AVISEUR INTERNATIONAL

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FRANCE (affaire François Thierry): Bercy (DNRED) contre Beauvau (OCRTIS), les ratés de la guerre contre la drogue

En attendant, les trafiquants ont encore de beaux jours devant eux, puisqu’ils semblent décider de la quantité qui sera saisie, et quand.
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Après la saisie de 7 tonnes de shit à Paris, la justice a mis son nez dans la lutte contre le trafic de stups. Où l’on découvre que les douaniers ont mis par terre l’enquête prometteuse de la PJ, avec à la clef de lourds ennuis pour les indics…
Sipa

Jusqu’où les services de lutte contre le trafic de stupéfiants peuvent-ils aller pour infiltrer les réseaux ? Jusqu’où peuvent-ils couvrir les commeçants du shit pour en faire tomber d’autres ? Tant que cette guerre se mène loin des yeux et des oreilles du public, tout va bien. Dés lors que l’on ouvre la boite de Pandore, les dessous peu chics vous sautent à la figure. C’est exactement ce qui est en train de se produire, avec des avocats bien décidés à déstabiliser les services de l’Etat, des services souvent plus concurrents que fraternels et désormais, il fallait s’y attendre, des voyous qui se lâchent (ils auraient tort de s’en priver) dans les bureaux de la police des polices. Un déballage peu glorieux qui jette notamment la suspicion sur les pratiques de la police judiciaire, avec cet ex-indicateur qui raconte comment des policiers auraient participé au déchargement d’une cargaison de shit dans le sud de l’Espagne, comme le rapporte ce lundi 23 mai Libération

Reprenons. Officiellement, tous les services de l’Etat travaillent main dans la main contre le trafic de stupéfiants. Deux des trois commissaires qui chapeautaient l’office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS), fleuron de la police judiciaire (PJ), ont été appelés à d’autres fonctions, pas forcément déshonorantes au demeurant, puisque son chef, le commissaire François Thierry, occupe désormais un rôle clef au cœur du dispositif antiterroriste, mais officiellement, on ne change pas une équipe qui gagne. Le shit est à tous les coins de rue, mais officiellement tout va bien…

Officieusement, c’est une autre histoire : les coups bas n’en finissent pas entre deux des principaux acteurs de la répression, les douanes et la PJ. Ultime rebondissement : le rapatriement en hélicoptère, par le GIGN (groupe d’intervention de la gendarmerie nationale), de Bruxelles, où il a été interpellé, à Paris, d’un voyou patenté, logisticien millionnaire du trafic de cannabis, à qui certains taillent un costume d’indicateur de l’Office des stups…

D’un côté, la DNRED (direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières) et ses plus de 700 agents, oeuvrant sous la coupe du ministère de l’économie et des finances ; de l’autre, l’OCRTIS, rattachée à la Place Beauvau. Deux services de pointe censés rouler dans le même sens, sauf qu’ils se retrouvent parfois concurrents sur le terrain, et qu’à force de mauvaises manières, c’est la crédibilité de la lutte contre le trafic qui s’en trouve affectée. Au cœur du dernier bras de fer en cours, les suites de la saisie de sept tonnes de shit par la douane, entreposées dans quatre camionnettes (louées dans la même agence) négligemment stationnées sur un boulevard du chic 16ème arrondissement, en octobre 2015. Sept tonnes importées en France sous très haute surveillance, puis que les douaniers étaient sur le coup depuis le chargement au Maroc, grâce à un aimable informateur visiblement soucieux de se débarrasser de quelqu’un… mais aussi l’Office des stupéfiants, qui avait également un correspondant au cœur du trafic en la personne du logisticien chargé du convoi : un camion chargé de dix huit tonnes de cannabis, cachées au milieu de plats à tajine. Une livraison surveillée en bonne et due forme, selon les termes consacrés, autrement dit une commande verrouillée par les services de l’Etat, sous le contrôle de la justice, pour piéger des trafiquants autrement intouchables.

Les douaniers savaient-ils que la PJ attendait beaucoup de la livraison de cette marchandise, espérant bien neutraliser un réseau de revendeurs ? Les policiers en ont aujourd’hui la certitude, ce qu’ils ont d’autant de mal à digérer que les douanes se sont offerts une saisie « sèche », sans arrêter le moins dealer. Et que cette neutralisation est en passe de déboucher sur le plus formidable pataquès que la lutte contre la drogue ait connu. Avec des conséquences que le ministre de l’Intérieur, Général de cette « guerre » contre la drogue, ne saurait ignorer.

D’abord confiée à l’Office des stups, l’enquête judiciaire a atterri entre les mains de la brigade des stupéfiants de la préfecture de police. Indices : plusieurs éléments matériels retrouvés dans les fameuses camionnettes (un ticket bancaire, des vêtements, une tranche de pizza…) ont permis d’identifier un homme que nous appellerons Imed, pour sa sécurité personnelle, lequel serait l’un des principaux informateurs de la PJ sur le marché du cannabis. Un homme que traitait en direct le chef de l’Office, eut égard au rang de ce « tonton » et à son passé dans le crime. Le genre d’informateur que tout « poulet » normalement calibré souhaiterait avoir dans son carnet d’adresses, à charge pour lui de le laisser se payer sur la bête. Un « collaborateur » sérieux et efficace. Un garçon d’une quarantaine d’années, « vif, intelligent et respectueux » selon son avocat, qui réussissait si bien qu’il avait cassé les prix, probablement l’une des raisons pour lesquelles il dérangeait tant ses concurrents. Sauf que cet homme dort en prison depuis son rapatriement aéroporté de Bruxelles, où il a été arrêté alors qu’il retrouvait sa compagne, venue lui rendre visite depuis Paris, cette prison qu’il avait réussi à éviter depuis cette fameuse incarcération en Espagne, durant laquelle des policiers français lui avaient rendu une visite intéressée.

Les douanes ont fourni plusieurs explications baroques au lendemain de l’enlèvement des camionnettes (à l’aide de grues empruntées à un dépanneur du Val-de-Marne). Elles ont expliqué avoir été alertées par un voisin, avancé l’idée que leurs chiens avaient détecté le produit par hasard, mais comment auraient-elles localisé le lieu de stationnement si l’un des véhicules n’avait pas été équipée d’une balise ? L’Office des Stups, lui, ne savait pas où elles étaient garées, ayant choisi d’attendre la livraison pour passer à l’offensive. Une fusée à plusieurs étages, puisqu’il s’agissait dans un second temps d’infiltrer un important réseau européen, projet malencontreusement tombé à l’eau.

« Un massacre », résume un cadre de la PJ, qui défend cette méthode consistant à s’appuyer sur des voyous installés au cœur du trafic, la seule permettant à ses yeux de réaliser des affaires. Un coup d’autant plus sévère que le « tonton » ne va être le seul à devoir s’expliquer : les policiers eux aussi seront entendus par les juges, peut-être même auront-ils droit à des perquisitions, même si celui que nous appelons Imed opte pour l’omerta, sa seule issue s’il tient à la vie. Sauf que dans la maison d’en face, aux douanes, on ne compte pas les points de la même façon : la seule chose qui compte c’est le nombre de tonnes saisies que l’on affiche en fin d’année, 150 tonnes environ contre 5 pour la PJ, un chiffre qui doit être en hausse si l’on veut obtenir les bonnes grâces du ministre des Finances. Quitte à le gonfler artificiellement, en actionnant l’importation de marchandise sur le territoire français ou en comptabilisant une drogue saisie en haute mer et destinée à un pays tiers, le tout en recourant à des méthodes très similaires à celles de leurs concurrents de l’Office, avec une petite nuance, d’ordre sémantique : aux douanes, l’informateur est appelé « aviseur ». Et une autre d’ordre financière : l’ « aviseur » est plus grassement rémunéré que le « tonton », des primes qui peuvent aller jusqu’à 1 000 euros par kilo de cocaïne saisi, comme ce fut consigné par la justice il y a 5 ans, lorsqu’éclata un scandale dont l’affaire des sept tonnes pourrait bien être une réplique.

L’histoire démarre par un courriel reçu en novembre 2011 par l’Office des Stups, où il était question d’agents « corrompus » de la DNRED accusés d’avoir purement et simplement détourné « plusieurs kilos de cocaïne avec l’assistance de trois informateurs », dont un certain « Pacho ». Un mail également adressé à un magistrat du Parquet de Paris, avec tous les détails. Une enquête préliminaire est lancée et voilà Jean-Paul Garcia, directeur de la DNRED, entendu à l’Office des Stups par le patron et son adjoint. Deux des douaniers visés dans le fameux mail ont déjà été mutés, avant dispersion des survivants de l’équipe, soutient le directeur, mais pas pour des raisons disciplinaires. Seule ombre au tableau à sa connaissance : ses hommes n’ont pu exfiltrer à temps une source lors d’une opération baptisée « Hard Rock Café », une livraison surveillée entre la Colombie et l’Italie, via la France, validée par le Parquet, au cours de laquelle l’aviseur, un certain Pacho, avait réceptionné plusieurs paquets d’une vingtaine de kilos auprès d’une passeuse…

« Je suis étonné qu’on puisse attacher autant d’importance à cette lettre anonyme », déclare le directeur de la DNRED sur procès verbal. Pour lui, on cherche à « déstabiliser le service ». Mais la machine judiciaire est lancée : les dix kilos mentionnés dans le mail dormaient dans un coffre du service, où ils sont saisis par la police. Incarcéré, Pacho, l’informateur colombien, ne se fait quant à lui pas prier pour raconter ce qu’il sait. Comment les douaniers en poste à Roissy prélevaient les valises contenant la marchandise et les sortaient de l’aéroport. Combien il était payé par kilo saisi. Combien les douanes lui doivent. Sans oublier de mentionner le grand projet qui se profilait lorsqu’il a été coffré : le transfert par avion de six tonnes de cocaïne entre la Colombie et le Maroc, puis leur acheminent sous contrôle jusqu’en France, à destination de clients russes et hollandais…

De là à imaginer que la saisie de sept tonnes et la mise à mal de l’un des meilleurs informateurs présumés de l’Office des Stups soit une réponse à cet épisode désastreux pour les douanes, il y a un pas que certains franchissent, mais qu’un douanier dément vertement : « Entamer une guerre avec la police serait crétin ».

En attendant, les trafiquants ont encore de beaux jours devant eux, puisqu’ils semblent décider de la quantité qui sera saisie, et quand.

Frédéric Ploquin

Journaliste à Marianne, j’écris sur la Place Beauvau depuis 1982. J’ai suivi le dossier « police » au Matin de Paris, puis à l’Evénement du jeudi, avant de poursuivre à Marianne.
Braquages spectaculaires ou foireux, traques vaines et coups de filets retentissants, coups de feu ciblés ou hasardeux, évasions en douce ou explosives, armes en stock et cocaïne en soute, il n’est pas un jour sans que flics et voyous ne fassent parler d’eux.

http://www.marianne.net/fredericploquin/affaire-francois-thierry-bercy-contre-beauvau-les-rates-guerre-contre-drogue

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FRANCE: aux stup’s, les mauvaises habitudes ont la vie très très dure…

OCRTIS123 mai 2016

Par CREDO

Blog : Le blog de CREDO

Après RTL, le Parisien et nous même (info.agencedepresse-credo.fr le 16 mars 2016), c’est Libération qui, ce matin, y va de son dossier sur les méthodes de travail de l’Office central du trafic illicite des stupéfiants… Sauf qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, loin de là !

L’IGPN (la police des polices) continue son enquête autour de la saisie, en octobre 2015 dans le XVIe arrondissement de Paris, de 7 tonnes (!) de cannabis par les services des douanes. « Une incroyable histoire » pour certains observateurs. Encore plus incroyable si l’on en croit les confidences d’un « infiltré » publiées aujourd’hui par Libé qui raconte comment, au printemps 2012, il a gardé une villa espagnole où sont parvenus près de 19 tonnes de shit transbahutées, selon cet informateur, par les policiers eux-mêmes. Et bien, malheureusement cette histoire n’est ni extraordinaire, ni unique. Que peut-on reprocher aux policiers de l’OCRTIS, en commençant par leur patron ? Leur trop grande proximité avec un très important trafiquant de drogue qui aurait aussi été leur indic, y compris dans cette affaire de 7 tonnes de shit. Au fil des informations livrées à la sagacité de chacun, depuis le début de l’affaire, on avait compris que ces 7 tonnes de shit faisaient en fait partie d’une livraison « surveillée ».

