DNRED: dans la tourmente judiciaire après des perquisitions dans plusieurs échelons de la DNRED et près de 800.000 euros saisis

Les enquêteurs ont trouvé dans les locaux de la direction des opérations douanières du Havre près de 800.000 euros, dont 740.000 dans une valise et 40.000 dans un fauteuil. Ils soupçonnent les agents des douanes, sur le terrain ou à l’état-major, d’avoir détourné ces sommes à leur profit personnel, voire pour leur service sur ordre de leur hiérarchie. 

http://www.europe1.fr/faits-divers/perquisitions-dans-plusieurs-services-des-douanes-pres-de-800000-euros-saisis-2926883

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http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/12/14/01016-20161214ARTFIG00317-la-dnred-service-phare-des-douanes-perquisitionne.php

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http://www.boursier.com/actualites/reuters/perquisitions-dans-plusieurs-services-des-douanes-198186.html?fil79

FRANCE (OCRTIS – DNRED): l’éternel recommencement

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Lors de la visite à la DNRED du président Hollande et du ministre Sapin, suite à la saisie du Boulevard Exelmans, le directeur Jean Paul Garcia est absent, remplacé par Hélène Crocquevieille, la DG de la Douane française

Dans l’affaire de la saisie de sept tonnes de cannabis, Me Cohen-Sabbant vise le procès-verbal des deux douaniers « verbalisateurs ».

Ils auraient soi-disant été « destinataires d’un renseignement » – arrivé « miraculeusement » le 17 octobre, ironise Me Cohen-Sabban – concernant ces camionnettes « stationnées boulevard Exelmans » et lestées de 212 « valises marocaines ». Elles se trouvaient précisément sous les fenêtres d’Hambli qui attendait, dit-il, le coup de fil des acheteurs pour envoyer ses chauffeurs leur apporter la marchandise, en accord avec l’Office des stups (OCRTIS) prêt à les « péter », c’est-à-dire les arrêter.

lire plus: https://ns55dnred.wordpress.com/2016/12/06/france-ocrtis-sophiane-hambli-va-porter-plainte-contre-la-dnred/

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FRANCE (OCRTIS): Sophiane Hambli va porter plainte contre la DNRED

En son temps Patricia Tourancheau avait consacré plusieurs articles à Marc Fievet, l’agent infiltré de la DNRED, qui avait porté plainte contre les Douanes…

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Mais le Secret Défense était là pour protéger tous les menteurs de la DG des douanes, les « alzheimeriens » de la DNRED et les manipulateurs de l’IGPN, en charge de l’enquête!

lire plus sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Fievet

http://www.liberation.fr/portrait/2005/06/15/tout-a-declarer_523489

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OCRTIS1.jpgPar Patricia Tourancheau

C’était une bien belle prise pour les douanes, ces sept tonnes de résine de cannabis attrapées – grâce à un tuyau tombé du ciel– dans des camionnettes boulevard Exelmans à Paris, ce 17 octobre 2015. De quoi ameuter jusqu’au président de la République, François Hollande, venu féliciter les agents de Bercy qui « ont été capables, après un long travail »  de porter « ce coup que j’espère fatal aux organisations criminelles ».

Depuis, la fable a été éventée. Finalement, la douane n’a fait que torpiller une opération montée par ses concurrents de l’Office des stups, et plomber sa meilleure source, Sophiane Hambli, 41 ans.

François Thierry, patron de l’Office policier et mentor de l’indic Sophiane Hambli, expliquera ainsi au procureur de Perpignan « la déloyauté » des « gabelous » : « Il apparaît clairement que la DNRED [Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières, NDLR] ‘travaillait’ bien antérieurement sur la source de l’OCRTIS, et dans la plus grande discrétion », sans « inscrire sa cible au FNOS (le Fichier national des opérations de stupéfiants) pour « ne pas alerter » l’Office des stups sur son véritable dessein. Cette « façon de jouer en solo des douanes » pour faire tomber l’indic du service concurrent ulcère Me Cohen-Sabban, pour qui « cette affaire est pourrie jusqu’à la moelle mais les pourris ne sont pas ceux que l’on croit. »

 

lire: http://tempsreel.nouvelobs.com/justice/20161206.OBS2239/trafic-de-stupefiants-un-indic-porte-plainte-contre-les-douanes.html

Lire aussi

https://ns55dnred.wordpress.com/2016/12/07/france-narcotrafic-les-agents-de-la-dnred-auraient-ils-monter-un-chantier-a-sofiane-hambli/

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ESPAGNE (les années sombres du terrorisme et du narcotrafic d’Etat): retour sur les cloaques de Felipe Gonzalez, José Barrionuevo, José Luis Corcuera, Rafael Vera et des mercenaires du GAL

felipe-gonzalez-y-el-reyFelipe González jura su cargo ante el Rey Juan Carlos

La situation politique

Malgré la mise au point de Felipe Gonzalez qui estime que les statistiques du chômage «ne reflètent pas la situation réelle», l’année sociale débute sous de sombres auspices. Les créations d’emplois ne compensent pas les suppressions de postes que la restructuration opère dans de nombreux secteurs de l’économie. Le cap des trois millions de chômeurs est à présent officiellement dépassé. Manifestations et grèves dures se multiplient dans les régions particulièrement touchées par les suppressions d’emplois ou le manque de structures industrielles (Galice, Pays basque, etc.). De violents affrontements opposent les brigades anti-émeutes et les ouvriers dans les entreprises des secteurs miniers, métallurgiques, sidérurgiques et les chantiers de construction navale. Au pays Basque, la décision de fermer ceux de Bilbao provoque de véritables combats de rues.

Dans certains conflits, comme celui d’Aluminia-Aluminio, le pouvoir va jusqu’à sanctionner les syndicalistes, au point que l’association Juges pour la Démocratie (JPD), s’alarme d’une restriction possible du droit de grève. Une crise éclate au sein de la Fédération nationale UGT-métal, notamment en Catalogne où se déroulent deux congrès parallèles. Si l’on ajoute à ces conflits ouverts, ceux qui perturbent de façon intermittente le monde rural (occupations de terres en Andalousie, grogne des producteurs contre les accords hispano-marocains) et les ports de pêche du littoral espagnol, on comprend comment le pays s’est solidarisé le 14 décembre dans une impressionnante grève générale, sans précédent historique.

Ce marasme ne semble pas affecter l’un des secteurs privilégiés du régime : les banques affichent leur prospérité. Banques et Caisses d’Epargne annoncent un 500 milliards de pesetas de bénéfice pour l’exercice 1987. Au cours du premier semestre 1988, ceux de la Gran Banca s’élèvent à 150.000 millions. L’austérité n’affecte pas le monde de la finance. La fusion de Banesto et de Banca Vizcaya fait de ce groupe la première banque d’Espagne (20% du négoce bancaire, 22 % de la clientèle, 7e rang européen pour l’activité boursière). L’Espagne a la CEE en poupe.

1988 : le procès des «seconds couteaux»

Toutefois, ces bilans de prospérité ne distraient pas le gouvernement des graves problèmes qu’il doit affronter au niveau de ses institutions (police et justice) et plus généralement celui de sa respectabilité démocratique. La crise de l’UGT et les dissensions apparues en février, au XIIe congrès du PSOE, traduisent la crise morale qui traverse la base militante du régime. Il faut dire que l’autorité de l’Etat de droit espagnol en entachée d’un certain nombre de manquements graves aux règles démocratiques. Bavures policières, mauvais traitements tortures, disqualifient de plus en plus les forces de sécurité ; au point que la justice, pourtant soupçonnée par les Juges pour la démocratie (JPD) d’être excessivement sensible aux pressions de l’exécutif, réagit par de nombreuses condamnations.

barrionuevoJosé Barrionuevo (ici a la droite de Felipe Conzales) en personne est obligé de désavouer le comportement de la guardia civil dans certaines zones opérationnelles (Pays Basque et Canaries). (manque un passage…) Neuf ans pour le directeur de la prison de Carabanchel, responsable de la mort de l’anarchiste Agustin Rueda, vingt-neuf ans pour les policiers tortionnaires et assassins d’El Nani.

El Nani

Cette sentence met provisoirement un terme à un procès qui a commencé le 13 avril 1988. Les faits que l’on reproche aux trois policiers de la brigade provinciale de la Police judiciaire de Madrid (le commissaire F. J. Fernandez Alvarez et les inspecteurs Gutierrez Lobo et F. Aguilar Gonzalez), ainsi qu’à quatre de leurs collègues qui sont acquittés, remontent au mois de décembre 1983.

Le 12 novembre, un truand, Santiago Corella appelé El Nani, est arrêté avec un ami, Angel Manzano, leurs deux épouses, et tris de ses sœurs. Interrogé au commissariat de la Puerta del Sol à Madrid, il disparaît le lendemain sans que l’on n’ait jamais pu retrouver sa trace. La version officielle de la police est que le gangster (auteur de plusieurs hold-up), a réussi à fausser compagnie aux policiers qu’il emmenait vers une cache d’armes. Ils admettent toutefois l’avoir arrêté pour une attaque à main armée qu’il n’a sans doute pas commise.

D’autres versions localiseront ultérieurement le truand en France et au Mexique et l’interminable instruction ouverte après sa disparition, établira que celles-ci ont été de grossiers montages fabriqués par les fonctionnaires de la brigade de l’Intérieur, avec la complicité de l’un des avocats des policiers incriminés. La version de Manzano et de la famille dément totalement celle de la police. Corella aurait été torturé à mort comme Manzano, dont les lésions dûment vérifiées par une expertise médicale, lui ont valu une hospitalisation. La ténébreuse affaire El Nani commence quelques mois après la victoire électorale du PSOE, lequel ne tarit pas de promesses sur l’avenir de la «jeune démocratie espagnole». Elle va entacher dès le début un Etat de droit qui se targue d’en être le nouveau garant.

A vrai dire, le procès a failli ne pas avoir lieu. Sans la ténacité du juge d’instruction A. Martinez Arrieta, et les révélations d’un bijoutier de Santander en décembre 1985, le ministère de la Justice aurait probablement archivé le dossier de cette affaire qui va permettre de lever le voile sur un énorme scandale institutionnel. En 1986, le juge d’Instruction fera état des pressions  dont il a fait l’objet pour clore, «faute d’éléments suffisants» l’enquête judiciaire. Plus grave, il fournira la photocopie d’un rapport confidentiel (émanant de la brigade d’information du ministère de l’Intérieur et signé par Martinez Torres) qui recommande «la plus grande discrétion, étant donné la qualité du magistrat en question». Détail inquiétant : le rapport est assorti de photographies que l’on a prises à son insu sur les marches du Palais de Justice.

En décembre 1985, le bijoutier F. Venero, recéleur occasionnel de la bande Corella-Manzano, et qui se dit menacé, se présente spontanément à la justice. Ses révélations vont relancer l’enquête in extremis. Selon lui, (et l’instruction confirmera beaucoup de ses dires) El Nani faisait partie d’une association de malfaiteurs comprenant des truands professionnels et des policiers de la brigade judiciaire qui les faisaient chanter. Au nombre de ces policiers corrompus,  «la mafia policière», il accuse formellement Guttierrez Lobo comme étant l’instigateur de l’attaque en janvier 1985, butin 1200 millions de pesetas) et l’un des responsables de la mort de El Nani. F. Venero révèle les confidences qui lui ont été faites sur la mort de Corella et la complicité qu’on lui a proposée pour accréditer la fuite d’El Nani en France.

En septembre 1988 ; le procès, véritable radiographie des institutions étatiques, établit un certain  nombre de faits accablants. Santiago Corella  a été torturé à mort dans les locaux de la police. Des témoins ultérieurs affirment que son cadavre a été enseveli près de Jaen (Andalousie). La torture est une pratique courante dans les commissariats et elle est couverte par la hiérarchie.

Dans le cas de El Nani, et selon quelques-uns des 75 policiers cités dans cette affaire et dans une centaine d’autres, l’application de la loi antiterroriste a été recommandée par des hauts fonctionnaires du  ministère de l’Intérieur. Cette application à des délinquants de droit commun est une dérive grave de la législation. La hiérarchie du ministère de l’Intérieur était au courant des agissements de la «mafia policière» (hold-up, trafic de drogue et d’armes, etc.) et a couvert autant que possible les responsables par peur du scandale.

Les pressions de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire tout au long de l’affaire, mettent en cause l’autorité de l’Etat. Le ministre de de l’Intérieur, José Barrionuevo (cité pour faux témoignage et dont l’Accusation populaire a maintes fois réclamé la démission), n’a jamais comparu ni répondu aux requêtes de la justice. En juillet 1988, le remplacement de José Barrionuevo par José Luis Corcuera à la tête du ministère de l’Intérieur est l’une des conséquences tardives de cette affaire. José Barrionuevo est nommé ministre des Transports et des Communications.

Le réveil de la magistrature progressiste et les pressions de l’opinion nationale et internationale ne sont pas restés inopérants. En 1988, les protestations de masse et celles des organismes de défense des droits de l’homme, ont fait reculer sensiblement l’impunité des policiers employant des méthodes illégales et responsables d’actes de violence. Dans les prisons, la situation reste préoccupante. Le rapport d’Amnesty international rejoint celui du Défenseur du peuple, pour dénoncer la détérioration des conditions carcérales : prisons surpeuplées, isolement, brimades et mauvais traitements, toxicomanie, insalubrité, etc. Les quelques six cent prisonniers  politiques (ETA, GAPO, CAA…), parmi lesquels les Basques ont droit à un statut particulièrement éprouvant se plaignent de nombreux sévices et de tentatives délibérées de dépersonnalisation. Dans plusieurs cas, les mutineries (Almeria, Carabanchel) ou les grèves de la faim ont été les ultimes expédients pour défendre leur dignité bafouée.

En mai, des médecins de la police et des établissements pénitentiaires ont refusé d’examiner les détenus, parce qu’en cas de mauvais traitements ou de tortures, leurs déclarations n’étaient pas prises en compte et même passibles de sanctions. Face à ce délabrement des institutions, le gouvernement a chiffré le coût de modernisation des forces de sécurité et de l’appareil judiciaire : respectivement 200.000 et 153.000 millions de pesetas. Une augmentation de 38% à 39%, étalée sur deux ans, est prévue pour l’amélioration du moral de la magistrature.

D’autres sujets de préoccupation travaillent la société espagnole.

Comparaison faite avec les dépenses militaires, l’enseignement et la santé (l’un des plus bas niveaux de la Communauté européenne) apparaissent comme les parents pauvres de budget espagnol. La grève générale des enseignants qui démarre à la fin du mois de mai sanctionne cette situation de pénurie. Dans le domaine de la santé, le droit à l’avortement, durement pénalisé par une justice en retard de deux régimes (procès de 14 femmes à Valladolid, perquisition dans une clinique à Malaga), mobilisent l’opposition de gauche. Paradoxalement laxiste en matière de répression de la toxicomanie, le gouvernement espagnol est confronté à l’accroissement dramatique du marché de la drogue : saisie record de cocaïne à Madrid, ravages parmi la jeunesse urbaine et rurale (104 morts par overdose d’héroïne dans la seule ville de Barcelone).

