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Aviseur international bénéficiait jusqu’alors d’un référencement par le moteur de recherche Google sur les mots repris régulièrement dans ce blog d’informations régulières sur la drogue et le narcotrafic.
Douane française, DNRED, Drogue, narcotrafic, hachis, cocaïne, cannabis, héroïne… ETC.ETC.
J’ai le regret de constater qu’aujourd’hui, Google a décidé de m’écarter du système de référencement automatique.
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En finir avec une politique de répression inefficace« Force est de constater qu’après près de 50 ans, cette loi de 1970 qui instaure un régime de prohibition [loi Mazeaud] n’empêche pas la consommation du cannabis ou d’autres drogues, estime ce jeudi sur franceinfo Vincent Charmoillaux, secrétaire général du Syndicat de la magistrature. C’est une question de santé publique. Quelle est la réponse la plus adaptée pour gérer ce problème ? Manifestement, ce n’est pas la répression pénale. »
« Le Syndicat de la magistrature est favorable à la légalisation du cannabis mais aussi des autres stupéfiants, assure Vincent Charmoillaux. On voit bien que cette politique de répression ne produit pas grand-chose de positif. Elle n’a pas fait disparaître la consommation, bien au contraire. » La note du Conseil d’analyse économique (CAE) arrive aux mêmes conclusions : « La prohibition a favorisé l’expérimentation du cannabis du fait de sa très grande disponibilité, et cela en dépit d’investissements massifs dans la répression« . Et dénonce la « politique du chiffre ».
« La situation actuelle conduit à laisser en partie notre politique de santé publique entre les mains de groupes criminels qui assurent la production et la distribution », dénonce Vincent Charmoillaux.
Même s’il nuance: l’échec de la répression n’est pas qu’une question de doctrine, c’est aussi un problème de moyens. « La justice française est dotée globalement de moitié moins de moyens que ce qui se fait ailleurs en Europe. Donc ce problème ne va pas être résolu uniquement par une éventuelle légalisation ou dépénalisation du cannabis. »
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Au total, 26 personnes dont huit femmes, âgées de 25 à 58 ans, originaires de Loire-Atlantique, ont été interpellées mardi, a indiqué la procureure Sylvie Canovas-Lagarde, précisant qu’il s’agit de «personnes ancrées dans ce type de trafic», plusieurs ayant déjà été condamnées pour trafic de stupéfiants.
Onze personnes ont été mises en examen des chefs de transport, détention, offre et cession de stupéfiants, dont cinq ont été placées sous mandat de dépôt. Sur les onze, certaines sont également mises en examen pour blanchiment d’argent et association de malfaiteurs. Neuf autres personnes ont été déférées ce vendredi devant un juge d’instruction. Six ont été relâchées mais les investigations à leur encontre se poursuivent, a précisé la procureure.
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Ses seuls gains seraient ceux des jeux de hasard. Le trentenaire se dit passionné de paris sportifs. « J’ai misé 100 € une fois et j’ai gagné 19 000 € », déposés sur le compte bancaire de sa compagne, mère de ses cinq enfants.
Son train de vie ne laisse toutefois aucun doute, pour l’accusation. Sa montre de luxe ? « Offerte par un joueur de football », répond l’appelant. Le Range Rover et le scooter T-Max ? « Pas à moi. » Et de répéter : « Je m’appelle Roberto Blanchedent. La police vannetaise ne m’aime pas, c’est tout. » Son casier judiciaire est rempli de treize condamnations. La cour d’appel rendra sa décision le 19 septembre 2019.
la suite sur Ouest-France
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En décembre 2009, Harouna Touré et Idriss Abdelrahman, des passeurs du nord du Mali, ont franchi les portes du Golden Tulip, un hôtel d’Accra, la capitale du Ghana. Ils étaient là pour rencontrer deux hommes qui leur avaient offert l’opportunité de gagner des millions de dollars en transportant de la drogue à travers le Sahara. Touré portait un dashiki et Abdelrahman des guenilles et un turban, qui cachait une partie de son visage. Ils ont donné un pourboire aux gardes à l’entrée et ont salué Mohamed (un radical libanais) dans le hall d’entrée. Mohamed les a conduits dans une chambre d’hôtel pour rencontrer David, trafiquant de drogue et membre des Forces armées révolutionnaires de Colombie, ou FARC. « Hola Colombiano », a lancé Touré en entrant. Abdelrahman, qui voulait appeler David « 007 » en espagnol, s’est trompé et a dit « 477 » à la place. David, qui portait un pull à manches courtes et un bermuda, a ri et leur a offert des bouteilles d’eau.

Touré et Abdelrahman venaient de Gao, une ville reculée et aride du nord du Mali qui est depuis longtemps utilisée comme plaque tournante de produits de contrebande, des immigrants aux cigarettes. Ces dernières années, la région a aussi été le théâtre de conflits violents entre plusieurs groupes de nomades insurgés, y compris les membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Au cours de mois de contacts téléphoniques et de rendez-vous, David et Mohamed ont répété à Touré que les FARC avaient 30 000 guérilleros en guerre avec les États-Unis, et qu’ils souhaitaient travailler avec al-Qaïda, organisation avec laquelle ils partageaient cet ennemi commun. « Ce sont nos frères », a dit Mohamed. Et d’ajouter : « Nous avons la même cause. » Touré a alors expliqué qu’il avait des liens avec l’organisation : il était à la tête d’une compagnie de transport et fournissait, en échange de la protection de ses camions, de la nourriture et du carburant à Al-Qaïda.
Pourtant, David restait sceptique. Il devait s’assurer que l’entreprise de Touré était à la hauteur de la mission. Les FARC, pour qui ce marché est synonyme d’enjeux considérables, étaient prêts à payer Touré et Abdelrahman à hauteur de 3 000 dollars le kilo, en commençant par un premier trajet test où ils devraient transporter 50 kilos de drogue vers Melilla, une ville autonome espagnole située sur la côte nord-ouest de l’Afrique. Des chargements dix fois plus conséquents suivraient si le premier voyage se déroulait sans accro, a précisé David. « Si tu as fini, c’est à mon tour de parler », lui a répondu Touré. Il a dit à David et Mohamed qu’il était fatigué de tout ce « blabla ». Il avait des ouvriers tout le long du circuit de contrebande, qui s’étendait du Ghana au Maroc. Abdelrahman, que Touré avait présenté comme chef de la milice malienne, a indiqué qu’il avait engagé un chauffeur entretenant des liens avec Al-Qaïda. Ces derniers avaient aussi soudoyé un haut gradé de l’armée malienne, qui les aiderait à traverser la frontière sans être contrôlé. David était rassuré. « Je veux qu’on continue de travailler ensemble, car nous ne faisons pas ça pour l’argent – nous faisons ça pour notre peuple », a-t-il dit. Deux jours plus tard, Touré et Abdelrahman sont retournés au Golden Tulip pour collecter leur premier paiement. Oumar Issa, un ami de Gao qui était aussi impliqué dans leur plan, attendait dans un deuxième hôtel pour recevoir sa part. Au lieu de cela, les trafiquants se sont retrouvés nez à nez avec les policiers ghanéens.
Il s’est avéré que David et Mohamed n’étaient pas des trafiquants de drogue mais des informateurs infiltrés de la Drug Enforcement Administration (ou DEA, l’Agence américaine de lutte contre les drogues).
Quelques jours plus tard, Touré, Abdelrahman et Issa ont été remis à la DEA et jetés dans un jet privé avant de s’envoler pour New York, où ils ont été traduits en justice devant un tribunal fédéral. Les trois trafiquants ont été inculpés — en vertu d’une disposition peu connue du Patriot Act datant de 2006 — pour narco-terrorisme, un crime commis par des délinquants violents, qui ont un pied dans le terrorisme et l’autre dans le trafic de drogue.
À l’annonce des charges, Preet Bharara, l’avocate américaine du District sud de New York, a déclaré : « À mesure que les terroristes s’impliquent dans le trafic de drogue, ils nous fournissent davantage d’opportunités de les neutraliser et de supprimer les financements destinés à leurs futures actions. » Cette affaire est la première pour laquelle la disposition sur le narco-terrorisme a été utilisée contre Al-Qaïda. Les suspects correspondent précisément à ce profil hybride de délinquants, pour lequel la loi, qui ne nécessite pas que les activités incriminées se soient déroulées aux États-Unis, a été créée.
Michele Leonhart, qui était directrice de la DEA à l’époque des faits, a renchérit : « Les arrestations d’aujourd’hui sont une nouvelle preuve du lien direct entre des organisations terroristes dangereuses, parmi lesquelles Al-Qaïda, et les trafics de drogue internationaux qui alimentent leurs activités. »
Tandis que l’affaire des Maliens poursuivait son cours, ses défauts sont toutefois devenus évidents. Les prévenus apparaissent davantage comme des hommes malchanceux que comme des criminels endurcis, des amis d’enfance qui pensaient que les informateurs de la DEA les rendraient riches. « Ils nous mentaient. Et nous leur mentions nous aussi », m’a confié Touré depuis la prison. La juge Barbara Jones, qui a supervisé les dernières étapes de la procédure, a déclaré : « Il n’y a aucune implication des suspects ou des infiltrés… ni dans les activités d’Al-Qaïda ni dans celles des FARC. » Un autre juge a vu, quant à lui, autant de problèmes avec le statut qu’avec la valeur de l’affaire. « Le congrès a adopté une loi qui tente de relier le monde entier », me dit-il. L’enquête est encore aujourd’hui citée par la DEA comme un exemple des exploits américains en matière de sécurité nationale. Depuis que les mesures sur le narco-terrorisme ont été adoptées, la DEA a poursuivi des dizaines d’affaires qui correspondaient aux crimes prévus par la loi. L’agence, qui a revendiqué des victoires face à Al-Qaïda, le Hezbollah, les talibans et les FARC, a institué le narco-terrorisme au rang de menace prééminente contre les États-Unis.
À chaque succès supposé, la DEA a fait pression sur le Congrès pour faire augmenter ses financements. En 2012, Michael Braun, anciennement chef des opérations de l’agence, a, lors de son témoignage devant les parlementaires américains, fait état des liens entre les terroristes et les trafiquants de drogue : « Après 37 années passées dans la police et le secteur de la sécurité, croyez-en ma parole, ils parlent sans aucun doute affaires et partagent les enseignements de leurs expériences. »

C’est sans doute vrai. Dans de nombreuses régions, notamment en Colombie et en Afghanistan, il existe des preuves probantes de la collaboration entre terroristes et barons de la drogue.
Mais un examen approfondi des affaires poursuivies par la DEA a révélé de nombreuses similitudes avec le cas des Maliens. Lorsque ces poursuites ont été intentées, les seuls éléments de preuve d’un lien entre le trafic de drogue et le terrorisme ont été mis en évidence par la DEA au travers d’informateurs qui étaient rémunérés plusieurs centaines de milliers de dollars pour inciter leurs cibles à participer à des mises en scène de complots narco-terroriste.
La DEA défend vivement l’efficacité de ces opérations d’infiltration, affirmant qu’elles sont un bon moyen pour identifier en amont les criminels qui constituent une menace pour les États-Unis.
Lou Milione, un haut fonctionnaire de l’agence, m’a confié que « l’une des choses dans lesquelles la DEA fait son affaire, c’est le fait que la quasi-totalité de nos enquêtes sont proactives. »
Mais Russell Hanks, un ancien haut diplomate américain, qui avait un accès direct aux cibles de la DEA lorsqu’il officiait en Afrique de l’Ouest, m’a expliqué : « La DEA a fourni à ces hommes tout ce dont ils avaient besoin pour commettre un crime, puis a dit : “Regardez ce qu’ils ont fait.” » Et d’ajouter : « Ce n’était pas du terrorisme ; c’était de la manipulation de personnes fragiles, dans des pays économiquement faibles, afin de faire gonfler le nombre d’arrestations. »
Le 11 septembre 2001, lorsque le vol 77 d’American Airlines a percuté le Pentagone, les agents de la DEA ont été parmi les premiers à réagir, se précipitant depuis leur siège, situé à moins de 800 mètres de là. Dans son livre Infiltré, Edward Follis, ancien agent fédéral de la DEA, se souvient comment lui et des dizaines de ses collègues « se sont précipités… pour retirer les corps, mais il n’y avait pas de corps à retirer. »
L’agence avait des avant-postes dans plus de soixante pays à travers le monde, plus que tout autre organisme fédéral de répression. Et elle comptait environ 5 000 informateurs et sources confidentielles. Michael Vigil, qui était la tête des opérations internationales de la DEA à l’époque, m’a expliqué : « Nous avons appelé toutes les sources que nous pouvions trouver, nous avons cherché des informations sur ce qui s’était passé, qui était responsable, et s’il y avait des plans d’une autre attaque imminente. » Il a ajouté : « Depuis la fin de la guerre froide, nous avions vu des signes qui laissaient penser que les groupes terroristes commençaient à dépendre du trafic drogue pour leur financement. Après le 11 septembre, nous étions sûrs que cette tendance allait se propager. »
Mais d’autres agences de renseignement ont vu les sources de la DEA comme de simples trafiquants de drogue – et les trafiquants de drogue ne connaissent rien au terrorisme.
Un ancien enquêteur du ministère de la Justice en charge du blanchiment d’argent m’a dit qu’il n’y avait aucune preuve réelle qui soutienne les affirmations de la DEA. « Ce qu’il s’est passé après le 11 septembre, c’est que de nombreuses ressources – financières — ont été transférées de la DEA vers la lutte contre le terrorisme », dit-il. « L’agence ne veut pas être le parent pauvre dans cette affaire. »
Le narco-terrorisme, m’a dit l’ancien enquêteur, « est devenu un moyen efficace pour la DEA de justifier son existence. »
La Maison-Blanche s’est ainsi avérée plus réceptive aux requêtes de la DEA. Juan Zarate, ancien conseiller adjoint à la sécurité nationale, affirme dans son livre Treasury’s War que le président George W. Bush voulait que « tous les éléments de la puissance nationale » puissent contribuer à l’effort pour « empêcher une autre attaque de frapper nos côtes ». Quelques mois après les attentats du 11 septembre, lors d’un rassemblement d’organisations de lutte contre la drogue, Bush a déclaré : « Il est important que les Américains sachent que le trafic de drogue finance les actes terroristes. Si vous renoncez à la drogue, vous rejoignez la lutte contre le terrorisme en Amérique. »
En février 2002, le Bureau de la Maison-Blanche chargé de la politique nationale de lutte contre la drogue a transformé le message du président en une série de spots de prévention diffusés durant le Super Bowl. Au lieu d’informer sur les dangers liés à l’usage de stupéfiants illicites – du genre « Ceci est votre cerveau sous drogues » —, les publicités mettaient l’accent sur le fait que les drogues aidaient les terroristes à « torturer le père de quelqu’un » ou à « assassiner une famille ». Au cours des sept années qui ont suivi, les ressources financières allouées à la branche internationale de la DEA ont augmenté de 75 %. Jusque-là, la plus grande participation étrangère de l’agence avait été réalisée au Mexique et dans la région andine de l’Amérique du Sud, le plus grand producteur mondial de cocaïne et berceau des guérillas marxiste – dont les FARC en Colombie et le Sentier lumineux au Pérou. Les deux groupes ont émergé dans les années 1960 et au début des années 1970, peu avant les rébellions paysannes. Ils ont commencé à taxer les producteurs et les contrebandiers de coca pour financer leur expansion. La DEA a vu dans ces organisations des exemples de la manière dont les motivations criminelles peuvent empiéter, et même prendre le dessus, sur l’idéologie. À présent, l’agence se concentrait sur l’Afghanistan, qui avait été l’un des plus grands producteurs d’opium dans le monde jusqu’en 2000, date à laquelle les talibans ont déclaré la culture du pavot contraire à l’islam et l’ont aussitôt bannie. Presque immédiatement après la chute des talibans, les agriculteurs du pays ont commencé à replanter du pavot dans leurs champs ; la DEA a averti du fait que les nouvelles cultures pouvaient devenir une source de revenus pour financer les attaques d’Al-Qaïda. « La DEA a été informée par plusieurs sources que Ben Laden a été impliqué dans le financement et a facilité le trafic d’héroïne », déclarait Asa Hutchinson, l’administrateur de la DEA, lors d’une audition au Capitole en mars 2002.