Franco et Carlos

Cette méthode est tolérée par la justice, à condition d’être très encadrée par des magistrats. Ainsi ne faut-il pas que la police soit à l’initiative de la fourniture  de la drogue, même en la faisant transiter par un trafiquant qu’elle manipulerait. Contre toute attente, à l’OCRTIS, il fut une époque où cette (mauvaise) façon de faire était tombée dans le quotidien. Deux sud-américains, Franco et Carlos, étaient appointés par les policiers français pour « monter des coups ». Ils avaient même leur bureau aux stup’s où – officiellement – ils étaient appointés comme interprètes… La drogue provenait souvent de saisies antérieures. Les policiers allaient même parfois la chercher auprès de collègues d’Amérique du Sud. Je me souviens de l’arrivée à Paris de plusieurs dizaines de kilos de coke convoyés par un commissaire de l’OCRTIS qui, déclinant son identité auprès du commandant de bord, avait fait passer le contenu du colis comme étant classé secret défense afin de le garder avec lui en cabine. La came venait des services fédéraux anti stup’s brésiliens. A Roissy, les voitures de l’OCRTIS attendaient sur le tarmac afin que le commissaire – convoyeur ne passe ni par la douane ni par la Police aux frontières (PAF). Le scandale des affaires menées par Franco et Carlos avait été découvert par un policier et un magistrat Suisse. L’un des indics avaient fini par raconter que, dans leur magouille, tout le monde se sucraient, des policiers en premier. Mais aucune enquête n’avait été réellement menée dans les rangs de la police française. L’un des patrons de l’OCRTIS devint même par la suite directeur central de la police judiciaire. En 2008, un commissaire de police, principal artisan de cette « police connection »,  avait été discrètement exfiltré de l’OCRTIS à la DCRI. Les terroristes et les espions n’avaient qu’à bien se tenir ! Aujourd’hui, c’est le chef de l’office qui, voici peu, a été transféré à la sous – direction antiterroriste de la PJ où il est devenu adjoint de l’adjoint du chef. En attendant que l’IGPN et la justice éclairent ses pratiques. Trafic d’Etat lance Libération ! Pour nos confrères il est quasiment impossible que personne n’ait été au courant de ces pratiques au-dessus du chef de l’OCRTIS. Et le quotidien de promettre très vite du mou dans la corde à noeux de la DCPJ. La principale interrogation que soulève cette dernière affaire est celle des relations du patron des stup’s avec cet indic, interpellé depuis en Belgique et livré à la France, et devenu au fil du temps un des « barons » du trafic de shit en France. En résumé, si l’on ne fait pas de « bonne police, sans basse police », jusqu’où peut-on aller dans la basse pour atteindre la bonne ? Et à la question : qui à la PJ était au courant, il y en a une autre, loin de n’être que subsidiaire : l’OCRTIS invoquant des livraisons contrôlées, des magistrats savaient-ils ? Ont-ils donné leur accord ? Si oui, pour ce volet du dossier, les policiers pourraient dormir tranquille. Ou alors, un procureur et/ou un juge d’instruction ont-ils juste fermé les yeux ? D’habitude, dans ce genre de procédure bien pourrie, c’était souvent parole de flic contre parole de voyou. Cette fois-ci, ce pourrait – être parole de flic contre parole de magistrat…

Alain Hamon/agence de presse CREDO

https://blogs.mediapart.fr/credo/blog/230516/aux-stup-s-les-mauvaises-habitudes-ont-la-vie-tres-tres-dure

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FRANCE (OCRTIS – DNRED): règlement de comptes au boulevard Exelmans

A la Une : le patron des Stups au cœur du trafic du drogue !
lundi 23 mai 2016
AFP
Un scoop retentissant dans Libération ce matin : le journal révèle et détaille par le menu « le rôle central de François Thierry, ancien numéro 1 de la lutte antidrogue, dans l’importation en France de plusieurs dizaines de tonnes de cannabis en lien avec un des plus gros trafiquants européens. Un système d’une ampleur inédite qui s’apparente, dénonce Libération, à un trafic d’Etat. »

Explications : tout commence avec la saisie par les douanes en octobre dernier, dans les beaux quartiers de Paris d’un peu plus de 7 tonnes de cannabis entreposées dans trois camionnettes. Une saisie record pour la capitale. Et l’enquête va réserver quelques surprises… Libération raconte : « Une facture retrouvée dans une des camionnettes et des traces ADN permettent rapidement de remonter jusqu’à un certain Sofiane H., bien connu des services de police. L’homme habite justement boulevard Exelmans, près du lieu où le cannabis a été retrouvé, dans un penthouse de 300 m2 avec piscine intérieure, dont le loyer de 9.000 euros est réglé chaque mois en cash. Mais il a surtout la particularité d’être un indic de l’Ocrtis, l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants, dûment immatriculé au Bureau central des sources. Un informateur au pouvoir exorbitant, directement traité par le patron de l’Office, et capable d’importer chaque mois plusieurs tonnes de shit en ‘livraison surveillée’. Cette technique d’enquête, très prisée des services de stups, permet de laisser passer de la drogue sous le contrôle d’un magistrat, afin de démanteler des réseaux de revendeurs à l’arrivée. Une technique légale. Sauf qu’en l’espèce, pointe Libération, Sofiane H. semblait bénéficier d’une protection en haut lieu, ce qui lui permettait de poursuivre ses activités sans jamais être inquiété. »

Des policiers déchargeant de la drogue…

Alors, s’interroge Libération, « jusqu’où l’Office central des stups était-il impliqué dans ce gigantesque scandale ? Et dans quelle mesure les magistrats ont-ils validé certaines procédures ? Un témoignage édifiant permet d’éclairer ce système de l’intérieur. »

Libération poursuit son récit : « ancien indic de François Thierry, bien connu des autorités françaises, Stéphane V. a livré de nombreux éléments à l’Inspection générale de la police nationale, chargée de l’enquête sur les méthodes des Stups. Il affirme notamment avoir été mandaté par François Thierry pour garder une villa, dans le sud de l’Espagne, entre mars et avril 2012. Pendant près de trois semaines, a-t-il expliqué, cinq hommes présentés comme des policiers français se relayaient pour charger et décharger sur la plage des dizaines de paquets remplis de drogue, récupérées sur des Zodiac venus du Maroc. Au total, 19 tonnes auraient transité par la villa au cours de ce seul séjour. Une mission payée à Stéphane V. en cash par François Thierry. Il sera à nouveau sollicité plusieurs fois par le grand patron des Stups pour des opérations identiques, jusqu’en décembre 2014. Selon ce témoin, jugé crédible par le parquet, le schéma était parfaitement rodé. La drogue était achetée en gros à Marbella. Une partie des équipes, préalablement identifiées par l’Ocrtis, était ensuite interceptée dans des ‘go-fast’ à la remontée. Les autres pouvaient alors inonder le marché sans être inquiétées. La came étant payée au départ, rien n’était perdu. Une stratégie basée sur un double objectif : faire grossir la taupe de François Thierry tout en éliminant les équipes concurrentes, grosses saisies et convocation de la presse à l’appui. »

Complicité ou incompétence ?

Cette affaire, digne des plus grands romans policiers, pose bien des questions… « La première est dérangeante, s’exclame Libération. Admettons que, pour mettre à terre les trafics internationaux, frayer avec l’illégalité soit nécessaire. A défaut d’être de la bonne justice, on parlera de ‘bonne police’. Mais quelles sont toutes les ramifications de cette filière ? Combien de petits trafiquants et de crimes se sont greffés à ces tonnes de cannabis ? Savoir que des policiers français ont directement mis la main à la pâte pour récupérer de la drogue venant d’Afrique – carrefour de trafics de toutes sortes, du crime organisé et du terrorisme combattu par… des soldats français – interroge, pour le moins. Quand on connaît la porosité entre la délinquance et le terrorisme en Europe, des Buttes-Chaumont à Molenbeek, on se dit qu’il y a matière là aussi à demander des comptes. »

Autre question posée par Libé, question posée à l’Etat : « comment un tel trafic de stupéfiants a-t-il pu se monter au nez et à la barbe de la hiérarchie, des magistrats, des parquetiers, des politiques et des premiers flics de France, de Guéant à Cazeneuve ? Par complicité, complaisance ou incompétence ? »
Deux précisions pour clore provisoirement ce chapitre explosif : contacté dimanche matin par Libération, le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité réagir avant la publication de l’enquête.
Et le commissaire François Thierry, discrètement débarqué des Stups en mars dernier, est actuellement N°2 de la Sous-direction antiterroriste de la PJ. Peut-être plus pour longtemps. Lui non plus, n’a pas souhaité répondre aux questions de Libération.

ÉCOUTEZ: http://www.rfi.fr/emission/20160523-une-france-patron-stups-coeur-trafic-drogue-cannes-cinema

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Par lefigaro.fr

Un témoignage met en cause l’ancien patron de la lutte antidrogue

L'enquête ouverte après la saisie record de sept tonnes de cannabis dans trois véhicules à Paris en octobre 2015 aurait révélé certains éléments surprenants, impliquant notamment un informateur, selon Libération.

Un individu se présentant comme un «infiltré» avec comme agent traitant l’ex-responsable des Stups, accuse ce dernier, dans Libération, d’avoir facilité l’importation en France de plusieurs dizaines de tonnes de cannabis avec des informateurs.

Un «trafic d’État», écrit Libération. Un témoignage publié ce mardi par le journal met en cause l’ex-patron de la lutte antidrogue. Stéphane V. se présente à Libération comme un «infiltré» ayant effectué «plusieurs missions pour l’État» avec pour agent traitant François Thierry, ex-patron de l’Ocrtis (Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants). Ce témoin, qui dit être inscrit comme informateur au Bureau central des sources en 2007, a été entendu par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris à la suite de ce témoignage, selon Libération.

L’homme âgé de 52 ans, qui affirme avoir travaillé également pour l’agence antidrogue américaine (DEA), dénonce «les méthodes de l’Office des stups depuis des années» en France. Il raconte qu’entre mars et avril 2012, «François Thierry (lui) a demandé d’aller garder une villa à Estepona» en Espagne. Là, «pendant vingt jours, cinq hommes se sont relayés pour charger et décharger des paquets de drogue sur la plage. François Thierry me les a présentés comme des policiers français. J’en avais déjà vu certains à l’Ocrtis», affirme Stéphane V. «Le cannabis arrivait du Maroc dans des Zodiac» et «en tout, 19 tonnes ont transité par la villa au cours de ce seuls séjour. La drogue remontait vers la France par “go-fast”», c’est-à-dire via des convois de voiture. «Seule une partie des voitures étaient interceptées», ajoute le témoin.

Une saisie record boulevard Exelmans éveille les soupçons

D’après l’enquête de Libération, François Thierry, qui a récemment quitté ses fonctions à la tête de l’Ocrtis, aurait ainsi joué un «rôle central» dans l’importation de «plusieurs dizaines de tonnes de cannabis» au bénéfice d’un présumé trafiquant de drogue, interpellé le 22 février en Belgique. Cet homme de 40 ans, Sofiane H., était recherché dans l’enquête sur la prise record de sept tonnes de cannabis à Paris, boulevard Exelmans, en octobre 2015, derrière laquelle de nombreuses zones d’ombre demeurent. Le fait que ce suspect soit un informateur et que la marchandise soit issue d’un lot beaucoup plus important, partiellement saisi au cours des jours précédents, aurait éveillé certains soupçons.

Selon Libération, Sofiane H. aurait été recruté comme informateur par François Thierry. Lui aussi enregistré au bureau central des sources, il a réussi à «s’imposer comme le plus gros trafiquant de l’Hexagone grâce à la protection» de l’ex-patron de l’Office central des stups. Cet informateur «au pouvoir exorbitant» était, toujours selon le journal, en mesure d’importer tous les mois plusieurs tonnes de stupéfiants en «livraison surveillée», une technique qui permet de laisser entrer de la drogue de façon contrôlée, pour mieux remonter aux revendeurs. Ce qui lui aurait permis de mener ses activités sans être inquiété par les autorités.

D’après le quotidien, le témoin Stéphane V. est «jugé crédible par le parquet». Il met en cause un commissaire de police félicité pour ses nombreux succès dans la lutte antidrogue. En-dehors de cette mise en cause personnelle, rappelle le quotidien, son témoignage risque de fragiliser certaines procédures dans le cadre d’affaires liées notamment à Sofiane Hambli.

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/05/23/01016-20160523ARTFIG00077-un-temoignage-met-en-cause-l-ancien-patron-de-la-lutte-antidrogue.php

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FRANCE (lutte contre le narcotrafic): les « Tartuffes » dans la tourmente

Des policiers qui « bougent » des valises marocaines! Du grand classique des méthodes utilisées dans la lutte contre le narcotrafic!

C’était déjà le cas il y a 20 ans!

DNRED (provocation douanière): vers Caracas avec des « James Bond » des Douanes françaises

Aujourd’hui
pour marcoFRANCE (Stups): révélations sur un trafic d’Etat
OCRTIS 2016: bis repetita placent

NARCOTRAFIC (France): quand la cocaïne était rapatriée sous le regard bienveillant de l’OCRTIS et la DNRED

AIR COCAÏNE: la DNRED, l’OCRTIS, le TRACFIN avaient ils des informations sur cette affaire ?

FRANCE (OCRTIS): quant à la lutte contre le narcotrafic!

 

Il est grand temps de pratiquer un ménage complet dans nos institutions régaliennes si l’on veut réellement éviter de nouveau ce « Grand Bal des « Faux-culs  » auquel nous allons assister!

Car tous, j’écris bien tous, du BCS en passant par la DCPJ, la DNRED, l’ IGPN, l’ OCRTIS, le SIAT et ……… le Parquet vont rivaliser dans le port de « faux-nez ».

