Karim REGUIG a été interpellé par les policiers de l’Office central contre la criminalité organisée (Oclco) de la DCPJ et aux limiers de la Brigade nationale de recherche des fugitifs, à Nanterre suite à un mandat d’arrêt italien.
Karim Reguig fait parti de ces voyous tout droit venus des citĂ©s-ghettos d’Ile-de-France qui ont rĂ©ussit Ă se faire un vĂ©ritable nom dans le Milieu français, trĂ´nant dans sa catĂ©gorie aux cĂ´tĂ©s des Nordine Mansouri, Mohamed Amimer et autres Hamid Hakkar.
Des Débuts Timides
SurnommĂ© « Pascal le Turbulent », Karim Reguig est nĂ© Ă Saint-Ouen en 1965, d’Amar et GaĂ©tane Reguig. Il commence par du tout petit larcin : vol Ă la roulotte Ă 12 ans, agression Ă treize, vol Ă l’Ă©talage Ă quatorze, vol de cyclomoteur Ă 15 ans… Une caricature du petit dĂ©linquant.
Jusqu’au jour oĂą il passe Ă l’Ă©chelon supĂ©rieur, en 1983, alors âgĂ© de 18 ans, quand il braque la trĂ©sorerie principale de Creil (Val d’Oise) en compagnie de quatre hommes : un martiniquais, un jamaĂŻcains et deux juifs pieds-noirs originaires d’Oran. Butin : 80 000 francs. Pas mal pour un premier pas.
Reguig va ainsi passer une dĂ©cennie Ă braquer dans l’Hexagone avec son Ă©quipe, commençant Ă se faire un nom et tâtant un peu du shit.
Mais c’est son sĂ©jour en Espagne qui le fera rĂ©ellement entrer dans la cours des grands. Il s’y rĂ©fugie en 1995, alors âgĂ© de 30 ans, avec une partie de ses complices, après le braquage d’un magasin de produits diĂ©tĂ©tiques.
Direction: Marbella, ville qui est avec Malaga la véritable place forte des trafiquants de cannabis français, sur cette Costa Del Sol qui représente (depuis longtemps maintenant) la base-arrière du Milieu hexagonal.
Sous le Soleil des Voyous
Quand il arrive en Espagne, Pascal le Turbulant alias Rachid Reguig a 30 ans et une carrière dĂ©jĂ bien avancĂ©e. S’il est vrai que le Milieu est petit, cela l’est encore plus sur la Costa Del Sol. Reguig y frĂ©quente le petit monde des trafiquants de drogue et, peu après son arrivĂ©e, est pris en main par Jacques Grangeon, pilier du milieu lyonnais. On trouve aussi dans ses frĂ©quentations un certain Nordine Benali, gangster made in 9-3 trimbalant un très beau CV.
Reguig se lance alors lui aussi dans le trafic de cannabis. Sa carrière est rapidement lancĂ©e et son ascension se fait fulgurante, le jeune de Saint-Ouen n’ayant pas de mal Ă faire augmenter la quantitĂ© de drogue Ă©changĂ©e Ă chaque transaction. Ce contrĂ´le du 21 mars 1996 visant Reguig et sa compagne Violette O. confirme en tout cas le fait que le français brasse de grosse sommes : les policiers espagnols ont en effet dĂ©couvert 1,6 millions de pesetas, un stock de bijoux estimĂ©s Ă 720 000 francs, et la possession de deux comptes en banque crĂ©ditĂ©s de 2,3 millions de francs, et sur lesquels avaient transitĂ© 6 millions de francs en deux ans. Reguig Ă©tait donc bel et bien passĂ© Ă la vitesse supĂ©rieure.
Avec son rĂ©seau, Reguig alimente en cannabis non seulement la rĂ©gion parisienne mais aussi une partie du sud-est, notamment Marseille et le Vaucluse. Son Ă©quipe est des plus solides, constituĂ©e d’amis sĂ»rs. Au total, près d’une quarantaine de personnes travaillerait pour ou avec lui, et sa bande est des plus hĂ©tĂ©rogènes : il y a lĂ les premiers complices de Reguig (ceux avec qui il s’Ă©tait lancĂ© dans le braquage), mais aussi trois jeunes de Carpentras (84), un autre de Vitrolles (13), un israĂ«lien d’une cinquantaine d’annĂ©es, des juifs marocains bien implantĂ©s Ă Marbella, des français exilĂ©s en Espagne et Ă©videmment des gangsters issus des citĂ©s de la rĂ©gion parisienne (avec en tĂŞte Mourad Ferguerre de Montfermeil). De quoi faire frĂ©mir ceux qui pensaient encore que le Milieu Ă©tait communautariste. Karim Reguig s’appuierait aussi sur sa famille lorsqu’il s’agit de gĂ©rer ses comptes, notamment du cĂ´tĂ© des Marchione. En quelques annĂ©es, voir quelques mois, Karim Reguig est ainsi devenu un pilier incontournable du trafic de drogue en Espagne.
Au total, le « rĂ©seau Reguig » procèderait Ă l’envoi de 600 kilos mensuelles vers la France, par route, Ă l’aide de grosses cylindrĂ©s. Sans compter les nombreuses transactions traitĂ©es directement sur le sol espagnol.
Des Atout de Premier Ordre
Lorsqu’il s’agit de gĂ©rer ses sous, Karim Reguig sait faire preuve de beaucoup de professionnalisme : aucun compte en France, plusieurs sociĂ©tĂ©s ouvertes dans des rĂ©gions connus pour leur mansuĂ©tude Ă l’Ă©gard des capitaux Ă©trangers (comme par exemple le Delaware amĂ©ricain), des voyages frĂ©quents dans ce paradis fiscal que sont les Ă®les CaĂŻman, des passages par Miami… Autant dire que Karim Reguig sait y faire lorsqu’il s’agit de blanchir l’argent de la drogue.