Hutchinson a ainsi cité plusieurs groupes d’insurgés, originaire des pays producteurs de drogue du monde entier, et notamment les FARC, le Sentier lumineux et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie, dont l’est du pays était depuis longtemps tenu pour être un lieu important du trafic de drogues. L’ancien administrateur a également mentionné des éléments de preuves recueillis par la DEA qui laissent à penser que la zone frontalière entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine – qui abrite une large et prospère communauté de businessmen arabes – est devenue une source de fonds pour le Hamas et le Hezbollah. La DEA, avec le soutien du Congrès, a instauré le Counter-Narco-Terrorism Operations Center (Centre d’opérations de lutte contre le narco-terrorisme), un centre d’entraide pour tout renseignement terroriste glané par ses agents à travers le monde. L’agence a rouvert son bureau à Kaboul, fermé depuis l’invasion soviétique en 1979.
Celle-ci a rassemblé des officiers de police originaires de 19 pays d’Asie et d’Europe pour participer à un projet d’échange d’informations appelé « opération de confinement », qui visait à stopper les flux d’héroïne et d’opium afghans.
En 2004, la plupart des membres d’Al-Qaïda ont fui l’Afghanistan, et l’attention de la DEA s’est tournée vers les talibans, dont les agents pensaient que la drogue – émanant du pays — suivait le même schéma que celui des guérillas telles que les FARC. La DEA a mis au place des réseaux d’informateurs et des opérations d’infiltration visant les trafiquants liés aux insurgés. L’agence, qui n’avait jamais jusqu’alors joué un tel rôle dans une zone de guerre, a eu besoin du soutien de l’armée, qui n’était pas disposée à intervenir. Edward Follis, l’ancien agent de la DEA, m’a confié que la plupart des commandants militaires américains avaient pointé du doigt l’agence, qualifiant son action de « violation intentionnelle et flagrante ». Selon lui, le Pentagone « ne pouvait pas aller au-delà de l’idée de capturer ou de tuer des combattants ennemis ». Plus tard cette année-là, la DEA a porté l’affaire devant John Mackey, conseiller d’investigation républicain au Comité sur les relations internationales de la Chambre des représentants. L’ancien agent du FBI était en charge de la lutte contre la drogue auprès de Henry Hyde, président du Comité et éminent républicain de l’Illinois. Les actuels et anciens employés du Congrès se souviennent que Hyde n’était pas très intéressé par les questions de la lutte contre la drogue, ce qui a laissé à Mackey le champ libre pour prendre les devants. « Vous savez comment fonctionne le Congrès », m’a dit un ancien membre du personnel. « On y trouve des tas d’inconnus non élus qui exercent une influence énorme sur des sujets obscurs. Mackey était l’un d’entre eux. » Sous l’impulsion de Mackey, les législateurs républicains ont fait pression sur le Pentagone pour qu’il soutienne les opérations de la DEA en Afghanistan. Follis raconte que la DEA a reçu des dizaines de millions de dollars de fonds supplémentaires, lui permettant d’augmenter significativement le nombre d’agents dans le pays, qui sont passés de deux à plus de quarante, et de développer ses propres forces spéciales, connues sous le nom de FAST – Foreign-Deployed Advisory and Support Team, les équipes de soutien et de conseil déployées à l’étranger. Elles ont mené à bien des raids sur des bazars à opium et des laboratoires d’héroïne.

L’agence a également identifié une cible afghane très importante, Haji Bashir Noorzai, un trafiquant d’opium qui entretenait des liens étroits avec le chef des talibans, le mollah Omar. En 2004, le président Bush a placé Noorzai sur la liste des barons de la drogue les plus recherchés de la planète. Mais dans la mesure où la plupart de l’opium et de l’héroïne exportées par Noorzai atterrissait en Europe de l’Est et non aux États-Unis, il était difficile pour la DEA de le poursuivre. Mackey a fait de nombreux voyages avec l’agence en Afghanistan, et a averti le Congrès que des gens comme Noorzai allaient « passer à travers les mailles du filet à moins que nous n’élargissions notre mode de réflexion sur eux ». Début 2005, John Mackey a aidé à rédiger une loi qui conférerait à la DEA le pouvoir de traquer les trafiquants de drogue partout dans le monde, dans le cas où ce trafic serait lié au terrorisme. Lorsque Hyde a présenté le projet de loi, il a tenu à attirer l’attention de ses collègues sur sa portée : « Ce projet de loi établit clairement que, même sans lien direct États-Unis, si ces drogues servent de support ou de soutien à une organisation terroriste étrangère, les producteurs et les trafiquants peuvent – et doivent – être poursuivis pour “soutien matériel au terrorisme”, que les substances illicites soient destinées ou non à entrer aux États-Unis. »
La loi a été adoptée en 2006. Mais des interrogations chez des fonctionnaires du ministère de la Justice sur son application ont retardé d’un an sa mise en place. Certaines autorités se sont inquiétées du fait que des procureurs trop zélés pourraient être tentés d’utiliser la législation sur le narco-terrorisme contre les adolescents toxicomanes arrêtés avec de l’héroïne afghane en leur possession. Follis, qui ne plaisantait qu’à moitié, m’a confié : « Le champ de la loi était si large que vous pouviez inculper un sandwich à la mortadelle. » Cependant, lorsque les fonctionnaires du ministère de la Justice ont proposé d’ajouter des éléments de langage à la loi pour définir plus strictement la notion de terrorisme, Mackey a hésité. « Il n’y a pas besoin de préciser ce que nous entendons par “terrorisme” », a-t-il dit. « Vous le reconnaissez quand vous le voyez. »
Dans les années qui ont suivi, la DEA a attiré deux marchands d’armes parmi les plus recherchés du monde, Monzer al-Kassar et Viktor Bout, dans des complots liés à la drogue avant de les arrêter, respectivement en Espagne et en Thaïlande. Un ancien haut fonctionnaire de la DEA m’a expliqué que, malgré le fait que Kassar et Bout n’avaient pas été accusés de narco-terrorisme, l’autorisation élargie dont bénéficiait la DEA pour enquêter lui a donné les moyens de poursuivre les trafiquants. David Raskin, ancien procureur principal du District sud de New York, a salué ces arrestations. « Ce ne sont pas les trafiquants de drogue à proprement parler », a déclaré Raskin à propos de Bout et Kassar. « Mais c’étaient manifestement des mauvaises personnes. Et la DEA a reculé ses limites. »
En 2008, la DEA faisait partie de ladite communauté du renseignement des États-Unis, qui regroupe les organismes militaires et civils les plus importants de l’espionnage américain depuis 1981. Michael Braun, qui est largement considéré comme l’architecte du programme afghan, a déclaré aux journalistes : « Au cours des 18 derniers mois, j’ai briefé plus de généraux à trois et quatre étoiles que l’agence n’a pu le faire au cours des 35 dernières années. » Il a ajouté : « Nous observons de plus en plus de connexions qui nous font dire qu’Al-Qaïda est impliqué dans le trafic de drogue. » Certaines des enquêtes de l’agence l’ont conduite en Afrique. Comprenant de larges zones de territoire laissées sans aucun contrôle, un longue histoire de guerres civiles et une montée en puissance des groupes djihadistes, parmi lesquels Boko Haram et AQMI, le continent était perçu par le Département de la Défense comme le nouveau front dans la guerre contre le terrorisme. La DEA a identifié l’Afrique de l’Ouest comme étant un important point de transit pour la cocaïne sud-américaine. Comme en Afghanistan, la plupart des drogues étaient destinées au marché européen. Mais la DEA soutenait que l’argent de ce business finissait dans les mains de terroristes. Lou Milione m’a indiqué que les trafiquants de drogue colombiens qui avaient été arrêtés en Europe de l’Est avaient reconnu avoir transporté, avec l’aide de passeurs arabes, des drogues à travers le Sahara, le long des routes qui chevauchent les territoires occupés par AQMI. « Si quelque chose transitait dans cette région, AQMI devait être impliqué », a déclaré Milione.
Fin 2008, Derek Maltz, qui dirigeait alors la division « opérations spéciales » de la DEA, a été convié à une réunion de hauts dirigeants du Pentagone fraîchement établis en Afrique. « Je ne voulais pas que ces gars-là pensent que j’étais juste un simple agent de la DEA venu pour leur parler des drogues », m’a confié Maltz. « J’étais là pour leur parler d’un problème de sécurité nationale. Et je voulais qu’ils sachent dès le départ que j’en faisais une affaire personnelle. » Maltz, un homme chauve et costaud, a commencé sa présentation par une série de photographies. La première montrait les tours jumelles en flammes. La seconde était une photo de son frère, Michael, ancien membre d’une équipe de sauveteurs parachutistes de l’Air Force, qui faisait un signe de la main fièrement. La troisième photo montrait une ligne d’hélicoptères stationnés sur un aérodrome en Afghanistan. Il y avait un vide là où aurait dû se trouver un hélicoptère – celui de Michael. Il avait été tué en 2003, alors qu’il était en service. « Vous les gars, vous êtes formés pour partir en mission et larguer des bombes sur l’ennemi », a dit Maltz dit à l’assemblée d’officiers. « Mais parfois, c’est impossible. Et c’est là que la DEA entre en jeu. Nous avons d’autres façons de mettre les bad guys hors jeu. »

