime, comme les Néerlandais en Indonésie, ou privilégièrent la libre concurrence des compagnies d’opium, comme les Britanniques à partir de leurs concessions chinoises. Le gâteau chinois était aussi partagé par les Français qui jouirent, entre 1898 et 1945, de la possession d’un petit territoire côtier, Kouang-Tchéou Wan ou Fort Bayard. À partir de 1914, l’administration française y créa une petite Régie, raffinant l’opium et le vendant à des intermédiaires commerciaux (y compris des contrebandiers chinois) pour l’exporter vers la Chine continentale2.
Cependant, cette économie florissante se retrouvait en porte-à-faux avec le système des conventions internationales, institué à la conférence de La Haye en 1911, perfectionné après la Grande Guerre sous l’égide de la Société des Nations (SDN)3. La catastrophe sanitaire de l’opiomanie en Chine fournissait les images de décadence pointées par les ligues de vertus en Europe et aux États-Unis. Mais toutes les administrations coloniales violèrent hypocritement, pendant des années encore, la prohibition internationale. Le profit était trop important: en Indochine française, par exemple, les recettes des ventes d’opium passèrent à 30 millions de piastres dans l’entre-deux-guerres. Le Japon eut une trajectoire différente, imitant les méthodes des Européens: il raffina industriellement de l’opium cultivé massivement dans le protectorat du Mandchoukouo, en injectant une grande partie dans la contrebande internationale. La SDN considérait en 1937 que 90% des opiacés illicites vendus dans le monde venait des Japonais. Le Japon dissimula à Genève la production de plus de sept tonnes d’héroïne dans les années 1930 et se lança jusqu’à la fin de la guerre dans une politique d’intoxication des populations occupées aussi bien en Chine qu’en Corée4. Il fallut la guerre et la décolonisation pour mettre un terme à ces économies semi-légales. L’ONU se chargea de rappeler après-guerre les règles du contrôle des stupéfiants au Japon vaincu. En 1949, la Chine devint communiste et Mao lança une véritable guerre à la drogue, assimilée à un poison déversé sciemment par les colonisateurs occidentaux. Cependant, au début des années 1960, les Américains soupçonnaient la persistance de cultures clandestines dans la province du Yunnan, avec la complicité des autorités, malgré le discours antidrogue de Pékin. De grosses quantités d’opium auraient franchi la frontière sino-birmane ou sino-thaïlandaise, leur vente servant à financer, par des revenus occultes, le parti communiste chinois. Pour transformer cet opium, des laboratoires clandestins fonctionnaient à Hong Kong, en Thaïlande, à Singapour, au Laos ou encore à Macao, et utilisaient depuis les années 1950 une main d’œuvre essentiellement composée de Chinois, dont la diaspora avait historiquement essaimé dans toute l’Asie du SudEst5. Enfin, toute activité de production légale d’opium cessa en Indochine à l’indépendance en 1954, mais la contrebande régionale survécut.
Armées, agences de renseignements et contrebandiers au temps des guerres indochinoises
Après les États, la géopolitique de la drogue fut aussi façonnée par les armées et surtout les agences de renseignements («l’État profond») qui participèrent à leur manière à l’effort de guerre, sachant que la péninsule indochinoise fut ensanglantée pendant presque trente ans. Pendant la guerre d’Indochine, le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), autrement dit le contre-espionnage français, encouragea la culture du pavot par les Hmongs et les Thaïs des montagnes du nord et organisa son transport et sa revente, ramenant ensuite les fonds récoltés aux producteurs. Les commissions prélevées permirent de financer une partie des opérations militaires. Cette «Opération X» fut découverte en 1953 à la suite d’irrégularités comptables pointées par un officier trésorier du Groupement de commandos mixtes aéroportés (GCMA), émanation du SDECE créée en 1951. Elle dévoilait les responsabilités du général Salan, de l’armée régulière, et du colonel Belleux, du SDECE. Un avion Dakota avait transporté 1,5 tonne d’opium depuis le Laos en janvier 1953, marchandise ensuite stockée dans les locaux du GCMA à Saigon. L’opium était ensuite confié pour la revente locale et internationale aux Bihn Xuyen, confrérie criminelle de Cochinchine dont le quartier général, la salle de jeux du «Grand Monde», était basé à Saigon et dont le chef, le parrain de la pègre Le Van Vien, était un ancien révolutionnaire qui s’était désolidarisé du Vietminh. Alfred McCoy fut l’un des premiers à évoquer cette trouble affaire dans son ouvrage de 1972, sur laquelle d’autres historiens ont travaillé depuis6.
