
Les trafiquants de drogue de la Tour K de la cité Castellane, avaient «embauché» des mères et pères de famille désargentés mais au casier judiciaire quasi-vierge chez lesquels ils planquaient en toute discrétion cannabis, argent et armes à feu.
Mercredi s’est ouvert à Marseille un vaste procès réunissant des membres d’un des plus gros «plan stup’» de la cité de la Castellane, à Marseille. Le réseau de trafiquants avait été démantelé lors d’une vaste opération de police lancée en 2012 et poursuivie en 2013. Vingt-huit personnes, toutes issues du réseau dit de la «tour K», du nom de la plus haute tour de la cité, sont renvoyées en correctionnelle. Tous les «métiers» du trafic sont représentés à la barre, depuis la nourrice, simple gardienne de la drogue ou des fonds, jusqu’à la tête présumé du réseau. Pendant la durée du procès, Libération raconte cette organisation. Aujourd’hui, les «nourrices».
«Profession» : nourrice
Rémunération : 400 à 500 euros par semaine (gardiennage nocturne : 30 euros)
Profil recherché : personnes fragiles, avec des difficultés financières
Horaires de travail : adaptable selon situation
Dans le monde ordinaire, la nourrice est la personne qui veille sur votre bien le plus précieux. C’est également le cas dans le milieu de la drogue : pour garder leurs marchandises, leur argent et les documents liés au trafic, les réseaux disposent de plusieurs caches, des appartements ou des villas dont les propriétaires sont castés en fonction de critères particuliers. Parmi les six nourrices appelées à la barre dans le cas du réseau de la Castellane, la grande majorité n’a pas l’âge des trafiquants, presque tous vingtenaires. Djamila a 55 ans, Jean-François 43, Bernard 52… Des parents pour la plupart, au casier quasi-vierge. Ils résident dans la cité depuis de nombreuses années sans faire d’histoire.
Des gens mal en point
Mais si leur discrétion est une qualité indispensable, c’est surtout leurs faiblesses financières qui attirent les trafiquants. Samantha est mère au foyer avec six enfants à charge. Lorsqu’un duo de dealers vient lui proposer de garder des sacs, elle a près de 7 000 euros de dette locative et aucun revenu pour y faire face. Jean-François, lui, multipliait les crédits et avait dû lâcher son boulot de maçon pour des problèmes de dos. Bernard, lui, cumulait chômage et problèmes d’alcool depuis le départ de sa femme. «Les gens, quand ils sont mal en point, on vient vite les voir…», confie-t-il à la barre.
Une fois le candidat repéré, le réseau envoie ses hommes. Ils vont directement sonner chez les cibles, cagoulés ou à visage découvert. Leur force, une proposition commerciale imbattable : les occupants de l’appartement n’ont qu’à leur mettre un placard à disposition, dans lequel ils rangent sacs ou cantines. Pas besoin de savoir ce que les sacs contiennent, de toute façon ils sont cadenassés. Les nourrices n’ont rien à faire, sinon permettre aux trafiquants d’accéder librement à leurs marchandises selon des horaires définis à l’avance. Amir, lui, laissait ses clés dans sa boîte aux lettres (dont les dealers avaient la clé) en partant au travail, il n’a donc jamais croisé personne. Samantha devait laisser sa porte ouverte en journée.
Jusqu’à dix ans de prison
Chez Jean-François, qui ne veut pas laisser ses clés, les trafiquants….
18 septembre 2015 à 07:30
LIRE:http://www.liberation.fr/politiques/2015/09/18/trafic-de-drogue-des-nourrices-bien-discretes_1384842
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