Harouna Touré est né dans un petit village d’éleveurs maliens appelé Bamba, il était le plus jeune des neuf enfants de la famille. Ils vivaient entassés dans un abri composé d’une pièce, faite de bois et de boue. Son père était un ouvrier agricole qui construisait des maisons, des puits et élevait des chèvres. Harouna est allé à l’école pendant quelques années avant de rejoindre son père au travail. Dès qu’il a été assez grand pour conduire, Touré, qui était carré et avait des yeux noirs expressifs, a déménagé à Gao. Il a commencé à travailler avec son frère aîné, Almatar, qui était à la tête d’une flotte de camions qui transportait des marchandises et des personnes à travers le Sahel, une région semi-aride située à la frontière du Sahara qui sépare le sud et le nord Mali. L’endroit grouille d’un commerce non réglementé datant du XVe siècle. Les routes étaient réduites au strict minimum, et conduire 60 kilomètres pouvait prendre une journée entière. « Quand vous arrivez au bout, vous avez mal de la tête aux pieds », m’a raconté Touré. Mais il aimait ça. « Pour moi, c’était amusant parce que chaque jour était différent », dit-il. « Je pouvais rencontrer de nouvelles personnes et voir de nouveaux endroits. » Gao est une ville sordide qui abrite une centaine de milliers d’âmes au bord du fleuve Niger, l’artère principale de la région pendant la saison des pluies. Touré m’a raconté que gérer une entreprise dans le Sahel était, par définition, une activité « presque » légale. Lui et son frère transportaient de la nourriture, du carburant, des matériaux de construction, des cigarettes et des travailleurs bangladais – la plupart d’entre eux arrivés dans le pays sans papiers et sans avoir été contrôlés. Les conducteurs voyageaient dans des convois armés pour se protéger, ainsi que leurs cargaisons, des bandits. Ils devaient aussi payer les militaires, les communautés tribales et les milices ethniques armées qui contrôlaient le territoire le long du chemin. Touré m’a expliqué qu’il n’a jamais eu affaire à al-Qaïda ou à ses agents lors de ses voyages, mais il a traversé le territoire d’autres groupes armés. « Parfois, il fallait leur donner de l’argent, de la nourriture ou du carburant », dit-il. « Si vous ne faisiez pas, vous vous exposiez à de gros problèmes. »
Pendant un certain temps, la situation a souri à Touré. Il a monté une entreprise de construction qui gérait de petits projets au sein des communautés qui bordaient la route des camions. Il employait des dizaines de personnes et gagnait assez d’argent pour voyager jusqu’à Paris et payer le pèlerinage de sa mère à La Mecque. « Je me déplaçais si vite que les gens m’appelaient “le maire” », dit-il. Mais il a accepté de nouveaux chantiers sans avoir été payé pour les précédents, et il s’est endetté. Fin 2008, il avait une femme et deux enfants. En plus de quoi il prenait en charge le traitement de son frère Almatar, devenu diabétique et dont le pied avait été amputé.
Au même moment, la DEA a commencé à planifier ses opérations en Afrique de l’Ouest. Parmi les principales cibles de l’agence figurait AQMI, qui avait récemment commis un attentat au bureau des Nations Unies à Alger et avait, à plusieurs reprises, enlevé des touristes étrangers, des diplomates et des journalistes pour obtenir une rançon. Mais les actions de terrain – dans cette région — n’avaient rien de comparable avec celles menées en Amérique latine, où la DEA comptait nombre d’employés sur une zone allant de Tijuana à la Terre de Feu. Les opérations sur le continent africain ont été supervisées en grande partie depuis Rome. L’unité de narco-terrorisme en charge de la région était basée à Chantilly, en Virginie. Et l’agence manquait si cruellement d’agents familiers des dialectes africains qu’a été contrainte de s’appuyer sur des informateurs, rémunérés seulement si leurs renseignements donnaient lieu à des poursuites. (Les porte-paroles de la DEA nient le fait que des indics ont été payés en fonction de leurs informations, et que sa conduite en Afrique était différente de celle qu’elle observait sur d’autres continents.) « Nous avions d’importantes lacunes dans nos connaissances », m’a confié un ancien fonctionnaire de la DEA en charge du renseignement. Pour autant, il ajoute : « Dès que nous avons commencé à faire circuler de l’argent dans la rue, on est passés de 0 à 100 en deux secondes. » Mohamed faisait partie des informateurs payés par la DEA. Les agents me l’ont décrit comme un homme d’affaires libanais qui entretient des liens avec les communautés arabes d’Amérique du Sud et d’Afrique de l’Ouest. Il a reçu plus de 300 000 dollars pour son rôle dans l’affaire des Maliens.
En septembre 2009, une enquête sur un complot indépendant a conduit Mohamed à Oumar Issa, un Malien à la carrure imposante, souriant, les traits anguleux, qui travaillait comme ouvrier agricole et chauffeur dans le port de Lomé, au Togo, une autre plaque tournante du trafic en Afrique de l’Ouest. Mohamed a confié à Issa qu’il cherchait quelqu’un qui pourrait aider un groupe de riches Colombiens à faire transiter de la drogue du Ghana vers l’Espagne en passant par le Mali. Issa a répondu : « Je connais des gens qui ont un pied dans la brousse. » C’est alors qu’il s’est rendu au Mali pour chercher Touré. Les deux hommes étaient amis depuis l’adolescence, mais quand Issa a abordé la question du transport de drogue, Touré a dans un premier temps décliné l’offre. Issa, qui s’était éloigné de l’islam, était connu pour être un alcoolique notoire. Touré ne voulait rien avoir à faire avec la drogue, principalement pour des raisons religieuses. Et il ne pensait pas se sortir sans encombre de la situation proposée par Mohamed. Les contacts de Touré n’étaient pas prêts à traverser le Sahara. Quant à Al-Qaïda, Touré m’a expliqué qu’il n’aurait jamais pu travailler avec eux. « Ils traitent les Noirs comme des esclaves. »

Mais Touré raconte qu’Issa l’a imploré de revenir sur sa décision. « J’ai pensé que si je pouvais me contenter de toucher l’argent, tout irait bien. Je pourrais prendre un nouveau départ », m’a-t-il dit. Il a enrôlé Idriss Abdelrahman, qui vendait des pièces d’automobiles sur un marché en plein air à Gao. Ensemble, m’a expliqué Touré, les trois hommes ont mis au point un système aussi élaboré que celui de la DEA. Alors que les informateurs prétendaient faire partie des FARC, Touré, Issa et Abdelrahman ont également fait mine d’appartenir à un réseau criminel qui entretenait des liens avec Al-Qaïda. D’après Touré, l’objectif était d’amener les trafiquants à leur verser une partie de l’argent avant l’opération, puis de disparaître dans le nord du Mali. Ce dernier précise qu’il était évident que les trafiquants n’avaient jamais mis les pieds au Mali, aussi n’a-t-il pas été très difficile de les berner.
Le 6 octobre 2009, Touré et Mohamed se sont rencontrés pour la première fois, dans une chambre d’hôtel au Ghana. D’après la vidéo de l’enregistrement fourni par la DEA, Mohamed, un homme de grande taille dont la bedaine dépassait de sa ceinture, a sorti une carte et proposé un itinéraire. Touré lui a retiré des mains et il a proposé un autre chemin. Touré a dit à Mohamed que pour ce voyage, la note serait salée. « Il y a des islamistes, des gars barbus ; ils sont dans la brousse », a-t-il expliqué. « Tu dois donner un petit quelque chose à leurs chefs. » Mohamed, qui préférait les appeler « nos frères », a dit : « Laissons-les prendre autant d’argent qu’ils veulent pour baiser les Américains. » Il a ajouté : « Tu paies Al-Qaïda pas vrai ? » Touré a hoché de la tête. « Vous payez tout ça. » Mohamed demandait plus de garanties. Il a dit à Touré qu’il inviterait un chef des FARC à les rejoindre au Ghana s’il ramenait un représentant d’Al-Qaïda. Pour jouer le rôle de David, le chef des FARC, la DEA a envoyé Walter Ramirez, un trafiquant de drogue déjà condamné originaire de Detroit qui travaillait comme informateur pour l’agence depuis près de dix ans. Touré a quant à lui invité Abdelrahman pour jouer le rôle du chef d’une milice affiliée à Al-Qaïda.

La DEA affirme que, lors des réunions suivantes, les Maliens ont apporté de nombreuses preuves de leurs connexions avec Al-Qaïda. Les retranscriptions sont difficiles à suivre. Pour autant, le sujet d’Al-Qaïda a clairement été évoqué à plusieurs reprises, et souvent par les indics qui cherchaient à obtenir des déclarations pouvant incriminer leurs interlocuteurs. À une occasion, Mohamed a donné l’instruction aux cibles de l’enquête de s’adresser de façon plus agressive s’ils voulaient persuader David de faire le deal. « Je lui ai dit que vous étiez des guerriers », a déclaré Mohamed. « Faites-le sentir quand vous parlez pour que je puisse le répéter. Vous comprenez ? » David a brandi une liasse de billets. « Tu m’as dit que vous aviez besoin d’acheter un camion, n’est-ce pas ? » a-t-il demandé à Touré. « Voilà 25 000 dollars pour que vous puissiez l’acheter. » Mohamed a suggéré que la marque de confiance de David méritait un retour d’ascenseur. « Vous devez connaître notre pouvoir », a déclaré Touré. « Vous devez être au courant nos réseaux. » « C’est ça », a dit Mohamed. « Voilà ce qu’il veut. » Plus tard, il a demandé aux Maliens s’ils étaient vraiment « les maîtres du désert ». Abdelrahman est intervenu : « Nous avons les voitures, le pouvoir et les armes. » Touré a ajouté : « Nous avons des bandes. Nous avons des bases. Nous avons des armes. Nous avons tout. »
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Illustration par Mathieu Rouland
Quand on parle d’infiltration, d’agent double, d’agent secret, on pense tout de suite à James Bond. Être un beau monsieur qui aime allonger de belles madames et qui sait se servir de plein de gadgets super technologiques. Mais est-ce que c’est vraiment ça, l’infiltration?
Je suis allée prendre un café avec Robert*, un policier à la retraite, pour lui soutirer des informations sur la vie d’infiltrateur. L’homme a plusieurs années d’expérience, et comme un pro, il esquive toutes les questions trop pointues à son goût.
VICE : C’est quoi la différence entre un agent double et un agent d’infiltration?
Robert : De nos jours, y a les Mister Big. C’est une méthode d’enquête, pour approcher un criminel quand on est convaincu qu’il a fait un meurtre. On envoie un gars qui infiltre son entourage pour essayer de le faire parler.
Le gars l’approche, peu importe les moyens, soit comme chum, comme ami, dans le but ultime, dans six mois ou un an, de le faire parler. Il lui paye la traite, l’amène dans les restos, lui paye des affaires, lui offre des opportunités de faire de l’argent et c’est comme ça qu’on voit si le gars est croche un peu. Ça, c’est un agent d’infiltration.
Alors qu’un agent double, c’est presque tout le temps relié aux stupéfiants. Un gars undercover qui va acheter de la drogue, pour essayer d’entrer dans un réseau. C’est un peu ça la différence.
Qu’est-ce qui t’a amené à faire de l’infiltration?
Faire de l’infiltration, ça te permet de patauger dans un genre de vie criminelle, sans y être complètement. Voir des affaires, tout en étant correct. J’irais pas jusqu’à dire que j’ai déjà rêvé de ça, mais je regarde mes amis quand j’étais jeune, j’aurais pu mal tourner… et y a le challenge de passer inaperçu dans ce milieu-là. Avoir 18, 20 ans, je suis pas certain que je retournerais dans la police. Ça apporte beaucoup, mais t’es toujours dans le négatif. T’as une vie familiale ‘fuckée’. Les horaires, c’est pas terrible. Le seul avantage, c’est que tu peux sacrer ton camp de bonne heure, avec une bonne pension.
À l’époque, après la formation de policier, t’avais un mois de formation supplémentaire pour faire de l’infiltration. C’est pas assez, ça te prépare pas. Comment agir dans telles et telles situations, comment changer ton identité, comment te faire une deuxième vie… L’école, ça sera jamais comme être sur le terrain.
Est-ce qu’il y a des cours de jeu?
Non. T’improvises. T’embarques dans ton personnage pis tu t’arranges pour être prêt à réagir sur un 10 cennes.
Confiance en soi, être fonceur, mais il faut que tu sois allumé, parce que tu sais jamais qu’est-ce qui va se passer. Qu’est-ce que je fais icitte? Si je me fais poser telle question, qu’est-ce que j’vais dire? C’est comme un jeu d’échec, il faut que tu penses 15 coups d’avance. Le hamster roule tout le temps. T’es jamais tranquille à regarder les nuages.
Qu’est-ce que tu fais, pour pas te mélanger dans tes histoires?
À force de te forger des histoires, tu deviens bon menteur. Faut que tu les croies, tes menteries, parce qu’il faut que t’en parles, que tu t’imagines que tu l’as vraiment fait. Il faut que ça sorte tout seul quand tu en parles. Pis si on reparle la fin de semaine d’après, il faut revenir sur le sujet. Le danger, c’est que ça devienne pas clair dans ta tête, c’est plus difficile de convaincre les autres pis plus facile de te mélanger dans tes histoires. Ça fait que tu finis par croire tes histoires. C’est fucké, hein?
Combien de temps dure chaque mission?
T’es rarement là plus que deux ans, après ça, on t’envoie ailleurs. Tu retournes pas tout de suite en bleu [en uniforme], tu vas dans une section un peu à l’abri au début.
As-tu déjà eu peur pour ta vie?
[Long soupir] C’est arrivé, mais on dirait que j’ai fait une croix là-dessus. Je pourrais pas te conter quand j’ai eu peur parce que j’ai comme tassé ça de mon existence. Des fois, t’es tout seul dans un party avec des gens, tous criminalisés, pis sont pas comme toi pantoute. T’es bien entouré, par contre, t’as toujours le SWAT et des enquêteurs pas loin. Je me suis jamais senti abandonné, mais tu sais jamais comment ça peut tourner. Ça a comme un peu fucké ma vie… Encore aujourd’hui, quand je vais au restaurant, j’ai le réflexe de regarder partout, je vais en arrière, je m’assois toujours pour voir la sortie… Même chose quand je vais au centre d’achat, je pense à beaucoup de choses avant de choisir où je me stationne.
Des fois, tu peux être dans un restaurant, pis là, t’as quelqu’un de ton autre vie qui vient te voir. Tu fais semblant de pas le connaître, alors qu’il vient te voir et qu’il t’appelle par ton prénom. « Je te connais pas, je t’ai jamais vu. T’es fucké. J’ai jamais fait ça. »
Ça peut te mettre dans la merde, j’imagine?
Je m’en suis bien tiré, mais c’est sûr qu’après, tu te fais poser des questions. « Comment ça qu’il t’appelle par un autre nom? » Les gars sont pas fous. Tu patines, pis t’es heureux d’avoir déjà pensé à tes portes de sortie.
Non. Personne ne s’est aperçu de ce que je faisais en mission, et, par la suite, j’ai jamais reconnu des visages que j’avais vus par le passé, pis qu’il n’aurait pas fallu que je reconnaisse.
Si ça arrive, comment il faut réagir?
Mettons que ça m’arrive demain matin, je suis retraité, c’est moins pire que si je me faisais voir en uniforme. Ça se peut que j’ai changé de vie pis que je me tienne tranquille. Quand tu patrouilles en uniforme, c’est là que c’est dangereux, parce que c’est assez dur de dire que t’es pas dans la police.
Tu dis quoi à ta blonde?
Tu la laisses. Tu peux pas faire ça avec une femme pis des enfants. C’est trop long, c’est pas comme si tu faisais ça une semaine ou deux. Tu peux pas cacher ça à ta blonde pendant trois ans… que tu fais une « autre affaire », que tu vis « dans un autre appartement » avec une « autre fake madame ».
T’en as quasiment pas. Même ma mère ne savait pas ce que je faisais.
Est-ce que ça t’est déjà arrivé de te faire une blonde « dans une autre vie »?
Une fréquentation, mais pas une blonde.
Est-ce que c’était dans le but d’obtenir ou d’apprendre quelque chose?
Non, pour le fun. C’est pour ça que ça a duré le temps d’une rose. Le danger, c’est de tomber en amour pour vrai pis d’oublier le but premier de ta mission. Faut mettre les distractions de côté. Le risque est trop grand quand tu deviens intime avec quelqu’un.
Est-ce qu’ils vous apprennent comment vous protéger de ça?
J’ai jamais eu de cours là-dessus. Tu l’apprends sur le tas. Tu gardes tes distances.
Quand tu arrives sur une mission, tu pars avec quoi comme information?
Ça dépend toujours, c’est du cas par cas. Des fois, on laisse ça à ta discrétion, des fois c’est des scénarios préétablis. On t’embarque dans un personnage pis on te dit quoi faire. Mais t’as toujours un bon dossier sur les voisins, les fréquentations du gars, plein d’autres affaires.
À qui on ne devrait jamais faire confiance?
Tu te fies juste à toi. Dans la vie, pis surtout dans ce milieu-là. Tu devrais pas faire confiance à personne. Sur Facebook, oui tu peux mettre des jokes, mais ce que tu manges, où, avec qui, pis où tu vas faire tes commissions l’après-midi, le moins possible.
Est-ce que dans le cadre de ton travail tu as déjà posé des actes illégaux ?
Oui, mais je peux pas te dire jusqu’à quel point. Qui n’a jamais fait des affaires illégales? Boire une bière dans un parc, c’est illégal.
C’est quoi tes outils pour te détacher de ces vies-là et rester sain d’esprit ?
Il faut que tu te trouves des passions en dehors de ça pour essayer d’oublier cette vie-là.
Interdit de séjour en Loire-Atlantique, un jeune de 19 ans a été interpellé, mardi 11 juin à Vannes, avec du cannabis, sur les lieux du trafic de stupéfiants à Kercado. Il a été jugé vendredi après-midi 14 juin, devant le tribunal correctionnel de Vannes. Il a été condamné à deux ans de prison.
Pour le procureur, François Touron, le Nazairien de 19 ans, qui comparaît, ce vendredi 14 juin, devant le tribunal correctionnel de Vannes, est doublement coupable. Coupable de s’être livré au trafic de stupéfiants et coupable d’avoir continué, malgré sa mise en examen, malgré son placement en détention puis une fois à l’extérieur: « Vous avez fait le choix de vous investir dans une organisation criminelle, dans une économie clandestine. Vous avez fait ce choix et vous l’avez réitéré alors même que vous étiez en détention. »
Les faits – pour lesquels le jeune homme était jugé, ce vendredi 14 juin, en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Vannes – remontent au 11 juin. Ce jour-là, le prévenu, sorti de prison un mois plus tôt, est interpellé rue de Kerarden, à Vannes, alors qu’il se trouve en présence d’autres jeunes, tout de noir vêtu, à un endroit connu pour être un point de vente de stupéfiants.
« Quand la police est arrivée, je n’ai pas essayé de fuir, ni de courir, explique Medhi Clarke, dans le box. L’interpellation s’est bien passée. » Le jeune homme assure que les dix barrettes de résine de cannabis trouvées sur lui (54 g) étaient destinées à être remises à « un homme cagoulé », pour le compte duquel il aurait dû ensuite faire le guet. Une journée qui devait lui permettre de rembourser une dette : « l’achat d’un téléphone en prison », d’une valeur de 340 €.
À son domicile, les policiers retrouveront trois autres barrettes et 215 €. « Le cannabis, c’était pour ma consommation personnelle, et l’argent liquide, mon pécule en sortant de maison d’arrêt. »
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Quelles sont pour vous les solutions qui permettraient de s’attaquer à ces fléaux ?
La première chose essentielle, c’est la prise de conscience du danger que ces produits font courir aux populations. Ils sont présents un peu partout en Afrique de l’Ouest, dans les pharmacies « par terre », des officines informelles qui vendent des médicaments de contrebande et que les autorités tolèrent souvent, car elles permettent aux pauvres d’avoir l’illusion de se soigner. Or il ne s’agit pas de médicaments, mais de poison.
Et même lorsqu’il s’agit de Tramadol – un véritable médicament, lui – son usage sans contrôle est excessivement dangereux.
Une deuxième solution serait de renforcer les services de sécurité en leur permettant de bénéficier des techniques modernes d’investigation, comme les interceptions judiciaires et la surveillance électronique.
Il faut réformer les services de sécurité et les services judiciaires dans le sens de la spécialisation. À un crime organisé spécialisé et professionnel, il faut opposer des policiers, des gendarmes, des douaniers et des magistrats également spécialisés.
Enfin et pour en finir, il faut développer une coopération internationale et transversale.
Pas une coopération de séminaires, avec des déclarations d’intention devant des buffets garnis. Non, il faut des actions efficaces et tangibles.
Les choses commencent à changer et même si la lutte contre le crime organisé a pris beaucoup de retard, je garde espoir. En fait, nous n’avons plus vraiment le choix.
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Atlantico: Dans « Africa Connection », vous proposez un grand panorama des cartes de la drogue et autres trafics illégaux sur le continent africain. Quelles sont tout d’abord les spécificités de ces réseaux aujourd’hui ?
Laurent Guillaume : Ces réseaux tiennent aujourd’hui la « dragée haute » au crime organisé classique, celui des mafias italo-américaines, des cartels sud-américains, des triades chinoises et des yakuzas japonais. Ces criminels jouent à domicile même si, pour être exact, depuis déjà plusieurs décennies, ils sont implantés aux quatre coins du monde.
Leur influence s’exerce au Brésil, aux États-Unis, en Thaïlande, en Chine, au Pakistan et même en Afghanistan. Ces réseaux – souvent nigérians – se caractérisent par une résilience exemplaire dans un univers mondialisé. Ils opposent des modèles criminels d’une grande souplesse, à l’organisation très fluide, peu hiérarchisés, à des structures traditionnelles verticales et pyramidales, très hiérarchisées et pérennes comme la Camorra. Par ailleurs, ces réseaux nigérians recrutent sur une base ethnique – souvent des Igbos ou Yorubas du sud du Nigéria – avec des cérémonies d’intronisation animistes au cours desquelles les membres doivent prêter un serment d’allégeance, serment qu’ils devront respecter au risque de voir s’abattre – du moins le croient-ils – les pires fléaux sur eux et sur leurs proches. Les trafiquants vont jusqu’à prendre ces familles en otage, en gage de loyauté et d’omerta. Ce recrutement ethnique des membres des réseaux nigérians rend toute tentative d’infiltration impossible. Enfin, ils utilisent des langues vernaculaires pour communiquer, ce qui complique les interceptions téléphoniques. En bref, ils représentent un véritable casse-tête pour les forces de sécurité.
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Lu dans