En Euskadi, ce fléau social est perçu comme l’une des pratiques inavouables de la «guerre sale». Des secteurs de plus en plus larges de la population dénoncent les complicités directes de la police espagnole dans la diffusion de la «mort blanche». Des campagnes anti-drogue (Udaberri 88) et des organismes comme Askagintza sensibilisent les municipalités  et les invitent à nettoyer les villes et les villages des trafiquants «auxiliaires» du plan ZEN. L’ETA, pour sa part, ne s’embarrasse pas de scrupules humanitaires. En 1988, plusieurs grossistes paient de leur vie le bénéfice qu’ils tiraient de leur commerce mortifère. Un peu partout en Espagne, et surtout dans les prisons où le problème se complique des séquelles du SIDA, la complicité des fonctionnaires est à l’ordre du jour,

Autre institution contestée par une fraction grandissante de la population, l’armée et le service militaire sont sur la sellette. Le taux de mortalité parmi les nouvelles recrues (suicides, accidents, sans compter les pertes dues au service opérationnel), alarment l’opinion. L’objection de conscience et l’insoumission mobilisent contre la « Mili » des milliers de jeunes de plus en plus traumatisés par le «pacification» que le pouvoir mène au Pays Basque et dans les régions gagnées par l’indépendantisme (Catalogne, Andalousie, Galice). La négociation du statut de 23.000 candidats au service civil ouvre une brèche dans l’une des plus rigides traditions militaires d’Europe.

Simultanément, tout au long de cette deuxième année « européenne », les réactions de masse à l’intégration militaire de l’Espagne dans le système de défense atlantique (OTAN, Convention hispano-américaine, UEO) gênent le gouvernement de Felipe Gonzalez. En fait, Felipe Gonzalez et le lobby militaire négocient le modèle de défense espagnol sur trois niveaux. La nouvelle convention passée avec les Etats-Unis aboutit au transfert des F16 de la base de Torrejon en Italie, mais redéfinit avec d’importantes concessions l’alliance stratégique des deux pays. En réponse à l’opposition qui rappelle la clause du référendum sur l’OTAN interdisant l’installation d’armes nucléaires sur le territoire espagnol, le ministre de la Défense Narcis Serra établit un subtil distingo entre «transit» et «escale». En réalité, durant l’année 1988, les ports méditerranéens et les Baléares accueilleront plusieurs bâtiments porteurs d’armement nucléaire.

Au niveau de l’OTAN, la démarche de l’Etat espagnol est encore plus tortueuse. Dès février, le secrétaire général de l’OTAN, Lord Carrington, encourage l’Espagne à «renforcer le pouvoir politique et militaire du système atlantique». Le gouvernement espagnol assure les pays membres de son intervention en cas de force majeure. En avril, la visite du général John Galvin, commandant en chef des forces alliées en Europe, prélude à la réunion des généraux de l’OTAN à Tolède. En juin, pour la première fois de son histoire, l’Organisation atlantique tient ses assises à Madrid. En juillet, c’est au tour des ministères de la Défense français et espagnol de mettre au point les modalités de la participation de l’Espagne à la défense du continent. Le ministre Jean-Pierre Chevènement estime que l’apport espagnol est capital pour le renforcement du système européen. Moyennant la coordination des forces armées espagnoles par le commandement allié de Naples (haut lieu du GIBMED basé à Gibraltar) et la non-subordination des unités portugaises à l’état-major espagnol, l’intégration relative de l’Espagne et sa contribution militaire sont acquises à la fin de l’année.

Pour ce qui est de l’incorporation de l’UEO, les transactions sont plus délicates. L’UEO y met en effet comme condition la nucléarisation de l’Espagne, incompatible avec les engagements de Felipe Gonzalez lors du référendum sur l’OTAN. Durant l’année, les entorses à ces promesses vont déclencher de nombreuses manifestations par l’opposition pacifiste ou les écologistes anti-nucléaires. Ces manifestations (marches, grèves), souvent durement réprimées par les forces de l’ordre, visent aussi bien les bases militaires (Torrejon, Saragosse, Polygone de tir d’Anchuras, etc.) que les centrales et les «cimetières» de déchets nucléaires qui les environnent (Garona, Almaraz, Trillo, Zorita, Vandellos, Asco, Hornachuelos). La gauche reproche à L’Etat d’acheter de l’uranium à l’Afrique du Sud.

Mais les perspectives du marché espagnol et les impératifs de la défense européenne ont raison de cette opposition encore minoritaire. Le 14 novembre, l’UEO donne son approbation à l’entrée de l’Espagne. Au plan de la lutte antiterroriste, l’Etat espagnol semble être en position de force. L’un des principaux effets du plan ZEN est sans doute la signature, le 17 janvier, d’un pacte anti-ETA qui associe tous les partis (PSOE, AP, CDS, PNV, EE, et EA) dans un accord «pour la normalisation et la pacification d’Euskadi ». Hormis la coalition Herri Batasuna, au demeurant menacée d’illégalisation, les institutions politiques font bloc autour du pouvoir central.

Le 12 mai, le gouvernement espagnol fait voter un décret qui assimile la loi anti-terroriste à la législation de droit commun : la garde à vue est ramenée de dix à cinq jours, mais cette modification élargit dangereusement le champ d’intervention des forces de sécurité. Pour compenser le départ de José Barrionuevo, trop impliqué dans l’affaire des « fonds spéciaux » du GAL et l’affaire El Nani —le ministère de l’Intérieur revient à José Luis Corcuera— l’Etat nomme le général Casinello commandant en chef de la zone basque. La promotion de ce spécialiste de la lutte antisubversive, quelque peu éloigné du terrain des opérations en raison de sa polémique contre la « démocratie espagnole », et qui a toujours déclaré publiquement « préférer la guerre à l’alternative KAS », prouve bien la détermination du pouvoir central.

Les attributions de la police autonome (Ertzaintza) sont augmentées et sa participation à la lutte contre les militants indépendantistes est de plus en plus efficace. Le gouvernement espagnol s’attribue l’initiative et le mérite des négociations amorcées par les pourparlers de 1987. Une campagne soigneusement orchestrée par les médias officiels habitue l’opinion à l’idée que la négociation pacifique du problème basque est le résultat d’une victoire de la «pacification» sur le terrain. Pourtant, une enquête du gouvernement autonome estime que les indépendantistes restent majoritaires en Euskadi et que 24% seulement de la population est favorable au pacte anti-ETA.

Malgré les promesses de Joxe (arrêt des procédures d’expulsion en urgence absolue) et le retour des socialistes au pouvoir en France, la coopération franco-espagnole en matière e lutte anti-terroriste connaît un regain de solidarité. En témoignent les contacts qui se multiplient entre responsables des deux pays : rencontre à Donana de Felipe Gonzalez et François Mitterrand, journées de concertation entre Michel Rocard et Felipe Gonzalez, visite de Pierre Joxe à Madrid, séjour à Paris du nouveau ministre de l’Intérieur José Luis Corcuera accompagné de Rafael Vera, secrétaire d’etat à la Sécurité, et d’une cohorte d’experts en lutte antiterroriste, visite de Jean-Pierre Chevènement et Roland sur fond de marchandages divers. L’Espagne doit encore se doter de sous-marins et d’hélicoptères, et la rénovation de son réseau ferroviaire intéresse beaucoup les société françaises comme Alsthom. En témoignent surtout les opérations de filtrage des frontières par la PAF (une vingtaine pour l’année 1988), les assignations à résidence, les arrestations, les procès et même les expulsions et les extraditions qui entretiennent la persécution des réfugiés et des membres présumés de l’ETA en France.

A quelques détails près, la doctrine en vigueur reste celle dont se prévalaient José Barrionuevo, Charles Pasqua et Robert Pandraud l’année précédente : «Le terrorisme est la principale menace contre les libertés en Europe» (Barrionuevo).

robert-pandraud-a-la-gauche-de-charlesles « sinistres » Robert Pandraud et Charles Pasqua

«Il n’y aura jamais de Communauté européenne sans une lutte commune contre le terrorisme (Pandraud). «C’est un acte de militance démocratique» (Pasqua).

Une ombre cependant à ce consensus idyllique où l‘on célèbre l’amalgame entre défense et sécurité, contre-terrorisme, prévention de la criminalité et protection sociale des citoyens: un sondage publié en août par El Independiente établit que 58% de citoyens ne croient pas que Felipe Gonzalez lorsqu’il affirme que le GAL n’a aucun lien avec l’Etat espagnol. Les procès qui s’ouvrent et les instructions qui s’alourdissent durant cette année 1988 placent le gouvernement en position de principal accusé devant la justice constitutionnelle et l’opinion publique.

1988 : en Espagne, enfin la justice bouge aussi

Le 2 janvier, une commission rogatoire emmenée par le juge d’instruction de l’Audiencia nacional, Carlos Mejia, se rend en France pour interroger Figueiredo et Frugoli. Ils reconnaissent une fois de plus qu’Amedo Fouce et Michel Dominguez ** sont bien les policiers espagnols qui les ont recrutés.

Le 4 février, le juge de Bayonne Christophe Seys est muté, après avoir lancé un mandat d’arrêt international contre Amedo. Son remplaçant Philippe Cavalerie réitère la même procédure.

Début mars, l’Audiencia nacional de Madrid, seule instance compétente en matière d’instruction et d’inculpation de policiers, refuse l’incrimination d’Amedo Fouce. La composition de ce tribunal est, pour l’occasion, on ne peut plus significative. La cour est composée de trois juges. Le président du tribunal, Juan Manuel Orbe, est sous traitement médical à la suite d’une grave embolie. Dans les milieux judiciaires, on considère qu’il aurait dû être mis à la retraite. Le magistrat Alfredo Vasquez a fait l’objet, en 1980, d’une suspension de fonctions de six mois, pour avoir soustrait des documents dans le procès intenté à des extrémistes de droite inculpés pour un attentat conte la revue El Papus en 1977 ; Ce même magistrat a remis en liberté un groupe d’extrême droite qui avait été arrêté dans le cadre de la préparation d’un putsch militaire prévu pour la 27 octobre 1982, quelques jours avant es élections. La police avait découvert chez eux une liste de 600 personnalités de gauche (probables cibles d’attentats), des plans des locaux du PSOE, des armes et des explosifs. La seule détention maintenue par le juge Vasquez avait été celle de Carlos Mas Elias, qui avait contacté des journalistes pour monnayer des informations sur le complot.

Le 4 mars, le juge d’instruction de Bilbao convoque Amedo Fouce, Martinez Torrezs et Gutierrez Argüelles dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Santiago Brouard. Ils sont accompagnés par le même avocat, Jorge Argote. Gutierrez a été condamné par défaut en juin 1986 à 18 mois de prison par le tribunal de Pau pour tentative d’enlèvement de Larretxea. Sur les conseils d’Argote, les trois policiers se refusent à toute déclaration.

Le 5 mars, le juge d’instruction de Saint Sébastien procède à un interrogatoire de Daniel Fernandez Acena, déjà condamné à tente ans de prison pour l’assassinat de Jean-Pierre Leiba à Hendaye en 1984. Le juge désire lui faire préciser certains points sur la disparition en 1983 de Lasa et Zabala.

Certaines sources médiatique, Diario 16, on révélé que Lasa et Zabala avaient été enlevés le 16 octobre 1983, par Mohamed Talbi et Pedro Sanchez et qu’ils avaient été acheminés en bateau par un certain Carlos, ami de Sanchez, jusqu’en Espagne où ils auraient été torturés à mort avant d’être enterrés dans la montagne, près du col d’Ibardin. Selon ces informations, Amedo Fouce (pour la circonstance sous le pseudonyme de Genaro Gallego Galindo) aurait remis une somme importante à Carlos en paiement de cette livraison. Conséquence de ces révélations à la presse, les parents de Lasa et de Zabala ont déposé plainte devant le tribunal de Saint Sébastien.

garzon11Le 16 mars, le juge d’instruction de l’Audiencia nacional, Baltazar Garzon, ouvre une enquête officielle sur «l’éventuelle et probable participation d’Amedo Fouce et de Dominguez ou de toute autre personne et institution aux activité des l’organisation terroriste connue sous le nom de GAL (http://www.informaction.info/iframe-les-groupes-antiterroristes-de-liberation-gal), ainsi que sur les différentes actions revendiquées par elle».

Le 22 mars, début du procès de Labade, Carvalho et Sampietro devant le tribunal de Pau. Les experts en balistique ont établi que les munitions de provenance espagnole saisie au domicile de Labade, sont du type qui a été utilisé dans l’attentat du 3 septembre 1979 contre le réfugié Justo Elizaran et celui du Bar Hendayais, le 23 novembre 1980. Les deux opérations ont été revendiquées par le BVE. Labade est accusé pour les attentats du juin 1984 contre Arenaza et Perez Revilla. Labade reconnaît avoir rencontré la 22 mai 1984, au poste-frontière d’Ibardin, un Espagnol qui s’est présenté comme policier de Saint Sébastien, dénommé Larranaga (peut-être Amedo Fouce ou Dominguez ?). La police française avait identifié la voiture du visiteur espagnol comme appartenant au groupe antiterroriste de Bibao.

A l’issue de cinq jours de procès, Labade et Carvalho sont condamnés à la prison à perpétuité, Sampietro à 20 ans pour les attentats du 23 mars et du 15 juin 1984. Le principal témoin à charge est l’ancienne amie de Labade, marie-Jeanne Cassiède qui le connaissait depuis 1982. Ultérieurement, elle collaborera avec la police française. Un autre témoin important, Maurice Nicolas, recruté par Labade pour fournir des renseignements sur les réfugiés basques, vient confirmer à la barre que «Labade travaillait pour les Espagnols».

Le 6 avril, l’avocat Jorge Argote déclare à la presse que le juge Garzon préfère lancer des accusations contre les policiers plutôt que de mettre en cause les membres de l’ETA. Le 8 avril, l’Action populaire rassemblant 104 citoyens, se constitue partie civile contre Amedo Fouce.

Le 19 avril, José Barrionuevo, convoqué devant la Commission Justice et Intérieur des Cortés, répond à l’interpellation du parti Izquierda Unida. Il déclare : « Il est plus prudent de ne pas aborder des questions qui sont de la compétence des autorités judiciaires». Il affirme «ne rien savoir d’un quelconque mandat de recherche, d’arrêt ou d’extradition contre José Amedo Fouce. (…) J’ignore s’il existe des accusations portées contre Amedo, émanant de là où il faut les faire, c’est-à-dire des tribunaux».

Le 10 mai, le juge Garzon et le procureur Ignacio Gordillo se rendent en France en commission rogatoire pour entendre les déclarations de Figueiredo et Talbi. Talbi confirme devant le juge Garzon qu’il a assisté à une réunion du GAL, fin 1983 à Bilbao. Au cous de cette réunion, ont été planifiés 18 attentats qui ont tous été réalisés par la suite. L’ex-légionnaire algérien accuse le sous-commissaire Amedo Fouce d’avoir participé à leur organisation et spécialement à celle de l’attentat contre Santiago Brouard. Dans les milieux judiciaires, les déclarations de Talbi sont enregistrées avec un certain scepticisme.

