Sur les chantiers suisses, la bière a laissé place à d’autres substances
Cannabis, cocaïne ou amphétamines sont de plus en plus consommés pour tenir le rythme, rapporte la «NZZ am Sonntag». «Avec de la coke, je travaille comme une machine. Mon chef devrait me payer le double», lance un apprenti de 16 ans actif dans la région zurichoise, interrogé par le journal. Et il ne serait pas le seul à penser ainsi.
«Un chantier sur deux ou trois»
«Aujourd’hui, on ne boit presque plus sur les chantiers. En revanche, les signalements de consommation de drogues augmentent», explique Chris Kelley, du syndicat Unia. Les stimulants permettent de masquer la fatigue et les douleurs, mais épuisent l’organisme.
Selon une agence de placement contactée par nos confrères, la consommation de drogues serait présente sur «un chantier sur deux ou trois» et constitue «un secret de Polichinelle». Difficile toutefois d’évaluer l’ampleur réelle du problème. Les tests sont rares et les données inexistantes.
Les difficultés psychiques restent un tabou
Pour les spécialistes, les causes sont structurelles. Le phénomène s’inscrit dans un contexte de forte pression. Le secteur connaît un boom qui dure depuis des années, mais manque de main-d’œuvre qualifiée. Or, sur les chantiers, la question du stress et de la santé mentale demeure largement taboue. Les ouvriers parlent rarement de leurs difficultés psychiques, notamment par crainte d’être perçus comme faibles. Dans ce contexte, ce sont surtout des amphétamines – moins chères que la cocaïne – qui sont consommées pour être plus performant à court terme.
Mais le revers est brutal. «Ce qui aide le jour se paie la nuit», souligne un expert en prévention. Pour compenser la fatigue le soir, beaucoup se tournent à nouveau vers ces substances. «C’est ainsi que commence la spirale de la dépendance.»
Chris Kelley, d’Unia, réclame désormais des campagnes de prévention, comme cela avait été fait pour l’alcool il y a 30 ans. Selon lui, le problème reste encore trop peu abordé.
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