Par Brendan Kemmet
L’Office des stups ne semble plus devoir quitter la spirale des révélations compromettantes.
Le ménage est fait par une magistrate qui a découvert qu’un policier de l’office avait fait surveiller le numéro de son épouse. Selon nos informations, le patron de l’OCRTIS l’a d’abord caché à la magistrate.

Quand à l’été 2016 Vincent Le Beguec a franchi les portes vitrées coulissantes de la rue des Trois-Fontanot à Nanterre, il n’envisageait peut-être pas l’ampleur du chantier qui l’attendait à l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS). Libération écrivait alors que le commissaire avait pour « lourde tâche de redorer l’image d’un service ébranlé par les méthodes de son ancien patron ». Moins de trois ans après, le successeur de François Thierry se retrouve à son tour en difficulté et en proie aux critiques des magistrats spécialisés qui mettent en cause sa loyauté.
Déjà secoué par « l’affaire Hambli », du nom du principal indic de l’ancien patron du service, lui-même sous le coup de deux mises en examen à Bordeaux et Lyon, l’office des stups ne semble pas devoir quitter la spirale des révélations compromettantes. Il y a d’abord eu cette hiver la mise en cause d’un expérimenté chef de groupe, suspecté d’avoir informé son indic des allées et venues d’un rival qui l’avait floué.
Ce rival a été enlevé, séquestré et sévèrement battu, selon les révélations du Monde que Mediapart a détaillées. Le policier est soupçonné d’avoir « glissé » discrètement une demande de facturation détaillée (fadet) dans une enquête sans aucun rapport et menée par une juge d’instruction, appartenant à la Juridiction interrégionale spécialisée de Rennes (JIRS).
En découvrant l’affaire, la juge bretonne a dessaisi l’OCRTIS des quatre dossiers qu’elle lui avait confiés, mais elle ne s’est pas arrêtée là. Comme l’a dévoilé Europe 1, elle a demandé au chef des « stups » de justifier l’ensemble des demandes de « fadet » et de géolocalisation réalisées dans le cadre de ses procédures menées avec le prestigieux office de Nanterre. Et elle a eu une surprise en découvrant qu’un autre policier a fait surveiller le numéro de son épouse.
Ce qui pourrait n’être qu’une dérive individuelle, une erreur de Post-it mélangés, comme l’a expliqué le fonctionnaire, se double d’un aspect plus embarrassant pour les relations policiers-magistrats déjà sérieusement mises à mal depuis quatre ans. Depuis la saisie de 7 tonnes de cannabis lors d’une opération ratée de l’OCRTIS dirigé alors par François Thierry et dont la justice semble avoir tout ignoré…