Quant à Frugoli et Mattei, ils refusent de répondre aux questions du juge Garzon bien que Frugoli ait déjà désigné, lors de son procès, Amedo Fouce comme l’une des deux personnes qui avaient négocié avec lui un contrat, dan la nuit du 24 septembre 1985, à l’hôtel Orly de saint Sébastien. Le 25 mai, le Directeur général de la police, José Maria Rodriguez Colorado, répond par lettre aux questions du juge Garzon à proposes du voyage d’Amedo Fouce au Portugal, les 31 janvier et 1er février 1986. Le voyage  a été financé par des « fonds réservés » du ministère de l’Intérieur. L’inspecteur Dominguez ne faisait pas partie du voyage. Cette mission a été signifiée à Amedo Fouce par un ordre verbal. Il n’existe pas de budget prévisionnel ni de justificatifs des frais de voyage. La fausse identité du sous-commissaire (Genaro Gallego Galindo) a été autorisée par la Direction générale, dans le cadre de cette mission. Les faux papiers datent du 7 mai 1985.

Antérieurement, Rodriguez Colorado avait précisé au juge qu’Amedo Fouce s’était déplacé au Portugal pour une mission de service autorisée par le Directeur général de la police. Le but de cette mission était d’enquête sur «certaines activités de terrorisme et de trafic d’armes». Ce voyage n’était connu que du chef de la brigade d’information de Bilbao, Julio Hierro Moset, et du chef de la police de cette ville, Miguel Planchuelo.

Le 14 juin, le Directeur général de la police, Rodriguez Colorado, transmet au juge Garzon in télex d’Interpol-France qui requiert l’arrestation d’Amedo Fouce. A demande est signée par le juge Philippe Cavalerie, du tribunal de grande instance de Bayonne, en date du 27 janvier 1988. Les délits incriminés sont : «association de malfaiteurs et complicité dan deux tentatives d’assassinat». Selon le Directeur général de la police, cette requête ne lui serait parvenue que le 14 juin. Une des hypothèses plausibles est qu’elle ait été retenue depuis le mois de janvier par le procureur général français qui ne l’aurait transmise qu’après la victoire électorale des socialistes en France.

Le 25 juin, le ministre de l’Intérieur José Barrionuevo répond par lettre aux questions du juge Garzon sur les fonds réservés : il n’existe pas de documentation écrite concernant la destination et la quantité des sommes prélevées sur les fonds réservés. «J’ai donné l’ordre à mes subordonnés de ne pas répondre aux questions sur les fonds réservés. Les fonds réservés sont soumis au secret d’Etat».

Fonds réservés

Les fonds réservés constituent un budget spécial de l’Etat et sont soumis à l’approbation du parlement Ce  budget d’environ trois milliards de pesetas par an, est réparti entre le ministère des Affaires étrangères, la Présidence du gouvernement, le ministère de la Défense et le ministère de l’Intérieur. La part attribuée au ministère de l’Intérieur était de 670 millions de pesetas en 1983 (en prévision de 1989, il s’élèvera à 827 millions). Au sein de ce ministère, la majeure partie de cette enveloppe est destinée au Commissariat général d’information dirigé par Martinez Torres (environ 500 millions de pesetas). Le reste est réparti entre les autres services de la direction de la Sécurité, sous la responsabilité du secrétaire d’Etat Rafael Vera.

Depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1982, la responsabilité de la comptabilité et de la distribution des fonds réservés à la Direction de la Sécurité de l’Etat a été assumée par Luis Bernaldo de Quiros, beau-frère de Rafael Vera. Il est secondé dans cette tâche par Juan Antonio Minguez  qui était déjà chargé de ce poste sous les gouvernements de l’UCD. Fin 1987, Bernaldo de Quiros a quitté cette fonction au moment où la justice française implique Amedo Fouce dans les réseaux du GAL et dans le financement probable de cette organisation.

Contrairement aux affirmations de José Barrionuevo, la distribution des fonds secrets s’opère sur la base de justificatifs signés par les fonctionnaires en mission. Les justificatifs sont archivés au Commissariat général de l’information et à la direction de la sécurité de l’Etat.

Dans certains cas exceptionnels, les fonctionnaires opérant à l’extérieur de Madrid peuvent recevoir directement l’argent nécessaire à leur mission par la Direction régionale de la police qui se charge ensuite de recouvrer les avances auprès du ministère de l’Intérieur. La législation réglementant l’attribution de fonds réservés est fixée par la Circulaire d’intervention générale de l’Etat du 8 février 1966 et par la résolution de la Direction générale des impôts du 15 mars 1985. Cette réglementation attribue au titulaire du département accrédité la responsabilité de l’utilisation des fonds réservés.

La question touchant à l’utilisation des fonds réservés par Amedo Fouce, dans le cadre de ses activité au sein du GAL, a été soulevée par son voyage au Portugal fin janvier 1986. Par ailleurs, le juge Garzon a démontré que le sous-commissaire de Bilbao menait un train de vie largement supérieur à ses moyens. La juge a établi que le 7 octobre 1985 Amedo Fouce a déposé une somme de 15 millions de pesetas sur un compte spécial couvert par le secret bancaire. Il faut préciser que le salaire annuel d’Amedo Fouce était en 1985 de 2,5 millions de pesetas.

L’une des hypothèses de travail du juge Garzon est que cet argent doit être mis en relation avec la réunion qui s’est tenue à l’hôtel Orly de Saint-Sébastien, la veille de l’attentat contre le Mon Bar (4 morts le 25 septembre 1985), et à laquelle avaient participé Frugoli et Mattei. Les chambres avaient été réservées au nom de Genaro Gallego Galindo, pseudonyme d’Amedo Fouce. Les deux mercenaires ayant été arrêtés juste après l’attentat, il est probable qu’Amedo ait empoché la somme de 15 millions retrouvée sur son compte. Autre constatation du juge Garzon : il a été vérifié qu’Amedo Fouce a perdu au casino de Bilbao 12 millions de pesetas entre décembre 1985 et septembre 1987. Pour l’instant, rien ne permet de déterminer la provenance des 15 millions déposés sur son compte.

La lettre du ministre José Barrionuevo a provoqué l’indignation d’une partie de la magistrature qui la considère comme un affront. Le juge Baltazar Garzon a même évoqué la possibilité de demander au Tribunal suprême l’inculpation de José Barrionuevo pour refus de collaboration avec la justice.

Le 30 juin, le tribunal a convoqué le Directeur général de la police, Rodriguez Colorado, ainsi que les supérieurs d’Amedo Fouce : Julio Hierro Moset, Antonio Rosino Blanco, Miquel Planchuelo et Ricardo Ruiz Coll. Se réfugiant derrière les consignes formelles de leur ministre José Barrionuevo, ils se refusent à toute déclaration sur les moyens financiers dont disposait le sous-commissaire de Bilbao pour ses missions spéciales. Le juge leur signifie qu’ils sont passibles d’inculpation.

La seule information valable pour l’enquête est fournie par Ruiz Coll, ancien chef de la Brigade d’information de Bilbao : en août 1987, il reconnaît avoir assisté à une colrencontre ente Amedo Fouce et Carlos Gaston *, recherché par la justice française pour sa participation à plusieurs attentas anti-basques.

ESPAÑA: despedidad del Comisario Don Ricardo Ruiz Col

Le 30 juin, le magistrat insiste auprès de José Barrionuevo pour que celui-ci lui explique sur quelle base l »gale il justifie son refus de fournir les informations requises par la justice. Il avertit le ministre que s’il ne s’explique pas sur les critères légaux qui l’autorisent à cette rétention d’information, il se rend coupable, en vertu de l’article 371 du code pénal, de refus de collaboration avec la justice. Le juge précise que ces informations sont nécessaires à l’enquête qui cherche à établir si une partie des fonds réservés n’a pas été détournée vers des activités criminelles. Il n’est pas question de remettre en cause l’existence même de ces fonds, ni de nier les contraintes de la sécurité de l’Etat.

Simultanément, Felipe Gonzalez esquisse une défense de son ministre de l’Intérieur prend la tournure d’une pirouette : « Je crois qu’il a raison. Nous avons toujours défendu et défendrons toujours l’Etat de droit (de derecho en espagnol), mais nous refusons qu’il courre le danger de se transformer en Etat de poubelle (de desecho). Le 8 juillet, Felie Gonzales fait le ménage et procède à un remaniement ministériel. José Barrionuevo devient ministre des Transports, de la Communication et du Tourisme. Le nouveau ministre de l’Intérieur est José Luis Corcuera (ancien cadre du syndicat socialiste UGT). Le ministre de la Justice, Fernando Ledesma, est remplacé par Enrique Mugica.

Le 5 juillet, Dominique Thomas, (alias «la dama negra» ou «la blonde») est incarcérée à Bordeaux. Elle est inculpée par le juge de Bayonne pour association de malfaiteurs et tentative d’assassinat (attentat du 26 mars contre le bar Bittor à Ciboure).

Le 13 juillet, le juge Garzon ordonne l’incarcération inconditionnelle d’Amedo Fouce et de Michel Dominguez. La décision du magistrat précise que les deux policiers «apparaissent comme les principaux organisateurs des Groupes Antiterroristes de Libération, GAL». En contradiction formelle avec les déclarations du ministère de l’Intérieur, le juge affirma détenir la preuve que Michel Dominguez a accompagné Amedo Fouce dans son voyage au Portugal le 31 janvier 1986, et qu’il y a séjourné sous la fausse identité d’Antonio Garcia Arana. José Amedo Fouce et Michel Dominguez sont arrêtés e même jour et incarcérés à la prison de Logrono. La Direction générale de la police suspend immédiatement les eux policiers de leurs fonctions. Dans les heures qui suivent cette décision, les services juridiques de l’Etat font parvenir au juge Garzon un rapport expliquant le refus de Barrionuevo de fournir des informations sur l’utilisation des fonds réservés. Barrionuevo se retranche derrière ce rapport pour décliner une demande de comparution.

dominguezalmedoMichel Dominguez (à g.) et Jose Almedo

Le 15 juillet, une patrouille de la guardia civil ouvre le feu sur deux camionnettes françaises et les poursuit sur le territoire français, au-delà du col de Lindus. On retrouvera une quarantaine de douilles et 27 impacts de balles sur les véhicules.

Le 22 juillet, Felipe Gonzales dot faire face aux interpellations des députés de l’opposition qui protestent contre l’attitude du gouvernement dans la gestion des fonds secrets. Il invite solennellement tous les partis à s’unir pour élaborer des normes susceptible de renforcer l’Etat de droit espagnol. Le 24 juillet, le chef du gouvernement se décide enfin à aborder le sujet dans une réunion de responsables régionaux du PSOE. Il déclare que ce qui se passe en Espagne ne serait possible dans aucun pays démocratique européen. Qu’aucun de ces pays n’a à justifier de l’argent destiné aux services d’information et aux informateur infiltrés dans les organisations criminelles. Selon lui, partout ailleurs le secret sur la lutte antiterroriste est absolu et s’étend à toutes les personnes qui sont chargées de mission dans ce cadre opérationnel.

Le 17 août, Luis Roldan, directeur de la guardia civil, commence une importante restructuration de ce corps militarisé. Sa principale innovation est de créer un service central d’information entièrement autonome  et directement placé sous sa responsabilité . A l’intérieur de ce service, figure une unité de Services Spéciaux. Ces deux départements sont placés sous le commandement de Pedro Catalan Jimenez et de Candido Acedo, deux colonels de la guardia civil, publiquement dénoncés par l’ex-agent de la guardia civil, José Cervero (voir Annexes) pour avoir participé à la « guerre sale » à l’époque du BVE et e l’ATE. Cervero avait fait parvenir ce témoignage au président de la commission Justice et Intérieur du parlement, au Défenseur du peuple, au procureur de l’Etat et aux ministres de la Défense et de l’Intérieur, sans que la moindre suite ne lui ait été donnée. En revanche, cette démarche avait valu à l’ancien garde civil d’être mis sur écoutes téléphoniques en 1985, sur ordre de Candido Acedo, alors chef des Services spéciaux. Un autre témoignage vient alourdir le dossier du colonel Candido Acedo : le garde civil Miguel Sanchez Pajases a lui aussi dénoncé publiquement cet officier comme responsable de la création de groupes parallèles qui auraient opéré depuis 1975 dans le sud de la France contre les activiste de l’ETA. Il révèle les voyages de ces deux membre de Services spéciaux en France, leurs contacts avec d’anciens membres de l’OAS et les contrats d’un million de pesetas par assassinat (dûment vérifié) de réfugiés basques.

Dans cette nouvelle structure, le directeur de la guardia civil est directement placé sous les ordre du secrétaire d’Etat à la Sécurité. Innovation piquante au sein du ministère de l’Intérieur, on crée une Unité spéciale pour la protection de la nature, poétiquement baptisée «Agrupaciones rurales de seguridad» Groupes ruraux de sécurité ?

Le 16 septembre, le procureur général de l’Etat, Javier Moscoso, infforme le parlement que le ministère de la Justice a reçu trois lettres envoyées par trois mercenaires du GAL, déjà condamnés au Portugal, Fernando Carvalho, Jorge Ferreira Cisneros et Correira da Cunha. C’est leurs témoignages qui avaient permis l’inculpation d’Amedo Fouce et Michel Dominguez. Les trois hommes, emprisonnés à Lisbonne, déclarent qu’ils ont témoigné contre Amedo Fouce parce qu’on leur avait promis en échange leur mise en liberté. Le procureur affirme devant le parlement que ces lettre constituent des éléments décisifs dans le dossier des deux policiers.

Le même jour, un autre témoin à charge, Gérard Manzanal, ancien colonel de la Légion étrangère, incarcéré à Marseille, revient sur les déclarations qu’il a faites en 1984 à la police judiciaire, et plus tard devant le juge d’instruction de Bayonne. A cette époque, il avait identifié sur une photographie le sous-commissaire Amedo Fouce comme étant l’home qui lui avait proposé de travailler pour le GAL. La justice française accueille cette soudaine rétractation avec scepticisme, d’autant que Gérard Manzanal s’était présenté spontanément à la police judiciaire pour témoigner.

Le 23 septembre, le procureur général de l’Etat, Javier Moscoso, envoie une lettre au procureur de l’audiencia nacional, Ignacio Gordillo, pour lui demander de ne pas s’opposer à la mise en liberté provisoire des deux policiers requise par leur avocat. Conformément aux instructions de Moscoso, le procureur Gordillo demande au tribunal de Madrid l’élargissement provisoire des inculpés.

Le 29 septembre, le tribunal de Madrid décide le maintien en prison d’Amedo Fouce et Michel Dominguez. Le tribunal justifie sa décision en raison de l’authenticité douteuse des lettres et déclare poursuivre l’enquête sur la base des interrogatoires des trois mercenaires que le juge Garzon a enregistrés au mois de juin.

Le 18 octobre, Amedo Fouce et Michel Dominguez sont inculpés par le tribunal de l’audiencia nacional pour les délits suivants :

1- Délit de participation à une entreprise terroriste.

2- Six tentatives d’assassinats (attentats des 8 et 13 février 1986 contre les bars Batxoki et La Consolation).

3- Deux délits de terrorisme (cf. loi antiterroriste) pour ces deux attentats.

4- Délit de falsification d’identité (ceux du Portugais Figueiredo).

5- Délit de falsification de papiers d’identité (faux papiers de Michel Dominguez utilisés au Portugal).