Marc Fievet – NS 55 DNRED

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NARCOTRAFIC (France): quand la cocaïne était rapatriée sous le regard bienveillant de l’OCRTIS et la DNRED

Avatar de Marc FievetAVISEUR INTERNATIONAL

les PIEDS NICKELÉS chez les narcotrafiquants

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C’est un des derniers tabous dans les affaires de stups : la provocation policière, ou comment monter un dossier de toutes pièces pour réaliser une grosse saisie ou faire tomber un réseau. Cette pratique, formellement proscrite par le code de procédure pénale, est difficile à établir faute d’éléments probants. C’est pourtant pour cette raison que la cour d’appel de Paris vient d’annuler l’intégralité d’une procédure visant un vaste trafic de drogue entre la…

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AIR COCAÏNE: la DNRED, l’OCRTIS, le TRACFIN avaient ils des informations sur cette affaire ?

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Depuis la fameuse saisie des camionnettes  lestées  de cannabis  qui permit à  François Hollande d’aller faire le beau avec son copain Michel Sapin au siège  de la DNRED pour encenser ce grand service dont le directeur, le DI Jean Paul Garcia, était  absent .
Comme sont absents aujourd’hui dans le dossier  » Air cocaïne  » nos services spécialisés en matière de stupéfiants.
Nos services spéciaux ne seraient ils  aujourd’hui  devenus que des « faire valoir » des politiques?

Que savent ils  réellement  sur le narcotrafic, sur le narco-terrorisme, sur l’ Aero-narcotrafic, sur l’évasion  fiscale …et surtout que font ils réellement pour lutter contre ces plaies societales actuelles ?

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FRANCE (OCRTIS): quant à la lutte contre le narcotrafic!

Avatar de Marc FievetAVISEUR INTERNATIONAL

ecusson-OCRTIS« L’OCRTIS est devenu le premier narcotrafiquant de France! »

dixit un ancien magistrat instructeur

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Magouille institutionnelle, dossiers montés et arrangés, les « suceurs de roues » n’ont guère évolué depuis l’époque de Mario Le Corff. (Marc Fievet -NS 55 DNRED)

LIRE: NARCOTRAFIC: quand Mario Le Corff de l’OCTRIS montait des opérations douteuses…Mais ça c’était hier!

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FRANCE (Stups): révélations sur un trafic d’Etat

Par Emmanuel Fansten 22 mai 2016

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 Photo WITT.SIPA

Saisie record à Paris, le 17 octobre : 7,1 tonnes de cannabis sont saisies dans trois camionnettes boulevard Exelmans (XVIe arrondissement). Le lendemain, François Hollande se rend sur place, accueilli par Hélène Crocquevieille, la directrice générale de la Douane française en l’absence remarquée de Jean Paul Garcia, le « Boss » de la DNRED.

C’est un scandale qui risque de provoquer une déflagration au sommet de la police judiciaire. L’ancien patron de l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis), François Thierry, est soupçonné d’avoir laissé entrer en France plusieurs dizaines de tonnes de cannabis au cours des dernières années, avec la complicité d’un des plus gros trafiquants européens, recruté par ses soins. Visage de la lutte antidrogue française depuis 2010, le commissaire avait pris l’habitude de poser devant ses plus belles saisies, aux côtés des ministres de l’Intérieur successifs, Claude Guéant, puis Manuel Valls et Bernard Cazeneuve. Que savaient ces derniers des méthodes de François Thierry ? Ont-ils cautionné ce trafic d’Etat ? De nouveaux éléments et un témoignage accablant recueilli par Libération dévoilent l’ampleur de ce système, dont l’existence pourrait mettre en péril des dizaines de procédures judiciaires. Contacté dimanche matin, le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité réagir avant la publication de notre enquête.

Le déclic

DNRED11Le système a déraillé brutalement le 17 octobre à Paris. Ce soir-là, la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) met la main sur 7,1 tonnes de cannabis entreposées dans trois camionnettes garées boulevard Exelmans, dans le XVIe arrondissement. Une saisie record pour la capitale. Le lendemain, François Hollande se déplace en personne au siège des douanes pour saluer ce «coup fatal» porté aux trafiquants. Mais l’enquête ouverte le jour-même par le parquet de Paris, confiée à la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs), va réserver quelques surprises. Une facture retrouvée dans une des camionnettes et des traces ADN permettent rapidement de remonter jusqu’à un certain Sofiane Hambli , bien connu des services de police. L’homme habite justement boulevard Exelmans, dans un penthouse de 300 m2 avec piscine intérieure, dont le loyer de 9 000 euros est réglé chaque mois en cash. Mais il a surtout la particularité d’être un indic de l’Ocrtis, dûment immatriculé au Bureau central des sources. Un informateur au pouvoir exorbitant, directement traité par le patron de l’Office, et capable d’importer chaque mois plusieurs tonnes de shit en «livraison surveillée». Cette technique d’enquête, très prisée des services de stups, permet de laisser passer de la drogue sous le contrôle d’un magistrat, afin de démanteler des réseaux de revendeurs à l’arrivée. Une technique légale. Sauf qu’en l’espèce, Sofiane Hambli  semblait bénéficier d’une protection en haut lieu, ce qui lui permettait de poursuivre ses activités sans jamais être inquiété.

L’affaire d’Exelmans est jugée d’autant plus sérieuse par le parquet que la drogue saisie à Paris fait partie d’un lot beaucoup plus important. Trois jours plus tôt, les douanes avaient déjà intercepté 1,9 tonne de cannabis sur l’autoroute A11, en direction de Nantes. Puis quelques jours plus tard, 6,2 tonnes sont saisies dans une fourgonnette en Belgique. A chaque fois, la marchandise a la même origine. Pour le seul mois d’octobre, plus de 15 tonnes sont donc passées par le même canal sans aucun encombre. Avant que les douanes, avisées par un mystérieux informateur, ne fassent capoter l’opération. Quel rôle a joué Sofiane Hambli dans ce trafic ? Et surtout, quelle était la nature de sa relation avec François Thierry pour bénéficier d’une telle impunité ? Après quatre mois de cavale, le trafiquant est finalement interpellé le 22 février en Belgique. Un témoin tellement exposé que le parquet a jugé bon d’envoyer les gendarmes d’élite du GIGN pour aller le chercher en hélicoptère lors de son extradition. Une première en Belgique, quelques jours avant le rapatriement de Salah Abdeslam dans les mêmes conditions. Entendu depuis à deux reprises par les enquêteurs, Sofiane Hambli est resté très évasif, laissant simplement entendre qu’il avait toujours agi sous les ordres de l’Ocrtis.

Le recrutement

Sophiane Hambli,Sofiane Hambli

Le parcours de Sofiane Hambli est à la mesure du scandale qui couve depuis la saisie record du boulevard Exelmans. L’homme peut en effet se targuer d’être le plus gros importateur de cannabis en France, ni plus ni moins.

Dès la fin des années 90, à seulement 20 ans, il est déjà considéré comme un des barons du trafic international entre le Maroc, l’Espagne et la France. Recherché pour l’importation de plusieurs tonnes de shit, il est condamné en 2002 à cinq ans de prison, puis à dix-huit ans pour avoir continué à trafiquer depuis sa cellule. Sur une écoute téléphonique, on l’entend menacer un de ses acolytes de «lui trouer les genoux avec une perceuse» après le vol présumé d’une tonne et demie de marchandise. Quelques mois plus tard, il parvient à s’évader de la prison de Metz lors d’un transfert et s’installe dans le sud de l’Espagne. Une période faste au cours de laquelle Sofiane Hambli se refait rapidement un nom dans l’élite du trafic international.

Mais après avoir échappé à plusieurs coups de filet, le Français est finalement arrêté en mars 2009 à côté de Marbella, en Andalousie, dans le cadre de l’opération «Baleine blanche», la plus grosse enquête jamais menée en Espagne sur le blanchiment lié au trafic de drogue. L’opération, qui porte sur un montant de 250 millions d’euros, permet d’interpeller une cinquantaine de personnes et de saisir plus de 200 propriétés et véhicules de luxe. En garde à vue, Sofiane Hambli essaiera d’effacer ses empreintes digitales en se frottant les doigts aux barreaux de sa cellule. Selon plusieurs sources, c’est lors de sa détention en Espagne qu’il aurait été recruté par François Thierry. «Tamponné», comme on dit dans le milieu.

Extradé en France, Sofiane Hambli est condamné en avril 2011 à treize ans de prison. Mais il a désormais une bonne avocate. Anne Claire V. n’est autre que la compagne de François Thierry. A l’énoncé du verdict, elle dénonce une «peine sévère». Mais à peine trois ans plus tard, l’avocate spécialisée en droit immobilier dans un grand cabinet d’affaires parvient à faire libérer le trafiquant. Contre toute attente, Sofiane Hambli bénéficie d’une remise de peine exceptionnelle suivie d’une libération conditionnelle, accordée par un juge d’application des peines de Nancy. Une mesure rarissime, réservée à certains repentis. Selon nos informations, Sofiane Hambli a dû s’acquitter au passage d’une amende douanière de 2 millions d’euros.

Qui a réglé cette somme ? Avec quel argent ? Et comment a été payée l’avocate ? Contactée par Libération, Anne Claire V. n’a pas souhaité s’exprimer. Seule certitude : Sofiane Hambli va désormais s’imposer comme le plus gros trafiquant de l’Hexagone grâce à la protection de François Thierry. «Un homme à la tête du troisième réseau d’Europe en termes de volume de trafic», selon un enquêteur spécialisé.

Le trafic

Jusqu’où l’Office central des stups était-il impliqué dans ce gigantesque scandale ? Et dans quelle mesure les magistrats ont-ils validé certaines procédures ? Un témoignage édifiant permet d’éclairer ce système de l’intérieur. Ancien indic de François Thierry, bien connu des autorités françaises, Stéphane V. a livré de nombreux éléments à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée de l’enquête sur les méthodes des Stups. Il affirme notamment avoir été mandaté par François Thierry pour garder une villa à Estepona, dans le sud de l’Espagne, entre mars et avril 2012. Pendant près de trois semaines, a-t-il expliqué aux «bœufs-carottes», cinq hommes présentés comme des policiers français se relayaient pour charger et décharger sur la plage des dizaines de paquets remplis de drogue, récupérées sur des Zodiac venus du Maroc.

esteponaAu total, 19 tonnes auraient transité par la villa au cours de ce seul séjour. Une mission payée à Stéphane V. en cash par François Thierry. Il sera à nouveau sollicité plusieurs fois par le grand patron des Stups pour des opérations identiques, jusqu’en décembre 2014.

Selon ce témoin, jugé crédible par le parquet, le schéma était parfaitement rodé. La drogue était achetée en gros à Marbella. Une partie des équipes, préalablement identifiées par l’Ocrtis, était ensuite interceptée dans des «go-fast» à la remontée. Les autres pouvaient alors inonder le marché sans être inquiétées. La came étant payée au départ, rien n’était perdu. Une stratégie basée sur un double objectif : faire grossir la taupe de François Thierry tout en éliminant les équipes concurrentes, grosses saisies et convocation de la presse à l’appui.

Les conséquences

Difficile d’imaginer qu’un commissaire loué pour sa prestance, son professionnalisme et sa connaissance des dossiers ait pu agir de la sorte sans l’aval de sa hiérarchie. Combien d’équipes sont tombées dans les pièges tendus par l’Ocrtis ? Combien de livraisons surveillées ont été autorisées ces dernières années sur la foi d’informations tronquées ? Combien de suspects sont désormais potentiellement libérables par des avocats pugnaces ?

Toutes les procédures judiciaires dans lesquelles le nom de Sofiane Hambli apparaît risquent en tout cas d’être fragilisées. Comme en juillet 2015, quand la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a annulé l’ensemble d’une procédure ayant abouti à la saisie de 132 kilos de cocaïne par l’Ocrtis, dans l’affaire dite de la «coopérative». «Une provocation policière», avait estimé les magistrats pour motiver leur décision, soulignant le rôle «déterminant» de l’Office dans la mise en place du trafic. A l’époque, cet arrêt avait mis en émoi les services enquêteurs, inquiets de voir leurs méthodes soudainement retoquées par la justice. Cette nouvelle affaire, autrement plus sensible, risque de relancer sérieusement le débat.

Emmanuel Fansten

http://www.liberation.fr/france/2016/05/22/stups-revelations-sur-un-trafic-d-etat_1454417
Lire aussi :François Thierry : tuyaux, «tontons» et tonnes de shit
Lire aussi :«En tout, 19 tonnes de cannabis ont transité par la villa au cours de ce seul séjour»
LIRE aussi:
FRANCE (Grand Bal des « Faux-culs »): tous, du BCS en passant par la DCPJ, la DNRED, l’ IGPN, l’ OCRTIS, le SIAT et … le Parquet vont rivaliser dans le port de « faux-nez »
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LIRE ou Relire: « Cocaïne, fric et flics »
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AFGHANISTAN: dans le Sud afghan, on fête une récolte de pavot exceptionnelle

afghanistanPublié le : 22/05/2016

NAQIL (Afghanistan) (AFP) – Les lassos fendent l’air, des cris de joie fusent. Cette année, dans le Sud afghan, on fête une récolte de pavot exceptionnelle qui laisse entrevoir des revenus confortables pour cette région pauvre où les talibans tiennent la dragée haute à l’armée.