Après la [fausse] saisie, le 18 octobre 2015, de sept tonnes de cannabis à Paris. © Reuters
Selon les informations recueillies par Mediapart, quand, mi-avril, la juge d’instruction rennaise a demandé à qui était attribué le numéro litigieux, le commissaire Le Beguec a d’abord répondu qu’il s’agissait de celui « d’un policier de son service ». La magistrate est alors revenue à la charge en exigeant l’identité du policier. Le patron de l’OCRTIS a fini par reconnaître qu’il ne s’agissait en réalité pas d’un fonctionnaire de son service, mais bien de l’épouse d’un fonctionnaire de son service. « On a menti à un magistrat, commente une source judiciaire. C’est particulièrement grave. »
Le parquet de Nanterre a été saisi. Il précise qu’il a « reçu la semaine dernière un courrier du tribunal de grande instance de Rennes » et « étudie les suites à lui donner ». Contacté, Vincent Le Beguec n’a pas répondu aux sollicitations de Mediapart. Quant à la direction générale de la police nationale, elle n’a pas souhaité non plus faire de commentaires, arguant d’une enquête en cours.
En juillet 2017, le commissaire Le Beguec avait semblé plutôt désemparé au moment de rendre compte d’un entretien avec sa supérieure, Mireille Ballestrazzi, alors directrice centrale de la police judiciaire. Il s’entretenait avec son adjoint de l’époque, lui-même placé sous écoutes judiciaires dans l’affaire Hambli. « On n’arrête pas là maintenant les conneries ? s’interrogeait M. Le Beguec. Qu’est-ce qu’il faut, alors, c’est pas encore assez, un procureur adjoint, un JLD [juge des libertés et de la détention] qui sont également dans le dossier ? Enfin bon… des fois j’arrive plus à comprendre. »
Il fait là référence à deux magistrats mis en cause dans la procédure lyonnaise de François Thierry car soupçonnés d’avoir permis la fausse garde à vue d’un indic. Surtout, Vincent Le Beguec concluait : « J’en ai au moins profité pour bien lui [la directrice de la PJ] redire que la JIRS, c’était même pas la peine de penser qu’on allait travailler avec eux… » Le commissaire parlait alors de la JIRS de Paris. Désormais, son service est aussi confronté à la défiance de celle de Rennes.
Jérôme Bonet, le patron de la DCPJ
La perspective d’un changement de nom de l’Office des stups, comme l’a révélé Mediapart, suffira-t-elle à rétablir la confiance avec les magistrats ? Cette réforme imposée à marche forcée par l’Élysée doit aboutir avant l’été. D’ores et déjà, il semble que la sortie de l’OCRTIS de la police judiciaire n’est plus au goût du jour.
En revanche, gendarmes et douaniers auront un rôle renforcé et un magistrat de liaison devrait s’installer à demeure au sein de la nouvelle structure. Quant au nom de cette dernière, les hautes sphères policières hésitent entre « office central de lutte anti-drogue » (OCAD) et « office central interministériel anti-drogue » (OCIAD). Même si rien n’est gravé dans le marbre. Là encore, le suspense perdure, la direction générale de la police nationale se disant soumise à la « période de réserve électorale », jusqu’aux élections européennes.Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.
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Si vous avez des informations à me communiquer, vous pouvez me contacter à l’adresse marcfievet@live.fr.
Si vous souhaitez m’adresser des documents, vous pouvez utiliser WahtSapp et me contacter sur 06 84 30 31 81.
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L’OCAD aura pour mission de centraliser toutes les informations.
Il aura fallu plus d’un an pour que le projet se décante. La réforme des services chargés de la lutte contre le trafic de drogue, dont les derniers détails ont été fignolés lors d’une réunion interministérielle fin mai, devrait être présentée dans les jours qui viennent au président de la République, selon les informations du Monde.
Emmanuel Macron avait appelé de ses vœux ce «plan stup», en mai 2018, pour une présentation en juillet de la même année. Mais, entre l’affaire Benalla, la démission de Gérard Collomb du ministère de l’intérieur et la crise des « gilets jaunes », la Place Beauvau n’avait jamais trouvé le temps de rendre sa copie.
C’est désormais chose faite. Laurent Nunez, le secrétaire d’Etat auprès de Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, a pris la main sur ce dossier complexe.
Sur le modèle de ce qui a été fait avec la DGSI
De nombreuses entités travaillent aujourd’hui sur la lutte contre les stupéfiants : l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants l’OCRTIS, qui dépend de la police judiciaire), les sûretés départementales, les douanes et la DNRED (Direction nationale du renseignement du renseignement et des enquêtes douanières), les sections et brigades de recherche des gendarmes… Le tout plus ou moins en lien direct avec les magistrats des juridictions interrégionales spécialisées (JIRS). Une multitude d’acteurs qui opéraient parallèlement, voire en concurrence. (Quand ils ne se montaient pas des ‘chantiers’ ou autres vilenies dont ils sont capables. Mais ça, c’était hier!)
« L’idée directrice du plan est de décloisonner le fonctionnement des nombreux services qui travaillent sur la lutte contre les stupéfiants et de mieux partager les informations », explique-t-on place Beauvau.
Les ministères de l’intérieur et de la justice, sous le contrôle de Matignon, ont fini par se mettre d’accord pour désigner un nouveau chef de file de la filière « stup », sur le modèle de ce qui a été fait avec la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) pour la lutte antiterroriste.
Un Office central antidrogue (OCAD) va donc être créé, en remplacement de l’OCRTIS, avec un rôle de centralisation de toutes les informations.
Il sera sous la coupe de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), grande gagnante du bras de fer. Au désarroi des gendarmes, qui participeront bien à la nouvelle entité, mais auraient préféré la diriger. Apporteront-ils l’ensemble des connaissances acquises depuis des décennies? Comme les Gendarmes ont eu l’habitude de la fermer, du temps où ils faisaient partie de la ‘Grande muette’ il est probable que certaines infos auront du mal à remonter.
Quant au ministère de la justice qui avait aussi espéré un temps placer un magistrat à la tête de cet office, il s’est vu renvoyé à la stricte application du Dalloz.
Cette refonte nationale s’accompagne de la création de CROSS (cellules de renseignement opérationnelles sur les stupéfiants) au niveau départemental. Composées de policiers et de gendarmes, elles seront chargées de collecter toute l’information localement avant de transmettre les éléments au procureur. Elles devront faire le lien avec la police de sécurité du quotidien, en prise directe avec les quartiers les plus difficiles en termes de trafics. Des comités de pilotage entre les préfets et les magistrats seront mis en place pour chapeauter le tout. Ce nouveau schéma s’inspire de ce qui est déjà pratiqué à Marseille et à Lille ou de la CROSS qui vient d’être mis en place à Perpignan.
Le « plan stup » présenté au président de la République devrait enfin comporter un volet international pour améliorer la
collaboration avec les pays voisins et les grands organismes comme Europol.
Mais pourra-t-on travailler avec la DEA sans avoir à travailler pour la DEA?
La Douane française
La Douane, ses avions, ses gardes-côtes et son service action la DNRED avec la CELTICS et l’ensemble des échelons seront particulièrement mises à contribution pour lutter en amont contre l’importation des produits sachant aussi que les attachés douaniers sont des relais bien implantés au quatre coins de la planète. Et pour le TRACFIN, on peut imaginer qu’il soit, lui aussi, sollicité pour frapper fort au portefeuille…
Si le phénomène des mules – ces personnes qui transportent la cocaïne pour passer les contrôles des aéroports, notamment en provenance de Guyane – inquiète les autorités, il ne représente « que » deux tonnes de drogue sur les 16 qui arrivent chaque année sur le territoire, principalement par conteneurs, selon les autorités.
A travers cette grande réorganisation des services, le gouvernement espère faire coup double. S’il s’agit bel et bien de changer de braquet dans la lutte contre les trafics, ce plan est surtout l’occasion de tirer un trait sur plusieurs années de polémiques concernant le fonctionnement de l’ OCRTIS, l’actuelle entité en pointe sur les « stups ».
C’était un service tout-puissant
Basée à Nanterre sous la responsabilité de la DCPJ, mais avec une compétence nationale, il a été reproché à cette structure, mise en cause à plusieurs reprises, sa manière de mener ses enquêtes en lien parfois trop étroit avec ses informateurs.
Plusieurs informations judiciaires ont été ouvertes, et l’ancien directeur, François Thierry, a été mis en examen à plusieurs reprises, notamment pour « complicité de trafic de stupéfiants ». Un comble pour l’homme qui a longtemps incarné la figure charismatique de la lutte antidrogue et pour un service loué pour son efficacité par le pouvoir politique.
C’est en mettant en place une nouvelle doctrine de lutte contre les stupéfiants, baptisée « Myrmidon», consistant à privilégier le démantèlement des réseaux criminels aux saisies sèches de marchandises, que l’office a obtenu ses meilleurs résultats, au point de devenir un service tout-puissant et incontournable. C’est par cette même doctrine et avec la révélation de ses implications opérationnelles que l’OCRTIS a précipité la réforme présentée aujourd’hui.
La découverte…, en octobre 2015, par la DNRED, le service de renseignement des douanes, de sept tonnes de cannabis, boulevard Exelmans, dans le 16e arrondissement de Paris, a permis de lever le voile sur des pratiques douteuses. La cargaison saisie appartenait en fait à Sofiane Hambli (photo à gauche), figure majeure de l’importation de cannabis en France et informateur de l’OCRTIS.
De gauche à droite, François Hollande, Michel Sapin et l’énarque caviardeur Erwan Guillemin
Les enquêtes judiciaires qui ont suivi ont précisé les contours de sa relation avec l’office. Traité directement par le directeur, François Thierry, il a permis à celui-ci de réaliser de très belles affaires. Pour quelle contrepartie ? A-t-il continué de son côté à importer du cannabis pour son propre compte ? Que savait M. Thierry des autres activités de son informateur ? Et au final, qui a manipulé qui ?
Guerre sourde
François Thierry a par exemple été jusqu’à mettre en place une fausse garde à vue afin de permettre à Sofiane Hambli d’être extrait de la prison où il était incarcéré pour qu’il puisse passer des appels à ses contacts trafiquants au Maroc. Un habillage de la procédure qui vaut aujourd’hui à la procureure adjointe Véronique Degermann (photo à droite), alors en poste au parquet de Paris et qui avait validé la prolongation de cette garde à vue, une mise en examen pour « faux et usage de faux ». Les policiers de l’ OCRTIS assurent qu’ils ont toujours informé les parquets concernés des tenants et aboutissants de leurs opérations.(Grand bal des faux-culs en perspective.)
En créant l’OCAD sur les cendres de l’OCRTIS, le ministère de l’intérieur espère renouer le lien avec les procureurs et les juges, qui parlent de leur côté de « rupture de confiance ».
C’est que, en creux, une guerre sourde a opposé l’office à de nombreux magistrats des JIRS. D’un côté, les policiers reprochent à ces derniers de se draper dans des principes qu’ils n’avaient pas quand les résultats étaient au rendez-vous. Les magistrats estiment, en retour, que les policiers ont omis de les informer des détails de leurs opérations et ont eu une interprétation un peu trop libre du code pénal, notamment de l’article encadrant les « livraisons surveillées », ces ventes de drogue qui s’effectuent sous le contrôle des forces de l’ordre pour mettre au jour des réseaux.
Cet affrontement a eu de lourdes conséquences.
De nombreuses JIRS, à Paris et à Rennes par exemple, ont peu à peu cessé de saisir l’office sur des affaires de drogue. Il est même arrivé que certains magistrats de la JIRS de Paris doivent enquêter sur les agissements de l’OCRTIS, tout en travaillant par ailleurs avec l’office sur d’autres affaires. Une situation intenable.
La révélation récente par « Le Monde » d’une nouvelle incartade de l’OCRTIS a accéléré l’inéluctable réforme de l’office. Un capitaine de police a été soupçonné d’avoir fait, à Marseille, en 2018, une fausse réquisition judiciaire pour obtenir les fadettes (factures de téléphone détaillées) d’un trafiquant. Celui-ci était suspecté par un informateur de l’OCRTIS de lui avoir volé de la marchandise. Le policier a-t-il transmis ces fadettes à son indicateur ? Il assure que non. Toujours est-il que l’homme soupçonné d’avoir volé de la drogue à l’indicateur a ensuite été victime d’une expédition punitive. Cet ultime faux pas a sonné le glas de l’OCRTIS, au profit de l’OCAD.
Un simple coup de peinture sur la façade ?
Mais non, la Mère Denis a été appelé en renfort place Beauvau et elle lave toujours plus blanc que blanc les mêmes draps!
Le « plan stup » est avant tout une réforme de structure.
Il n’a pas pour objectif de régler l’épineuse question des indics, maillons essentiels de la lutte antidrogue, par qui les affaires, mais aussi parfois les scandales, arrivent.
Ite missa est!
source: Le MONDE, l’article a été revu et illustré par NS 55 DNRED
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Après avoir retracé l’histoire des guerres de l’opium lundi, suivi le quotidien des dealers mardi et pénétré le marché du cannabis légal hier, on s’intéresse aujourd’hui aux consommateurs et aux politiques menées à leur égard.
Si le discours du tout-répressif demeure aujourd’hui encore au fondement de la loi en France, les mentalités semblent évoluer vers la nécessité d’un plus grand accompagnement des usagers de drogues. Il faut dire que depuis 50 ans, la consommation de psychotropes n’a cessé d’augmenter dans les pays occidentaux malgré la guerre menée aux trafiquants et aux toxicomanes.
Alors, peut-on civiliser les drogues ? C’est la question que posait l’une de nos invités du jour dans un ouvrage et c’est le débat qui va nous occuper dans l’heure qui vient.
C’est l’heure d’entendre l’écho des paradis artificiels…
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Les magistrats exposent les nombreux arguments démontrant la culpabilité de chaque accusé, pour ensuite terminer par Pascal Fauret et Bruno Odos et les patrons de la société d’aviation SN-THS.
Dans un premier temps, les juges indiquent que « les quatre accusés avaient intérêt à ce que ces vols transcontinentaux se réalisent (…) », puis évoquent des dépôts d’argent en espèce et une conversation téléphonique pour le moins suspecte.
« La nature même de cette conversation et les termes employés démontrent que les deux hommes agissaient en connaissance de cause et n’avaient qu’une seule préoccupation, le paiement des vols. »
Pascal Fauret et Bruno Odos ont été condamnés à six ans de prison et à payer solidairement avec les cinq autres condamné trois millions d’euros d’amende aux douanes.
Les deux pilotes et les dirigeants de la compagnie aérienne ont fait appel du verdict le 8 avril.
Le procès en appel pourrait se tenir dans moins d’un an.
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Les méthodes des «stups» dans le viseur de la justice
Une nouvelle affaire vient secouer l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis), dont l’ancien patron, le commissaire François Thierry, a été mis en examen à Lyon en mars pour ses méthodes contestées dans la gestion des informateurs.
Pour ce service de la police nationale chargé de la lutte contre le trafic international de drogue, un nouveau front s’est ouvert en janvier à Marseille.
Selon les informations du Monde, la juge d’instruction Sandrine André s’intéresse aux relations d’un trafiquant, informateur inscrit au fichier des sources de l’office, avec son agent traitant, un capitaine de police.
En faisant géolocaliser un numéro de téléphone fourni par son indic, l’enquêteur a-t-il rendu possibles une expédition punitive en région parisienne et un enlèvement à Marseille, suivi d’une séquestration qui aurait pu se terminer beaucoup plus mal ? Placé en garde à vue le 17 janvier par l’Inspection générale de la police nationale, le gradé de l’Ocrtis se présente comme la victime d’une cabale de voyous et de Sofiane, son « tonton », comme les policiers nomment leurs indicateurs (tous les prénoms ont été modifiés).
Pourrait-on refiler l’enquête à la SNDJ pour éclaircir cette sombre histoire ?
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??????Il faut voir la vidéo (3′)!
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Et qui nous prouve que les 7 tonnes de cannabis saisies Bd Exelmans ont bien été brûlées ?
L’absence du Boss de la DNRED lors de la venue de François Hollande accompagné de son fidèle Michel Sapin, le ministre des Finances, en lieu et place du Ministre du Budget Christian Eckert me rend perplexe.
Bien sûr Hélène Crocquevieille, la directrice générale des douanes, avait répondu présente.
Jean Paul Garcia n’a t-il pas refusé de cautionner cette visite qui n’était qu’un coup de pub récupéré par les «politiques» toujours prêts à se mettre en valeur!
M’interpelle aussi le fait que l’on est saisi une telle quantité de cannabis sans avoir pu arrêter les narcos. Il suffisait de planquer autour de ces véhicules…Mais là, la tâche était peut-être trop dure pour nos encagoulés douaniers.
Enfin la douane a refilé la continuation de l’enquête à l’OCTRIS… Alors tous les espoirs sont permis.
Que…
Voir l’article original 61 mots de plus
Celle concernant un homme connu historiquement, mêlé à l’assassinat de JFK, et la «main » de la CIA, Lucien Conein qui avait, on vient de l’apprendre seulement, comme relation directe à Miami Carlos Hernandez Rumbaut, trafiquant notoire, mêlé aux exilés cubains de Miami. « Le monde de la drogue qui supprime les stupéfiants !!! les intermédiaires sont appelés à contrôler les transactions, et d’ énormes sommes d’argent sont manipulées par un manque total de scrupules entraînant de la corruption ou en caressant dans le sens du poil celui qui fait obstacle aux transactions. Il n’est pas étonnant que le gouvernement, et les responsables des stupéfiants se tournent si souvent comme assistance vers des figures aussi détestables que le commerce lui-même. Un argument pourrait être opposé comme quoi un autre type de personne pourrait en toute sécurité fonctionner efficacement dans un tel environnement. Mais comme un homme est affecté par la société qu’il entretient, ici ce sont des fonctionnaires et leurs responsables qui se retrouvent retournés par les informateurs qu’ils emploient. L’histoire de Carlos Hernandez Rumbaut, un des « Deacon « un informateur, montre jusqu’à quel point une telle alliance peut aller ».
Nota les « Deacon » étant les infiltrés choisis par Richard Helms en personne, le directeur de la CIA, à l’époque comme l’écrivent, page 28, Peter Dale Scott et Jonathan Marshall dans « Cocaine Politics: Drugs, Armies, and the CIA in Central America ». Rumbault avait été recruté en 1969 après avoir été pris à trafiquer à Mobile, en Alabama, avec 467 livres de marijuana. Il était plus tard devenu le garde du corps du président costaricain José Figueres Ferrer. Installé à Mexico, Rumbaut sera payé 1400 dollars la semaine, par la DEA, comme informateur.
Pour Marc Fievet aucun doute : Rumbautl travaillait bien pour la CIA !
David May, l’attaché du DEA à Paris en 1994, au cours des nombreuses réunions de travail en compagnie des douaniers Christian Gatard, Jo LeSquert et Hervé Maignier de l’échelon DNRED de Nantes, oubliera de préciser que Carlos Hernandez Rumbaut travaillait pour eux. 
Pourtant, les 100 000 dollars que Carlos Hernandez Rumbaut avait prêté à Claudio Pasquale Locatelli pour finaliser la préparation du M/Y Poseidon sortaient directement de l’ambassade des Etats-Unis à Madrid.
Photo prise par le BAN (Douane française)
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Pour information
Dans les quelques 3 000 pages que le gendarme Fournier a donné à Marc Fievet, seules preuves auxquelles il eut accès, il s’avère qu’il n’y avait aucune trace des enregistrements des conversations téléphoniques de Messieurs Claudio Locatelli et Carlos Hernandes Rumbaut en place à Montréal au moment des faits.
Marc Fievet a eu accès au dossier de Jürgen Kirchhoff, le capitaine du Pacifico, et, grâce à sa complaisance, il a pu récupérer les enregistrements de ces trafiquants.
Marc Fievet précise que:
Le mercredi vingt-deux octobre 1997, les gendarmes Degresley et Fournier sont venus me rendre visite au pénitencier de Springhill en Nouvelle Ecosse et m’ont rapporté une partie de mon dossier de défense. Le reste sous quinzaine me diront-ils Degresley me demande d’agir sur le capitaine du Pacifico, Jürgen Kirchhoff, détenu dans le même établissement pour qu’il supprime son appel. J’accepte, pour que personne ne se méprenne sur mon appartenance à la DNRED.
A ma demande, Jürgen Kirchhoff, le capitaine propriétaire du cargo Pacifico se désistera, pourtant les avocats de Kirchhoff étaient sûrs de faire casser le jugement de la saisie du M/S Pacifico qui étant illégale reste illégale.
La « légalisation » de la saisie du M /V Pacifico en Eaux Internationales n’avait pu intervenir qu’en utilisant la seule jurisprudence créée par la saisie en haute mer du M/V Poseidon, décrétée légale par le juge Devonshire dans le jugement de Mills.
La GRC a déjà récupéré le montant de la vente du Pacifico, obtenue après dessaisissement du juge Alex Deschenes qui ne voulait pas légaliser cet acte de piraterie. Pourquoi se compliquer la vie, ici au Canada, comme ailleurs, quand un juge ne veut pas enfreindre la loi, il suffit d’en changer! Le nouveau juge canadien Roger McIntyre se verra offrir un voyage à Londres pour rencontrer le juge Devonshire pour conforter la décision qu’il doit prendre et demander au juge Devonshire d’ajouter dans le jugement de Mills, le narco anglais condamné pour la saisie « légale » en haute mer du Poseidon afin que cette dernière soit utilisée comme jurisprudence. La « pression » qu’il a de la GRC est très forte puisque le fils du juge Roger McIntyre est poursuivi par la GRC pour trafic de stupéfiant.
Pour récompenser la docilité et la soumission de ce juge acceptant la collusion, les poursuites contre le fils du juge McIntyre seront abandonnées.
Le Narco trafiquant Carlos Hernandez-Reumbeaut, toujours incarcéré à Renous, plaide non coupable sur les charges sur lesquelles, moi Marc Fiévet, l’agent infiltré, j’ai dû plaider coupable. Il ne craint plus qu’un seul témoignage: mon témoignage. Les Autorités canadiennes, par le sergent Degresley et le gendarme Fournier, m’informent que Carlos Hernandez-Reumbeaut a émis des menaces de mort sur ma famille si je me décidais à témoigner contre lui.
Ils utiliseront le service de sécurité de la prison de Springhill, N.S, pour me faire parvenir ces menaces. Ces menaces seront également transmises à l’ambassade de France d’Ottawa, Ambassadeur Loïc Hennekinne[1] et aux Douanes françaises.
Le consul général de France à Moncton, Monsieur Olivier Arribe me confirme ces menaces et me dit lors d’une visite, que ces menaces ont été prises très au sérieux par les Autorités françaises.
[1] En 2000, par courrier, le secrétaire général du Quai d’Orsay qu’est devenu Loîck Hennekinne, me dira qu’il n’avait plus souvenir des menaces transmises par les gendarmes canadiens…
[1] Mills: Narco anglais impliqué dans l’affaire Poseidon
Carlos Hernandes Rumbaut acquitté….
Carlos Hernandes Rumbaut, le présumé co-dirigeant d’un complot pour importer 5,5 tonnes de cocaïne au Canada, qui a été acquitté lundi à Bathurst, est en route pour Montréal où Immigration Canada décidera de son sort. L’avocat de Carlos Rumbaut, Scott Fowler, a indiqué à Radio-Canada que les autorités avaient placé son client dans un avion lundi soir à Moncton sans que celui-ci puisse le contacter. L’homme a cependant été pris d’un malaise à bord de l’appareil et les autorités ont dû opter de faire le trajet jusqu’à Montréal en automobile. Rumbaut n’a pas été libéré immédiatement après son acquittement car Immigration Canada affirme qu’il est techniquement au pays illégalement.
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/16/16662.htm
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En 2015, Sofiane Hambli avait été remis en liberté par la juge d’application des peines de Nancy après avoir purgé cinq ans de peine et réglé une amende douanière de 2 millions d’euros, car – grâce au travail de son avocate – il bénéficie d’une remise de peine exceptionnelle suivie d’une libération conditionnelle. Il habite boulevard Exelmans dans un appartement-terrasse de 300 m2 avec piscine intérieure.
Faudra m’expliquer comment cette amende douanière a été réglée…D’où venait les fonds et pourquoi le TRACFIN n’ a pas cherché plus loin! Marc Fievet
Le premier était le grand patron des stups ; le second, un baron du cannabis. Six années durant, François Thierry et Sofiane Hambli ont travaillé ensemble dans le plus grand secret. Ils se voyaient, se respectaient, se manipulaient aussi. Olivier Bouchara a remonté le fil d’une relation toxique qui a fini par les faire plonger.
Ça commence par des images étranges, presque irréelles. Ce dimanche soir d’octobre 2015, François Hollande apparaît en direct sur les chaînes d’information devant des dizaines de ballots de cannabis. Le président rajuste sa cravate, traverse un entrepôt mal éclairé, félicite de grands gaillards cagoulés devant les caméras : « Bravo pour votre courage, bravo ! » La veille, ces agents des douanes ont saisi sept tonnes de haschich dissimulées dans trois camionnettes garées boulevard Exelmans, aux confins du XVIe arrondissement de Paris. « La plus grande prise depuis longtemps », souligne le chef de l’État avec fierté, vantant une opération menée « sans mettre en danger la population du quartier, et alors que l’on savait qu’une organisation criminelle pouvait intervenir à tout moment ». Le visage fermé, il évoque même des liens avec des groupes « terroristes ». Avant de conclure, solennel : « Cette saisie, je l’espère, va leur porter un coup fatal. » À cet instant devant la télévision de son bureau, seul François Thierry, le grand patron des stups, sait à quel point le président raconte n’importe quoi. Mais il est encore loin d’imaginer que le « coup fatal » sera porté contre lui.
Le vendredi suivant, le journaliste du Parisien qui a sorti le scoop déjeune avec un vieil ami pénaliste, Joseph Cohen-Sabban, dans une brasserie de la place Dauphine. L’avocat revient d’un séjour à Bali et il a raté cette incroyable histoire de saisie en plein Paris. Il hallucine : ainsi donc, un caïd travaillait en douce pour la police…
À la fin du repas, il consulte son Iphone. Message d’un collaborateur : « Jo, reviens vite au cabinet ! Y a du lourd dans la salle d’attente. »
Sofiane Hambli a débarqué quelques minutes plus tôt, flanqué d’un homme de main. 1 mètre 75, crâne rasé, tout en muscles et en tension. Il est visiblement nerveux, peine à tenir en place. Ses trois téléphones vibrent sans arrêt. Depuis la parution de l’article révélant son double jeu, il ne cesse de recevoir des menaces. Il doit rapidement se mettre à l’abri à l’étranger avec sa famille. En attendant, il a besoin d’un avocat. Cohen-Sabban est flatté, mais il hésite. À 61 ans, il a défendu les plus beaux gangsters, braqueurs, parrains marseillais, narcos colombiens, mafieux italiens… mais jamais de « balances ». Il en va de la réputation de son cabinet, un petit bijou situé à deux pas de la place de l’Étoile. Si ses clients venaient à l’apprendre, ils pourraient se sentir trahis. En plus, Hambli ne refilait pas exactement des tuyaux aux agents des stups : il était devenu l’informateur préféré du plus puissant d’entre eux, François Thierry. « Pourquoi moi ? finit par demander le ténor du barreau.
– Parce que vous êtes le meilleur et que vous allez me sortir de ce piège. »
Le seigneur du cannabis et l’empereur de la lutte antistups. Deux cerveaux, deux caractères, deux accros à l’adrénaline et au succès. Durant des années, ces deux surdoués que tout opposait ont travaillé ensemble dans le plus grand secret. Ils se voyaient, se respectaient, se manipulaient aussi, dans un clair-obscur où les frontières entre le juste et le légal finissaient par s’estomper. Ils s’étaient associés autour d’intérêts réciproques. Ils allaient tomber ensemble après avoir monté des dizaines d’opérations, au terme d’une aventure devenue dangereuse et incontrôlable.
« Vous avez Signal ? m’a-t-on demandé dès le début de cette enquête. Ce serait mieux pour communiquer. » Signal : une messagerie chiffrée où les écrits s’effacent au bout de quelques secondes. Tous me posaient la même question : anciens voyous, policiers, sources proches du dossier, comme on dit pudiquement. Ils étaient d’accord pour me rencontrer, raconter ce qu’ils avaient vu ou vécu, mais sans apparaître à visage découvert. Il m’incomberait ensuite de recouper avec les pièces et témoignages dont je disposais. J’ai installé Signal sur mon téléphone et ce récit a commencé.