6- Délit d’utilisation de faux nom (Arana) par Michel Dominguez lors de son séjour au Portugal.

L’acte d’accusation du juge Baltazar Garzon présente également l’organigramme du GAL que ses recherches lui ont permis d’établir dans l’état actuel de l’enquête.

Selon le juge, il ne fait aucun doute qu’Amedo Fouce ait participé dès le début à l’organisation terroriste du GAL, alors que Michel Dominguez l’aurait fait un peu plus tard. Les réactions à cette décision de justice sont immédiates. Le président du syndicat professionnel de la police, Miguel Martin Pedraz, déclare : « L’inculpation des deux policiers est indiscutable, mais il est illusoire de penser que deux fonctionnaires de police aient pu organiser de telles actions car ils n’auraient pas eu les moyens ni les capacités de les réaliser. Au parlement, le groupe Izquierda Unida demande la création immédiate d’une Commission d’enquête. Le PSOE, fort de sa majorité absolue, s’y oppose, considérant une telle commission inutile puisqu’il existe déjà une procédure judiciaire qui suit son cours. En conséquence, le groupe socialiste demande aux députés de ne pas propager dans la société une inquiétude infondée, dans la mesure où la vérité sur cette affaire sera découverte par le tribunal.

L’Action populaire demande au tribunal l’inculpation des supérieurs des deux policiers : Antonio Rosino, Hierro Moset, Planchuelo Hernandez et Rafael del Rio.

En octobre, le gouvernement élabore une nouvelle loi dont l’objectif est de renforcer les garanties du secret concernant l’utilisation des fonds réservés et les documents officiels archivés. Cette loi est conçue pour empêcher la justice d’avoir accès aux informations confidentielles touchant aux fonds réservés. Elle propose la définition d’un statut qui protègerait les fonctionnaires de l’administration contre d’éventuelles inculpations, à l’instar de celui des membres du gouvernement qui ne peuvent être inculpés qu’après décision du tribunal suprême.

Le 3 novembre, le tribunal de Saint-Sébastien condamne à deux ans et quatre mois de prison deux membres de la guardia civil pour avoir placé des engins (explosif de type Goma 2) dans un hypermarché de la ville et menacé le gérant de les faire exploser s’il ne leur remettait pas une rançon de 40 millions de pesetas. Les deux maîtres-chanteurs s’étaient présentés comme membres des Commandos autonomes anticapitalistes.

Le 5 novembre, le tribunal de l’audiencia nacional qui a décidé l’inculpation des deux policiers Amedo Fouce et Michel Dominguez, autorise le juge d’instruction Baltazar Grzon à poursuivre ses investigations sur l’utilisation des fonds réservés, en particulier sur l’usage qu’ils en ont fait dans leurs activités terroristes. Simultanément, le tribunal rejette la demande d’inculpation des supérieurs des deux policiers, formulée par l’Action populaire.

Le 9 novembre, Christian Hittier est extradé de Belgique vers la France. Son dossier comportant l’ensemble des déclarations qu’il a faites devant la justice belge, est transmis au juge d’instruction de Bayonne. Hittier, ancien membre de l’OAS, a joué un rôle important dans le GAL. Après son arrestation en mars 1988, il avait déclaré aux juges belges qu’Amedo Fouce l’avait chargé de recruter des mercenaires pour le GAL.

Le même jour, le juge Baltazar Garzon revient à la charge sur l’affaire des fonds réservés en lien avec le GAL. Il demande au ministère de l’Intérieur des précisions sur les sommes attribuées à Amedo Fouce pour ses mission spéciales. Au cas où le ministère de l’Intérieur se déroberait à ses obligations, le tribunal se réserve le droit de poursuivre en justice le ministre, devant le Tribunal suprême.

Au même moment, au Sénat, le nouveau ministre de l’Intérieur José Luis Corcuera répond à  l’interpellation d’un sénateur : « Personne n’a plus intérêt dans le gouvernement et cette chambre que l’on  tende de piéger ou de laisser planer des doutes sur les forces politiques pendant la transition », précisant qu’il ne faut pas continuer à «fournir des armes» à ceux qui  défendent le terrorisme. Il reprend la thèse de Felipe Gonzalez qui affirme qu’aucun membre du gouvernement n’a eu de relations avec le GAL.

Le 15 novembre, les deux maîtresses d’Amedo Fouce et Michel Dominguez (Inmaculada et Blanca) font une déposition devant le juge Baltazar Garzon. Leurs déclarations seront confirmées le même jour par leurs amies Mercedes et Maria Jesus. Les deux femme déclarent que Miguel Planchuelo et Jesus Martinez Torres se réunissaient régulièrement avec Amedo Fouce et Dominguez et qu’ils leurs donnaient des instructions et de l’argent pour l’organisation d’attentats anti-basques. Elles précisent même les dates et les lieux de certaine réunion.  Mercedes et Maria Jesus apportent également des informations sur certaines fausses identité empruntées par les deux policiers espagnols : respectivement Miguel Angel Moreno Romero et Alfredo Gonzalez Fraile.  Blanca affirme qu’elle était avec Amedo quand il a reçu l’ordre, fin novembre 1987, de Miguel Planchuelo de se rendre à Madrid pour y rencontrer José Barrionuevo. Cette entrevue aurait eu lieu au moment où l’on apprenait que la justice française avait lancé un mandat d’arrêt contre Amedo Fouce.

Ces déclarations de Blanca contredisent en partie celles de qu’elle avait faites devant le huge Battazar Garzon en Octobre. Elle avoue que sa première déposition avait été préparée en prison par Amedo et que le contenu lui avait été communiqué par l’industriel Francis Paesa qui lui aurait remis à cette occasion une somme de 100.000 pesetas. Quelques jours après, les deux femes déclarent que l’engin expliosif qui a été utilisé dans le dernier attentat du GAL contre Garcia Goena, e 1987, avait été fabriqué par Amedo et Dominguez dan l’appartement d’Inmaculada et que cette opération était une vengeance d’Amedo contre ses supérieurs qui, à son goût, commençaient à le lâcher.

Le 18 novembre, le responsable de la lutte antiterroriste, Martinez Torres, confirme devant le juge Garzon que le ministère de l’Intérieur n’a mené aucune enquête sur le GAL. Seule exception à la règle du silence strictement respectée par le policier, il précise que le ministère de l’Intérieur espagnol était au courant de la rencontre  de Jean-Philippe Labade avec trois policiers de Bilbao, en 1984, au col d’Ibardin, mais qu’aucune enquête n’avant lancée, suite à cette information ; Il est veracontredit le même jour par son supérieur Rafael Vera secrétaire d’Etat à la Sécurité, qui prétend qu’en 1984, une cellule d’enquête spéciale avait été créée en relation avec le ministère de l’Intérieur français, et que deux commissaires de chaque pays avaient été chargés d’enquêter sur les activités du GAL.

Le 1er décembre, le tribunal de Madrid lance un mandat d’arrêt contre l’industriel Fernando Paesa. Il sera inculpé, le 27 janvier 1989 pour participation à une organisation terroriste et obstruction à la justice.

Conclusion

Après les élections législatives qui ramènent les socialistes au pouvoir en France, la justice de ce pays fait redémarrer l’enquête mais le mandat d’arrêt lancé par le juge de Bayonne a été transmis avec six mois de retard aux autorité espagnoles. Cette relance aboutit à l’arrestation en juillet des deux policiers Amedo Fouce et Michel Dominguez : ils sont inculpés pour délits terroristes et tentatives d’assassinats. La conviction générale est que les deux policiers ne pouvaient pas organiser seules les réseaux du GAL.

L’attitude du gouvernement qui s’oppose systématiquement à toutes les tentatives du juge d’instruction Baltazar Garzon de mettre à jour les complicités du GAL à l’intérieur de l’appareil d’Etat, est de plus en plus suspecte. Il est clair que le problème des fonds réservés devient l’élément central de la démonstration judiciaire. L’analyse de la comptabilité du ministère de l’Intérieur conduirait à mettre directement en cause la responsabilité de l’Etat dans la criminalité du GAL.

En s’abstenant de prendre l’initiative d’une enquête sur les complicités de l’appareil d’Etat, et surtout en cherchant à remettre en liberté les deux policiers —témoins et preuves de la connivence étatique— il souligne encore davantage la pesanteur de la raison d’Etat sur le fonctionnement des institutions, et tout particulièrement l’assujettissement du pouvoir judiciaire à l’exécutif. L’obstruction faite par le PSOE à une enquête parlementaire sur les responsabilités politiques dans la création et l’organisation du GAL, apparaît de plus en plus comme une reconnaissance implicite de la culpabilité de l’Etat espagnol, ou du moins de certains de ses plus hauts responsables : La manœuvre du gouvernement est de se décharger de toute responsabilité sur la justice, tout en lui faisant obstruction, parfis même en flagrante illégalité.

L’évolution de l’enquête tient à la détermination d’un « petit juge » de 33 ans, Baltazar Garzon qui n’appartient à aucun parti politique et mène son enquête seul, avec le soutien d’une large fraction de l’opinion publique symbolisée par l’Action populaire.

Après l’éloignement de José Barrionuevo du ministère de l’Intérieur, la restructuration du service d’information de la guardia civil (pour l’instant non impliquée dans les actions du GAL), tend à faire passer sous son contrôle une partie du service d’informations de la police dirigé par un homme trop compromis dans le terrorisme d’Etat, l’imperturbable Jesus Martinez Torres.

http://escadronsmort.centerblog.net/98–94

    • Carlos Gaston de origen francés, mantenía una buena relación personal con el antiguo comisario de Estepona Ricardo Ruiz Coll, que fue jefe en Bilbao de los policías Amedo y Domínguez, los peones operativos de los GAL. Desde 1977 Gaston vivía en en Estepona (Málaga) en una mansión rodeado de fuertes medidas de seguridad.
      Su cuñado era Eduardo Mari Chica, « Doudou El Grande »« , un español nacido en Mequínez (Marruecos) que también trasladó su residencia a Málaga en 1977. Ambos dirigían el denominado « clan de Burdeos » con Alain David (Omar Abdel) Benhamou, « El Chacal ». Otros miembros del mismo clan son históricos mercenarios en la guerra sucia, como Didier Bojon « Doudou El Pequeño », Maxim Szonek, Mohamed Khiar, Jacques Debesa, Jean Claude Ruiz y Marc Obadía.
      Gaston estaba buscado en Francia por el asesinato de Agurtzane Arregi y su esposo, cometido en 1978. También dirigió la contratación de uno de los grupos de mercenarios que asesinaron al periodista Javier Galdeano. Guy Cantavenera, condenado por este asesinato, se trasladó a Málaga el 5 de abril de 1985, donde recibió de Mari Chica y Gaston el dinero para pagar a los mercenarios que ejecutaron el asesinato.
      Gaston tenía varios negocios en la Costa del Sol: inmobiliarias, discotecas, saunas y un concesionario de automóviles de lujo. A pesar de estar reclamado por Francia, nunca recibió ninguna molestia de las autoridades españolas, hasta que pareció muerto el 30 de noviembre de 1995, por ahogamiento, en su residencia de Estepona. La autopsia aclaró que la muerte se debía a un edema pulmonar.Hasta su muerte, Gastón era propietario, junto a los dos últimos, de los clubes de alterne « My Lady Palace » y « Play Boy » de Marbella, así como de otros locales similares en Torremolinos y Benalmádena. También regentaba un restaurante en la Plaza del Socorro de Ronda.
      El heredero del imperio de Gastón es el « Chacal », quien pasa largas temporadas en Israel desde que en 2004 sufriera un brutal atentado en el hotel H10 Andalucía Plaza de Marbella. Consiguió escapar ileso, pero el tiroteo se cobró la vida de dos víctimas inocentes: el niño sevillano de 7 años José Manuel Contreras, y el peluquero italiano Cossimo Pizzi, de 36 años.
      Otro miembro de la mafia bordelesa, Didier Bojon, « Doudou El Pequeño », también vivió en la Costa del Sol, a pesar de estar buscado por la policía francesa, acusado del asesinato de Agurtzane Arregi. En los informes policiales aparece relacionado con estafas y el asesinato de un español en la Costa del Sol. Fue detenido por última vez en Marbella. 

 

    • jean-gilbert-paraJean Gilbert Para era el hombre de confianza de Carlos Gastón. Fue ya detenido en España en 1972 por tenencia de armas, municiones y explosivos y tráfico ilegal de drogas. Dos años más tarde, en 1974, fue detenido de nuevo por narcotráfico y, en 1984, para su extradición a Francia. Desapareció el 11 de mayo de 2002 y se encontró su vehículo en un carril de Ronda (Málaga) con varios impactos de bala. Todo parece indicar que era un secuestro, pero nunca se recibió una petición de rescate, por lo que la policía lo relaciona con un ajuste de cuentas entre dos bandas rivales de franceses de origen argelino que operan en la Costa del Sol.
    • Lo mismo que su jefe, Para era un histórico de la guerra sucia que se había retirado en Marbella, pero que conservaba secretos inconfesables, un testigo de las cloacas del Estado.
    • Para también era socio de Gaston y Paul Antoine Leon Clemente en el « Club Play Boy » de Marbella. Aunque de origen franco argelino, Clemente había nacido en Bayona, se dedicaba al tráfico de drogas y en la operación Ballena Blanca fue acusado de lavar dinero negro en la Costa del Sol.

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El exinspector de policía y antiguo miembro de los Grupos Antiterroristas de Liberación (GAL) Michel Domínguez, que pasó varios años en prisión y que fue uno de los rostros más conocidos de la guerra sucia contra ETA, ha vuelto a ser detenido en Barcelona por su presunta relación con el narcotráfico.

LEER: http://www.elconfidencial.com/espana/2013-04-22/detenido-el-exmiembro-de-los-gal-michel-dominguez-por-narcotrafico_205652/

FRÉDÉRIC PLOQUIN: trois documentaires, diffusés d’affilée à partir de 20h40 sur France 5

gangstersTrois documentaires, diffusés d’affilée à partir de 20h40 sur France 5

Au nom du drapeau

Petits arrangements entre amis

La loi de la drogue

 

Avec le témoignage du Baron

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DOUANE FRANCAISE (DNRED): quand l’agent NS 55 rencontrait le ministre Michel Charasse

Michel Charasse 

IL SE TARGUE d’avoir « réveillé » les douanes et fait passer les saisies de drogue de 5 à 35 tonnes. Michel Charasse, ex-ministre du Budget entre 1988 et 1992, a entretenu des rapports particuliers avec l’agent NS 55. Des relations singulières qui ont valu au sénateur une audition comme témoin par l’IGPN (la police des polices) dans le cadre d’une plainte déposée en août 2001 par Marc Fiévet pour « complicité de trafic de stupéfiants» et « subornation de témoin ». Le raisonnement est simple : « Puisqu’il a été condamné pour trafic de drogue, pourquoi ne pas poursuivre ses complices ?, souligne l’avocat de l’aviseur, Me Christophe Pech de Lacclause. Par ailleurs, il a subi des pressions des douanes pour ne pas révéler sa qualité d’aviseur, ce qui relève de la subornation de témoin. » Une bonne partie de la haute administration douanière a été entendue, ainsi que des diplomates, qui ont rendu visite à l’aviseur en prison.