En Afghanistan, le printemps est synonyme d’offensive des insurgés islamistes… et de récolte de pavot. Cette année encore, des centaines de petites mains ont fait route vers Naqil, dans la province d’Uruzgan, pour y recueillir la résine brune, matière première de l’opium et de l’héroïne.

La moisson s’annonce prometteuse et, au crépuscule, les hommes laissent éclater leur joie en s’adonnant au « jeu du lasso ». Au milieu de la foule, les participants font tournoyer une lourde corde puis assomment leurs adversaires. On rit, on chahute. Le public enturbanné est conquis et le vendeur de glaces à la framboise se frotte les mains.

« C’est le seul moment de l’année où on gagne de l’argent », explique Afzal Mohammed, un ouvrier agricole venu de Kandahar pour la récolte. « Ici, les gens travaillent pendant 15 jours et le reste de l’année ils n’ont pas d’emploi ». A en croire les habitants, nombre d’ouvriers agricoles venus récolter le pavot sont des talibans arrivés d’autres régions.

« Le monde entier a beau dire que sans pavot, il n’y aurait pas de guerre en Afghanistan, pour nous, sans pavot, il n’y aurait ni travail ni nourriture », se lamente Abdul Bari Tokhi, un chef tribal dont la famille possède plusieurs hectares de terres cultivées à Naqil.

Le succès de la récolte souligne la précarité de la situation économique de l’Afghanistan, où le chômage touche officiellement un actif sur cinq. Il met surtout en lumière l’échec des onéreuses campagnes d’éradication de la culture du pavot lancées par l’Occident après la chute des talibans en 2001.

Car l’Afghanistan reste le leader mondial incontesté en la matière. En 2014, l’année où l’Otan a mis fin à sa mission de combat, le pays a même connu sa meilleure récolte de pavot depuis 2002.

L’an dernier a vu une forte chute de la production, mais d’après l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, c’est davantage en raison de la sécheresse que des campagnes d’éradication. Alors, pour pallier le manque à gagner, les cultivateurs ont redoublé d’efforts cette année.

‘Etat de guerre’

D’ordinaire, les offensives des talibans sont en nette baisse durant la récolte de pavot, ce qui montre bien la main-mise des insurgés dans la culture de l’opium, juteux marché de 3 milliards de dollars.

« La récolte est sur le point de s’achever (…),….PAVOTAFGHAN

Des fermiers afghans récoltent le pavot dans un champ le 29 avril 2016 à Naqil © AFP RATEB NOORI

– See more at: http://www.goodplanet.info/actualite/2016/05/22/dans-le-sud-afghan-on-fete-une-recolte-de-pavot-exceptionnelle/#sthash.h7LiwVLI.dpuf

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HÉROÏNE AFGHANE: la police italienne met à jour les liens entre Daesh et la Camorra

| 26 mars 2016

La police italienne a arrêté à Naples un Irakien de 46 ans, Aziz Ehsan, qui faisait office d’officier de liaison entre Daesh et la “Camorra” (organisation mafieuse de Campanie).

Les officiels évoquent également des liens de Daesh avec “Cosa Nostra” en Sicile et la “Ndrangheta” en Calabre.

Depuis septembre 2014, Daesh contrôle le trafic d’héroïne afghane. Cependant, jusqu’à présent cette information n’avait été publiée que par le Service fédéral russe de contrôle des stupéfiants, jamais par des autorités ouest-européennes

http://www.voltairenet.org/article190917.html

lire aussi:AFGHANISTAN: la famille Karzaï a confié le trafic d’héroïne à l’Émirat islamique

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DROGUE: le Maroc menace la sécurité de l’UE

Par
Une industrie florissanteUne industrie florissante

«Il ne fait aucun doute que les marchés des drogues illicites sont l’une des principales menaces pour la sûreté de l’UE», souligne le rapport 2016 sur les marchés des drogues dans l’Union qui note que le royaume est le principal pourvoyeur du Vieux Continent en résine de cannabis.

Retour de boomerang. Les pays européens comme la France soutiennent que le Maroc joue un rôle stabilisateur au Maghreb. Le royaume le leur rend bien. Pour les remercier de cette attention il les inonde de cannabis à tel point où des voix s’élèvent pour crier haut et fort que leur sécurité court un grand danger.
«Il ne fait aucun doute que les marchés des drogues illicites sont l’une des principales menaces pour la sûreté de l’UE», souligne le rapport 2016 sur les marchés des drogues dans l’Union qui note que le royaume est le principal pourvoyeur du Vieux Continent en résine de cannabis.
Ce document qui est une publication conjointe de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (Emcdda) et de l’Office européen de police (Europol) met en outre en exergue la connexion entre le trafic de drogue et le terrorisme. «Il existe des éléments probants» de certains liens entre des Groupes criminels organisés impliqués dans le trafic de drogue et des organisations terroristes soulignent ces deux organismes.

LIRE PLUS:

http://www.lexpressiondz.com/internationale/241950-le-maroc-menace-la-securite-de-l-ue.html

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COLOMBIA: cocaína por toneladas

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Estamos nadando en coca

 

Solo en una de las tantas regiones donde se cultiva, comercializa y trafica la coca en el país, solo en una caleta y en un solo operativo, la Policía y su Dirección Antinarcóticos decomisaron 9 mil 355 kilos del alcaloide, listo para ser sacado a través del Golfo de Urabá. El cargamento más grande descubierto en los últimos diez años y la prueba incontrovertible de que el narcotráfico sigue vivo y activo a lo largo y ancho del territorio nacional.

¿Qué pensar de otras zonas como Catatumbo, Putumayo e incluso Vichada y Guaviare, también marginales, fronterizas, vulnerables y con presencia de grupos armados ilegales y traficantes, en donde la escala de producción y almacenamiento de drogas ilícitas puede ser igual o mayor?

Se trata de escenarios limítrofes con países donde la corrupción está al orden del día: Venezuela y Brasil, por ejemplo, o donde los controles militares y policiales son bastante limitados: Ecuador y Panamá. A ello se suma la enorme penetración del narcotráfico, por supuesto, en la vida de las regiones colombianas.

Estas cantidades gigantescas de droga, además de hablar del crecimiento de los cultivos ilícitos en el país los dos últimos años (de 60 mil a 159 mil hectáreas, según informes cruzados de agencias de monitoreo), permiten dimensionar el complejo circuito económico que hay detrás:

Movilización de precursores (permanganato, ácidos clorhídrico y sulfúrico y anhídrido acético), destrucción de cientos de hectáreas de bosque nativo donde funciona la cadena siembra-recolección-elaboración de pasta, mano de obra (campesinos, “químicos”, “caleteros”), transportadores (flotillas de avionetas, lanchas rápidas y semisumergibles), funcionarios civiles y policiales involucrados y equipos de asesores contables y financieros dedicados a camuflar y mover capitales millonarios que deben ser “lavados” y filtrados a la economía legal.

Se trata de un universo criminal complejo que más que describir en detalle, hay que decir que se encuentra en plena operación, al parecer robustecido y dinámico, si se juzga el valor del cargamento incautado en Urabá, por ejemplo: unos 250 millones de dólares, puesto en los mercados internacionales.

Las preguntas son obligadas: ¿cómo logran operar estas redes capaces aún de enviar cada semana toneladas de cocaína al exterior? ¿Dónde están y quiénes son sus enlaces políticos, empresariales y financieros? Colombia continúa contaminada y penetrada por el narcotráfico.

Si las guerrillas y las bandas criminales, sin discusión, están asociadas a este emporio narcotraficante (ya por el cobro de impuestos, ya por el control de rutas, ya por el envío mismo de droga), hablamos de la presencia actual y renovada de amenazas al Estado, su institucionalidad y su ciudadanía. Peor, incluso, hay que aceptar que valores sociales y culturales de ese submundo mafioso perviven y tienen efectos desastrosos.

El decomiso de más de nueve toneladas de cocaína, al parecer a alias “Gavilán”, segundo al mando del “clan Úsuga David”, no puede verse solo como un golpe policial importante, significativo, sino que debe mirarse, por el revés, para entender la fuerza que retoma el narcotráfico a las puertas del cierre de una negociación con las Farc.

Es imposible taparse los ojos ante la evidencia de que, como se ha dicho, y aunque haya que citarse de nuevo con incomodidad, “estamos nadando en coca”.

http://www.elcolombiano.com/opinion/editoriales/cocaina-por-toneladas-FX4167531

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FRANCE (Michel Neyret): la chute de l’ex-commissaire vue par trois anciens patrons de la police

neyretMichel Neyret devant le tribunal correctionnel de Paris, le 2 mai 2016. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Comment Michel Neyret, grand flic talentueux, admiré de tous, a-t-il pu franchir la « ligne jaune » au point de se retrouver jugé dans une affaire de corruption ? La question est centrale dans le procès de l’ex-numéro 2 de la police judiciaire lyonnaise, qui comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris.Pour y répondre, Michel Neyret a été confronté, au début du procès, à un exercice délicat : commenter sa propre chute. Mercredi 18 mai, ce sont les témoins cités par le prévenu qui s’en sont chargés.
« J’ai été agréablement surpris par ses compétences alors qu’il sortait d’école »

Cheveux blancs clairsemés sur le crâne, vêtu d’un costume de velours noir, Michel Richardot, 74 ans, est le premier à parler. Il a rencontré le jeune et fringant Michel Neyret au Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Versailles dans les années 1970. « J’ai été agréablement surpris par ses compétences alors qu’il sortait d’école », se souvient-il.

En 1982, Michel Richardot devient directeur régional de la PJ lyonnaise, fonction qu’il exerce jusqu’en 1990. C’est lui qui fait venir Michel Neyret à Lyon, en 1983. Aujourd’hui encore, il est élogieux envers lui.

J’ai été impressionné par ses qualités. Je dois admettre que c’est de très loin le meilleur commissaire de police que j’aie connu de toute ma carrière.

Michel Richardot

devant le tribunal correctionnel de Paris

Grâce à lui, Michel Neyret est nommé dès 1984 à la tête de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Lyon. « Il était chargé d’un travail de recherche et intervention dans la criminalité », décrit Michel Richardot. Car dans la capitale des Gaules, la BRI a une spécificité : « l’enquête d’initiative ». « La brigade antigang mène des enquêtes en partant d’auteurs potentiels, en guettant le flagrant délit, pour tomber sur les malfaiteurs au moment propice, choisi dans la mesure du possible par les policiers », explique Richard Schittly, journaliste et auteur de Commissaire Neyret, chute d’une star de l’antigang.

« Ses résultats étaient exceptionnels »

Michel Neyret se révèle brillant. « Il avait le profil pour être très bon, je ne pensais pas qu’il serait aussi bon », commente Michel Richardot. A tel point qu’il reste à la tête de la BRI jusqu’en 2004, une durée anormalement longue. « Il devait partir en même temps que moi. Il est resté parce que ses résultats étaient exceptionnels. » Le constat de Michel Richardot est amer : « Il aurait fallu qu’il parte. Il faut savoir abandonner. »

Le président du tribunal, soucieux de comprendre, cherche des réponses dans cet aspect de la carrière de Michel Neyret.

« Pourquoi est-il resté ?

– Il n’avait pas envie de partir pour deux raisons. D’abord il était admiré, il avait des succès. Et il n’avait pas envie de partir parce qu’on ne lui a rien proposé. »

L’ex-chef de l’antigang lyonnais a pâti d’une absence de réseau personnel au sein de son univers professionnel, à en croire son ancien responsable. « Neyret, dans la police nationale, il est le fils de personne, il n’appartenait à aucun syndicat, à rien du tout », dit à plusieurs reprises Michel Richardot, qui déroule son raisonnement à la barre.

Comme il n’appartient à rien, personne ne l’a soutenu. Je dirais même que c’est le contraire. Tout le monde l’a enterré. Alors que lorsque vous parliez de Neyret, tout le monde l’admirait.

Michel Richardot

devant le tribunal correctionnel de Paris

De fait, Michel Neyret est devenu commissaire divisionnaire après vingt-sept ans de carrière, alors qu’en moyenne un policier y accède en quinze ans. Michel Richardot donne le sentiment d’un grand gâchis : « Il fallait le récompenser pour ses succès et éviter qu’il prenne des risques comme il a pris, ce qui l’a conduit à être ici aujourd’hui. » Pendant ce temps, Michel Neyret écoute, les yeux fermés, une main sur le visage, ou parfois la tête baissée, le regard rivé sur la moquette délavée de la salle.