Le 18 octobre 2015, le président François Hollande vient féliciter les agents des douanes au lendemain de la saisie de sept tonnes de cannabis à Paris (crédits : PIERRE CONSTANT/AFP)
À l’automne 2009, François Thierry apprend que Sofiane Hambli déprime sec dans sa prison de Séville. « Celui-là est mûr. Tu peux le retourner », lui a glissé un informateur. Hambli l’insaisissable, un enfant d’immigrés algériens devenu la star des dealers, un trompe-la-mort qui s’est jadis évadé en sautant sur une moto lors d’un transfert à l’hôpital, un intrépide prêt à tout pour ne pas retourner au trou, y compris tirer sur la police espagnole, cet Hambli-là est sur le point de craquer. Il a été interpellé six mois plus tôt dans une marina de la Costa del Sol au moment où il bouclait l’achat d’un yacht de trente-sept mètres. La fête est finie. À 34 ans, il n’est pas près de revoir les nuits de Marbella, ses villas avec piscine, ce coupé Mercedes immatriculé en son honneur « Rise Man ». Il s’apprête à purger une peine de dix-huit années de prison et, vu son pedigree, il aura du mal à obtenir une permission, ne serait-ce que pour embrasser son petit garçon.
François Thierry a fait le chemin jusqu’en Andalousie pour le rencontrer. À 41 ans, le policier dirige le prestigieux service des infiltrés, en attendant de prendre la tête de l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis). Il a une dégaine d’acteur qui renforce sa réputation de séducteur : des yeux bleu azur, un bon mètre quatre-vingt-dix, une gouaille à la Audiard servie par une culture d’ancien khâgneux. Il les tombe toutes, avocates, magistrates, et même cette actrice qui le poursuit quand il est en filature. Derrière la vitre sécurisée du parloir, il présente son plan au détenu : ce qui l’intéresse, c’est le fonctionnement du marché. Qui paie qui ? Par quels circuits occultes transite l’argent ? Comment la marchandise s’implante-t-elle dans les cités ? « Si tu bosses pour moi, je saurai ne pas être ingrat. » Hambli esquisse un sourire : « OK, je vais réfléchir à ta proposition. » Il n’ignore rien du système et, pour le prouver, il cite les noms de deux indics parmi les trafiquants de premier rang : « Je sais que vous avez bossé avec eux et que ça s’est plutôt bien passé… »
Le deuxième entretien a lieu peu de temps après. Thierry veut tester le détenu. Il a préparé une liste de questions dont il connaît les réponses. L’autre réplique sur le ton de l’évidence, l’air de dire : « On va jouer aux cons encore longtemps ? » Le commissaire aborde alors une affaire de blanchiment sur laquelle il planche depuis des mois. Soudain, le déluge, une digue a lâché. Hambli parle vite, sans filtre, ça fuse dans tous les sens. Thierry remplit ses petits carnets noirs. Il relance, demande des précisions, des noms. À la fin de la discussion, il marche sur l’eau.
Si tout ce que dit ce garçon est vrai, le commissaire vient de dénicher la perle rare. Pas comme ces informateurs habituels, une cohorte de patrons de boîtes interlopes, de concierges étriqués et d’agents immobiliers crapoteux. Sans parler « des mythomanes qui regardent deux documentaires sur Verdun et vous font croire qu’ils étaient dans les tranchées », aime raconter Thierry. Lui, il faudra le traiter avec égards. D’ailleurs, quand Hambli a demandé un avocat discret en France pour suivre la procédure d’extradition, le policier a aussitôt transmis une liste de trois-quatre noms, dont celui d’une jeune spécialiste en droit immobilier. « Je ne voulais pas d’un grand pénaliste qui risquait de parler à ses clients », dira le trafiquant aux juges. Thierry-les-yeux-bleus, lui, a juste « omis » de préciser qu’il avait eu une histoire avec l’avocate choisie. Et qu’il continuait à la voir de temps à autre…
Début 2010, les premiers résultats sont encourageants. Grâce à son informateur secret en Espagne, les stups parviennent à démanteler plusieurs réseaux. Pas des pointures mais des profils intéressants. L’office, qui ronronnait depuis des années, retrouve le goût de l’action. Le nouveau patron a tant d’énergie. Il a jadis mené des opérations d’infiltration dans la jungle colombienne, arraisonné des voiliers remplis de cocaïne aux Antilles, négocié des rançons avec des chefs de gangs dominicains. Ses discours galvanisent la soixantaine d’agents. « Il faut taper plus haut, viser les têtes de réseau », martèle-t-il. Dans son esprit, les stups doivent se démarquer des douaniers en cessant d’être obsédés par les saisies. Interpeller un chauffeur polonais de poids lourd avec deux, trois ou cinq tonnes de résine, c’est bon pour les statistiques, mais ça ne change rien au fond du problème : selon les études du ministère de la santé, il s’écoule au moins quatre cent cinquante tonnes de cannabis en France par an, des centaines de milliers d’accros en consomment chaque jour, des millions une fois par semaine. « Qu’on le veuille ou non, la marchandise continuera à passer », répète Thierry à ses équipes. La seule manière de mettre un coup d’arrêt au trafic, c’est de faire tomber les cerveaux. Et pour ça, il a un plan.

