NARCOTRAFIC: les 12 pays africains sous surveillance du Narcotics Bureau des Etats-Unis

Tour d’horizon, selon « The Department of State’s International Narcotics Control Strategy Report », publié fin mars 2017:

ALGÉRIE

C’est sa proximité avec le Maroc qui vaut à l’Algérie les attentions particulières des « stups » américains. Une partie importante de la production chérifienne transite par l’Algérie pour atteindre les marchés de l’Europe et du Moyen Orient, finançant au passage des cellules terroristes au Maghreb. En 10 ans, de 2003 à 2013, les saisies algériennes de cannabis sont passées de 8 à 211 tonnes par an. La consommation locale reste modeste, mais elle progresse chez les jeunes. Un phénomène que les autorités tentent d’endiguer par des programmes sociaux et des campagnes d’information.

BÉNIN

Pays de transit pour la cocaïne (Amérique du Sud), l’héroïne (Asie du Sud-Est), ou encore la méthamphétamine (Nigeria) et les précurseurs chimiques (Inde), le Bénin constitue une porte vers les marchés d’Europe de l’Ouest et d’Afrique du Sud. Selon le Narcotics Bureau, un petit marché intérieur serait également en plein essor dans le pays.

CAP-VERT

L’archipel ne présente pas de production significative de drogues mais il reste un important centre de transit pour la cocaïne et autres produits d’Amérique latine, vers les marchés européens. Son vaste domaine maritime et ses multiples îles facilitent les mouvements terrestres, maritimes et aériens des trafiquants basés en Guinée-Bissau. En avril 2016, 280 kilos de cocaïne ont été saisis et six personnes ont été arrêtées au large de la côte sud-ouest. Plusieurs fois, des trafiquants ont menacé le gouvernement cabo-verdien, jusqu’à une tentative d’assassinat sur le fils du Premier ministre en décembre 2014.

ÉGYPTE

En dépit d’un important marché pour le haschisch et le tramadol, l’Egypte n’est pas considérée comme un grand producteur de drogue. Le pays applique des lois et des sanctions strictes pour les trafiquants de stupéfiants. Il reste tout de même une place de transit pour le cannabis provenant du Maroc et du Liban vers les pays européens et le Golfe. En 2016, les autorités ont annoncé la saisie de plus de six tonnes métriques de haschisch, 194 730 000 comprimés de tramadol et plus de 19 000 000 de comprimés de fenethylline.

GHANA

La Gold Coast reste un important point de transit pour la cocaïne sud-américaine et l’héroïne sud-asiatique, destinées aux marchés européens et nord-américains. Le marché intérieur est davantage porté sur la marijuana. En août 2016, plus de deux tonnes métriques de cannabis ont été saisies par les autorités dans la région de la Volta.

GUINEA-BISSAU

La mal-gouvernance, la corruption et les frontières poreuses qui caractérisent la Guinée-Bissau ont fait de ce petit pays ouest africain un véritable hub du trafic de cocaïne d’Amérique du Sud vers l’Europe. Le pouvoir des trafiquants pèse sur tout le système politique et corrompt de nombreux fonctionnaires, y compris dans la police et les douanes. Les conteneurs entrent et quittent le pays quasiment sans inspection. De nombreuses actions ont été menées pour lutter contre ce fléau : le Bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) et le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (UNIOGBIS) ont soutenu une réforme du secteur de la sécurité, sur financement des États-Unis. L’Union européenne, le Portugal, la France et l’Espagne ont également mis en place des assistances bilatérales et ont tenté de coopérer avec le Gouvernement en matière d’application de la loi. Le Brésil a maintenu un programme de formation de la police pendant de nombreuses années… Le tout sans grand succès à ce jour.

LIBERIA

La faiblesse des institutions, l’impuissance à appliquer le droit et le déficit des contrôles font du Liberia un pays très vulnérable aux trafics en tous genres et notamment de drogue. Le pays est non seulement une place de transit, mais aussi un marché de consommation. La marijuana y est très répandue, ainsi que l’héroïne et la cocaïne. Les réseaux criminels nigérians y sont bien établis.