En réalité, utiliser les ressources de la drogue pour financer un conflit n’avait rien d’exceptionnel, et l’Armée populaire du Vietminh ne se gênait pas pour faire de même de son côté, sur des surfaces bien plus conséquentes. Le financement des forces françaises par ce biais demeurait modeste: le trafic de piastres avait dans le même temps rapporté bien plus. Il s’agissait avant tout de s’attacher les populations montagnardes, opposées aux ethnies annamites constituant le Vietminh, afin d’obtenir des renseignements dans une zone stratégique, non loin de la frontière chinoise, puis de créer des maquis chargés de prendre à revers les forces d’Ho Chi Minh. Après la découverte du pot-aux-roses, le GCMA proposa de faire transiter les cargaisons par Bangkok mais Paris n’écoutait plus et le trafic fut stoppé net.
En 1954, tous les Français ne quittèrent pas l’Indochine. Des contrebandiers-aventuriers restés à Saigon, à Ventiane ou à Phnom-Penh, reprirent le flambeau du commerce informel de l’opium, mais aussi de la morphine et de l’héroïne, produits par les laboratoires clandestins de la région. Ils se dissimulaient derrière la façade d’hôtels, de restaurants ou de sociétés de transports, tel un certain Roger Lasen propriétaire et exploitant de la bijouterie Mondia de Ventiane ou Henri Flamant lançant à Bangkok une affaire de produits alimentaires congelés. Parmi eux, on trouvait de nombreux Corses. Ils pouvaient aussi s’appuyer sur la corruption des administrations de ces pays, jeunes et encore fragiles (hormis la Thaïlande), parmi les hauts dignitaires de l’armée ou du gouvernement. Les trafiquants décidèrent à partir de 1962 d’abandonner la voie terrestre pour recourir au transport aérien, moins risqué. Avec la complicité de certains employés de la compagnie Air Lao, des lâchers d’opium, empaqueté dans des boîtes de conserve enveloppées de mousse, furent organisés par Dakotas au-dessus de la mer de Siam. La marchandise était ensuite récupérée par des bateaux de pêche mettant le cap vers Hong Kong ou Singapour. D’autres lâchers avaient lieu au-dessus du Sud Vietnam, rongé par la guérilla révolutionnaire, et dont les autorités, particulièrement corrompues, cherchaient à financer le conflit en faisant flèche de tout bois. Ainsi, l’organisation de Roger Lasen avait passé un accord avec le vice-président du Sud Vietnam, le général N’guyen Cao Ky, afin d’utiliser les aéroports militaires du pays. Cet accord tacite n’empêchait cependant pas les officiers sud-vietnamiens de procéder à des saisies arbitraires sur des appareils pilotés par des militaires laotiens. D’autres lâchers, enfin, étaient effectués dans les hautes montagnes, avec la complicité du général Ouan Rattikoun, chef d’état-major de l’armée laotienne. Ce dernier fournissait aux trafiquants la protection de ses troupes: les avions chargés de stupéfiants atterrissaient sur des bases où le personnel de l’armée les déchargeait. Si un pilote devait atterrir à l’étranger, comme en Thaïlande, l’état-major laotien exerçait des pressions pour le faire libérer. Mais, avec le début de l’intervention militaire américaine au Vietnam en 1964, le survol de la région devint plus risqué: radars et canons antiaériens abattirent plusieurs avions chargés en opium et morphine-base7.
C’est alors que les services de renseignement américains rentrèrent en scène en reprenant l’habitude des collaborations troubles de leurs collègues français.