Lors de son audition, Michel Charasse confirme avoir « entendu parler » de Fiévet lors de son arrivée au ministère. Rien d’anormal. Le fidèle de François Mitterrand dit se tenir « informé régulièrement des activités des agents des douanes et de personnes comme Fiévet qui travaillent pour leur compte contre rémunération ». En effet, l’une des priorités du ministre est d’« engager partout dans le monde des informateurs sûrs, discrets et efficaces ». Il relève au passage qu’il a dû lui-même « protéger des douaniers » impliqués dans une livraison « contrôlée » de stupéfiants.

Des activitées classées « secret défense »
Michel Charasse est assuré du soutien du président Mitterrand qui attache un « grand prix à cette politique ». Une stratégie que personne ne conteste : « Les douanes françaises n’ont eu qu’à se féliciter des activités de l’ensemble des agents, y compris Fiévet. »

D’autant que l’agent NS 55 est basé à Gibraltar, considéré comme un « point stratégique ». 

Les rencontres avec Fiévet ? « Pas plus souvent que d’autres agents des douanes », assure Michel Charasse. Il poursuit : « Il m’est arrivé de lui faire dire ma satisfaction. Il m’est aussi arrivé de le lui dire directement lorsque je le voyais ou lorsque je lui parlais au téléphone. »

L’ancien directeur général des douanes, Jean-Dominique Comolli, plus précis, se souvient au moins d’une rencontre « dans le bureau du ministre ». L’aviseur Fiévet apporte, en effet, ses éclaircissements sur ses conditions de travail « pas faciles ». En résumé, Michel Charasse assure non sans humour qu’il a toujours « su ce qu’il faisait », « mais on ne peut pas dire que nous vivions ensemble ». Un homme courageux, efficace… Les éloges ne manquent pas. Les ennuis de Fiévet en 1994 ? Michel Charasse n’est plus en poste (il a été remplacé par Nicolas Sarkozy) et il les apprend – dit-il – par la presse.

Malgré les sollicitations de sa famille, Michel Charasse se refuse à intervenir. De toute façon, ces opérations sont classées « secret défense », car elles concernent des « activités particulièrement dangereuses ».

Le Parisien

http://m.leparisien.fr/faits-divers/quand-l-agent-ns-55-rencontrait-le-ministre-24-04-2003-2004027052.php#

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BLANCHIMENT (HSBC): l’argent de la drogue et 670 milliards de dollars blanchis 

Et bien sûr,  notre TRACFIN ne savait rien , ni l’ex DG de la Douane française  Francois Mongin, aujourd’hui  « Internal audit » chez HSBC!



Lire aussi:

https://internationalinformant.wordpress.com/2015/04/08/france-quand-un-ancien-dg-de-la-douane-francaise-entrait-chez-hsbc-et-devenait-inspecteur-general-chef-du-groupe-audit-france-et-membre-du-comite-executif/

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Tandis que les autorités prétendent supprimer le cash pour lutter contre la fraude, le blanchiment ou le terrorisme et que Tracfin vous espionne, les grandes banques blanchissent des milliards par simples virements bancaires.

Les liens entre HSBC et l’argent de la drogue sont récemment revenus sur le devant de la scène. Un nouveau procès allègue que certaines victimes auraient payé de leur vie la complicité d’HSBC avec les cartels mexicains.

L’homme qui accuse HSBC est Richard Elias. Après plus d’une décennie passée à travailler comme assistant du Procureur des Etats-Unis au Département de la Justice, Richard a fondé son propre petit cabinet à St Louis. En tant que Procureur fédéral, il a dirigé les enquêtes visant les pratiques de JP Morgan Chase & Co., avant la crise, en matière de prêts hypothécaires. Ces enquêtes ont abouti à un accord amiable sans précédent s’élevant à 13 milliards de dollars. Il est vraiment très bon…..


Lire:

http://la-chronique-agora.com/hsbc-argent-drogue-670-milliards-dollars-blanchis/

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DROGUES (Douane française et Direction du Budget): l’inaction des plus hautes autorités françaises est une réalité, sauf quand il s’agit d’aller se faire mousser devant 7 tonnes de cannabis

bercy2Le 15 mai 2016, j’écrivais une lettre ouverte

au Ministre du Budget, Monsieur Christian Eckert

Monsieur le ministre,

La dernière importante saisie d’héroïne, 260 kilos, seulement due au hasard,  par les forces régaliennes vient une fois encore de nous démontrer que nos frontières sont de véritables passoires. Qu’un camion, immatriculé en Iran, puisse se balader en Europe avec un tel chargement est inacceptable  sachant que nous disposons des moyens nécessaires capables de contrôler pour le moins la totalité de ces camions plaqués avec cette origine.

L’Iran est un des pays de transit de l’héroïne vers les Balkans et le reste de l’Europe. Vous le savez et pourtant rien n’est vraiment décidé pour bloquer ces entrées de marchandise particulièrement dangereuse pour nos populations addictes à ces produits.

Quand il s’est agi de lutter contre les produits de contrefaçons, Pierre Mathieu Duhamel, ex DG de la Douane française, revenant d’un « pantouflage » chez LVMH pour devenir directeur du Budget de la France avait su sortir une directive pour que les forces douanières réorientent leurs actions contre la contrefaçon et cela au détriment de la lutte contre le narco-trafique.

Je vous demande instamment de bien vouloir demander à Guillaume Robert, le directeur de votre cabinet, puisque c’est lui qui est à la manoeuvre, de sortir une directive pour réorienter l’action douanière avec mise en application immédiate.

La cellule d’études et de lutte contre les trafics illicites par conteneurs (CELTIC) pourrait prendre en charge ces contrôles sachant que nous disposons déjà de dispositifs de surveillance vidéo qui peuvent alerter de manière automatique.

Je suis certain que Madame Hélène Crocquevieille, la directrice générale de la douane française comme Monsieur Jean Paul Garcia de la DNRED ne feront aucune difficulté pour appliquer et motiver les agents des BSI et autres échelons DNRED.

Marc Fievet – NS 55 DNRED

« En ce 12 août 2016, après vérification auprès du terrain, il m’est pénible de constater qu’aucune directive n’a été émise par la direction du budget ou par la Direction générale de la Douane française. »

Que se passe-t-il Monsieur Guillaume Robert?

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Le 21 juin 2016, je confirmai mon courrier au ministre en adressant une lettre à Hélène Crocquevieille, la Directrice générale de la Douane française

Madame,

Il y a déjà quelques semaines j’écrivais à votre ministre de tutelle, Monsieur Christian Eckert, pour lui demander une directive rendant obligatoire le contrôle par vos services des véhicules poids lourds, avec plaques iraniennes d’immatriculation.  Cette demande n’était que la réponse que je pensais utile pour éviter que dans le futur des saisies importantes d’héroïne ne soient dues qu’au hasard, comme ce fut le cas à Flixecourt dans la Somme.

A ce jour, sans réponse du ministère, et de passage en Italie, en zone Schengen, j’ai pu discuter avec quelques chauffeurs iraniens en attente de dédouanement ou de rechargement qui étaient extrêmement rieurs lorsque j’ai abordé le sérieux des contrôles qu’ils subissaient.

Je réitère ma demande, cette fois ci à la directrice générale de la douane, pour que, sans attendre une directive, vous incitiez vos DI, afin que nos motards, BSI et autres échelons DNRED soient d’une vigilance totale et déclenchent pour le moins un contrôle avec passage de l’équipe cynophile.

Je vous prie Madame la directrice générale de bien vouloir accepter mes meilleures salutations.

Marc Fievet
NS 55 DNRED

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« En ce 12 août 2016, après vérification auprès du terrain, il m’est pénible de constater qu’aucune directive n’a été émise par la Direction générale de la Douane française. »

Qu’attendez-vous Madame Hélène Crocquevieille?

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DNREDFIASCO

La soirée des « Dupes » à la DNRED

Saviez-vous Madame la Directrice Générale de la Douane (sur la photo)  la réalité de la farce à laquelle vous participiez?

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DNRED: lorsque la Douane française faisait le ‘sale boulot’ du »HM Customs and Excise »anglais

andalousie-original

Par Marc Fievet – NS 55 DNRED

ANNÉE 1992 –  Andalousie – Marbella -Espagne

Lorsque j’arrive chez Heidi Hoffman, John Short est déjà installé sur un canapé. C’est un homme  grand et massif au regard acéré. Il parle à une vitesse vertigineuse avec un horrible accent cockney  londonien. J’ai un mal fou à suivre ses paroles. Plusieurs fois je suis obligé de le faire répéter, ce qui semble l’agacer. J’apprends d’emblée que Bobby Mills travaille également pour lui et qu’il connaît donc parfaitement mes activités, ce qui nous permet d’aller droit au but.

TANCREDE

MY Windarra

Je comprends vite que Short brasse de grosses affaires. Dans l’immédiat, il a un besoin urgent d’un bateau et d’un skipper pour enlever de grosses quantités de cannabis en Afghanistan et de cocaïne en Amérique du Sud. Ces substances sont attendues en Ecosse, et c’est pourquoi il fait appel à moi: avec mon Windarra je suis l’homme providentiel.

Malheureusement, je suis obligé de le décevoir:

-Désolé John, mais je viens de vendre le « Windarra », il me coûtait trop cher. Je n’ai plus de bateau. (Mais impossible de lui dire que c’est le ministre du Budget Michel Charasse qui m’a donné l’ordre de me séparer de ce navire en chargeant Jean Dominique Comolli, le DG de la Douane française, de me dédommager…Nous sommes en 2016 et j’attends encore!).

Le ministre du Budget Michel Charasse

John Short en paraît contrarié un court instant. Il me fixe en croisant et décroisant nerveusement ses longues jambes puis lâche une rafale de mots que je saisis au vol :

-Il faut absolument que je charge cette marchandise, trouvez un bateau et achetez-le, je vous finance.

Je pense avoir mal compris et je demande à Short de répéter. Il confirme: il veut que j’achète un bateau, et pas une barque, un cargo. Il  est prêt à investir, et il paye cash. A moi de me débrouiller.

J’accepte ce marché que nous concluons par une brève poignée de main et je rentre à Estepona pour informer Gatard.  Lui aussi se montre très intéressé et, fait exceptionnel, il m’assure qu’éventuellement la DNRED m’aidera financièrement si je ne peux boucler mon budget.

Trois jours plus tard je retourne en Hollande, à Rotterdam, où j’épluche les petites annonces des journaux spécialisés. J’ai déjà visité plusieurs navires mais aucun ne correspond vraiment à ce que je cherche, la plupart sont trop sophistiqués et trop chers pour l’usage que je vais en faire.

map_of_moerdijkFinalement j’ai rendez-vous dans un petit port au sud de Rotterdam,  Moerdijk,  pour visiter un petit cargo, le « Larissa ». Ce nom  ne m’est pas inconnu  et  en arrivant sur le quai, j’ai la certitude d’avoir déjà vu ce navire dans le port de Gibraltar. Il y a donc de fortes chances qu’il est déjà fait de la contrebande.

Le propriétaire est représenté par Ralf De Groot qui m’attend à bord et nous nous gardons bien d’échanger nos confidences. La visite est strictement technique. Le Larissa n’est pas tout jeune mais ses structures sont encore saines. Après une remise en état sommaire et un bon coup de peinture il pourra parfaitement faire l’affaire. En plus, ce qui pourrait être considéré comme un inconvénient m’apparaît comme un avantage : sa mécanique est vieillotte et rudimentaire. Une aubaine pour moi.

Lorsque je pénètre dans la salle des machines une puissante odeur d’huile me prend à la gorge. Je me penche sur les bielles visibles par les trappes de visite que le vendeur a ouvertes et j’ai l’impression de retrouver mes moteurs de camions que j’ai si souvent bricolés sur les pistes de l’Irak ou de l’Arabie. Je me garde bien de dire au propriétaire que cette mécanique d’un autre âge me convient à merveille, j’en profite au contraire pour revoir le prix à la baisse et nous remontons dans la cabine pour discuter. Après une heure et demie de négociations pointilleuses, nous parvenons à un accord de principe : Cent dix mille dollars. John Short m’ayant promis la moitié de cette somme, il me manque trois cent mille francs et je demande un délai de réflexion au propriétaire.

De retour à mon hôtel j’appelle Christian Gatard pour lui exposer la situation. A ma grande surprise, il me rappelle quelques minutes plus tard pour me signifier que l’administration des douanes françaises accepte de payer.

Deux jours plus tard, un émissaire de John Short débarque à Rotterdam. C’est un Anglais roux comme une Guinness que je repère sans mal dans le bistrot enfumé du port où il m’a donné rendez-vous. Nous échangeons quelques mots avant qu’une petite mallette noire ne change de main. Inutile de vérifier son contenu, je n’imagine pas mon coursier prendre le risque d’une entourloupe. L’attaché-case renferme bien ce qui est prévu. Je n’ai plus qu’à attendre le complément promis par les douanes.

anvers novotelGatard ne se défile pas et il me donne au contraire un rendez-vous précis. C’est Marc Romyn qui m’emmène au Novotel Sud, à Anvers. Jo Le Squere et un autre douanier que je ne connais pas, Philippe Capitaine, m’y rejoignent.

Jo Le Squere se dit content de me revoir, mes aventures l’amusent. En revanche, son compagnon de voyage est parfaitement glacial. A peine entré dans ma chambre il me tend une grande enveloppe bourrée de billets de banque et me prie de les compter avant de lui signer un reçu. J’ai vraiment l’impression de lui arracher un héritage, il ne quitte pas les billets des yeux pendant que je les fais glisser entre mes doigts. Tout est en règle, je range soigneusement l’enveloppe dans ma sacoche que je boucle à double tour et nous descendons prendre un verre. Jo me raconte les derniers potins de la DNRED.

Le propriétaire du Larissa ne s’étonne absolument pas que je lui paye son bateau en argent liquide, et le banquier devant lequel nous effectuons la transaction non plus. Il ne pose pas la moindre question. Je reçois tous les certificats de validité attestant que le navire est bien « en classe », c’est-à-dire  qu’il a subi tous les contrôles techniques, et qu’il peut naviguer.

Ralf  De Groot, capitaine de la Marchande, ancien armateur, va m’aider à diriger les travaux de réfection que je vais effectuer sur le cargo maintenant enregistré à Saint-Vincent sous le nom de Melor. Le Larissa avait trop mauvaise réputation.

Gros homme à lunettes rondes débonnaire et jovial, Ralf De Groot a des allures de parfait père de famille. Je découvre très vite ses compétences. Il est redoutablement efficace, ingénieux, professionnel en diable.

ParkhavenParkhaven

Contre un salaire de deux cent florins par jour plus frais, Rolf accepte de superviser les travaux  du Melor que je confie à un chantier non loin de Parkhaven, sur le Rhin.

Une remise à niveau du bateau s’impose, j’en avertis John Short qui accepte de prendre les frais supplémentaires à sa charge.

De Groot commande aussitôt tout un matériel radio sophistiqué à la société Radio-Holland qui envoie ses propres techniciens pour la mise en place. Puis nous commandons un radar, un GPS, un radio-compas  et un  telex-Inmarsat.