MAROC

Le Maroc est le plus grand producteur et exportateur mondial de cannabis. Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), la production totale de cannabis au Maroc pour la saison 2015-2016 était d’environ 700 tonnes métriques, ce qui équivaut, une fois transformé en haschisch, à 23% du PIB du pays qui est de 100 milliards $. Le Maroc devient également une porte européenne pour la cocaïne d’Amérique du Sud passant par l’Afrique de l’Ouest. Environ 25% de tous les détenus au Maroc sont incarcérés pour des affaires de drogue. Le marché domestique pour la cocaïne et pour l’héroïne reste limité en raison du prix élevé de ces drogues.

NIGERIA

Les réseaux criminels nigérians sont des acteurs majeurs du trafic de cocaïne et d’héroïne à travers le monde. Le phénomène est facilité par une diaspora nigériane très répandue et par la corruption qui grangrène les autorités du pays. Le cannabis produit au Nigéria est la drogue la plus courante. Les trafiquants exportent la marijuana à travers l’Afrique de l’Ouest et vers l’Europe. La méthanphétamine nigériane est également produite en grande quantité dans les états sud-est, en dehors de Lagos.

SÉNÉGAL

La localisation du Sénégal et ses infrastructures de transport en font un pays attractif pour les trafiquants de cocaïne qui distribuent en Europe et en Afrique de l’Ouest. Le cannabis est cultivé dans la région du sud de la Casamance pour un usage domestique mais aussi ouest-africain. Le Sénégal distribue également la méthamphétamine nigériane en Afrique de l’Ouest. Le gouvernement lutte activement contre ce fléau mais se heurte à des réseaux criminels qui disposent bien souvent de moyens supérieurs.

AFRIQUE DU SUD

La consommation de drogues a augmenté en 2016 en Afrique du Sud. Le pays est également un point de transit pour la cocaïne d’Amérique du Sud vers l’Europe. Ainsi que pour l’héroïne, principalement d’origine afghane, qui arrive des ports de Tanzanie, du Kenya et du Mozambique pour repartir vers l’Europe. Une combinaison d’héroïne, de marijuana et d’adulterants souvent dangereux, connus sous le nom de «nyaope», est couramment utilisée dans les communautés les plus pauvres.

TANZANIE

La Tanzanie est une importante plaque tournante du trafic de drogue, notamment d’héroïne d’Asie du Sud-Ouest et de cocaïne d’Amérique du Sud vers les marchés internationaux. Le nombre de consommateurs locaux de drogues dures est également en croissance. La Tanzanie produit du cannabis à la fois pour la consommation domestique et pour la distribution internationale. La corruption reste un obstacle majeur à la lutte anti-drogue. Les trafiquants utilisent leurs gigantesques ressources financières pour influencer les politiciens, les forces de l’ordre et autres personnes de pouvoir.

SOURCE: Agence Ecofin

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le MOZAMBIQUE a été oublié, pourtant place de transit de conteneurs…lestés.

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NARCOTRAFIC (cocaïne): le Mali est redevenu une zone de transit du trafic de drogues en Afrique

« Les militaires maliens veulent reprendre leur place dans le business du trafic de drogue »
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(image utilisée juste a titre d`illustration) (image utilisée juste a titre d`illustration)

De notre envoyé spécial à Bamako.-

C’est un quartier moderne dans une ville ancienne, une zone triste dans une cité pleine de vie. De-ci, de-là, quelques structures de béton figées en pleine construction parmi des immeubles de verre flambant neufs. Le quartier d’ACI 2000 à Bamako, qui est sorti du sol, comme son nom l’indique, durant la première décennie du XXIe siècle, était censé refléter un Mali rayonnant et tourné vers l’avenir. Aujourd’hui, c’est une excroissance de la capitale, pseudo-moderne et invivable selon de nombreux habitants, remplie de projets inaboutis.
Inaboutis ?
Pas pour tout le monde car l’un des vilains secrets de l’édification de ce quartier est « qu’un certain nombre d’investisseurs, maliens ou étrangers, s’en sont servis pour blanchir de l’argent, quitte à laisser tomber les immeubles en cours de construction », explique Hamadou, un guide dogon qui a trouvé refuge en marge de l’ACI 2000 depuis que sa région natale n’attire plus les touristes qui craignent pour leur sécurité.