C’est en partie grâce Ă ce professionnalisme, ajoutĂ© Ă la soliditĂ© de son Ă©quipe, qu’il a rĂ©ussit Ă se faire une telle place dans le trafic international de cannabis. Mais ce n’est pas le seul facteur, le « destin » a aussi jouĂ© : en effet, l’Ă©quipe de Reguig a profitĂ© de la disparition des anciens, morts ou en prison, pour reprendre une bonne partie de leurs « parts de marchĂ© ». Disparitions auxquels Reguig et ses complices ne seraient pas entièrement Ă©trangers. Autre facteur de rĂ©ussite : les connaissances, lesquelles ont permis Ă Reguig d’ĂŞtre très introduit au Maroc, point de dĂ©part de tous les rĂ©seaux internationaux de cannabis.
Mais la carrière de Reguig ne s’est pas non plus faite sans accrocs. En effet, certains de ses lieutenants ont trouvĂ© violemment la mort, comme Kamel Berkani, tuĂ© le 5 octobre 1997 Ă Estenopa (Espagne), ou Fathia Khitmane, assassinĂ© Ă Paris le 9 janvier 1998. Jacques Grangeon, qui avait Ă©paulĂ© le jeune de Saint-Ouen Ă ses dĂ©buts en Espagne, est lui aussi dĂ©cĂ©dĂ©, le 5 octobre 1996, assassinĂ© dans sa villa de Marbella avec sa femme, abattu d’une balle dans la tĂŞte. Jamel et Nordine Benali, que frĂ©quentait Karim Reguig, passent eux aussi l’arme Ă gauche, repectivement en dĂ©cembre 1999 et en octobre 2001, sur la terre espagnole. Des exĂ©cutions que certains n’hĂ©sitent pas Ă attribuer Ă Karim Reguig et son Ă©quipe.
Coke, Rêve de Monopole et Ambition Démesurée
Mais Reguig n’aspire pas uniquement Ă avoir le monopole du trafic de cannabis, mais aussi semble-t-il Ă contrĂ´ler le marchĂ© de la prostitution.
En effet, le français gère le ‘CĂ©sar Palace’ ainsi que le Venus et le Milady Palace, (Ă une autre Ă©poque les copropriĂ©taires Ă©taient Jean Gilbert Para, Carlos Ferran, Edouard ´Doudou´ Mari-Chica et Abdel Omar (Adiel OUANOUGLU) « Le Chacal » )des Ă©tablissements consacrĂ©s Ă la prostitution de luxe. La coke, marchĂ© en pleine expansion, semble aussi ĂŞtre de la partie, comme l’atteste l’arrestation de ce colombien qui possĂ©dait sur lui les coordonnĂ©es de Karim Reguig. Depuis 2002, on le dit aussi liĂ© Ă Sergio Palma, trafiquant de cocaĂŻne italien incarcĂ©rĂ© Ă Rome. De quoi accentuer sĂ©rieusement les soupçons d’implication de Reguig dans le trafic de cocaĂŻne. La police espagnole prĂŞte aussi Ă ce dernier une ambition dĂ©mesurĂ©e, et le soupçonne de vouloir contrĂ´ler le trafic de drogue « depuis la Costa Del Sol jusqu’Ă l’Europe centrale ».
« Concrètement, les flics espagnols ont vu de lourds sacs en plastique passer de main en main, des armes Ă la ceinture de ceux qui les transportaient, des hommes de Karim Reguig se rendre Ă Madrid pour y rencontrer des colombiens, et des valises bourrĂ©es de billets revenir de France. Un bateau a mĂŞme Ă©tĂ© arraisonnĂ© au large d’Almeria avec plus de 1800 kilos de shit Ă son bord » nous apprend FrĂ©dĂ©ric Ploquin dans son livre « Parrains & CaĂŻds ».
Le directeur de l’Office des stupĂ©fiants, Bernard Petit (au centre entre Vals et François Thierry) , rĂ©sume ainsi le parcours de Karim Reguig : « ces jeunes ont bien travaillĂ© le cannabis. Ils ont pris de l’assurance, ont investi dans les saunas, les filles, les hĂ´tels, jusqu’au jour oĂą ils se sont mis Ă la cocaĂŻne. Assez radicaux, ils n’ont pas de temps Ă perdre et constituent rapidement de petits empires reposant sur des gangs très constituĂ©s« .
En 1999, dĂ©jĂ , les Stups alimentaient les plus hauts soupçons Ă l’Ă©gard de Karim Reguig : « Le service a Ă©tĂ© alertĂ© par la montĂ©e en puissance, dans le monde des trafiquants de stupĂ©fiants, d’une Ă©quipe de malfaiteurs dirigĂ©e par Karim Reguig, dit « Pascal le Turbulant ». Un total de près de quarante personnes travailleraient pour ou avec lui. Il incarnerait une nouvelle gĂ©nĂ©ration de malfaiteurs issus de la banlieue parisienne et qui, du statut de chef, est devenu un caĂŻd quasi incontournable du trafic dans le sud de l’Espagne, zone de prĂ©dilection oĂą il rĂ©side de façon presque permanente. C’est en direction de la rĂ©gion parisienne que Karim Reguig acheminerait de façon rĂ©gulière de grosses quantitĂ©s de cannabis et de cocaĂŻne. Il dispose d’une rĂ©elle organisation criminelle assurant la fourniture de faux papiers, de voitures maquillĂ©es et amĂ©nagĂ©es, de caches et de la main-d’œuvre nĂ©cessaire ».
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