En effectuant quelques tests, Ralf constate que le pilote automatique est défaillant et il me conseille vivement de le changer. Je fais également installer sur le pont une grue télescopique absolument indispensable pour charger et décharger rapidement la marchandise en mer ou dans les ports.

La solide stature de Ralf s’encadre dans l’ouverture de ma cabine :

-Marc, nous avons de la visite.

logo_douaneCinq douaniers hollandais m’attendent sur le pont. Ils demandent à visiter le bateau et vérifient tous les documents administratifs. Me sachant totalement en règle, je m’exécute de bonne grâce et observe, amusé, leur manège. Ils savaient bien sûr avant de monter à bord que sous le Melor se cache le Larissa et ils tiennent  à noter toutes les transformations apportées. La fouille méthodique du navire va durer deux bonnes heures. Des panneaux sont démontés, des réservoirs jaugés, puis le chef de l’équipe vient me saluer. En me remerciant pour ma coopération. Je meurs d’envie de lui révéler que les Douanes françaises sont propriétaires à 50% du bateau qu’il vient d’inspecter avec tant d’attention, l’autre actionnaire étant un trafiquant notoire…

Les douaniers disparus je verrouille le Melor et m’en retourne avec Ralf vers Rotterdam.

Un message m’attend à mon hôtel, je dois appeler Gatard d’urgence.

Mon agent traitant paraît bien excité et, avant même que j’aie eu le temps de lui parler de la visite des douanes sur ce qui est un peu son bateau, malgré tout, il s’exclame :

-Marc, l’Anglais que tu as levé, John Short, c’est celui que les « perfides » espéraient, le gros poisson dont ils nous parlent depuis si longtemps. Ils nous l’ont dit, en oubliant, bien sûr, de nous remercier. Mais j’ai l’impression que ce type ne les intéresse pas seulement pour la drogue. Il doit y avoir autre chose. Je ne sais pas quoi. Nous verrons bien.

Nous verrons bien… J’adore Gatard.  Il m’informe que je suis assis sur une bombe, j’ignore où est la mèche, qui peut l’allumer, et quand, et tout ce qu’il trouve à dire c’est : « Nous verrons bien… »

Après la politique, le terrorisme.

John Short me l’a clairement indiqué: le Melor ne va pas faire du cabotage. Mon gentil trafic entre le Maroc et l’Espagne, voire l’Italie, n’était que de l’artisanat à côté de ce que Short me laisse entrevoir. On ne parle plus de cannabis, ni de Tanger, mais de cocaïne et des Caraïbes, et je dois impérativement en tenir compte pour les travaux de mise à niveau de mon cargo. Celui-ci doit être absolument fiable, je ne peux m’aventurer en haute mer, pour de longues traversées, sans un maximum de sécurité. J’en parle longuement avec Ralf De Groot qui m’avertit que la sécurité et la belle mécanique ont un coût. Lorsqu’il me montre le calcul, le total me donne le vertige. J’en avise mon commanditaire anglais qui tousse un peu mais finit par se ranger à mes arguments et accepte de régler les factures. En bon commerçant, il comprend que la fiabilité du bateau rassure le client, convaincu que ses commandes arriveront à bon port.

Le principe de réparations et d’aménagements lourds est donc acquis, ce qui va m’obliger à rester à Rotterdam pendant deux mois et demi. Le Melor disposera d’une autonomie de soixante-dix jours de mer. Mais pour cela il faut installer de nouveaux réservoirs de fuel et donc, également, de nouvelles canalisations. Nous sommes loin du bricolage prévu au départ et cette nouvelle orientation n’échappe pas aux douaniers hollandais. Mon équipement de bord les avait déjà intrigués, voilà qu’ils s’interrogent maintenant sur mes aménagements et me demandent des comptes sur mes projets. Cette fois l’heure n’est plus aux civilités et je me fâche lorsqu’un officier vient à nouveau me poser des questions :

-Ceci est mon bateau,  j’en fais ce que je veux. Pour votre information, j’ai l’intention de commercer et de monter une affaire avec un pays d’Amérique centrale. J’aurai besoin de mon cargo pour transporter du matériel et des marchandises. Jusqu’à preuve du contraire ce n’est pas interdit et je suis bien aimable de vous en aviser.

Le douanier grommelle quelques remarques que je n’écoute pas, puis  rejoint le quai. Je sais fort bien qu’il ne va pas se contenter de ces explications et qu’il me demandera d’autres précisions. Je devrai les lui fournir et pour cela une évidence apparaît : je dois effectivement lancer un projet avec un pays d’Amérique centrale, ou, en tout cas, en donner l’impression.

Je ne manque pas d’imagination et la démesure ne m’effraie pas. Je consulte un atlas et je décide tout à fait arbitrairement d’implanter une affaire sur la côte Atlantique du Guatemala. La base étant définie, j’opte pour la création d’un complexe hôtelier autour d’une marina. C’est ambitieux, mais seul un projet ambitieux peut  motiver les autorités locales et les pousser à me fournir les cautions et les justifications que les douaniers vont me demander à coup sûr.

Aidé par un juriste, j’échafaude mon projet avec le plus grand sérieux pour le rendre crédible, puis je prends contact avec l’attaché commercial de l’ambassade du Guatemala à Madrid. Un rendez-vous est fixé et je fais un aller-retour en Espagne pour peaufiner le projet et lui donner corps. Un lieu précis est déterminé : Puerto Barrios, qu’il faut aller  reconnaître. Pour me justifier aux yeux d’autorités curieuses, je dois aller jusqu’au bout de l’illusion et j’envoie à Guatemala City  mon fils Laurent  et un ami, cadre commercial, totalement étranger à tous trafics qui parle parfaitement espagnol. Avant leur départ je les invite, bien sûr, à susciter et multiplier les actes écrits avec les autorités et les entreprises.

Paré de ce côté, je dois maintenant m’occuper de l’autre volet de mes travaux sur le Melor : leur financement. Le chantier de Parkhaven m’a présenté une première facture que je dois régler et j’appelle mon caissier à Londres. John Short tient parole et  m’invite aussitôt à le rejoindre au Croydon Palace Hôtel, juste en face de la Cour de Justice, dans la banlieue de Londres où il me remettra l’argent. Mais il s’inquiète :

-Comment comptes-tu sortir une telle somme en argent liquide d’Angleterre ?

-Je me débrouillerai, j’ai l’habitude.

En fait d’habitude j’appelle aussitôt Gatard pour qu’il demande de l’aide à son homologue anglais. Il ne peut tout de même pas refuser.

Quelques jours plus tard, je suis assez satisfait de passer devant les douaniers de l’aéroport d’Heathrow sous la discrète protection de John Hector, l’un des leurs, sans même leur montrer la moindre pièce d’identité. Je n’ai même pas cherché à dissimuler les liasses de livres sterling serrées dans une pochette en plastique au fond de mon sac de voyage, puisque pour plus de sûreté, c’est John Hector lui-même qui portait mon sac.

hmSous l’impulsion de Ralf, les travaux ne prennent pas de retard et je peux bientôt communiquer avec exactitude  à John Short la date où le Melor sera prêt à appareiller. Il me donne alors plus de détails sur l’opération que je vais mener et, brusquement, je comprends pourquoi les Anglais s’intéressent tant à lui :

-Marc, tu pars dès que le bateau est paré. Tu vas charger une tonne de cocaïne aux Caraïbes  que tu livreras à des gens de l’IRA. C’est urgent, ils ont besoin d’argent, et moi aussi. Nous avons déjà perdu trop de temps. Je te préciserai le programme plus tard. Pour l’instant je peux juste te dire que tu déchargeras près d’Oban, en Ecosse. Tu peux aller repérer les lieux et chercher le site qui te convient. Tiens-moi au courant.

Je sens que Short ne tient pas à en dire plus pour le moment mais je l’interroge tout de même car l’information qu’il vient de me donner  sans la moindre précaution me paraît énorme :

-John, l’IRA donne dans le trafic de drogue ?

-Allons Marc, tu  n’es pas naïf, ça coûte cher la clandestinité. A ton avis, ils vivent de quoi ? Des dons des militants ?  Et les armes, les bombes, ça pousse dans les champs comme les salades ? Au revoir Marc, je te rappelle.

Après le GAL en Espagne, l’IRA en Irlande… Décidément les trafics de drogue ne profitent pas qu’aux dealers des banlieues et je me pose des questions sur la volonté de certains États d’y mettre un terme. Pour alimenter certaines caisses noires quoi de plus anonyme et discret qu’une livraison dans un charmant  petit port ? Pas de paperasse, pas de trace, pas de TVA et le contribuable n’est même pas floué…

En tout cas j’ai la certitude que je viens de franchir un palier. Je naviguais en eaux troubles, je plonge en eaux profondes.

gatardChristian Gatard, le patron de la DNRED de Nantes émet un long sifflement lorsque je lui révèle mon information:

-C’était donc ça, les British se doutaient que par Bob Mills, puis John Short, ils allaient remonter jusqu’à l’IRA. Je comprends mieux, il ne s’agit plus seulement de saisir des stups mais surtout de coincer salement des indépendantistes irlandais. C’est une tout autre dimension.

Avec Christian je ne cherche pas à jouer l’oisillon tombé du nid :

-Depuis le temps, je suppose quand même que les flics anglais se doutent bien que l’IRA ne vit pas d’oboles ?

-C’est certain. Tu vois bien qu’ils ne pistaient pas Mills par hasard. Mais, entre savoir et prouver, il y a un grand vide juridique.

J’apprends ainsi que tous les mouvements clandestins du monde, qu’ils soient de droite ou de gauche, n’existent que par les trafics, mais que le lien entre la drogue et le financement du mouvement n’est jamais évident, sans compter que, bien souvent, la politique vient encore compliquer les choses. Même très riches, les États n’aiment pas mettre la main à la poche, alors, si leurs protégés peuvent subvenir à leurs besoins, ils ferment pudiquement les yeux sur les méthodes et, éventuellement, donnent même un petit coup de pouce. Ce qui ne les empêche pas, parallèlement, d’engloutir des sommes colossales dans la lutte contre les trafics à grand renfort de beaux discours et de bonnes intentions.

Tous les policiers, tous les douaniers du monde sont d’accord sur ce point, ce qui ne les empêche pas de traquer les trafiquants  pour la plupart d’entre eux avec pugnacité, conviction, voire avec courage, ce qui est d’autant plus admirable. Pour l’heure c’est ce que font les douaniers de Nantes et ceux de Londres.

En apprenant que je vais livrer pour l’IRA, le contrôleur Atkinson s’autorise une sorte de glapissement qui doit traduire chez lui une intense euphorie, et propose immédiatement de mettre l’un de ses hommes à ma disposition pour aller repérer les lieux de la livraison. Un rendez-vous est prévu à l’ambassade de France, dans le bureau de l’attaché des Douanes, Marc Lerestre, pour monter l’opération.  Nicole, la secrétaire de la DNRED de Nantes m’y accompagne pour représenter le service et ramener quelques documents confidentiels que Lerestre High_Holborndoit lui remettre.

King’s Gate House, 115 High Holborne

Il fait gris et il pleut lorsque nous arrivons devant le King’s Gate House, 115 High Holborne, annexe de l’ambassade de France. Dans le hall,  Marc Lerestre discute déjà avec deux officiers du HM Customs and Excise anglais, dont ce  »cher »John Hector. C’est lui qui va nous accompagner en Ecosse. Les présentations effectuées nous montons dans le bureau de l’attaché des Douanes qui a déjà étalé une carte des côtes écossaises sur une table ronde. John Hector pointe tout de suite son doigt sur le golfe de Murray, à l’ouest, et le canal Calédonien qui relie la côte ouest à la côte est de l’Écosse. C’est dans cette zone que l’on m’a demandé de livrer et c’est donc là où nous allons nous rendre demain.

Je loue une voiture à mon nom à l’aéroport de Glasgow et j’inscris John Hector comme conducteur parce que je n’aime pas la conduite à gauche. Un tout petit détail qui me lie par contrat aux douanes anglaises et scelle notre coopération.

oban 55

Virée en Ecosse

Pour mes trois compagnons de voyage, notre séjour écossais se transforme bien vite en circuit touristique. Ne connaissant rien aux manœuvres que je vais avoir à exécuter ils ne me sont d’aucune utilité. Aussi, la plupart du temps, je leur laisse la voiture, préférant prospecter les ports et longer les côtes seul et à pied. Nous restons trois jours sur le secteur et je fixe mon choix sur un tout petit port  assez isolé, près d’Oban, face auquel je pourrai mouiller sans trop attirer l’attention. Un Zodiac viendra prendre la marchandise et la mènera jusqu’à un camion garé le long du canal Calédonien. La suite ne me regarde plus, elle concerne John ObanHector qui m’assure que son service n’a encore rien prévu. Le repérage est terminé, je rentre à Rotterdam.

Oban

A peine revenu sur le Melor, John Short me dit lors d’un contact téléphonique (Chez sa sœur qui est fleuriste à Londres) que je dois partir à Dublin immédiatement et prendre une chambre dans un hôtel dont il me donne le nom. Il m’indique le jour, et l’heure exacte à laquelle je devrais me trouver au bar de cet hôtel. C’est concis.

dublin_2Dublin

Au jour dit, à l’heure dite, je suis à mon poste.  J’ai repéré le téléphone posé au bout d’un assez joli bar en bois et je me suis installé à la table la plus proche en commandant une « lager beer ».  Cet instant m’excite, mais en même temps je pense que tout cela n’est qu’un jeu.  Ce téléphone que je fixe intensément ne peut pas sonner, on ne voit cela que dans les films…

Et pourtant il sonne.

Incrédule, je refuse de regarder le barman, qui fait répéter un nom pour la troisième fois, et j’accroche mon regard sur le programme d’un singing-pub affiché en face de moi entre un jeu de fléchettes et une  vieille publicité pour la Pelforth.

-Mister Fiévet ?

Le barman m’interroge du regard. Oui je suis Monsieur Fiévet. Je prends le combiné. Mon interlocuteur ne me laisse pas le temps de parler :

-Je suis un ami de John. Vous aller sortir de votre hôtel et remonter la rue à contresens de la circulation. Marchez doucement!

J’obtempère. En débouchant dans la rue je ne peux m’empêcher de regarder à droite et à gauche. Je ne remarque rien d’anormal. Alors je marche, doucement, longtemps, scrutant furtivement les passants : celui-ci, celui-là ?

Derrière moi, un homme presse le pas. Arrivé à ma hauteur il me souffle brièvement de bifurquer vers la chaussée. Au bord du trottoir alors que  nous attendons pour traverser, il se tourne a demi vers moi :

-Je m’appelle Sean. Demain à 10 heures précises dans la première salle du musée national de Dublin.

Sean se projette dans la circulation et disparaît.

Le lendemain à dix heures, je suis plongé dans la profonde contemplation d’un tableau dont je ne connaîtrais jamais l’auteur lorsque Sean se glisse à mes côtés :

-Je sors le premier. Vous me suivez de loin. D’accord ?

Sean m’entraîne alors dans un véritable labyrinthe qui nous mène jusqu’à un parc après une bonne demi-heure de marche. Mon mystérieux guide s’assoit sur un banc, déplie un journal,  me fait signe de le rejoindre. Dissimulés derrière les pages politiques de l’Evening Standard nous commençons enfin à parler.