« Rester vingt et un ans et deux mois à la BRI, c’est anormal »

« Qu’on l’ait gardé dix-neuf ans [à la tête de la BRI] est une faute, qu’on l’ait fait revenir, c’est pire encore », estime Michel Richardot. Pour comprendre cette critique en creux de la direction nationale de la police judiciaire, il faut se souvenir du parcours de Michel Neyret : après la BRI, il est muté deux ans à Nice en 2004. Puis il revient à Lyon en 2007 en qualité de directeur adjoint de la police judiciaire régionale.

« Rester vingt et un ans et deux mois à la BRI, corrige Pierre Richard, qui a le souci du détail, c’est anormal. » Ce témoin de 85 ans à la chevelure blanche brillante est l’un des tout premiers supérieurs de Michel Neyret. « Et on le renomme là où il était avant. C’est une ineptie ! » Pierre Richard, sous-directeur central de la PJ à la retraite, parle même d’une « faute professionnelle », « pire qu’une erreur ».

La direction centrale ne peut s’exonérer d’une grande responsabilité dans l’affaire qui nous occupe aujourd’hui.

Pierre Richard

devant le tribunal correctionnel de Paris

Peu après, interrogé par l’un des avocats de Michel Neyret, il précise : « Je ne dis pas que c’était fait volontairement, mais le résultat, c’est celui-là. » Gérard Girel, directeur du SRPJ de Lyon entre 1990 et 1995, apporte un autre éclairage à la dérive dans laquelle Michel Neyret s’est laissé entraîner, grâce à une question du président du tribunal. Une plongée dans un autre univers, qui l’a séduit.

« Si vous êtes directeur de la PJ et si votre adjoint va aider au tournage du film [Les Lyonnais, d’Olivier Marchal], vous en pensez quoi ?

– J’en pense que c’est pas bien. Il peut faire ça à la retraite, à la limite. Car ça confine à un mélange des genres. Ce sont des personnes d’un autre monde. Cela permet éventuellement des dérapages absolus. »

« Il fallait le faire partir pour qu’il puisse éviter de dériver »

Jusqu’où est allée cette dérive, et jusqu’à quel point l’ex-commissaire en est-il responsable ? Michel Richardot offre un début de réponse : « Le Neyret que j’ai connu et le Neyret que j’ai lu dans la presse, ce n’est pas le même. Il fallait le faire partir pour qu’il puisse éviter de dériver. La faute principale vient de Neyret, mais ceux qui l’ont dirigé auraient pu faire l’effort de le faire partir. »

Ce sera toutefois à la justice de trancher, et c’est un magistrat qui le rappelle. Christian Cadiot, dernier témoin de la journée cité par Michel Neyret, est venu pour « porter la mémoire de l’homme brillant et inestimable qu’[il a] connu ». Les deux hommes se sont rencontrés à Lyon, ville dans laquelle le premier était magistrat entre 1992 et 2002, « période lumineuse » de Michel Neyret, selon lui.

Pour Michel Neyret, il vous faudra faire la part du temps, le temps de l’engagement et celui de la dérive.

Christian Cadiot

devant le tribunal correctionnel de Paris

En prononçant cette phrase, Christian Cadiot, 64 ans, aujourd’hui conseiller à la Cour de cassation et qui se présente à l’audience comme un « vieux juge », s’adresse au président du tribunal les yeux dans les yeux. Michel Neyret encourt dix ans de prison.

http://mobile.francetvinfo.fr/societe/affaire/affaire-neyret/neyret-il-est-le-fils-de-personne-la-chute-de-l-ex-commissaire-vue-par-trois-anciens-patrons-de-la-police_1456123.html#xtref=acc_dir

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MALI: importante saisie de cannabis

Ghana-Burkina-MaliL’Office central des stupéfiants a mis la main sur 2,7 tonnes de cannabis dans un camion en provenance du Ghana, près de Bamako.

Près de trois tonnes de cannabis, pour une valeur marchande estimée à environ 100 millions de francs CFA (plus de 152 000 euros). C’est la plus importante saisie de drogue des vingt dernières années dans la capitale malienne et sa périphérie.

© Crédit : Office central des stupéfiants du Mali

La drogue était dissimulée sous forme de balles de friperie et cachée dans un camion de transport, plus précisément dans un compartiment situé entre la locomotive et la remorque. Les trafiquants s’apprêtaient à décharger le contenu du camion à l’entrée de Bamako lorsqu’une unité de l’Office central des stupéfiants a débarqué. Armes au poing, le capitaine Moussa Touré et ses hommes ont immédiatement mis la main sur la marchandise. Au moins deux personnes ont été arrêtées.

Un réseau Ghana-Burkina-Mali démantelé

Les enquêtes ont commencé. On sait déjà que le camion venait du Ghana. Il a transité par le Burkina Faso avant d’entrer au Mali par le sud, plus précisément par la ville de Sikasso. « Nous venons de démanteler un réseau de trafiquants de drogue entre ces trois pays », a expliqué un enquêteur. A Accra, capitale du Ghana, des arrestations ont également eu lieu explique la même source.

→ A (RE)ECOUTER : Sahel-Sahara: une zone de trafics

Ce jeudi doivent avoir lieu de nouvelles auditions des suspects arrêtés au Mali. Et l’Office central des stupéfiants, qui travaille sans grands moyens, pourrait rapidement envoyer une mission au Ghana.

http://www.rfi.fr/afrique/20160519-saisie-record-cannabis-mali-drogue-office-central-stupefiants-ghana

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FRANCE: Sken’ City, village de la drogue à gare du Nord

gare_du_nord_4_bis18 mai 2016 | Par La rédaction de Mediapart

Ils s’appellent Momo, Adrien, Charlie ou Jenny. Accros au crack ou au skénan, ils tiennent le pavé de Sken’ City, un quartier en plein Paris où tout tourne autour de la drogue. StreetPress a passé plusieurs semaines en leur compagnie. Suivez le guide.

lire plus:

https://www.mediapart.fr/journal/france/180516/sken-city-village-de-la-drogue-gare-du-nord

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FRANCE (Air Cocaïne): le fantôme de la coke arrêté

Par Guillaume Lamy
Publié le 17/05/2016
Alors qu’il était activement recherché dans le cadre de l’affaire “Air Cocaïne”, le Stéphanois Ali Bouchareb a été interpellé la semaine dernière près de Barcelone. C’est lui qui serait le cerveau du réseau d’importation entre la République dominicaine et la France.

Air Cocaïne (Ali Bouchareb) (jeudi 17 mai 2018)

©B-Gnet
En 2014, alors qu’il est pris en flag’ de déchargement d’une demi-tonne de cocaïne à Tarragone (Espagne), que deux mandats d’arrêt internationaux pèsent sur lui dans des dossiers de braquage et de stupéfiants et que des faux papiers sont retrouvés chez lui, dont l’un au nom de Rayan Hanouna, le cerveau présumé d’ « Air Cocaïne » , le Stéphanois Ali Bouchareb est relâché deux mois plus tard…
Article paru dans Lyon Capitale (le mensuel) de janvier 2016

Son ombre plane sur le Centre, un quartier plutôt tranquille de Firminy, à douze kilomètres au sud-ouest de Saint-Étienne. Teint mat, coupe en brosse ou cheveux gominés, selon l’effet recherché, la quarantaine, un petit mètre quatre-vingts. Voilà le peu d’informations qui a filtré jusqu’à maintenant. Quant à son nom, il hante toute la ville. Et bien au-delà.

La dernière fois qu’Ali Bouchareb a fait parler de lui, c’était à 750 kilomètres de cette cité-dortoir de Saint-Étienne, sur la Costa Dorada. À Tarragone précisément, à une grosse heure de route de Barcelone. Le 16 octobre 2014, Ali Bouchareb est à mille lieues d’imaginer que des enquêteurs français de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS) et espagnols de la police judiciaire de Carthagène sont en planque dans la zone portuaire, à côté d’un entrepôt où deux conteneurs de poisson surgelé sont sur le point d’être déchargés. À l’intérieur des caisses de poisson, 420 kilos de cocaïne, répartis dans douze sacs de sport. Huit personnes sont arrêtées en flagrant délit, cinq Français et trois Espagnols. Parmi eux, un Lyonnais, membre présumé de la Dream Team (équipe de braqueurs baptisée ainsi par la police espagnole, en référence
aux basketteurs américains vainqueurs des JO de Barcelone en 1992), et deux frères de Firminy : Ali et Messaoud Bouchareb, duo jusqu’alors quasi inconnu. Qui ne croisait en tout cas pas dans les eaux transcontinentales du grand banditisme.

Montée en gamme

Au journal télévisé ce soir-là, aucun écho de la grosse prise de drogue et du démantèlement de ce réseau d’importation de cocaïne colombienne. David Pujadas lance un sujet sur l’exil des Français à l’étranger…, de quoi esquisser un sourire. Car Ali Bouchareb est introuvable depuis l’été 2008, après avoir été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Jusqu’à ce qu’il réapparaisse dans une énorme affaire de cocaïne en Espagne, qu’il soit libéré de nouveau et ne s’évapore encore dans la nature.

Petit retour en arrière, en 2007. La PJde Lyon est alors dirigée par le super-flic Michel Neyret (aujourd’hui renvoyé en correctionnelle dans une affaire de corruption qui a ébranlé la police lyonnaise en 2011*). C’est sous son commandement que les plus belles affaires de la police judiciaire sont exposées et que les plus grosses prises de stupéfiants nationales sont faites.

Le 7 février, près d’un centre commercial de Saint-Étienne, une quinzaine de personnes sont interpellées, dans des conditions mouvementées, au beau milieu d’une transaction de haschisch. Sur place, dans une voiture, les policiers mettent la main sur 600 000 euros en petites coupures – ce qui correspondrait à environ 600 kilos de cannabis. Le véhicule appartient à… Ali Bouchareb. 400 000 autres euros seront découverts dans une glacière enterrée dans le jardin d’un complice.

“Cette somme donne la mesure de l’économie souterraine générée par ces trafics, explique alors Michel Neyret**. Car il s’agissait d’hommes entre 30 et 40 ans, connus de la police pour des affaires de trafic de drogue, d’agressions et de “home-jacking”, mais dont la dimension dans le banditisme ne “justifie” pas de telles sommes.” En gros, les enquêteurs, qui considéraient jusque-là Ali Bouchareb comme un petit voyou, ont dû revoir leur copie. Le réseau alimentait l’ensemble du bassin clermontois.

Tête du réseau “Air Cocaïne” ?

Ali Bouchareb ne restera pas longtemps en prison. Après dix-huit mois de préventive, il est relâché à l’été 2008 par le juge des libertés et de la détention (JLD) de Lyon – à l’instar de deux autres présumés trafiquants de cocaïne et d’héroïne, Abdelkader Bessame et Kamel Mebarki. Bien que la décision ait été entérinée par la chambre d’instruction de la cour d’appel de Lyon, le syndicat de policiers Synergie s’insurge publiquement dans un communiqué. Les enquêteurs craignent que Bouchareb ne prenne la poudre d’escampette. L’Appelou met effectivement aussitôt les voiles afin qu’on ne puisse pas le retrouver. Il se terre probablement en Espagne ou en Italie. Jusqu’à ce 16 octobre 2014, près de Barcelone…

Lors de la perquisition de son appartement en Espagne, la police tombe sur de faux papiers, dont l’un au nom de Rayan Hanouna. Or, c’est ce fameux Rayan qui serait la tête du réseau d’importation de drogue du dossier Air Cocaïne en France, selon les mis en cause dans cette affaire, actuellement en cours d’instruction à Marseille.

“Non seulement le mec se fait prendre en flag’ avec une demi-tonne de cocaïne, mais en plus la police espagnole s’aperçoit que deux mandats d’arrêt internationaux pèsent sur sa tête pour des affaires de braquage et de stupéfiants, explique à Lyon Capitale Jérôme Pierrat, coauteur d’une enquête sur Air Cocaïne***. Il fait deux mois de prison et il est libéré. En France, ça a tellement surpris, c’était tellement anormal, que le ministère de la Justice a même déposé une plainte.” Avant de se demander si Bouchareb “n’[aurait] pas payé les policiers espagnols”.

Des “plans sur la comète

Philippe Screve, l’avocat d’Ali Bouchareb, en doute fortement. Joint par téléphone entre plusieurs audiences aux quatre coins de la France, il rétorque que “la justice espagnole n’a pas l’habitude d’être laxiste, elle est encore moins réputée pour être aveugle”. “Il est donc hasardeux de tirer des plans sur la comète”, estime Me Screve. Connu pour être un redoutable procédurier (il a notamment fait libérer le présumé trafiquant stéphanois en 2008), celui qui est amicalement surnommé “l’avocat de la pègre lyonnaise” dans les prétoires de la région soutient mordicus que son client n’a pas le profil du gros trafiquant international qu’on veut bien lui faire endosser. Selon lui, Ali Bouchareb “n’était pas installé dans une délinquance d’habitude et n’avait pas un casier judiciaire long comme un jour sans pain. Il n’avait pas un profil qui le poussait à “travailler” dans les stups”.

À propos du deal de 600 000 euros à Saint-Étienne, l’avocat “n’[a] pas le souvenir d’une affaire dans laquelle il avait eu un rôle majeur, et qui aurait pu laisser penser qu’il pourrait, un jour, jouer les grands rôles”. “Je suis très étonné par ce qui se dit, étant donné qu’il est présumé innocent”, conclut Me Screve. Innocent, c’est aussi le mot qui ressort de la bouche de la famille Bouchareb.