Recueillant nombre de témoignages au Laos, c’est ce que démontra Alfred McCoy dans son ouvrage en 1972. La compagnie aérienne Air America, utilisée par la CIA pour ses opérations clandestines en Asie depuis 1946 (soutien aux nationalistes chinois, puis aux forces anticommunistes d’Indochine), transportant déjà des marchandises de ravitaillement, fut mobilisée pour acheminer… de l’opium cultivé par les Hmongs et les Thaïs. Les buts de guerre étaient les mêmes que dix ans plus tôt: s’assurer du soutien des maquis Hmong contre le Nord-Vietnam et pouvoir compter sur de brillants meneurs d’hommes comme le général Vang Pao. Le trafic ainsi mis en place dura de 1965 à 1971. Mais il fut lourd d’effets pervers: produit à hauteur de 200 tonnes annuelles, l’opium était raffiné en héroïne dans des laboratoires clandestins de Ventiane ou de Long Tien, sous le couvert de généraux laotiens comme Rattikoun. Puis le produit se retrouva dans les veines des soldats américains en mal de paradis artificiels dans l’enfer de la jungle8. Ces opérations secrètes de la CIA cessèrent (curieusement…) l’année même où le président Nixon lançait aux États-Unis la «guerre à la drogue». Pour autant, l’agence continua d’un autre côté de soutenir le gouvernement thaïlandais, farouchement anticommuniste, fermant les yeux sur l’implication de certains militaires dans le trafic des opiacés.
Guérillas, pouvoirs corrompus et contrebandiers: la genèse du «triangle d’or»
Au début des années 1970, ressources en pavot, pouvoir corrompu et réseaux de contrebandiers faisaient la fortune du Laos dans le trafic d’héroïne en Asie du Sud-Est. Par exemple, un rapport franco-américain sur cette question, en 1971, indiquait que «Georges Campello, patron de bar français à Vientiane, un certain Michel Théodas, le général Kouprasith Abbhay, commandant de l’armée à Vientiane ont réussi à introduire en France de grandes quantités de stupéfiants dans les bagages du Premier ministre du Laos, Souvanna Phouma. Pour la contrebande de ces drogues, ces trafiquants utilisent les bagages diplomatiques, le personnel de la mission culturelle française et les membres de la mission militaire française au Laos. En retournant chez lui en France, chaque membre de cette mission a droit à 350 kg de bagages, avec le privilège d’être étiquetés diplomatiques, pouvant servir au transport de stupéfiants»9. L’utilisation de valises diplomatiques (et la corruption permettant d’accéder à ce type de contenant) est un moyen classique du grand trafic… Tandis que les notables français de l’ex-Indochine jouaient toujours un rôle prépondérant, tel un certain Michel Théodas, évoqué ci-dessus. Notable très en vue à Vientiane, directeur de la Société générale d’exploitation hôtelière et touristique du Laos entre 1963 et 1976, délégué au Conseil supérieur des Français de l’étranger entre 1967 et 1970, il assura, durant cette période, la vice-présidence du Rotary Club. Proche du ministère des Affaires étrangères laotien, il était en étroite relation avec Tiao Sopsaisana, ambassadeur du Laos en France et un dénommé Roger Zoile, trafiquant notoire et associé de la compagnie Lao Air Charter dont les cales servirent à la contrebande d’opiacés. En 1956, Théodas œuvrait pour le compte de la Mission officielle des États-Unis au Laos (USOM) et en utilisait les moyens pour amener des stupéfiants en contrebande à Saigon et à Hong Kong. Dans les années 1960, il usa de ses réseaux diplomatiques pour envoyer des opiacés dans le reste de l’Asie et même en Europe. Mais aucune enquête ne parvint à débusquer cet intouchable: «En 1968, le service de police en civil de Bangkok a enquêté sur la famille Théodas à l’ambassade française de Vientiane. On lui a répondu que la famille Théodas était au-dessus de tout soupçon et qu’elle était étroitement liée d’amitié avec le Premier ministre Souvanna Phouma.»10… En 1975, la prise du pouvoir par les communistes obligea Théodas à revenir en France mais il poursuivit ses activités de contrebandier. En 1977, la Direction de la surveillance du territoire (DST) identifiait l’un des restaurants asiatiques parisiens dont Théodas était désormais le gérant, le Hang Tcheou, comme un point de passage obligé dans la revente d’une héroïne en provenance d’Asie du Sud-Est11.