François Thierry lors d’une conférence de presse en décembre 2012 (crédits : PATRICK KOVARIK / AFP)
Nom de code : « Myrmidon ». Il a eu cette idée en songeant à l’unité de fantassins de l’armée athénienne qui, dans L’Iliade, pouvait à elle seule renverser le cours d’une bataille. Le principe ? On identifie les camions remplis de cannabis au départ du Maroc, on les laisse tranquillement traverser les frontières, puis on surveille de près le déchargement. Une fois les grossistes identifiés, on leur tombe dessus au petit matin. Pas d’intervention en flagrant délit, donc. Mais une stratégie de long terme destinée à remonter au sommet des filières. Si les caïds ont l’impression d’acheminer leur came sans encombre, tant mieux : ils finiront par relâcher leur attention. « On ne construit pas seulement un cheval de Troie, détaille François Thierry à ses troupes. On donne à nos ennemis l’envie de le faire entrer dans la ville. »
Durant des mois, le commissaire va exposer cette nouvelle stratégie aux autorités judiciaires. Les magistrats ne comprennent pas toujours le sens des références à la Grèce antique pour parler haschisch, mais ce policier a la foi. À la chancellerie, au parquet de Paris, au ministère de l’intérieur, partout il déroule l’histoire des Myrmidons selon Homère, parle de cette guerre qu’il faut mener pour la jeunesse, de ces cités gangrenées par le trafic et les règlements de comptes. Il est temps de s’attaquer à la racine du problème, bouillonne-t-il. Certains juges, piqués au vif, lui demandent comment il compte bien s’y prendre pour repérer les fourgons au départ de Tanger, vu la faible coopération des policiers marocains. « Vous avez raison, répond-il. Il faut un informateur béton chez les trafiquants. Et nous en avons un. »
En janvier 2011, Sofiane Hambli est extradé d’Espagne pour purger sa peine en France. Le voilà placé à la prison de Nancy-Maxéville, dans la région où il a grandi. Ici, il se sent comme chez lui. Quand il était incarcéré pour trafic de stupéfiants près de Metz en 2002, il continuait à mener ses affaires de sa cellule à la manière d’un trader. Il achetait, vendait, prenait des positions sur le cours du cannabis dans le Rif en utilisant jusqu’à quatorze lignes téléphoniques. La seule chose qu’il ignorait, c’est qu’elles étaient toutes sur écoute. Un jour, il s’inquiétait de la qualité auprès d’un fournisseur marocain ; un autre, il menaçait un rival d’aller lui « trouer les genoux à coups de perceuse », puis de le découper lui-même avec ses mains dès sa sortie de prison. Le lendemain, il conseillait à son lieutenant d’arrêter de parler de « ces choses » au téléphone, « on risque de se brûler ».
Le temps a passé et désormais, il se tient à carreau. C’est un détenu modèle qui fait des pompes et regarde des séries. Les gardiens sont étonnés de le voir régulièrement au parloir en compagnie du grand patron des stups venu de Paris, mais personne ne moufte. Thierry annonce qu’il a rendez-vous avec « Pépère » ou « l’autre pensionnaire », et chacun comprend. Ensemble, ils passent de longues après-midi à faire et refaire le panorama du marché, des dernières trahisons aux rumeurs de livraisons. « On dit que ces mecs-là ont réussi à faire rentrer un camion, tu confirmes ? » Il lui demande aussi de sous-titrer les conversations sibyllines entre dealers que ses équipes ont interceptées. Hambli donne des réponses. Il lui arrive aussi de faire mine de ne pas savoir. Ou de tester le policier : « Je te dis un truc, mais si tu tapes maintenant, ça me grille.
– Ben dis-le moi et tu verras bien. »
Au fil du temps, les deux hommes apprennent à se connaître. Ils se jaugent, se reniflent, jouent à chercher leurs limites. « Tu as entendu parler de ce logiciel de cryptage ? » demande Hambli. « Moi, je ne suis pas un spécialiste, mais j’ai des gars qui sont des dieux du truc », bluffe Thierry. Leur relation se tisse dans l’intérêt et la méfiance. Le policier multiplie les coups de filet pendant que le prisonnier obtient de menus arrangements, une autorisation de parloir pour sa sœur, moins de fouilles en cellule… Thierry respecte sa parole. Peu avant le procès en appel, il va plaider la cause de l’informateur auprès du parquet. « On ne va pas passer de dix-huit à cinq ans de prison, mais on vous a bien écouté », s’entend-il répondre. En avril 2011, la cour d’appel de Colmar ramène la peine à treize ans. Premiers signes de reconnaissance. S’il continue ainsi, Pépère obtiendra peut-être la fameuse « réduction de peine exceptionnelle » prévue par le code de procédure pénale pour les repentis les plus coopératifs.
Son avocate y croit. Le commissaire aussi. Hambli est alors à mille lieues de se douter que ses deux protecteurs sont désormais ensemble. Thierry a quitté sa belle actrice pour s’installer avec la juriste. Leur histoire est soudain devenue sérieuse. Ils attendent un bébé et songent à se marier. Mais ils n’en parlent à personne. Aux stups, on ignore tout de la vie privée du patron et ce mélange des genres ne serait pas du meilleur effet. Le policier sent bien que cette affaire est en train de devenir un piège pour lui aussi, mais il ne peut plus faire machine arrière. Pour apaiser ses inquiétudes, il se dit que sa compagne défendra Hambli jusqu’à sa sortie de prison puis qu’elle arrêtera le pénal. Elle reviendra alors au droit immobilier ni vue ni connue. Du moins, c’est le plan…

François Thierry, alors grand patron des stups, lors d’une conférence de presse en 2011 (crédits : PIERRE VERDI/AFP)
À partir de 2012, la relation entre le flic et l’indic s’intensifie. Thierry place la barre de plus en plus haut. Il lui demande maintenant de balancer ses anciens associés, des amis d’enfance. Hambli réclame « un peu de temps ». « C’est toi qui décides, je ne te mets pas le couteau sous la gorge », répète le policier. Pour patienter, il a une idée : l’indic va l’aider à surveiller une livraison sur la Costa del Sol en passant des coups de fil auprès de ses contacts marocains. Mais comment téléphoner jour et nuit d’une cellule sans éveiller l’attention ? Là encore, Thierry a pensé à tout : il s’est arrangé avec le parquet pour sortir Hambli le temps d’une fausse garde à vue, comme s’il allait être interrogé dans le cadre d’une vraie affaire. Le 3 avril, voici donc le détenu menotté à l’arrière d’un véhicule de police en route pour Nanterre, à deux pas de l’Ocrtis. Une chambre a été réservée au Mercure. Il a trois jours et trois nuits pour accomplir sa mission. Au départ, tout se passe comme prévu. Mais au bout de quarante-huit heures, pour respecter un minimum la procédure, il faut le présenter à un juge des libertés et de la détention (JLD) afin de prolonger la garde à vue de vingt-quatre heures. Pas de chance : le magistrat de permanence n’a aucune envie de participer à un simulacre. Il faut trouver d’urgence un JLD plus conciliant. Coups de fil, discussions avec le parquet. En voici un. « Alors, M. Hambli, votre garde à vue se passe bien ? » demande-t-il pour la forme avant de signer les papiers.
Hambli n’en revient pas. Si magistrats et policiers peuvent ainsi jouer avec la loi, il vaut mieux répondre à leurs demandes. Les mois suivant la garde à vue fantôme, ses vieux complices tombent les uns après les autres, à l’image de Djamel Talhi, alias « Johnny Depp » pour sa ressemblance avec le pirate des Caraïbes. Il jouissait tranquillement de sa fortune à Londres depuis des années et les stups désespéraient de le coincer. Son arrestation renforce la stature du commissaire. On le regarde désormais avec crainte et admiration. De Genève à Madrid, il est invité à exposer ses méthodes. Même les magistrats jadis circonspects doivent le reconnaître : jamais la police n’a arrêté autant de trafiquants. « Je ne connais pas de stratégie plus efficace pour lutter contre le cannabis dans les cités », lui glisse l’un d’eux. Seuls les douaniers laissent percer des signes d’agacement : plus leurs rivaux font tomber des réseaux, moins ils saisissent de drogue. Et moins ils touchent de primes. Ce qui commence à poser problème, dans la mesure où leur salaire dépend aussi des prises.
À l’automne 2012, Sofiane Hambli passe en toute discrétion devant un tribunal composé de trois juges d’application des peines. Son dossier comporte un long courrier de soutien signé François Thierry : « Le nombre d’affaires réalisées grâce à lui témoigne de son efficacité et de son opiniâtreté, l’intéressé n’ayant jamais tenté de manipuler ses agents traitants ou de détourner cette collaboration dans un but personnel », écrit-il. L’avocate réclame une réduction de peine exceptionnelle. Accordée. Hambli devait faire dix-huit ans de prison lors de son arrestation près de Malaga en 2009. Il sera libéré fin 2014, au bout d’à peine quatre ans et demi.
Les grands flics le savent : il arrive toujours un moment où l’indic peut leur claquer entre les doigts parce qu’il a envie de changer de vie. En général, c’est quand il sort de prison. Il faut alors le laisser filer, ne serait-ce que pour éviter de décourager les vocations. François Thierry n’a pas oublié cet informateur qui a tout plaqué pour élever des pur-sang dans le Nevada. « Grand bien te fasse, lui a-t-il dit, limite compréhensif. Mais si je te revois en train de négocier une tonne, tout ce que tu auras fait pour moi dans le passé n’aura plus aucune importance. »
Dehors, Hambli reçoit la visite du policier. Ils se voient d’abord au café, mais l’ancien détenu parle trop fort ; il vaut mieux se retrouver dans l’anonymat de la rue, du côté de la porte Maillot ou de la gare de Lyon. Thierry veut le convaincre d’accepter une dernière mission. Ensuite, c’est promis, il le laissera tranquille. Il l’aidera même à disparaître à l’étranger, en Amérique du Sud ou en Asie. Mais avant cela, il rêve de faire tomber une légende du trafic planquée en Algérie : Moufid Bouchibi. Un ancien ami de Hambli devenu son ennemi juré. Le plan est déjà prêt : Bouchibi a perdu deux camions en Espagne fin 2014 et il doit recruter une nouvelle équipe de convoyeurs. Rusé comme il est, Hambli pourrait s’arranger pour faire embaucher des amis. Et glisser parmi eux des policiers infiltrés. « OK, répond-il. Mais après, c’est fini. »
Se joue alors une partie d’illusionnistes entre les deux hommes. Thierry lui fait croire qu’il le surveille en permanence, même s’il n’en a évidemment pas les moyens : « Tiens, c’était qui le mec à moto avec toi l’autre jour ? » lui glisse-t-il. Hambli, lui, doit se comporter comme s’il était de retour aux affaires. Dans ce milieu où il faut en mettre plein la vue pour montrer qui est le boss, il loue un duplex de 300 mètres carrés avec piscine intérieure près de la porte d’Auteuil, dépense des fortunes chez Louis Vuitton ou Dolce & Gabbana, multiplie les voyages aux Pays-Bas et en Belgique… En profite-t-il pour mener son propre business ? Personne ne connaît la vérité – et personne n’a envie de la connaître. Hambli a besoin d’être crédible pour réussir l’opération : il rend peut-être des services à des voyous, se dit Thierry, mais il ne trafique pas comme avant. Dès le mois de mars 2015, des rumeurs laissent pourtant penser le contraire. Un ancien prisonnier de Nancy a appelé la brigade des stupéfiants de Paris (BSP) pour dénoncer Hambli : il jure l’avoir entendu négocier des « livraisons ». Le commissaire doit déminer. Pépère travaille en réalité pour l’Ocrtis et il convient de le protéger : « Laissez-nous vivre avec lui jusqu’à la fin de l’année », demande-t-il à la BSP. Il en profite pour refaire passer le message auprès des douanes. On ne sait jamais.