Ambulancier aux mauvaises fréquentations

Ali Bouchareb est né en octobre 1971, dans une tour HLM du quartier du Centre, à Firminy, au bord de la nationale 88, à côté de petits ensembles et de pavillons de banlieue. Il suit sa scolarité à l’école du Stade, adjacente au site Le Corbusier, puis au collège Les Bruneaux. Il est élevé par ses parents avec ses deux sœurs et ses cinq frères. Son père travaille pour les Aciéries et forges de Firminy (qui deviendront plus tard Creusot-Loire, disparu en 1984). Pendant les vacances, la famille Bouchareb loue une maison pour s’échapper du quartier.

“On a eu une enfance parfaite. On a été très bien élevés”, estime l’une de ses sœurs, qui a accepté de témoigner. Ali passe même, avec succès, son diplôme d’ambulancier.

Il n’empêche. En juillet 2001, Messaoud Bouchareb n’a que 21 ans quand il fait parler de lui. Avec trois connaissances, il est soupçonné d’avoir brûlé une dizaine de voitures et d’en avoir volé une autre. Condamné à trois ans de prison, il prend la fuite, avant de se rendre à la police. En parallèle, il écope d’un an de prison pour avoir frappé le frère de l’un de ses complices. Quelques mois auparavant, l’ADN d’Ali, de neuf ans son aîné, traîne dans une sale affaire. Lors de la perquisition d’un appartement au Chambon-Feugerolles, les enquêteurs mettent la main sur un sac contenant un pistolet, des cagoules et des postiches. Ali Bouchareb écopera de dix-huit mois de prison ferme pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime. De source bien informée, leur nom circule aussi dans des dossiers de braquage de fourgons blindés.

Into the wild

Les frères Bouchareb ne referont plus parler d’eux. “On n’est plus en relation avec Ali, explique l’une de ses sœurs. Il a décidé de couper les ponts il y a plusieurs années. Il voulait passer à autre chose, on respecte son choix. Quand on dit de lui qu’il était voyou depuis son plus jeune âge, c’est faux. Il ne traînait pas dans le quartier. Ce n’était pas un délinquant. Il a peut-être rencontré des gens…, des mauvaises fréquentations.”

Une enquête pour importation de stupéfiants en bande organisée et association de malfaiteurs, dirigée par la juge d’instruction Christine Saunier-Ruellan, est en cours à Marseille. La fameuse affaire “Air Cocaïne”. L’ombre d’Ali Bouchareb plane sur ce volumineux dossier de 35 000 pages.

* Michel Neyret comparaît, en ce moment à Paris, pour violation du secret professionnel, corruption et trafic d’influence passif par personne dépositaire de l’autorité publique, détournement de scellés de stupéfiants, détention, offre ou cession de ces produits et association de malfaiteurs en vue de commettre une partie de ces délits.
** “Cannabis : des RMistes à la tête du réseau démantelé en Rhône-Alpes-Auvergne”, AFP, 8 mars 2007.
*** Jérôme Pierrat & Marc Leplongeon, L’Affaire Air Cocaïne – Mafia et jets privés, Seuil, octobre 2015.

http://www.lyoncapitale.fr/Journal/Lyon/Actualite/Actualites/Drogues/Air-Cocaine-le-fantome-de-la-coke-arrete

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FRANCE (le crime organisé): puissance et impunité…par Fabrice Rizzoli et Thierry Colombié

Le crime organisé en France : puissance et impunité

fabrice-rizzoli-c-dans-l-air-france5-0Par Fabrice Rizzoli,

docteur en sciences politiques, président de Crim’HALT comme Alternative          

                     et

Thierry Colombié,

docteur en science économique à l’EHESS et spécialiste du crime organisé.

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Le « crime organisé en France » n’est pas un sujet d’étude : il n’existe pas de centre indépendant de recherche scientifique, ni de chaire universitaire. Il faut donc se baser sur la définition de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée (dite Convention de Palerme, adoptée en 2000) qui définit le « groupe criminel » comme « un groupe structuré de trois personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de concert dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves ou infractions établies conformément à la présente convention, pour en tirer, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel ». Cette définition reste assez vague, mais son objectif est avant tout d’exclure les actes de terrorisme, qui ne visent pas les gains financiers ou matériels pour eux-mêmes.

Certes, depuis 2010, la police judiciaire et la gendarmerie nationale émettent, par le biais du service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique de la criminalité organisée (SIRASCO) (1), un rapport annuel sur le crime organisé en France. Cependant, ces rapports sont longtemps restés confidentiels, jusqu’à la publication, le 17 novembre 2014, d’une synthèse du rapport 2013-2014 accessible au public ; les données du SIRASCO restent, quant à elles, malheureusement, confidentielles. La magistrature publie elle aussi très peu sur le crime organisé (2). La création de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), en 2010, pour faciliter la mise en œuvre d’une politique de confiscation des avoirs criminels, a apporté un certain progrès en matière de publications de données, car l’agence produit un rapport d’activité. Malheureusement, les adresses des biens saisis demeurent confidentielles. Or, la démocratie et sa protection par l’activité judiciaire se vivent à visage découvert. Les procès sont publics. Comment comprendre le crime organisé si l’on ne voit pas la maison de Propriano appartenant au membre du gang corse de la Brise de mer condamné dans l’affaire du Cercle de jeux Wagram ? En Italie, la Direction d’investigation antimafia produit depuis 1991 un rapport d’activité semestriel de 200 pages, public et disponible sur Internet. Et l’agence italienne des biens confisqués (ANBSC) fournit quant à elle toutes les adresses des bien confisqués.

Les sources étant très rares et hétérogènes, nous partirons des rapports du SIRASCO, qui donnent la vision du crime organisé selon la police judiciaire, que nous confronterons au peu de sources concurrentes, généralement des journalistes « police/justice », à quelques exceptions près.

Caractéristiques du crime organisé français

Les rapports du SIRASCO sont divisés en trois grandes sections. La première section décrit les acteurs du crime organisé : les organisations criminelles. À première vue, la description des mafias italiennes, balkaniques et autres gangsters bulgares y alimente la représentation de l’invasion de la France par les organisations étrangères, un mythe fort répandu en France, mais plus encore aux États-Unis.

Néanmoins, on peut lire dans le rapport 2011 : « Il est possible d’établir une typologie spécifique des organisations criminelles françaises (donc par définition nées en France et essentiellement composées de ressortissants français) en soulignant le fait que leurs activités illicites représentent 75 % des infractions statistiquement considérées comme liées à la criminalité organisée, le quart restant étant commis par des ressortissants étrangers le plus souvent liés à des organisations criminelles étrangères. » (3) Pour paraphraser l’expression préférée des mafieux – « ici, c’est moi qui commande » –, en France, ce sont bien les gangsters français qui commandent !

En tête des organisations criminelles traditionnelles, appelées « grand banditisme » par la police et les journalistes, apparaissent les clans corses, en lien avec d’autres organisations criminelles avec lesquelles ils constituent un corps social appelé « les Corso-Marseillais ». L’arrestation, en juin 2010, des chefs du clan corso-marseillais Barresi-Campanella, arrêtés sur leur yacht Rodriguez dans le port de Golfe-Juan, démontre l’existence d’une « organisation de type mafieux sur le territoire national : structure pérenne et hiérarchisée, polyactivité criminelle, liens avec le tissu économique et social, corruption, systèmes de blanchiment sophistiqués et liens avec d’autres organisations criminelles. » (4) Sont également classées parmi les organisations traditionnelles, celles de la région de Grenoble, de Lyon, de Paris, du Nord. Par ailleurs, des organisations criminelles issues des banlieues sensibles – phénomène généralisé à l’ensemble du territoire national et spécifiquement français –, doivent leur arrivée dans le « gotha » du milieu au trafic de cannabis.

La seconde section du rapport du SIRASCO décrit les activités criminelles : le trafic de stupéfiants, avec un chiffre d’affaires estimé à deux milliards d’euros (5), le trafic d’armes,l’organisation du jeu, de la prostitution, etc.

En complément des données du SIRASCO, des études empiriques (6) démontrent que les criminels professionnels français se distinguent par une expertise en matière d’attaque de fourgons blindés, de gestion de parcs de machines à sous et d’infractions financières. Forts d’une expertise reconnue en Europe, les braqueurs français forment de nouveaux braqueurs, notamment en Espagne ou au Portugal (7). Loin d’être toujours un acte de prédation primaire, le braquage est souvent une escroquerie.

La France se distingue aussi par l’omniprésence de machines à sous clandestines appelées « baraques ». Ce sont des jeux placés dans un débit de boisson qui s’utilisent en apparence sans gains financiers pour le joueur, mais qui ont été modifiés par l’ajout d’un logiciel qui les transforme en des sortes de « bandits manchots » illégaux. Dans un rapport d’information de 2002, le sénateur François Trucy estimait que le nombre de ces faux flippers ou jeux vidéos pourrait atteindre 20 000 à 30 000, certaines sources étrangères évoquant jusqu’à 100 000 unités. Le gain annuel pour chaque machine serait compris entre 36 000 et 100 000 euros (8), dont 25 à 40 % pour le propriétaire de la machine. Par ailleurs, le crime organisé français est très impliqué dans le blanchiment, s’adaptant facilement à la mondialisation et à ses montages financiers sophistiqués visant à gérer en sous-main des casinos ou des hôtels. Toujours dans le rapport du SIRASCO, la police judiciaire affirme que : « la particularité du Sud-Est de la France, et notamment de la Corse, tient à l’interpénétration des activités légales et illégales. Il a été démontré que des chefs d’entreprises ayant une réelle activité économique se livrent à des malversations classiques du monde des affaires (abus de biens sociaux, fausses factures…), mais qu’ils appartiennent également à un groupe criminel organisé. » Un tel constat ne peut que conduire à une forte impunité.

De l’impunité du crime organisé en France ?

Le SIRASCO déclare avoir démantelé une organisation mafieuse, les Barresi-Capanella ; il affirme qu’il n’y a pas de « mafia française ». Ne pas reconnaître l’existence d’une mafia en France n’est-elle pas la première impunité conférée à ces acteurs mafieux ?

L’impunité se cache aussi derrière l’image d’une forte répression, qui ne l’est pas tant que cela. Ainsi, si certains « braqueurs » sont lourdement condamnés, d’autres le sont beaucoup moins. Il existe par exemple des braquages « donnés » aux « braqueurs » par l’entreprise de transport de fonds elle-même : « Délestée du butin, l’entreprise déclare le double à sa compagnie d’assurance et en refourgue une partie à un banquier occulte d’un parti politique… » (9) De même, la répression contre les machines à sous est peu efficace, car elle est confiée aux services des douanes, qui se contentent souvent de saisir les machines et d’infliger une amende. Rares sont les procès, au regard du nombre de machines à sous présentes sur le territoire. En outre, les « baraques » des débits de boisson seraient un moyen de corruption des « policiers voyous », ce qui expliquerait aussi l’essor de ce phénomène.

L’impunité est aussi très marquée en matière de trafic de stupéfiants. Les forces de l’ordre se concentrent sur les petits consommateurs. Si l’on prend comme exemple le cannabis – de loin le stupéfiant illégal le plus consommé (13,4 millions de Français l’ont expérimenté et il constitue 90 % des interpellations dans ce domaine, selon les chiffres 2013 de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies) –, le rapport de la Cour des comptes sur l’organisation et la gestion des forces de sécurité publique (juin 2011) démontre que la priorité de la politique de répression a été accordée, de fait, à la lutte contre l’usage au détriment de celle contre le trafic. La Cour souligne ainsi (p. 36) qu’entre 2002 et 2009, la constatation des infractions par les services de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP) a connu une progression de 76 % pour l’usage simple, de 30 % pour l’usage avec revente et de seulement 8 % pour le trafic (10). Du point de vue géo-criminel, derrière les petits et moyens réseaux d’approvisionnement qui subissent la répression, se cache la criminalité organisée française basée en Espagne, puisque les trois quarts de la résine de cannabis saisie arrivent d’Espagne par camions (11).

L’impunité se manifeste encore dans le peu de procès intentés pour les assassinats commis par le crime organisé (moins de 4 % en Corse (12)). La condamnation d’un chef de clan corse en 2012 pour la tuerie des Marronniers – trois morts dans un café de Marseille en 2006, sur fond de guerre de territoire pour le placement de machines à sous – est uniquement due à une blessure par ricochet de l’un des tireurs présumés, qui avait permis d’identifier son ADN trouvé sur les lieux du crime.