La crise malienne de 2012-2013, et les erreurs qui l’ont précédée, est multiforme : elle mêle l’usure des élites, l’aveuglement international, l’incompétence de l’armée nationale, le terrorisme islamique, l’effondrement de la Libye post-Kadhafi, le séparatisme touareg, etc. Mais l’un des aspects les moins évoqués, que l’on retrouve pourtant en toile de fond de tous les dysfonctionnements du Mali, touche à la question du trafic de drogue en Afrique de l’Ouest. En 2012, le Mali était devenu une plaque tournante du transit de stupéfiants entre l’Amérique du Sud et l’Europe, et tout semble indiquer qu’il l’est redevenu aujourd’hui, selon la plupart des experts.

Un des bâtiments inachevés du quartier ACI 2000 de Bamako. Octobre 2014.Un des bâtiments inachevés du quartier ACI 2000 de Bamako. Octobre 2014. © Thomas Cantaloube

« L’opération Serval en 2013 (l’intervention militaire française visant à libérer le nord du Mali de l’emprise des djihadistes –ndlr) a détourné les routes du trafic de drogue vers les pays voisins pendant environ un an, explique Pierre Lapaque, le représentant de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Mais aujourd’hui, les routes qui avaient été fermées en raison de la présence d’hélicoptères ou de patrouilles ont été rouvertes. » La principale différence est qu’auparavant, les trafiquants convoyaient un chargement d’une tonne, alors que désormais, ils préfèrent transporter dix fois 100 kilos « afin de ventiler les risques ».

L’histoire de la contrebande au Sahel n’est pas nouvelle puisqu’elle remonte aux VIIe et VIIIe siècles, et qu’il s’agit avant tout d’un « marché d’opportunité », comme disent les économistes.

Cigarettes, médicaments, migrants, armes…, tout transite par la bande sahélienne qui s’étend de la Mauritanie au Tchad. La drogue n’est qu’une marchandise parmi d’autres, sauf qu’elle est bien plus rentable (un multiple de 1 à 16 du producteur au consommateur, voir graphique ci-dessous), et que cette rentabilité démultiplie la corruption et la déstabilisation des États de la région, qui n’ont jamais été très solides.

Le Mali n’est que la dernière illustration de ce phénomène qui a pris de l’ampleur au début des années 2000. En 2009, l’exemple le plus emblématique, mais aussi le plus grossier, qui rivalise avec les histoires abracadabrantes de contrebande à la frontière américano-mexicaine, s’est déroulé près de la ville de Tarkint, non loin de Gao, au nord-est du Mali. C’est celui d’« Air Cocaïne », un Boeing 727 retrouvé incendié sur une piste de fortune en plein désert. Provenant du Venezuela, l’avion-cargo s’était posé sans encombre, mais n’avait pas pu redécoller. Il avait donc été brûlé par les équipes au sol, venues dans une noria de 4×4, qui avaient bien entendu pris soin de vider l’aéronef de son précieux contenu : plusieurs tonnes de cocaïne.

Evolution de la valeur de la cocaïne qui transite par l'Afrique en dollars US par kilo.Evolution de la valeur de la cocaïne qui transite par l’Afrique en dollars US par kilo. © WACD

« “Air Cocaïne” était une époque de gros transbordements, bien plus risqués. Aujourd’hui, les trafiquants morcèlent leurs cargaisons », raconte Pierre Lapaque. Cela évite également la publicité inhérente à ce genre d’affaires. Car un Boeing 727 crashé au milieu du désert, ça attire les curieux et les soupçons de connivence au plus haut niveau de l’État malien – ce que sous-entendaient très clairement plusieurs câbles de l’ambassade américaine à Bamako, révélés par Wikileaks (comme celui-ci). « On ne fait pas atterrir un Boeing dans le désert sans un minimum de complicités locales, affirme le chercheur Georges Berghezan, du groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP).