À partir de 1975, le régime communiste laotien, la réunification du Vietnam par le Vietminh et la tragédie des Khmers rouges au Cambodge entravèrent pour un temps la production d’opium. Mais un pays indochinois épargné par le péril rouge avait pris la relève: la Birmanie. Le pays n’était pas pour autant stable, ne connaissant que la junte militaire comme forme de gouvernement depuis 1962. Ce qui favorisait les cultures illicites dans les régions frontalières difficiles d’accès et la vente d’opium comme moyen de financer un autre type d’acteurs: les guérillas politiques. Dès la fin des années 1960, le gouvernement birman, afin de lutter contre des groupes ethniques dissidents et contre la présence de groupes armés du Kuomintang (KMT) chinois, chassés de Chine populaire depuis 1949, et contrôlant des régions entières de Birmanie, créa des milices d’autodéfense (KKY). Ces dernières furent autorisées à pratiquer la culture et le commerce de l’opium pour se financer. De son côté, le KMT avait mis en place, dans le même but, des cultures et des raffineries de morphine-base employant des Chinois de Hong Kong. De même, deux chinois de Birmanie, les frères Lo Hsing-Han et Lo Hsing-Minh, fondèrent l’Armée révolutionnaire de l’État Shan-ARES, mouvement sécessionniste en apparence, paravent d’un gigantesque trafic d’héroïne à l’échelle asiatique qui enrichit considérablement les frères Lo. La junte militaire finit par les laisser faire, l’ARES s’imposant comme un utile instrument de lutte contre la démultiplication des maquis communistes. Alliée à des reliquats du KMT, elle bénéficia de soutiens financiers de la part de la CIA, en échange de l’envoi d’agents en Chine «rouge». Même la Thaïlande aida en douce l’ARES, convaincue que son activité affaiblissait directement ou indirectement ses ennemis héréditaires birmans et chinois12.
De leur côté, dissoutes en 1973, les KKY ne rendirent pas les armes mais entrèrent à leur tour en dissidence contre le pouvoir central, à commencer derrière un certain Chan Shee-Fu, surnommé Khun Sa. Ce dernier s’imposa vite sur les couvertures de magazines occidentaux comme le terrible «Seigneur de l’opium», à la tête de la Shan United Army. Dans sa lutte contre le gouvernement de Rangoon, la production et le commerce du pavot constituaient aussi l’essentiel de son financement. Comprenant les potentialités du marché des GI englués au Vietnam, Kuhn Sa accrut sa production annuelle à 400 tonnes13. Mais le départ des Américains au mitan de la décennie l’obligea à trouver de nouveaux débouchés pour éviter la surproduction. Cependant, la réputation du «triangle d’or» (zone frontalière entre Birmanie, Laos et Thaïlande) était désormais faite: des trafiquants d’autres régions du monde vinrent directement s’approvisionner à la source, tel l’Américain Frank Lucas, le «parrain de Harlem», à qui Ridley Scott consacra un film en 2008 (American Gangster). L’héroïne partit donc directement vers l’Amérique du Nord. Dès 1973, les policiers canadiens constataient qu’une héroïne ayant transité par Hong Kong ou Bangkok entrait clandestinement via le port de Vancouver14. Puis ce fut le tour de l’Europe. En 1974, un passeur d’héroïne chinois fut interpellé dans un aéroport parisien: pour l’OCRTIS, la Chinese Connection était née, même si cette expression des policiers français était un peu trop simplificatrice.
Mondialisation du trafic: la Chinese Connection (1974-années 1980)
L’ouverture du triangle d’or vers le marché international était d’autant plus nécessaire que le Laos produisait à nouveau. Dès 1978, afin d’acheter la paix avec les populations Hmongs en sécession, l’État laotien reprit ses mauvaises habitudes en autorisant dans l’ombre: achat, raffinement et transport de l’opium cultivé dans les montagnes. La production, de 50 tonnes en 1984, passa à 250 tonnes en 1987, le pavot devenant la première ressource agricole du Laos15. De son côté, Kuhn Sa se vantait toujours d’une production en centaines de tonnes d’opium. En 1988, interviewé au cœur de la jungle birmane par le journaliste australien Stephen Rice, il proposa, goguenard, au gouvernement australien de lui acheter sa production des huit années à venir pour 50 millions de dollars, afin de mettre un terme au trafic international. Un an après, il narguait les États-Unis en proposant une offre similaire16.