De même, vu la faiblesse du nombre de condamnations, il semble que le racket n’existe pas en France. Pourtant, grâce aux récentes déclarations d’un « collecteur » d’argent, l’enquête baptisée « Calisson » a démontré un racket généralisé des boîtes de nuit d’Aix-en-Provence par les clans corses ; et le procureur d’évoquer un système mafieux… L’impunité en matière d’infractions financières est tout aussi importante, comme l’illustre la fraude à la taxe carbone épinglée dans le rapport 2012 de la Cour des comptes comme l’une des « plus élevées jamais identifiées par l’administration fiscale » (p. 149). Entre juin 2008 et juin 2009, le crime organisé aurait dévalisé le Trésor public de près de 1,6 milliard d’euros. Certains des responsables sont condamnés à des peines d’amende en millions d’euros qu’ils ne rembourseront jamais.

Enfin, l’impunité est presque totale en matière de blanchiment, comme dans tous les pays : « Corollaire des profits générés par le crime organisé, le blanchiment est une infraction difficile à démontrer, car il faut à la fois rechercher un critère de compétence (que les fonds transitent par la France ou que l’investissement soit réalisé en France) et démontrer le lien entre un flux financier et la commission d’une infraction ayant généré un profit. Cette caractéristique du droit pénal français explique le faible nombre de poursuites et de condamnations en France pour des affaires de blanchiment. » (13)

Les solutions existent

Pour lutter contre le blanchiment, il faut contourner la difficulté juridique et mettre en place une confiscation sans condamnation pénale du propriétaire (14). Ainsi, la justice peut saisir les biens recyclés qui sont au nom des complices non poursuivis pénalement. En Italie, la confiscation administrative antimafia permet de confisquer des milliards d’avoirs chaque année. Dans son rapport de 2012, la police judiciaire affirme que la notion de groupe ou d’organisation criminelle n’est pas définie en droit français, alors qu’elle est indispensable à la création d’un délit d’association criminelle qui permettrait de condamner des criminels professionnels pour leur seule appartenance à une association violente exerçant des activités commerciales. La seule commission parlementaire française sur le sujet avait proposé l’instauration du délit d’association mafieuse pour lutter contre les mafias étrangères… au début des années quatre-vingt-dix (15) !

On notera que le gouvernement Ayrault a signé un décret d’application de la loi sur les « coopérateurs de justice » qui datait de 2004, mais on ne connaît pas encore la valeur du texte. La « coopération » d’anciens criminels professionnels permettrait en effet une réelle connaissance de ce phénomène clandestin. Or, on ne combat que ce que l’on connaît. Elle permettrait aussi la réduction de l’impunité pour les crimes de sang commis par des professionnels. Sans le témoignage des hommes de main, les affaires de règlements de compte ne pourront être résolues. Or pour cela, l’État de droit doit protéger, sous certaines conditions, des criminels professionnels (et leurs familles) en rupture avec leur milieu, promis dans le cas contraire à une mort certaine, comme tout citoyen (et sa famille) qui décide de respecter les règles communes.

Enfin, la criminalité organisée n’étant pas en dehors de la société, l’implication de la société est indispensable à sa réduction. Or, la seule manière de faire participer la société civile dans cette prérogative régalienne est d’attribuer des biens confisqués à l’intérêt général. La villa du gangster corse doit devenir un centre culturel ou une école de la deuxième chance. Dans le cas contraire, les clans corses continueront à bénéficier d’un consensus social qui reproduira toujours le même rapport de force en faveur des « voyous » (16).

Pour un centre indépendant de recherches scientifiques sur le crime organisé En France, le sujet est laissé aux services d’État qui ont globalement ordre de ne pas communiquer (malgré des efforts récents) et aux journalistes « police/justice » qui ont seuls accès aux procès verbaux d’interrogatoires. Pendant longtemps, prendre connaissance de faits relatifs au crime organisé (meurtres, arrestations…) revenait à éplucher la presse locale à la rubrique « faits divers ». Depuis une dizaine d’années, le grand public découvre à la télévision et « en continu » le décompte des homicides en Corse et à Marseille… Mais où est la connaissance scientifique ?

Les institutions ne proposent pas de connaître un phénomène éminemment sociétal. C’est pourquoi il est urgent de créer un centre indépendant de recherches scientifiques sur le crime organisé.

Fabrice Rizzoli et Thierry Colombié

Notes

(1) Ce service commun à la police et à la gendarmerie a été créé en 2009, à la Direction centrale de la police judiciaire, avec pour vocation de centraliser, analyser et diffuser toutes les informations relatives à la criminalité organisée en France. En d’autres termes, c’est un service de renseignement criminel.

(2) Et lorsqu’un magistrat produit, en 2000, un rapport intéressant sur la Corse, là encore il reste (un temps) confidentiel : Bernard Legras, Rapport sur la criminalité organisée en Corse, juillet 2000. Il a été publié en 2002 par L’Investigateur, un magazine luxembourgeois

(http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20021014.OBS1343/l-integrale-du-rapport-legras.html). On retrouve des interventions de B. Legras dans le rapport de la Commission d’enquête sur le fonctionnement des forces de sécurité en Corse, no 1918, remis à l’Assemblée nationale le 10 novembre 1999.

(3) SIRASCO, rapport 2011, p. 4. (Le rapport 2011 n’est pas disponible sur Internet, mais on en retrouve un résumé à l’adresse suivante :

http://www.europarl.europa.eu/document/activities/cont/201206/20120627ATT47751/20120627ATT4775 1FR.pdf, NdlR).

(4) SIRASCO, rapport 2011, p. 45.

(5) SIRASCO, rapport 2011, p. 26, rapports 2012 et 2013.

(6) Par exemple, Omicron, no 36, Rapport de recherche du projet Falcone sur la criminalité organisée en Europe (Milan, Paris, Barcelone), Observatoire milanais sur la criminalité organisée et Commission européenne, 2002 (http://issuu.com/mafias/docs/projet_falcone? e=1387218/3026380).

(7) Entretien de l’auteur avec des magistrats.

(8) Francois Trucy, Rapport d’information sur les jeux de hasard et d’argent en France, Sénat, Commission des finances, 13 février 2002.

(9) Thierry Colombié, Les Héritiers du Milieu, Paris, La Martinière, p. 34.

(10) Lire aussi Fabrice Rizzoli, Laurent Appel, « Essai sur la régulation de l’informel au regard du trafic de drogue », in L’organisation de la transgression : formaliser l’informel ? , Paris, L’Harmattan, février 2014 (www.mafias.fr/2015/01/16/publication-regulation-publique-des-drogues).

(11) Michel Gandilhon, Abdalla Toufik, Hélène Martineau, « Provenance et filières de trafic », in Jean-Michel Costes (dir.), Cannabis, données essentielles, Observatoire français des Drogues et des Toxicomanies, 2007, p. 60-65.

(12) http://www.corsematin.com/article/corse/elucidation-des-homicides-la-matiere-noire-de-letat.880189.html.

(13) SIRASCO, rapport 2011, p. 29.

(14) Fabrice Rizzoli, « La lutte contre le crime organisé : l’exemple d’une Europe de la justice et des peuples », Revue politique et parlementaire, no 1067, avril-juin 2013.

(15) Assemblée nationale, Rapport de la Commission d’enquête sur les moyens de lutter contre les tentatives de pénétration de la mafia en France, no 3251, remis le 27 janvier 1993, disponible sur Internet grâce à FLARE France : http://flarenetworkfrance.blogspot.fr/2011/10/1992-la-france-parlementaire-decouvre.html.

(16) L’exemple italien : Nicollo Mignemi et Fabrice Rizzoli, « La redistribution à des fins sociales des biens confisqués aux mafias en Italie : de l’informel mafieux au formel citoyen », in L’organisation de la transgression, op. cit. (www.laurent-mucchielli.org/public/Mignemi_et_Rizzoli_Biens_confisques_en_Italie.pdf).

Pour aller plus loin

Thierry Colombié, La French Connection, Paris, Non Lieu/OGC, mars 2012.

Cette recherche sociologique à partir d’entretiens avec des acteurs criminels est un travail unique en France. Thierry Colombié y définit le crime organisé en France non pas comme un ensemble de clans, mais comme « des firmes trafiquantes, des entreprises verticales travaillant en réseau et qui investissent massivement leurs profits dans la société légale par l’intermédiaire d’un maillon qui leur est indispensable : la corruption. » Ses travaux mettent aussi sur la voie d’un crime organisé français bien plus transnational qu’il n’y pa-raît. Le milieu français serait imbriqué dans l’histoire coloniale et l’approvisionnement de prostitués de par le monde. À l’aide de complicités politico-administratives, il est devenu un acteur majeur du trafic international d’héroïne : c’est la « French Connection »

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LIRE aussi: lettre ouverte à Monsieur Christian Eckert

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AIR COCAÏNE: le cerveau interpellé

Le commanditaire présumé de ce rocambolesque dossier de trafic de cocaïne est tombé cette semaine en Espagne.

La police dominicaine avait saisi 682 kg de cocaïne en mars 2013. Paru dans leJDD

La police dominicaine avait saisi 682 kg de cocaïne en mars 2013. (Reuters)

Le 19 mars 2013, alors qu’il allait décoller à destination de Saint-Tropez, un jet, appartenant à l’homme d’affaires Alain Afflelou, est arraisonné sur l’aéroport dominicain de Punta Cana avec quatre Français à son bord ainsi que… 682 kg de cocaïne.

Trois ans plus tard, le feuilleton « Air Cocaïne », déjà généreux en rebondissements divers – jusqu’à la surveillance du téléphone et la géolocalisation de l’ancien président Sarkozy –, vient de s’enrichir d’un nouvel épisode avec l’arrestation cette semaine, près de Barcelone, de l’homme considéré comme le commanditaire présumé. Christine Saunier-Ruellan, la juge d’instruction marseillaise, et les gendarmes de la Section de recherches (SR) de Paris risquent de devoir retarder la clôture de ce dossier hors norme.

Selon l’AFP, le réquisitoire définitif du parquet était même attendu pour jeudi. C’était sans compter sur le zèle de la police routière catalane qui, en début de semaine, a contrôlé un automobiliste français. Malgré ses faux papiers, Ali Bouchareb, né en 1967 à Firminy (Loire), a été démasqué. Il fait l’objet d’au moins trois mandats d’arrêt émis par la France dont un émanant de la JIRS de Marseille pour son rôle présumé de commanditaire des 682 kg de coke de Punta Cana.

En photo avec Benzema

Présenté comme un caïd lyonnais du trafic de stups, Bouchareb a fait ses classes dans le shit marocain – une condamnation à neuf ans de prison l’attend du côté de Lyon – avant de basculer dans le business encore plus……………………………………………………..

LIRE sur:  http://www.lejdd.fr/Societe/Le-cerveau-d-Air-Cocaine-interpelle-785683

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DROGUES (Cannabis, Héroïne, Cocaïne, Méthamphétamines etc.etc.): le coût de la politique de lutte contre les drogues en France et dans le monde

A défaut d’avoir une analyse exhaustive du coût de la guerre aux drogues en France dans le périmètre utilisé par la Commission mondiale des drogues, nous disposons de données objectives sur le coût direct de la politique gouvernementale de lutte antidrogues.

La dernière source d’information, difficilement contestable, est un rapport parlementaire publié en novembre 2014.

Une enquête parlementaire

Les données présentées ci-dessous sont issues du rapport d’information de la mission d’évaluation de la politique de lutte contre l’usage des substances illicites publié par l’Assemblée nationale le 20 novembre 2014. Ce rapport est le fruit du travail réalisé par des députés dans le cadre du Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques (CEC) de l’Assemblée nationale. Suite à la décision du Conseil d’Etat relative au projet de salle de consommation à moindre risque, le CEC avait en effet inscrit le 31 octobre 2013 à son programme de travail une évaluation de la politique de lutte contre l’usage des substances illicites, proposition formulée par le groupe SRC. Anne-Yvonne Le Dain et Laurent Marcangeli ont été désignés rapporteurs le 5 décembre 2013.

http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i2385.asp

La face émergée de l’iceberg

Les données collectées par la mission parlementaire d’information sont issues du document de politique transversale (DPT) annexé au projet de loi de finances 2014 et intitulé « politique de lutte contre les drogues et la toxicomanie » (rappel : un DPT permet d’individualiser le coût, pour l‘Etat, d’une politique publique). Le DPT 2014 regroupe ainsi les contributions de 26 programmes à cette politique publique. Dit autrement, il s’agit des crédits directement consacrés par l’Etat à la politique publique de lutte contre les drogues. Le coût total de ces programmes publics est de 1,185 milliard euros. Cet argent de l’Etat est dépensé dans trois directions.

Premier bloc : il s’agit des programmes qui traduisent l’activité répressive de l’Etat, en application de la loi de 1970 (répression des infractions à la loi sur les stupéfiants, de l’usage simple au trafic). Le poids budgétaire de cette activité répressive est de 850 millions d’euros, soit près des trois quarts des sommes totales consacrées par l’Etat à la lutte contre les drogues illicites (72%).