Image du penthouse avec piscine que Sofiane Hambli louait près de la porte d’Auteuil
L’opération est prévue à l’automne 2015. Elle se présente bien. Au début de l’été, deux agents infiltrés ont eu un premier contact avec les lieutenants de Bouchibi qui leur ont remis des armes de poing pour protéger la marchandise. François Thierry en est certain : cette affaire sera l’apogée de sa carrière aux stups. Il a déjà été approché pour reprendre la direction de l’Office central de lutte contre le crime organisé (Oclco). Les médias l’adorent : il donne des interviews au Parisien, au Figaro, participe à l’émission « C à vous ». Quand Yves Calvi lui fait remarquer, un brin taquin, qu’il pourrait un jour se lancer en politique, François Thierry laisse échapper un « peut-être » plein d’espoirs.
Fin septembre 2015, la tension monte. Hambli communique avec Thierry grâce à des Blackberry introuvables sur le marché. Des « PGP », comme disent les dealers, l’acronyme du logiciel de chiffrement Pretty Good Privacy. Des appareils configurés avec des messageries reliées entre elles et vendus 1 300 euros pièce sur le Web ou sous le manteau en Hollande. Hambli en a acheté une vingtaine dès sa sortie de prison, dont deux pour parler avec le policier en toute tranquillité. Il connaît enfin la date de départ du camion au Maroc : le 7 octobre. Ça tombe mal : Thierry est attendu à Bogota du 12 ou 16 pour officialiser la création d’une unité de stups colombiens dédiée à la traque de trafiquants français de cocaïne. Une cérémonie en grande pompe est prévue avec les autorités. Des années que le commissaire travaille sur ce projet financé par Europol. Alors quand il demande à sa hiérarchie place Beauvau si quelqu’un peut le remplacer à Bogota, la réponse tombe : « Oublie ! Tes camions de shit, c’est bien. Mais ça, c’est un vrai projet politique. »
La suite est une incroyable succession de ratés. Le 7 au soir, le camion de Tanger débarque à Barcelone, puis traverse la frontière franco-espagnole sans que personne ne sache s’il transporte huit, douze ou quinze tonnes de cannabis au milieu des plats à tajine. Du 8 au 11, il reste dans un entrepôt de Vénissieux, près de Lyon, mais les policiers en planque ne signalent aucun mouvement à proximité. Hambli appelle Thierry. Il commence à s’inquiéter. Les acheteurs ne donnent pas de nouvelles. Et s’il avait été démasqué ? Et si le hangar était attaqué ? La marchandise est sous sa responsabilité, il devra alors la rembourser. C’est la règle de ce genre de convois. Il y en a pour au moins 30 millions d’euros et les fournisseurs lui ont versé 300 000 euros pour le transport. Il prévient le commissaire : « Si tes agents se font griller par des mecs à moi, je serai obligé de m’enfuir avec eux. » Le 12, pendant que Thierry s’envole pour la Colombie, Hambli décide de déplacer la cargaison vers un entrepôt d’Aulnay-sous-Bois, en banlieue parisienne. Les livraisons vont bientôt commencer, promet-il. Et avec elles, l’infiltration. Ce n’est plus qu’une question d’heures…
Deux jours plus tard, premières alertes : dans sa chambre d’hôtel de Bogota, François Thierry apprend que les douanes ont saisi deux tonnes de cannabis sur l’A11 près d’Ancenis, entre Angers et Nantes, durant la nuit. L’identité du chauffeur, la qualité du produit : tout porte à croire que la marchandise vient de Hambli. Mauvais pressentiment. Thierry tente de joindre l’indic : le PGP ne passe pas. Avec l’Iphone, il réussit à parler à son adjoint des stups. Surtout, pas d’affolement. On maintient l’opération. Et il faut vite retrouver Hambli pour savoir ce qui a pu se passer. De toute façon, il rentre à Paris dans moins de trois jours : il sera alors temps de prendre une décision.
Samedi 17 octobre, sur les coups de midi. Thierry et son bras droit ont rendez-vous avec Hambli devant le palais des Congrès. Mais qu’est-ce qui lui a pris ? Pourquoi a-t-il déplacé de la came sans les prévenir ? Et pourquoi a-t-il disparu des radars ? « Là, t’as essayé de nous niquer », lance le commissaire. Hambli a l’air paniqué. Il répond qu’il n’arrivait pas à le joindre, regarde dans le vide en répétant : « Putain, mais je ne vais jamais m’en sortir. » À l’écouter, les acheteurs nantais ne voulaient plus venir jusqu’à l’entrepôt, « peut-être qu’ils sentaient l’embrouille ». Ils lui auraient demandé de faire une partie du trajet et c’est pour ça qu’il a envoyé un camion. Thierry est fou de rage. La logique de Myrmidon, c’est de suivre les trafiquants à partir du lieu de stockage, pas de les livrer à domicile. Et le reste du convoi, où est-il ? « En bas de chez moi », répond Hambli sans ciller. Quoi, en plein Paris ? Oui, boulevard Exelmans, dans le XVIe. À cet instant, le commissaire devrait annuler l’opération et prévenir le parquet du fiasco. Mais il veut encore y croire. « Si j’avais pensé que l’opération d’infiltration était fichue, je l’aurais cloué contre une porte cochère », confiera plus tard le commissaire à ses proches. Au lieu de ça, il lui dit : « Si on y arrive, tu pourras compter sur moi, je ne te lâcherai pas. »
Ils n’y arriveront pas. En fin d’après-midi, Thierry reçoit un appel : les douaniers viennent de réaliser une saisie record à Paris. Sept tonnes de cannabis dissimulées dans trois camionnettes, près de la porte d’Auteuil. Ils n’avaient évidemment informé personne, surtout pas l’Ocrtis. Ils affirment avoir été alertés par un riverain qui trouvait « bizarre » la présence de ces utilitaires dans la rue. Le quartier est bouclé. Des passants prennent des photos avec leurs portables. C’est fini. Il faut tout raconter aux magistrats qui avaient autorisé l’opération. « Une fois de plus, les douaniers ont joué en solo », s’attriste l’un d’eux. Le lendemain, le commissaire revoit son indic une dernière fois. Il lui annonce qu’il ne peut plus rien faire pour lui. L’autre ne comprend pas. Il est catastrophé, parle des Russes qu’il devait retrouver au Pays-Bas, des « mecs superchauds ». Comment va-t-il les rembourser ? Il faut que le policier l’aide. Ça ne peut pas s’arrêter comme ça, après tout ce qu’ils ont vécu ensemble. Thierry le coupe. « T’as pas compris ? Toi et moi, c’est terminé. À partir de maintenant, tu deviens un objectif. Tu ne peux même plus m’appeler. » Et il lui rend son PGP. Le soir même, en allumant la télévision, il verra François Hollande féliciter les douaniers : « Bravo pour votre courage, bravo ! »

François Thierry lors de la saisie de 2,5 tonnes de drogue en 2012 (crédits : PATRICK KOVARIK / AFP)
À quoi ça ressemble, un flic qui tombe ? Comment garder la tête haute et le profil bas ? En février 2016, François Thierry est en train de bricoler dans sa maison de campagne quand il apprend l’arrestation de Sofiane Hambli en Belgique. Très vite, l’ex-indic est rapatrié en France par le GIGN en hélicoptère blindé, façon chef de la mafia. Dès le premier interrogatoire, il désigne Thierry comme son « employeur », l’homme qui lui donnait les ordres. Les magistrats s’interrogent. Et si le commissaire ne leur avait pas tout dit ? Son appartement parisien est perquisitionné, puis son ancienne bergerie du Gers. Ses ordinateurs sont fouillés ; ses voisins interrogés. Le 22 mars 2017, son épouse est convoquée devant la police des polices. On la questionne sur sa relation avec le commissaire : « Depuis combien de temps le connaissez-vous ? Dans quelles circonstances l’avez-vous rencontré ? » La jeune femme hésite, cherche ses mots : « J’ai du mal à me concentrer sur mes réponses, murmure-t-elle. Nous nous sommes vraiment mis ensemble en 2010, je pense. » On lui demande si elle a déjà défendu des dealers avant Hambli. « J’avais eu quelques dossiers au pénal, mais je n’avais pas d’expérience particulière en matière de stupéfiants », doit-elle reconnaître. Le face-à-face est tendu, l’atmosphère étouffante. Une alarme incendie vient de se déclencher dans le bâtiment ; il faut interrompre l’audition pendant dix minutes. Quand l’interrogatoire reprend, les questions tournent autour de l’argent. Comment Hambli la payait-elle ? En espèces, répond-elle. Combien ? Entre 20 000 et 30 000 euros pour quatre ans de procédure. « Pourquoi avoir fait une sorte de tarif au rabais ? relance l’enquêteur, sarcastique.
– Je ne suis pas un avocat aux honoraires élevés.
– Ces sommes ont-elles pu apparaître sur les comptes de votre conjoint ?
– Absolument pas. (…) J’ai eu ma fille au même moment, c’était tout pour moi. Je voulais être pleinement autonome. »
Au bout de trois heures, elle conclut d’une voix blanche : « Mon mari et moi avons une vie des plus banales, tournée autour de nos filles. Nous sortons peu et partons peu en vacances. »
Les juges grattent maintenant le vernis du commissaire modèle. Après l’avoir soutenu durant des années, ils cherchent des traces d’enrichissement personnel. Deux sujets les intéressent en priorité : le financement des travaux de sa maison de campagne et les photos de voilier retrouvées sur son disque dur. Il a beau présenter des factures, décrire ses journées de bricolage, raconter sa passion pour les monocoques depuis l’enfance et les stages aux Glénans, les enquêteurs ne le lâchent pas. « Ils peuvent tout vérifier, répète Thierry en privé. J’ai saisi des millions en espèces, j’ai vu des tables débordant de cash et tout cet argent m’a toujours paru abstrait. Est-ce qu’un réparateur de Ferrari a la main qui tremble quand il touche au moteur d’une F40 ? »
Le coup de grâce tombe le 24 août 2017. Dix heures d’affilée, le policier est questionné par deux juges d’instruction. Ils n’ont pas trouvé un centime suspect, mais ils ont de nouveaux reproches à formuler : pourquoi a-t-il rendu son PGP à Hambli lors du dernier rendez-vous alors que l’appareil aurait pu parler ? Pourquoi ne l’a-t-il pas interpellé à cet instant ? Le policier ne peut pas dire qu’il a laissé filer l’homme qui l’a tant aidé durant des années, mais il vante son bilan, ses résultats : des dizaines de réseaux démantelés, une centaine de trafiquants arrêtés, des tonnes de cannabis saisies. Les juges, eux, sont convaincus que l’indic a profité de l’opération Bouchibi pour mener ses propres affaires. Les semaines suivant la saisie d’Exelmans, plusieurs livraisons ont été interceptées, dont une de plus de six tonnes près de Mons, en Belgique. Un chauffeur a même affirmé que le camion de Tanger contenait près de trente tonnes de shit. « Hambli peut m’avoir menti sur la quantité, accorde le policier. Après, j’ai du mal à concevoir l’utilité pour lui parce qu’on est en phase cruciale et finale de notre relation, qu’il est dans une situation très exposée. » Il précise le rapport de force, brutal : « À ce moment, les seuls sur qui il peut compter à l’avenir, c’est nous, et si on s’aperçoit qu’il nous a doublés ou menti, on va le faire tomber. On connaît ses ennemis ; on peut lui causer des torts considérables. » Comprendre : le balancer et laisser les crocodiles le dévorer.
Les magistrats restent de marbre. À la cent soixantième question, ils annoncent leur intention de mettre le commissaire en examen pour avoir « délibérément caché à l’autorité judiciaire des informations essentielles qui auraient permis de juguler le trafic de stupéfiants ». Le choc. Le policier, qui se flattait d’arrêter les trafiquants « comme personne », se retrouve dans le même sac qu’eux. Ses avocats, Angélique Peretti et Francis Szpiner, s’insurgent contre une « infamie ». Mâchoire serrée, corps en avant, Szpiner fait résonner sa voix de stentor : « Avec Hambli, tout le monde avait conscience d’avoir affaire à un individu hors norme et au vu des résultats obtenus grâce à lui, rien ne permettait de penser qu’il jouait un double jeu. » Les juges acceptent de retirer les qualifications de « trafic de stupéfiants » et d’« association de malfaiteurs », mais ils retiennent celle de « complicité » : pour eux, Thierry a basculé du côté des voyous. Il risque jusqu’à dix ans de prison et 7,5 millions d’euros d’amende.
Sofiane Hambli est aujourd’hui incarcéré à Fleury-Mérogis, en banlieue parisienne. Il lit des romans, regarde la télévision, fait du sport. C’est un prisonnier à part qui ne peut pas aller en promenade sans être insulté par les autres détenus. Pour le protéger, l’administration pénitentiaire a dû le placer dans une aile spéciale, d’ordinaire réservée aux terroristes. Son avocat, Joseph Cohen-Sabban, tente de démontrer qu’il a été la victime collatérale d’une impitoyable guerre des polices. Pour lui, les douaniers ont menti : ils ne sont pas intervenus par hasard boulevard Exelmans. Ils filaient Hambli depuis des semaines et voulaient le coincer pour porter un coup fatal à leurs rivaux de l’Ocrtis, en particulier au premier d’entre eux.
François Thierry, de son côté, se bat désormais contre la solitude et la dépression qui guette. Ses ex-collègues ont pris leurs distances ; les anciens chefs ne répondent plus. Son couple aussi a explosé : la vie était devenue intenable depuis que l’affaire et le rôle de madame étaient sortis dans la presse. Le commissaire a d’abord été muté à la sous-direction antiterroriste, puis rangé dans un placard à la délégation spécialisée dans le cyberterrorisme. À la honte de la mise en examen, la procureure générale de Paris a ajouté l’inimaginable pour un flic : le retrait de l’habilitation d’officier de police judiciaire, en raison d’un « manque de loyauté » et de « négligences graves ». Concrètement, Thierry ne peut ni constater un délit ni mener une enquête. « C’est terminé, dit-il à ses derniers amis. On a perdu la bataille de la drogue. »
Il repense parfois à Sofiane Hambli et à ces six années de relation secrète. Curieusement, il ne parvient toujours pas à lui en vouloir, convaincu que le contrat a été respecté jusqu’au bout. Il y a peu, il a reçu l’appel d’un proche de Hambli : en prison, l’ancien indic aurait convaincu son voisin de cellule, le tristement célèbre Salah Abdeslam, de lui raconter la préparation des attentats du 13-Novembre : « Ce serait bien que tu l’écoutes, lui disait une petite voix. Ça montrerait à tout le monde que tu restes un grand flic. » Thierry a décliné, la mort dans l’âme. Il ne sera sans doute plus jamais un grand policier.
Cet article est paru dans le numéro 54 (Février 2018) de Vanity Fair France
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