Sean me confirme qu’il opère bien pour le compte de l’IRA, et que son organisation a un besoin urgent d’argent. Les fonds avancés pour l’achat de la drogue permettront de renflouer les caisses grâce aux larges bénéfices réalisés lors de la revente. Sean souhaite donc que je parte le plus vite possible pour les Caraïbes. Je le rassure sur ce point :

-Mon bateau est prêt et je suis déjà allé repérer un site près d’Oban pour décharger la cargaison. J’ai trouvé un petit port…

L’irlandais m’interrompt:

-L’Écosse n’est plus d’actualité. Tous nos plans sont changés. Il faudra vous habituer et vous adapter à ces changements de programmes au dernier moment. C’est une mesure de sécurité.

-Ne perdez tout de même pas de vue que je ne peux pas improviser  des opérations aussi lourdes.

-Nous le savons et nous en tenons compte dans nos plans.

-Bien. Et quel est votre nouveau plan ?

awacsSean tourne une page de son journal puis détaille en détachant bien ses mots, comme un véritable chef de guerre.

-Vous allez vous diriger vers le Surinam, au dessus de la Guyane. Une fois arrivé dans ces parages, nous vous communiquerons un point géographique en haute mer où vous vous arrêterez. Cet arrêt sera impératif  et vous devrez être très précis car nous tenons compte de la portée des différents radars installés sur les côtes du Venezuela et du Guyana  par le DEA. Nous essayons de prévoir  ceux embarqués à bord des Awaks américains. Deux avions parachuteront autour de votre bateau, en deux passages, cinquante colis flottants et contenant chacun vingt kilos de cocaïne. Votre canot devra être à la mer lors du largage pour récupérer les paquets le plus vite possible  avant qu’ils ne dérivent. Un de nos plongeurs partira avec vous de Rotterdam, il se mettra à l’eau pendant les manœuvres  pour vous aider. Il a l’habitude. Une fois la drogue chargée vous mettrez le cap vers le sud de l’Irlande. Au retour, nous vous indiquerons également un point où larguer à nouveau les colis. Un autre bateau viendra les récupérer.

irlandebisJe suis abasourdi par l’ampleur de la logistique déployée et je demande à mon voisin pourquoi nous ne transférons pas directement la cocaïne de bateau à bateau. La réponse est immédiate et violente :

-Certainement pas. Malgré nos précautions, nous risquons toujours de tomber dans l’œil d’un radar et deux bateaux qui se rapprochent puis se mettent bord à bord en haute mer sont immédiatement suspects. Avez vous d’autres questions ? Nous ne devons pas rester trop longtemps ensemble.

-Non, tout est clair.

-Parfait. Dernier point. Deux de nos hommes vont venir vous voir à Rotterdam pour acheter le bateau qui nous servira à récupérer la drogue au large de l’Irlande. Pouvez-vous les aider ?

-Bien sûr.

-Alors Short vous contactera. C’est lui également qui vous fournira la radio de bord qui nous permettra de communiquer en haute mer lorsque vous arriverez au Surinam.

L’entretien est terminé. Sean replie son journal et disparaît après m’avoir prié d’attendre quelques minutes sur mon banc avant de me lever.

Sitôt rentré à l’hôtel j’informe Christian Gatard des évolutions de l’affaire puis je réserve le  premier avion pour Amsterdam.

Quelques jours plus tard, John Short m’informe que Sean viendra lui-même choisir le bateau avec un marin. Aussitôt prévenus, les douaniers anglais envoient un de leurs hommes pour faire des photos. Je le réceptionne peu de temps avant d’aller chercher mes Irlandais à l’aéroport. L’achat du bateau est réglé en trois jours et mes commanditaires repartent vers l’Irlande avec leur navire. Il est temps pour moi d’effectuer les derniers préparatifs sur le mien.

ssbShort m’apporte la radio promise, une énorme Kenwood que  nous installons et, à  peine a-t-il le dos tourné, que Gatard arrive à son tour avec une balise Argos. Je suis flatté : tout le monde veut absolument savoir en permanence où je suis. Je rappelle simplement à Christian que je vais avoir un ange gardien de l’IRA à mon bord et que je ne tiens pas du tout à ce qu’il découvre cette balise. Alors que son groupe révolutionnaire se dépense pour agir sans laisser de trace, il n’apprécierait certainement pas que je joue au Petit Poucet. Nous parvenons à dissimuler la balise dans ma cabine et Gatard  m’avoue alors qu’il envisageait même de faire poser une boule satellite sur le pont mais qu’il y a renoncé vu la taille. Un tel engin sur un cargo sans prétention, cela aurait à coup sûr attiré l’attention. En revanche j’installe un télex à bord qui me reliera directement au Saint-Georges à Estepona, et là, tout le monde y trouve son compte.

Les informations passées seront retransmises soit à la DNRED Nantes, soit à Heidi Hoffman qui assure le lien avec Short et l’Armée Révolutionnaire Irlandaise. Son rôle se limitera à cela.

Je crois avoir pensé à tout lorsque je reçois un appel de Hervé Maignier, le divisionnaire des Douanes de Nantes, spécialiste des affaires maritimes. Ce qu’il a à me dire doit être important car il ne m’appelle pas souvent :

-Marc, tu ne dois pas partir sans arme. Des bateaux de plaisance sont victimes de pirates dans ce secteur bien qu’il n’y ait pas grand’ chose à voler à bord. Alors tu imagines, un cargo chargé d’une tonne de cocaïne… Même si l’opération est entourée d’un maximum de discrétion des fuites sont toujours possibles, des trahisons aussi. Je te certifie que de mauvaises rencontres ne sont pas exclues.

Je prends ce conseil très au sérieux et dès le lendemain je vais à Anvers où c’est  sans aucun mal que j’acquiers à bon prix dans une armurerie deux fusils à pompe et  une carabine Remington, type « grande chasse », munie d’une lunette réglée à 150 mètres. Pourquoi utiliser le marché parallèle lorsqu’officiellement on peut acquérir ce dont on a besoin !

Cette fois il ne me reste plus qu’à composer mon équipage avant le départ. En plus du plongeur délégué par l’IRA qui arrivera au dernier moment j’enrôle mon fils Laurent ainsi que deux hommes, l’un que l’on me recommande sur un quai de Rotterdam, un mécanicien portugais, Fernando, et un cuisinier français, Gilbert, recommandé par Le Baron, une « figure » de la Costa del Sol.

Carte_de_la_Manche

MELORLe cargo « Melor » à Rotterdam

Le mois de mai tire à sa fin lorsque le Melor quitte le port de Rotterdam  pour cingler vers  les Amériques. Assis sur une bite d’amarrage, Ralf De Groot nous salue longuement. Il a bien  travaillé et le vieux moteur ronronne comme une chatte repue. Je m’engage avec prudence sur le rail qui mène vers le sud, vers les côtes françaises; le pilote automatique rempli parfaitement sa tache. Le cap affiché est maintenu sans effort, c’est  vraiment un membre d’équipage à part entière et tellement docile !.

Tout va bien jusqu’à Ouessant et je m’apprête à piquer au sud sud-ouest lorsqu’un bruit sec retentit dans le local des machines. Je crains le pire lorsque je vois Fernando se précipiter dans le réduit. Je mets aussitôt la propulsion au ralenti, et je perçois d’étranges cliquetis qui ne laissent rien présager de bon. La voix de Fernando montant des entrailles du bateau vient confirmer mes craintes :

-Arrête tout il faut que je démonte.

Jusque là conquérant et fier de sa jeunesse retrouvée, le Mélor n’est plus à nouveau qu’une vieille carcasse penaude ballottée par des vagues heureusement nonchalantes.

Je rejoins mon mécanicien au moment où il vient de déterminer la panne :

-C’est l’inverseur qui est cassé. Il faut aller faire réparer dans un port. On peut essayer de naviguer à très petite vitesse en faisant attention, mais ça peut lâcher à tout moment.

J’avertis immédiatement John Short par télex, via Estepona, de cet incident mécanique et une heure plus tard nous dialoguons  par claviers interposés:

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-J’ai trouvé un chantier sûr à Newhaven qui peut prendre le bateau en charge, mais est-ce que tu pourras monter jusque là ?

-Fernando me dit que l’on peut essayer, mais je vais quand même alerter les autorités maritimes françaises par Radio Conquet, pour leur signaler que je suis en difficulté.

-O.K.

L’Abeille Flandres

J’ai entamé ma lente et pénible remontée vers le Nord depuis trois bonnes heures lorsque je vois arriver au loin le remorqueur l’Abeille Flandres qui se propose de me remorquer. Je refuse. Je ne vais pas payer tant que je suis à peu près autonome. Le capitaine du  navire n’insiste pas mais il m’escorte pendant des heures ce qui est parfaitement détestable. Loin d’être rassurante, la présence de ce bâtiment est oppressante. J’ai l’impression abeilled’être surveillé par un vautour qui attend ma mort en comptant mes os. Découragé par ma résistance, l’Abeille Flandres finit par retourner vers la France après un dernier salut malgré tout sympathique, nous souhaitant bonne chance et bonne route.

J’avoue que sur le Mélor nous ne sommes pas fiers. Pendant que je reste dans la timonerie, Laurent, Gilbert et Fernando, à genoux à fond de cale, semblent prier devant le moteur. Je sais que  chaque mile gagné nous rapproche de l’Angleterre mais Dieu que le chemin est long et lorsque  enfin, à l’aube, j’aperçois le faisceau d’un phare j’ai le sentiment de découvrir l’Amérique. Nous jetons l’ancre en face du port de Newhaven et après avoir fait appel à un remorqueur local, nous rentrons dans ce port de l’East Sussex du sud de l’Angleterre.

Malheureusement, quelques heures plus tard, c’est avec ménagement que je dois annoncer à Short que le bateau va être immobilisé cinq semaines et que les réparations coûteront assez cher. Il n’est pas content, mais nous n’avons pas le choix. Durant toute cette période, John Hector du Custom excise et Marc Lerestre, l’attaché des douanes françaises joueront les espions, en totale sécurité, pour contrôler les allées et venues autour du navire Melor…

Après cette longue pause durant laquelle j’aurais la visite d’un Cubano-espagnol répondant au nom de Carlos Hernandez-Reumbeaut qui viendra inspecter le Melor, une fois la réparation effectuée, nous reprenons enfin la mer début juillet et cette fois nous arrivons sans encombre à Santa Cruz de Tenerife où j’ai prévu une escale technique.

santa-cruz-de-tenerifeJo Le Squere m’y rejoint. Il m’apporte des batteries neuves pour ma balise Argos. Je le rencontre en catimini dans un café du port, après avoir expédié mon plongeur irlandais en ville avec Gilbert pour effectuer quelques achats de nourriture. J’ai juste le temps de changer mes piles pendant son absence.

Deux jours de repos et nous reprenons la mer. Cette fois je sens que la tension monte à bord. Le voyage est long et l’on s’ennuie un peu, ce qui laisse le temps de gamberger sur la suite de l’opération avec tous les risques qu’elle comporte. Pour passer le temps et varier les menus, nous avons installé des lignes à la traîne à l’arrière du bateau, ce qui ne constitue tout de même qu’un mince dérivatif. En fait, je crois que nous avons tous hâte de passer à l’action. L’inactivité devient pesante. Après onze jours de navigation, je suis vraiment heureux d’annoncer à mon équipe que nous arrivons à hauteur du Surinam. Nous jetons l’ancre et le soir le cuisinier nous gratifie d’un dîner de gala, sortant deux excellentes bouteilles de Bordeaux de ses réserves cachées.

Le lendemain, j’appelle par radio un mystérieux correspondant dont Short m’a donné les coordonnées avant le départ. L’homme prend la position exacte du bateau et me fixe un  autre rendez-vous radio.

À midi pile, il me rappelle et m’ordonne sans autres commentaires :

-Placez-vous par 11° nord et 55° ouest, maintenez cette position et attendez. On vous contactera quand les avions arriveront. C’est nous qui appelons.

amazonieLes deux appareils doivent décoller de l’une de ces multiples pistes clandestines tracées dans la forêt colombienne, uniquement destinées au trafic de la drogue, puis piquer le plus vite possible vers la côte Est en survolant l’Amazonie brésilienne, la Guyane, puis le Surinam pour éviter au maximum les radars installés par les Américains sur le territoire colombien. Les pilotes sont parfaitement rompus à ces exercices tout à fait routiniers et l’attente ne devrait pas être longue.

Il ne me faut que quelques heures pour me  positionner au point précis indiqué par mon correspondant. Je jette une ancre  flottante en scrutant machinalement le ciel, ce qui est parfaitement inutile tant qu’aucun message radio ne sera parvenu. En revanche, je demande à Laurent et au plongeur d’aller vérifier une dernière fois le système de mise à l’eau du Zodiac et le matériel de plongée. A nouveau, nous sommes contraints à une exaspérante attente.

Les heures passent et le Kenwood reste muet. Pour la troisième fois je vérifie qu’il fonctionne. Tout est en ordre et je remonte sur le pont. Le ciel est bas sur l’horizon et même notre cuisinier a le nez en l’air. Je le renvoie dans sa cambuse pour préparer le dîner. Il me paraît impossible que des avions puissent larguer de nuit, il y aurait trop de risques de perdre les colis. Nous pouvons nous détendre, la livraison sera pour demain.

Pas besoin de réveil, dès le lever du soleil nous nous retrouvons tous accoudés au bastingage à ne savoir que faire.  Nous n’avons même pas un jeu de cartes. Laurent perd patience le premier :

-Essaye de les appeler…

-C’est inutile, le dernier message était clair : ce sont eux qui nous préviennent. S’ils ne le font  pas c’est qu’il y a un problème et il est peut-être plus prudent, précisément, de ne pas appeler.

En revanche j’envoie un télex à Estepona. La réponse traîne un peu, et lorsqu’elle arrive nous ne sommes pas plus avancés: il faut attendre. Pas l’ombre d’une explication.

Je l’apprendrai plus tard, à des centaines de kilomètres de là, la roulette avant du train d’atterrissage d’un des petits avions  s’est cassée net en touchant le sol si bien que l’appareil est parti sur le nez en dérapage avant de terminer sa course en bout de piste sur un haut plateau de la jungle colombienne, la queue en l’air. Il ne peut absolument pas reprendre l’air et les quelques trafiquants présents sur ce terrain de fortune n’arrivent pas à le dégager. Le second avion prévu aurait pu livrer, mais les responsables de l’IRA exigent la totalité de la cargaison et préfèrent attendre que l’on trouve un appareil de remplacement.

Personne ne juge utile de nous tenir au courant de ces contretemps et sur le Mélor nous continuons à attendre dans la plus parfaite ignorance. Au bout de neuf jours, je n’y tiens plus. Je ne supporte plus de tourner en rond entre mon Kenwood, mon télex et la cabine où nous prenons nos repas machinalement pour passer le temps. Notre cuisinier m’a d’ailleurs mis en garde : avec ce « stand by » imprévu, il va falloir faire escale pour se réapprovisionner sur le chemin du retour, ce qui ne me plaît pas du tout : je n’ai pas envie de m’arrêter dans un port avec une tonne de cocaïne à bord. Cette fois, ma décision est prise et j’envoie un télex au Saint Georges.

carte-St-Vincent-et-Iles-Grenadines-Dis à John Short que je rentre. Je fais escale à Saint-Vincent pour faire le plein de nourriture. Si l’opération est maintenue, nous ne serons pas trop loin du Surinam et nous pourrons revenir. Mais nous ne pouvons plus rester sur zone.