Les laboratoires clandestins d’Asie diversifiaient également les héroïnes acheminées depuis le triangle d’or et proposées sur le marché clandestin à Bangkok, Kuala-Lumpur, Singapour et Hong Kong puis dans le reste du monde. Il y eut l’héroïne brune ou brown sugar, de piètre qualité, coupée à la strychnine ou à la caféine, destinée normalement à être fumée par les consommateurs de Hong Kong mais injectée par les toxicomanes en Europe et en Amérique. Il y eut aussi une héroïne blanche de très grande qualité, purifiée à l’éther après acétylisation: surnommée White China aux États-Unis, sa pureté avoisinait celle de la «marseillaise» de la French Connection. Enfin, au début des années 1980, on trouvait aussi une héroïne «rose» (dite «chinoise» en France) qu’il fallait s’injecter rapidement car elle gélifiait dans la cuillère17. La réexpédition de ces marchandises vers le monde occidental était le fait d’un autre type d’acteurs: les organisations criminelles, les mafias asiatiques étant de gigantesques réseaux transnationaux aux sociabilités très ritualisées et régnant sur le monde du jeu, de la prostitution et de la contrebande. La nouvelle filière internationale de l’héroïne asiatique fut donc dominée dès les années 1970 par les «triades» chinoises implantées dans les communautés chinoises extérieures à la République populaire de Chine: la 14 K, de loin la plus puissante, originaire de Canton, puis repliée sur Hong Kong ; la Ka Ki Nang, basée en Thaïlande ; la Gi Kin San, opérant depuis Singapour et la Sap Baat Chai, ou groupe des 18 Immortels, implantée en Malaisie. Les passeurs recrutés pouvaient être vietnamiens, cambodgiens, laotiens, malais, etc. Des relais, prenant appui sur les diasporas asiatiques, s’implantèrent partout dans le monde: en Europe, c’est aux Pays-Bas que les chefs de la 14 K, composés pour beaucoup de criminels en fuite s’installèrent pour réceptionner et distribuer la marchandise aux autres pays, tel Li Hin Hing, ancien policier de Hong Kong corrompu, devenu trafiquant et dirigeant une maison de jeux à Rotterdam18. Les largesses de la loi néerlandaise anti-opium de 1919 autorisaient les immigrés asiatiques à fumer l’opium dans leurs arrière-salles de boutiques, ou dans des fumeries semi-légales, à condition que ces consommateurs s’abstiennent de tout prosélytisme envers la jeunesse batave19. Le nouvel Opiumwet de 1976 revint sur ces libéralités mais la brèche avait été entrouverte, créant un appel d’air pour les trafiquants asiatiques quand il s’agit d’exporter les surplus du triangle d’or et répondre à la hausse de la demande en Europe. Enfin, n’oublions pas ces particuliers qui, en dehors de toute mafia, se rendirent massivement dans les années 1970-1980 en Thaïlande ou en Malaisie pour acheter de l’héroïne, brune ou blanche, et en ramener pour leurs proches: ce trafic de «fourmis» dépeint par Armand Lercot dans son roman autobiographique Les chiens de Bangkok (1982). Usager-revendeur parti à Bangkok, il se fit trafiquant amateur avant d’être arrêté en 1977 et de connaître pour quelques années les sordides établissements pénitentiaires du pays20.
La filière asiatique de l’héroïne s’essouffla à la fin des années 1980. Les pressions diplomatiques sur les pays producteurs avaient fini par payer: les autorités thaïlandaises appliquaient désormais de façon drastique l’interdiction des produits servant à transformer l’opium et contrôlaient mieux leur frontière au nord de Chiangmai ; le nombre de laboratoires clandestins de production d’héroïne décrut progressivement au Laos et au Cambodge21. Puis les Drug Lords birmans se rendirent: en 1992, Lo Hsing-Han se reconvertit officiellement en homme d’affaires, à la tête de l’Asia World Group, entre Rangoon et Singapour, continuant cependant son activité trafiquante en sous-main ; Khun Sa déposa les armes en 1996 en échange de la promesse de la junte militaire de ne pas être extradé vers les États-Unis. Surtout, le triangle d’or subit la forte concurrence du «croissant d’or», en Asie centrale, qui le supplanta définitivement dans les années 1990: l’Afghanistan est depuis le premier producteur mondial d’opium.