Détail

  • police : 225 millions
  • douanes : 252 millions
  • gendarmerie : 167 millions
  • services judiciaires : 101 millions
  • coopération : 48 millions
  • marine nationale : 21 millions

Il conviendrait d’ajouter à ces crédits traduisant l’activité répressive de l’Etat le coût des incarcérations en raison des ILS. Si l’on applique le ratio identifié par la Commission mondiale des drogues, un quart des 65 000 personnes détenues en France seraient donc en prison en raison d’une sanction pénale prise au titre de la loi du 31 décembre 1970, soit 16 000 personnes. Rappelons que le coût annuel moyen d’un détenu en France est de 30 000 euros. En appliquant ce coût moyen au nombre estimé de personnes en prison pour ILS, le coût total annuel pour le budget de l’Etat serait donc de 480 millions d’euros… qui seraient dès lors à ajouter aux montants précédents. Si l’on prend l’hypothèse minimaliste de 5% des détenus en France incarcérés pour usage simple (voir section 2, page 10), cela fait 3 250 détenus, soit un coût annuel total de 97,5 millions d’euros.

Second bloc : programmes de prévention de toutes les addictions (et pas seulement les produits classés comme stupéfiants) : 300 millions d’euros

  • enseignement élémentaire : 4 millions
  • enseignement secondaire : 274 millions
  • politique des sports : 9 millions
  • politique de santé publique : 11 millions

Troisième bloc : solde (35 millions)

  • animation interministérielle : 19 millions (notamment le fonctionnement de la MILDECA)
  • différents programmes transversaux (dont recherche)

A ces coûts directs imputés sur le budget de l’Etat, il convient d’ajouter le coût des dépenses de santé directement liées à la prise en charge des addictions et à la politique de Réduction des Risques. Ces coûts sont imputés sur le budget de l’Assurance-maladie à hauteur de 830 millions d’euros :

  • FNPEIS (dont le budget de l’expérimentation des salles de consommation à moindre risque)
  • CAARUD & CSAPA (les dispositifs médicosociaux dédiés aux usagers de drogues problématiques) : 375 millions (2013) – mais qui incluent aussi la partie alcoologie.
  • Filière hospitalière :
    • consultations hospitalières ou des équipes de liaison en addictologie : 100 millions (2012)
    • activité addictologie des autres établissements de santé : 285 millions (2011)
  • Prise en charge des traitements de substitution aux opiacés : 69 millions (2013) / NB : c’est la seule ligne de cette enveloppe « santé » qui concerne exclusivement les stupéfiants.

TOTAL coûts directs : 2 milliards euros = 0,1% PIB

[1] Office des Nations unies de lutte contre la drogue et la criminalité, l’agence spécialisée du système des Nations unies, et dont le siège est à Vienne.

[2] Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté par l’Assemblée générale des Nations unies le 16 décembre 1966. Dans son article 6 consacré à la peine de mort, la convention précise que cette peine, dans les Etats où elle n’est pas abolie, ne peut être utilisée que pour « les crimes les plus graves ».

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Le coût mondial de la guerre aux drogues

Depuis une dizaine d’années, de nombreux instituts de recherches et organisations non gouvernementales publient des rapports documentant l’échec de la « guerre aux drogues », mais aussi son coût. En 2011, un groupe d’anciens responsables politiques de haut niveau, dont des anciens chefs d’Etat d’Amérique latine et l’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, ont décidé de former la Commission mondiale des drogues (www.globalcommissionondrugs.org). Ce groupe, qui agit comme un think tank de haut niveau ciblant les décideurs publics actuels, collige régulièrement toutes les évidences produites pour documenter l’échec de la guerre aux drogues, et son coût ainsi que ses effets contreproductifs. Le dernier rapport produit par la Commission mondiale des drogues en septembre 2014 a brillamment synthétisé ce qu’il a appelé une « défaite » dans la guerre aux drogues. Source : http://www.globalcommissionondrugs.org/reports/.

Ce rapport présente « l’addition » d’une guerre ratée, au travers de six conséquences désastreuses pour le bien-être des individus, des communautés et des Etats. Les propos suivants reprennent in extenso les pages 12 et 13 du rapport de 2014.

UNE DÉFAITE!

La communauté internationale est plus que jamais aux antipodes d’un « monde sans drogues ». La production, l’offre et la consommation de stupéfiants continuent d’augmenter, malgré l’accroissement des ressources consacrées à la répression.

  • La « meilleure estimation » de l’ONUDC[1] du nombre de consommateurs dans le monde (usage pendant l’année précédant l’estimation) est passée de 203 millions en 2008 à 243 millions en 2012, ce qui représente, en quatre ans, une hausse en valeur absolue de 18 %, correspondant à une augmentation de la prévalence de l’usage de drogue en population générale de 4,6 % à 5,2 %.
  • La production illégale d’opium dans le monde a crû de plus de 380 % depuis 1980, passant de 1 000 tonnes à plus de 4 000 tonnes aujourd’hui. Simultanément, le prix de l’héroïne s’est effondré de 75 % en Europe depuis 1990, et de 80 % aux États Unis depuis 1980, malgré une augmentation du degré de pureté.
  • Le système international de contrôle des drogues « patauge », du propre aveu de ses représentants, face à la prolifération de nouvelles substances psychoactives (NSP). En 2013, le nombre de ces substances dépassait celui des drogues interdites en vertu du cadre international de contrôle des drogues.

UNE MENACE POUR LA SANTÉ PUBLIQUE ET LA SÉCURITÉ

L’application de lois punitives pour lutter contre la drogue attise la criminalité et accroît les risques sanitaires liés à l’usage de drogue, en particulier chez les personnes les plus vulnérables. En effet, la production, l’expédition et la vente au détail des drogues sont laissées entre les mains du crime organisé, et les usagers de stupéfiants sont criminalisés, au lieu d’être aidés.

  • La production et la vente au détail clandestines aboutissent souvent à la mise sur le marché de drogues frelatées, dont la puissance et la pureté sont inconnues et qui s’accompagnent de risques nettement supérieurs. Deux exemples : l’héroïne contaminée par de l’anthrax ou la cocaïne coupée avec du lévamisole, un vermifuge.
  • Plus du tiers (37 %) des 1,8 million de personnes qui s’injectent des drogues en Russie sont infectées par le VIH. En raison d’un choix des autorités russes pour la criminalisation des utilisateurs, l’accès à des services vitaux de réduction des risques, tels les programmes d’échange d’aiguilles et de seringues (PES), est très restreint voire, dans le cas des traitements de substitution opiacés (TSO), totalement interdit.
  • Le régime actuel de contrôle des drogues a créé des obstacles légaux et politiques à la distribution d’opiacés aux fins d’atténuation de la douleur et de soins palliatifs. Plus de 5,5 milliards de personnes ont un accès gravement limité – ou n’ont aucun accès – aux médicaments dont ils ont besoin.
  • Les politiques restrictives augmentent le risque de mort prématurée par surdose ou réaction aiguë à la prise de drogues. En 2010, par exemple, plus de 20 000 morts par surdose de drogue illégale ont été dénombrées aux États-Unis. Or la naloxone, médicament en mesure de contrer les effets des surdoses d’opiacés, n’est toujours pas disponible partout (c’est le cas en France).

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DISCRIMINATION ET ATTEINTES AUX DROITS HUMAINS

Les approches politiques punitives en matière de drogues portent atteinte aux droits humains dans toutes les régions du monde. Elles conduisent à l’érosion des libertés civiles et des normes d’équité des procès, à la stigmatisation de personnes et de groupes – particulièrement les femmes, les jeunes et les minorités ethniques – et à l’imposition de peines abusives et inhumaines.

  • Bien que la peine de mort pour des infractions liées à la drogue soit illégale en vertu d’un pacte international[2], elle est encore appliquée dans 33 pays. Ainsi, au motif de telles infractions, plus de 1 000 personnes sont exécutées chaque année dans le monde.
  • L’application des lois contre la drogue a fait exploser le nombre de détenus (peines d’emprisonnement, détention provisoire ou internement administratif). De nombreuses personnes sont en outre internées dans des centres de détention obligatoire pour toxicomanes, en particulier quelque 235 000 personnes en Chine et en Asie du Sud Est.
  • Dans le monde, davantage de femmes sont emprisonnées pour des infractions liées à la drogue que pour tout autre crime. Une femme sur quatre derrière les barreaux en Europe et en Asie centrale a été incarcérée pour une telle infraction, et dans de nombreux pays d’Amérique latine cette proportion est encore plus élevée, comme en Argentine (68,2 %), au Costa Rica (70 %) et au Pérou (66,38 %).
  • L’application des lois antidrogue affecte les minorités de manière disproportionnée. Aux États-Unis, les Afro-américains constituent 13 % de la population, pourtant ils comptent pour 33,6 % des arrestations liées à la drogue et 37 % des personnes incarcérées pour des condamnations liées à la drogue. Des disparités raciales similaires ont été observées et documentées ailleurs, comme au Royaume-Uni, au Canada et en Australie.

UN STIMULANT POUR LE CRIME ET L’ENRICHISSEMENT DES CRIMINELS

Au lieu d’apaiser la criminalité, les politiques basées sur l’application des lois antidrogue la stimulent activement. La cherté des drogues illégales donne un motif de profit aux groupes criminels pour entamer le commerce de ces drogues et pousse certains usagers dépendants à commettre des crimes afin de financer leur consommation.

  • La prohibition des drogues a alimenté un marché mondial illégal de l’ordre de plusieurs centaines de milliards, selon l’estimation de L’ONUDC. D’après les données de 2005, la production aurait atteint une valeur de 13 milliards de dollars, le commerce de gros, 94 milliards, et la vente au détail, 322 milliards. La taille du marché mondial de gros des drogues dépasserait l’estimation équivalente pour les céréales, le vin, la bière, le café et le tabac combinés.
  • Les marchés de la drogue clandestins, non réglementés, sont violents par nature. Paradoxalement, les efforts d’interdiction couronnés de succès et les arrestations de chefs de cartels de la drogue et de trafiquants ont tendance à créer une vacance du pouvoir, qui entraîne à son tour un regain de violence, les acteurs restants se disputant les parts de marché libérées.
  • Le trafic de drogues illégales peut renforcer des groupes armés opérant dans des zones étrangères à l’État de droit. Le commerce de l’opium, par exemple, rapporte jusqu’à 500 millions de dollars par an à des groupes paramilitaires qui sévissent le long de la frontière du Pakistan et de l’Afghanistan.

UNE ENTRAVE AU DÉVELOPPEMENT ET A LA SÉCURITÉ ET UNE SOURCE DE CONFLITS

Les producteurs de drogue clandestins et les trafiquants prospèrent dans des régions du monde fragiles, affectées par des conflits et sous-développées, où l’exploitation de populations vulnérables est facile. Il est largement admis que la corruption, la violence et l’instabilité engendrées par les marchés non réglementés de la drogue constituent une menace pour la sécurité et le développement.

  • Les estimations du nombre de morts violentes liées au commerce illégal de la drogue au Mexique depuis la guerre contre le trafic déclarée en 2006 ont changé d’échelle, passant de 60 000 à plus de 100 000.
  • Les profits tirés des drogues illégales alimentent les instabilités régionales en contribuant à armer des groupes rebelles, paramilitaires et terroristes. Le détournement des investissements intérieurs et étrangers des priorités sociales et économiques vers les secteurs militaires et policiers a un effet néfaste sur le développement.
  • En Colombie, des produits chimiques toxiques ont été appliqués par pulvérisation aérienne sur une superficie d’un million d’hectares environ entre 2000 et 2007 dans le cadre d’efforts d’éradication de cultures illicites. Malgré leur effet destructeur sur les moyens de subsistance et les terres, le nombre de lieux de culture illégaux de coca s’est accru pendant la période.

DES MILLIARDS GASPILLÉS ET DES ÉCONOMIES MINÉES

Des dizaines de milliards sont dépensés chaque année pour appliquer les lois antidrogue. Bien que ces milliards profitent à l’industrie de la défense, ils représentent un coût secondaire désastreux, tant sur le plan financier que sur le plan social.

    • L’accent mis sur des stratégies contreproductives d’application des lois pour s’attaquer aux stupéfiants entraîne un « déplacement » des politiques. Autrement dit, il détourne l’attention et les ressources d’interventions sanitaires éprouvées, d’autres priorités policières et d’autres services sociaux.
    • Le commerce de drogues illégales crée un environnement hostile pour les affaires légales. Il décourage l’investissement et le tourisme, crée des conditions de volatilité sectorielle et de concurrence déloyale (associées au blanchiment d’argent) et perturbe la stabilité macroéconomique de certains pays impliqués dans la production et le transit.
    • Le commerce de drogues illégales affaiblit également la gouvernance. Une étude mexicaine de 1998 révélait que les trafiquants de cocaïne dépensaient une somme de l’ordre de 500 millions de dollars par an en pots-de-vin, soit davantage que le budget annuel du Bureau du Procureur général du Mexique. En 2011, les groupes de trafiquants de drogue mexicains et colombiens auraient blanchi jusqu’à 39 milliards de dollars procurés par les revenus tirés de la distribution de gros.

http://gdgr.fr/section-5-les-couts-de-la-guerre-aux-drogues

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WORLDWIDE (Le trafic de drogue ne s’est jamais aussi bien porté): le point sur les réseaux mondialisés de cocaïne, héroïne et méthamphétamine

cargodrogueLIRE:

http://m.rtl.be/info/815371

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