«L’opération antidrogue commune menée jeudi et vendredi derniers par les forces de l’ordre belge et néerlandaise a débouché sur une série de perquisitions et d’arrestations (neuf aux Pays-Bas, une à Liège et une à Courtrai )», a confirmé mardi Frédéric Bariseau, substitut du procureur du Roi de Tournai. Le magistrat et des enquêteurs de la police judiciaire fédérale de Tournai-Mons ont retracé la genèse de ce dossier et du phénomène des drug runners. Il est ici question d’une organisation criminelle (basée dans le Limbourg néerlandais) structurée à plusieurs niveaux et de polycriminalité, avec des protagonistes prêts à commettre des actes extrêmes de violence (agressions, homicides…) en raison de la concurrence entre réseaux. Ainsi, à Mouscron, une maison servait d’endroit de stockage à la drogue et de repaire aux livreurs. L’un d’eux, un Marocain de 34 ans avait été battu à mort dans cette habitation en novembre 2010: son corps avait par la suite été retrouvé dans un sac à Wattrelos (F).
Un dossier emblématique en matière de collaboration
Des drogues dures (héroïne, cocaïne…) étaient livrées quotidiennement sur le territoire belge selon deux axes de livraisons: l’E17 (pour aboutir du côté de Mouscron-Comines et Courtrai) et de l’E25. Une quantité estimée entre 500 grammes et plusieurs kilos était livrée quotidiennement. La clientèle principale (plus ou moins 250 personnes) était française: le Nord, mais aussi la région parisienne et l’Est. Les livreurs étaient des Néerlandais, des Belges et des Français ou encore des personnes en séjour illégal. Ils utilisaient des véhicules de location ou des voitures volées.
Le réseau Karim est connu et surveillé depuis 2005; il disposait d’un véritable call center à Maastricht qui dispatchait les commandes. Mais la Joint Investigation Team (JIT) mise en place en mai 2014 au départ de Tournai a véritablement permis une plus grande rapidité d’exécution en évitant de passer à chaque fois par des commissions rogatoires: cet outil sur l’entraide judiciaire internationale en matière pénale, offre la possibilité aux enquêteurs belges et néerlandais d’avoir en permanence accès aux données du dossier: «On est passé à un cadre supérieur. » On parle ici d’un réseau très résistant qui a rapporté plusieurs millions d’euros (entre dix et vingt) et qui part de deux familles marocaines installées à Heerlen. Les bénéfices étaient «réinvestis» au Maroc dans l’immobilier, l’achat de véhicules, etc. Des biens ont été saisis par la justice marocaine dans un village.
La semaine dernière, en Belgique, deux livreurs ont été arrêtés à Liège et Courtrai en possession de 281 grammes d’héroïne, 46 grammes de cocaïne et 3 160 euros. Ils ont été placés sous mandat vendredi par la juge d’instruction Demol et confirmés mardi par la Chambre du Conseil
À Heerlen et Rotterdam, une opération d’envergure (onze perquisitions) a été menée pour procéder au démantèlement de l’organisation criminelle et du call center. On y a saisi 19 kg d’héroïne, de cocaïne et d’amphétamines, 15 kg de produits de coupe, 147 000 euros, du matériel de conditionnement (presse, tamis, sachets, balances…), quatre véhicules et des armes.
«Cette fois-ci, on leur a fait mal» estime M. François Farcy, directeur judiciaire Mons/Tournai.
source:http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20150303_00610960&pid=2249043
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