Pour autant, la géopolitique de la drogue en Asie du SudEst n’est pas un domaine forclos. Des guérillas et des mafias restent actives dans le triangle d’or et de nouveaux barons de la drogue, tel le sino-birman Wei Shao Kang, à la tête de la United Wa State Army, une nouvelle guérilla fédérant cette fois l’ethnie Wa, ont mis en place dès les années 1990 des laboratoires de drogues de synthèse. L’ecstasy et surtout la méthamphétamine (yaa baa), après avoir saturé le marché thaïlandais, déferlent désormais sur toute l’Asie…
Pour l’auteur de Gomorra, les nouveaux maîtres de Kaboul, qui fournissent toutes sortes de mafias et de cartels, tirent leur pouvoir du trafic de l’opium. Et les Occidentaux ont commis l’erreur de l’ignorer pendant vingt ans en Afghanistan, écrit-il dans le Corriere della Sera.
“Ce n’est pas l’islamisme qui a gagné après plus de vingt ans de guerre, c’est l’héroïne.”
Dans les colonnes du Corriere della Sera, Roberto Saviano, jamais en retard d’un scoop, ce spécialiste italien du crime organisé et des archives policières qu’il utilise en écartant des réalités parfois dérangeantes, a livré sa propre analyse du retour des talibans à Kaboul.
Pour Roberto Saviano : “Les talibans sont des trafiquants de drogue”.
Oubliant au passage que les Talibans sont des combattants essentiellement Pachtounes, l’ethnie principale en Afghanistan qui représente environ 40 % de la population et que la « guerre d’indépendance » pour eux ne pouvait trouver sa source de financement que par les taxes perçues sur la production locale du pavot, qui à elle seule fait vivre une bonne partie de la population, et sur la commercialisation de ce produit.
Les leçons de narcotrafic données par les occidentaux dans les guerres coloniales menées sont exemplaires et ont donc servi d’exemple et de modèle aux Talibans. Inutile de revenir sur les exploits des Anglais, des Français et des Américains en la matière !
Quant au financement, il est bon de rappeler à Roberto Saviano que 80 % du revenu des Talibans provient de taxes légales sur des biens légaux.
Précieux pavot
Le latex extrait de cette plante cousine du coquelicot est l’ingrédient de base des drogues opiacées, comme l’opium ou l’héroïne, dont l’Afghanistan est à l’origine de 90 % de la production mondiale. « Si les talibans maîtrisaient l’ensemble du trafic, cela représenterait 400 millions de dollars », avance David Mansfield, économiste spécialiste de la production d’opium en Afghanistan (1) et ancien membre de l’Afghanistan Research and Evaluation Unit (AREU)
Bien implantés dans les zones rurales, les talibans contrôlent déjà la majeure partie des cultures de pavots. Ce ne fut pourtant pas toujours le cas. Aux débuts des années 2000, le mollah Omar, chef des talibans alors au pouvoir, décide d’interdire la production. « La culture du pavot avait presque été éradiquée », se souvient Karim Pakzad, chercheur à l’Iris et spécialiste du pays. L’arrivée des Américains en 2001 met fin à la règle imposée par le mollah. Très vite, les plantes aux pétales roses fleurissent de nouveau dans les plaines afghanes. Et avec elles, les importants profits qui servent à financer, en partie, l’insurrection islamiste.
« Estimer le poids du trafic d’opium dans la richesse globale des talibans est très compliqué, indique David Mansfield. Pour le savoir, il faudrait analyser leurs revenus région par région. » Ses études ont toutefois révélé que le trafic d’opiacés n’est pas la première source de revenu du groupe terroriste.
« Dans la province de Nimroz (l’une des principales régions productrice de pavot, NLDR), le commerce d’opium et de ses dérivés ne représente que 9 % des sommes collectées », poursuit l’économiste.
Taxes et droits de douane
Au Nimroz, « 80 % du revenu des talibans provient de taxes légales sur des biens légaux », ajoute David Mansfield. Dans les zones contrôlées, ils prélèvent la zakat, un impôt islamique à hauteur de 2,5 % de la richesse d’un foyer. D’autres s’appliquent sur les propriétés foncières et les productions agricoles. Mais le véritable nerf de la guerre concerne la maîtrise des postes frontières. Essence, nourriture, denrées agricoles : tous les produits qui transitent font l’objet de taxes. Selon un rapport de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), elles rapportent 3,4 milliards de dollars par an aux talibans. Le poste frontière de Zarandj à la frontière avec l’Iran, tombé entre leurs mains samedi 7 août, représente à lui seul un gain de près de 100 millions de dollars supplémentaires.