« Quel meilleur marché que l’Afrique en expansion ? »

Selon de nombreuses sources concordantes, diplomatiques et universitaires, une partie des élites maliennes sous ATT touchaient les bénéfices du trafic de drogue transitant par le pays. « Les militaires, en particulier, ont beaucoup trempé dans le trafic : soit en fermant les yeux, soit, parfois, en protégeant des convois, estime un chargé de mission malien d’une grande ambassade occidentale. Mais il y a également des civils : ce sont eux qui, parfois, versent des pots-de-vin pour franchir les frontières, fournissent des véhicules, etc. Ce sont également eux qui blanchissent l’argent, soit via des projets de développement locaux plus ou moins bidons (constructions de routes ou de puits) soit via des achats de parcelles ou de biens immobiliers, comme à ACI 2000. »

Selon l’analyste de la Brookings Institution Vanda Felbab-Brown citée par l’association Stop The Drug War, « les élites locales détournent déjà les profits du bois, du pétrole ou des diamants. La drogue est juste une ressource supplémentaire pour s’enrichir. On dit beaucoup que le trafic de stupéfiants a provoqué la fragilité et l’instabilité des États ouest-africains, mais je pense qu’il a surtout envenimé les problèmes, il ne les a pas provoqués ». L’effondrement de l’État malien, en 2012, et sa faiblesse actuelle ne peuvent être mis sur le compte du trafic de drogue. Mais il est évident que celui-ci joue un rôle non négligeable.

L’ONUDC estime le montant du trafic en Afrique de l’Ouest à environ un milliard de dollars (800 millions d’euros), dont à peu près 50 % sont blanchis dans la région. Cette somme excède le PNB de certaines nations, notamment celui de la Guinée-Bissau, un quasi narco-État, qui est le principal point d’entrée de la drogue dans la région. « Il y a un vrai risque d’impact sur le principe démocratique de ces pays et la gouvernance des États, s’alarme Pierre Lapaque, de l’ONUDC. Comment un petit fonctionnaire qui gagne quelques dizaines d’euros par mois peut-il résister à des pots-de-vin de plusieurs milliers d’euros ? »

Les routes du trafic de drogue passant par le Mali.Les routes du trafic de drogue passant par le Mali. © Global Initiative

La croissance du trafic dans toute l’Afrique de l’Ouest inquiète les autorités internationales, notamment parce qu’une partie de la drogue provenant de l’Amérique du Sud à destination de l’Europe reste désormais dans la région. Sur les 30 à 35 tonnes de cocaïne qui arrivent d’Amérique du Sud par bateau dans les ports de la région, ou par avion, des petits bi-moteurs qui atterrissent sur des pistes de brousse, environ 18 tonnes repartent en direction de l’Europe occidentale, par des voies terrestres qui remontent par le Mali, la Mauritanie, le Niger, l’Algérie, la Libye, le Tchad, le Soudan et l’Égypte. Le reste demeure sur place. « Une partie est stockée, afin de maintenir les stocks tendus et donc les prix, explique toujours Pierre Lapaque. Mais l’autre partie est vendue sur place, car les groupes criminels ont toujours besoin de nouveaux marchés. Or, quel meilleur marché que l’Afrique en expansion ? »

Au-delà de la cocaïne, qui reste chère, la vraie préoccupation concerne la méthamphétamine. Cette drogue est désormais produite dans la région (c’est la seule, avec le cannabis) à hauteur de 1 à 1,2 tonne, ce qui est beaucoup, sachant qu’il y a sept ou huit ans, aucune production n’existait encore. Même si elle est principalement exportée vers les marchés asiatiques, sa consommation se développe à grande vitesse en Afrique de l’Ouest en raison de son faible coût (selon l’ONUDC, un kilogramme, qui coûte 7 000 dollars à la sortie du laboratoire, se vend 15 000 dollars dans la région et 150 000 dollars au Japon !). Surtout, le plus inquiétant, est que les cartels criminels commencent à payer les intermédiaires en produit, à charge pour eux de le revendre. Cela obéit à la logique de création de marchés locaux, mais cela signifie que la drogue risque de devenir, en Afrique de l’Ouest, un problème.

« Les militaires maliens veulent reprendre leur place dans le business du trafic de drogue »

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A suivre à Médiapart

Par Thomas Cantaloube

Source: Mediapart

SOURCE: http://malijet.com/actualite-politique-au-mali/flash-info/119788-le-mali-est-redevenu-une-zone-de-transit-du-trafic-de-drogues-en.html

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