Certes, les talibans, qui ont dirigé l’Afghanistan de 1996 à 2001, sont depuis longtemps impliqués dans le gigantesque trafic de stupéfiants du pays et de l’extraction d’opium, du trafic et de la «taxation» des laboratoires de drogue à la facturation de frais de contrebande pour les expéditions à destination de l’Afrique, de l’Asie, de l’Europe, du Canada, de la Russie et du Moyen-Orient, les talibans ont récolté des millions de dollars de ce commerce pour financer leur combat.
Vers 7 h 30 aujourd’hui, la police royale de Gibraltar a lancé une poursuite en mer avec un RHIB * suspect. Le RHIB a été repéré pour la première fois à Emerson’s Place par une patrouille terrestre du RGP.
La Section Marine du RGP a alors pris le relais et s’est immédiatement déployée sur zone afin d’intercepter le RHIB. Il s’en est suivi une poursuite à grande vitesse dans les eaux du côté ouest. Pendant ce temps, des valise marocaines de cannabis étaient constamment lancées du RHIB.
À ce stade, la vedette des douanes HMC Searcher a repris la poursuite et le navire suspect a continué à larguer davantage de marchandises dans BGTW (British Gibraltar Territorial Waters).
Il a ensuite percuté HMC Searcher, lui causant des dommages importants. Les douaniers de HM sont montés à bord du navire suspect et ont arrêté quatre occupants. De plus, les agents ont saisi le navire qui était encore chargé d’un grand nombre de balles.
Alors que HM Customs acheminait les détenus et le RHIB à la base maritime des douanes, la section maritime RGP et GDP a lancé une recherche et une récupération des valises de cannabis.
Au total, 65 valises marocaines ont été saisies pour un total d’environ 2,6 tonnes. Les quatre individus sont actuellement détenus à New Mole House.
L’enquête, qui est menée par HM Customs, se poursuit.
* Le RHIB est un petit bateau à moteur maniable et rapide qui est utilisé par les armées pour des opérations maritimes comme l’arraisonnement d’un navire.
La police judiciaire fédérale de Bruxelles a mené plusieurs perquisitions jeudi dernier, le 12 août, dans le cadre d’un dossier du parquet fédéral sur un trafic de stupéfiants. Selon les informations récoltées par la RTBF et confirmées par la porte-parole du parquet Wenke Roggen, les policiers ont mis la main sur un container renfermant près de 9 tonnes de cannabis, dans un entrepôt situé à Wavre.
Le container avait auparavant transité par le port d’Anvers.
La drogue était transportée à l’état de poudre. Etonnant alors que le cannabis saisi se présente généralement sous forme de résine compressée en plaquettes dures (surtout pour le cannabis importé) ou sous forme d’herbe. La poudre de cannabis d’une couleur brunâtre retrouvée à Wavre était dissimulée dans plus de 2000 sacs de semoule de blé dur pour couscous, disposés sur une cinquantaine de palettes en bois.
Une brigade de la gendarmerie royale de Ksar El Kebir et du commandement provincial de Larache enquête sur la crash d’un petit avion dans la région de Larache.
Le quotidien Al Massae rapporte, dans son édition du mercredi 18 août, que les investigations en cours s’orientent vers l’existence d’un lien entre cet avion et un réseau international de trafic de drogue. Les premières informations indiquent que cette opération n’est pas la première du genre puisque les barons de la drogue avaient, par le passé, transporté de grosses quantités de Chira via des avions de tourisme.
L’enquête de cette brigade avait d’ailleurs découvert que les trafiquants se servaient des hélicoptères de type «Robinson R 44» pour transporter la drogue du Nord du Maroc vers des villes du Sud de l’Espagne. Selon des rapports de la gendarmerie, les activités illicites des réseaux criminels se sont démultipliés depuis le déclenchement de la pandémie de la covid-19 en utilisant des moyens de plus en plus sophistiqués. C’est ainsi qu’ils ont commencé à se servir d’avions dotés de système de vision nocturne et volant à une baisse altitude pour échapper aux radars des services sécuritaires au Maroc et en Espagne.