Christian que je réussis à joindre de Saint Vincent me dit:

-Il faut que tu partes à Londres. Les Anglais veulent te rencontrer. Vois avec Marc Lerestre, c’est lui qui organise la réunion à l’ambassade de France.

Arrivé à Kingstown, le port de Saint-Vincent, la situation n’a pas évolué et j’envoie un nouveau télex au Saint Georges à Estepona:

-Je laisse le bateau ici. Je serai dans deux jours en Angleterre.

Je suis content de retrouver Marc dans l’immeuble du King’s Gate House, mais beaucoup moins le successeur d’Atkinson et John Hector. Comme je le craignais, l’atmosphère s’envenime rapidement.

J’expose d’abord la situation en précisant que le lieu exact du prochain chargement n’est pas encore défini, mais qu’en revanche il y a de fortes chances que la livraison s’opère à nouveau au large de l’Irlande.

À cet instant, les Anglais me laissent poursuivre tout en se concertant à voix basse. J’observe leur manège en terminant rapidement ma présentation.

Le chef de la délégation britannique prend alors la parole :

-Monsieur Fiévet, nous envisageons une intervention en mer d’Irlande lorsque le bateau de l’IRA  viendra récupérer la drogue que vous aurez larguée. Mais il est évident que si l’un de nos bâtiments croise dans le secteur les Irlandais le repèreront et abandonneront la marchandise. C’est donc un sous-marin que nous enverrons sur place et vous devrez  nous communiquer l’endroit exact du largage pour qu’il se positionne avant intervention.

Je pense instantanément aux risques qu’une telle information me ferait courir :

-C’est impossible. Je serai le seul à connaître l’endroit où je jetterai les colis et, de surcroît, il ne me sera communiqué que peu de temps avant l’opération. Vous imaginez bien que si un sous-marin surgit les gens de l’IRA identifieront immédiatement la personne qui les a trahis.

-Ce n’est pas certain, il peut y avoir des agents infiltrés dans leurs rangs.

-Vous les prenez pour des imbéciles, ou est-ce moi que vous prenez pour un idiot ?

-Monsieur Fiévet, c’est nous qui décidons ! D’autre part, pour être payé il faudra venir témoigner devant un tribunal.

C’en est trop, j’explose :

-Vous êtes des salauds, je vous ordonne de quitter cette ambassade.

Marc Lerestre ne bronche pas mais il se lève et conclut avec beaucoup plus de diplomatie :

-Je pense effectivement qu’il vaudrait mieux reprendre nos travaux lorsque le nouveau projet sera plus élaboré.

Je le coupe :

-Marc arrête, il n’y a plus de projets ni d’opération possibles avec ces gens-là !

Debout, les poings posés sur la table, je suis blanc de rage. Marc, embarrassé,  reconduit la délégation anglaise jusqu’à la porte. En revenant il me livre ce seul commentaire :

-Tu ne t’es pas fait des amis… Méfie-toi!

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Extrait de l’Archipel des Soumis écrit lors de mes 3 888 jours de détention dans 23 différentes prison en Espagne, Angleterre, Canada et France.

Jean Henri Hoguet et Marc Fiévet lors d’une conférence, à Saintes en 2015, traitant des actions d’infiltration de la DNRED.

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DNRED: quand la Douane française transportait le cannabis qu’elle avait acheté au Maroc

PEREJILDe l’Ile Persil à Port la Nouvelle

En arrivant rue du Louvre, je comprends immédiatement que je ne suis pas convié à une réunion de routine. Christian Gatard, le chef d’échelon de la DNRED Nantes, discute dans le hall de l’immeuble des Douanes avec deux hommes que je ne connais pas. En revanche, je constate que son adjoint Jo Le Squere est  arrivé de Nantes, lui aussi, ce matin. Dans l’ascenseur, Gatard me présente Michel Ribatet,  patron de la DNRED de Lyon, et l’un de ses adjoints, Jean-Pierre Cazet.

Sans un mot, nous sortons pour rejoindre la première terrasse de café où nous nous installons autour d’une table ronde. Christian Gatard rompt le silence et s’adresse directement à moi. Je comprends instantanément que je vais  être  au cœur des débats :

-Marc, nous avons trouvé une solution pour financer en une seule fois tes travaux du Saint-Georges (Le Saint Georges est le restaurant sis à Estepona dont les douanes sont copropriétaires). Michel Ribatet va t’expliquer.

Le douanier lyonnais  se redresse, réfléchit quelques secondes puis se lance:

-Nous savons que des producteurs disposent actuellement d’une tonne de cannabis au Maroc qu’ils n’arrivent pas à écouler, faute d’acheteurs. Ces acheteurs, nous les avons trouvés grâce à un agent infiltré. Ce sont deux Anglais qui vivent à Amsterdam. Des grosses pointures. Ce marché les intéresse. Nous allons donc leur livrer nous- mêmes la drogue, à Lyon, et les arrêter, bien sûr, dès qu’ils en auront pris possession.

Est-ce que tu peux te charger de l’enlèvement de la marchandise au Maroc ? Je m’engage à te verser un million de francs pour cette opération.

Ça me semble tellement invraisemblable que je ne suis pas certain d’avoir bien compris:

-Tu veux bien dire que les douaniers montent toute l’opération jusqu’à la livraison ?

–Absolument.

-De bout en bout ?

–Oui.

-Mon équipage ?

–A toi de jouer!

Jean-Pierre-CAZELe douanier lyonnais Jean-Pierre Cazet  m’appellera pour me donner le signe du départ et me préciser l’endroit exact où je dois enlever le cannabis. Ensuite je dois remonter vers la France et décharger à Port-la-Nouvelle, près de Narbonne, dans l’Aude. Jean-Pierre Cazet m’y attendra.

Le chargement de la drogue et le voyage s’effectuent sans aucun problème, j’arrive même à Port-la-Nouvelle, avec une journée d’avance sur le planning  établi, ce qui n’est pas franchement une bonne idée car personne ne m’attend. Je téléphone immédiatement à  Michel Ribatet, le chef d’échelon de Lyon pour lui signaler mon arrivée et le prier d’envoyer ses douaniers pour décharger…

–C’est impossible, ils sont encore à Lyon. Ils seront là-bas demain.

La perspective de passer vingt-quatre heures sur le Windarra, rebaptisé prudemment Tancrède pour les besoins de l’opération, avec plus d’une tonne de cannabis à bord me contrarie, mais je n’ai pas le choix. Je fais alors le tour du pont pour m’assurer que tout est en ordre. A priori, rien ne peut laisser supposer que ce yacht est parfaitement hors-la-loi. Un peu rassuré, je me détends, et je m’adosse à la barre pour observer l’activité de ce petit port partagé entre pêche et commerce.

Et là, devant moi, brusquement, je ne vois plus qu’elle, tout en bleu délavé. Elle m’écrase, elle me nargue. Comment ne l’avais-je pas remarquée plus tôt : je suis amarré très exactement face à la gendarmerie.

Le lendemain matin, je n’en crois pas mes yeux : sept douaniers descendent de deux véhicules, une voiture et un petit camion, empilent des grands sacs de jute sur le pont du Windarra puis, sans prendre la moindre précaution, ils y enfournent les quarante-trois ballots de cannabis qu’ils déposent dans leur camion en jurant et pestant comme de vieux dockers contre le poids excessif  des colis.

La scène est complètement surréaliste : là, en plein jour, dans un petit port français, au vu de tous, sept douaniers déchargent et rechargent une tonne de cannabis devant une gendarmerie.

Leur travail effectué, les douaniers me saluent et repartent vers Lyon. Ils y arrivent en fin d’après-midi et entreposent la drogue dans un hangar à la  périphérie de la ville.

Un Marocain les rejoint peu après. C’est le représentant des producteurs. Il vient constater que tout est en ordre et est certainement à mille lieux de se douter qu’Eric, le chauffeur qui l’a pris en charge à sa descente d’avion à Barcelone, est Jean Pierre Cazé, un douanier français. L’homme compte les ballots, s’assure de leur contenu puis se fait conduire jusqu’à une cabine téléphonique pour appeler une chambre de l’hôtel George V à Paris.

Quatre hommes y sont réunis, deux Anglais, les acheteurs, et deux douaniers qui se font passer pour les complices des « livreurs ». Tous quatre attendent ce coup de téléphone pour régler leurs affaires et se séparer. L’arrivée de la marchandise étant confirmée et certifiée conforme sur l’honneur par le représentant des producteurs, les Britanniques remettent dans un premier temps huit cent cinquante mille francs aux « narco-douaniers » dans la chambre du George V en règlement du convoyage. Puis ils s’éclipsent  pour rejoindre Lyon afin de prendre livraison de la cargaison et verser un solde de trois  millions de francs aux organisateurs et intermédiaires de l’opération : toujours les douaniers lyonnais…

Les deux Anglais arrivent le lendemain à bord d’une puissante Mercedes de location devant le hangar où est entreposée la drogue. Jean-Pierre Cazet les reçoit. Deux autres douaniers l’accompagnent. Il les présente brièvement comme des agents de sécurité chargés de veiller sur le cannabis jusqu’à son enlèvement.

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Deux jours après les douanes sont à l’honneur dans tous les journaux. Les titres sont élogieux : « Saisie record de cannabis »;  « Les douaniers roulent sur l’herbe »; « Coup de filet anti-drogue »…

Lors d’une conférence de presse, les responsables locaux des douanes  racontent comment, par un coup de chance inouïe, et grâce à leur flair, leurs fonctionnaires sont tombés, lors d’un contrôle de routine, sur un véhicule anglais transportant plus d’une tonne de cannabis.

Les journalistes se régalent, ils relatent avec force détails ce coup de maître des enquêteurs lyonnais. Les vieux renards du fait divers mettent toutefois un bémol. Ils saluent  le succès des douanes mais ne croient pas une seule seconde au coup de chance. Comme d’habitude les enquêteurs ont dû travailler sur renseignements. C’est classique, mais ils ne vont quand même pas donner leurs sources.

Je suis désormais bien loin de toute cette agitation. Bercé par une douce Méditerranée, le patron des services aéronaval des douanes de Nantes ramène avec son amie mon yacht vers  Sottogrande.

Encore deux jours de navigation et il sera  à quai. Au final il s’arrêtera au port de La Duquesa.

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TANCREDEMotor yacht Windarra

Le Motor yacht « Windarra » avait repris son ancien nom de « Tancrède » pour réaliser l’opération de transport de 1285 kilos de cannabis entre l’Ile Persil dans le détroit de Gibraltar et Port la Nouvelle où une équipe de douaniers de l’échelon DNRED de Lyon l’attendait pour transporter la drogue jusqu’à l’entrepôt lyonnais loué par le douanier Jean Piere Cazé.

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Un lamentable épisode de la guerre des polices qui pose la question des moyens juridiques de la lutte anti-drogue

dnredAprès 84 jours de prison, M. Ribatet, chef de l’antenne lyonnaise de la DNRED est libre.

Il n’a pas donné ses informateurs
Jeudi, 6 Juin, 1991

MICHEL RIBATET, le dernier des douaniers incarcérés à Dijon depuis le 13 mars, est enfin sorti de prison mardi vers 19 heures. Patron de l’antenne de Lyon de la Direction nationale des enquêtes et recherches douanières (DNRED), il avait été incarcéré en même temps que son surbordonné, Pierre Tardy, et qu’un inspecteur de Dijon, Jacques Dorey. Tous trois avaient été inculpés de «détention, transport, acquisition et cession de stupéfiants».

Ils avaient rejoint en prison Jean-Pierre Caze, inspecteur divisionnaire à Lyon, qui avait infiltré un réseau de trafiquants de cannabis en provenance du Maroc et avait été écroué le 6 mars pour les mêmes raisons.

Il s’agit d’une bien lamentable affaire qui pose d’abord la question des moyens juridiques reconnus à la douane, responsable de la quasi-totalité des 22 tonnes de drogue saisies l’an dernier par l’ensemble des services français.

Dans l’affaire de Dijon la PJ a mis à profit les trois jours de garde à vue dont elle dispose après les 24 heures de rétention douanière, non pas pour poursuivre le travail des douaniers, mais pour retourner contre eux les trafiquants qu’ils avaient arrêtés.

Au centre de l’affaire, la saisie par les douaniers lyonnais de 535 kg de résine de cannabis, le 6 décembre 1990, au péage de Pouilly-en-Auxois (Côte-d’Or) sur l’autoroute A6. Cette saisie intervenait après celle d’une tonne de drogue à Lyon le 6 juin 1990 ( marchandise transportée par Marc Fievet-NS55 DNRED jusqu’au port de Port La Nouvelle sur le Motor Yacht TANCREDE) , et en précédait une autre de 520 kilos, le 20 décembre, sur le parking d’Isardrôme près de Vienne.

HOGUET

Jean Henri Hoguet en premier plan lors d’un exposé sur les techniques de lutte contre le narcotrafic avec Marc Fievet en arrière plan

Les douaniers et leur chef, M. Hoguet, patron de la DNRED ont expliqué au magistrat, en gros, ces méthodes et leur efficacité. Ils n’ont pas tout dit. C’est clair. Pour le juge demeure « un problème d’argent et de paiement des informateurs». Il veut savoir «d’où provient l’argent et ce qu’il est devenu» car il ne peut discerner «ni le début ni la fin de la chaîne» et reconnaît qu’il n’a pu «percer le mystère de l’organisation qui avait conduit à la saisie». Il se serait heurté, selon ses propres mots, à un «refus total de collaboration» de la part des inculpés. M. Ribatet et les siens ont protégé leur «construction», le réseau de leurs informateurs et agents – les douaniers les appellent des aviseurs – au sein de cet important réseau d’importation de cannabis marocain en Europe. En se taisant ils ont protégé le travail en cours et, aussi et surtout, la vie de ces hommes. Le nom d’un de ces aviseurs n’a-t-il pas été publié dans certains journaux? C’est son silence qui a valu à M. Ribatet 84 jours de prison.

Côté Douane on se félicite de cette libération et on met sur le compte de la mauvaise humeur du magistrat l’interdiction jusqu’à nouvel ordre d’exercer signifiée aux douaniers libérés. Mais on relève surtout que l’intégrité de ces fonctionnaires n’est pas contestée par le juge qui n’a pu établir leur enrichissement personnel. Ils demeurent ce qu’ils ont toujours été, au dessus de tout soupçon de ce point de vue essentiel: ce ne sont pas des ripoux.

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Michel Charasse

Depuis le 28 mai, jour où le magistrat fit perquisitionner à la DNRED de Lyon, ce dernier avait refusé ses plateaux repas, n’avalant que de l’eau, du lait et des jus de fruit. Les douaniers ont été constamment soutenus par leur hiérarchie, l’ensemble des syndicats, et par leur ministre de tutelle, Michel Charasse. Plusieurs manifestations de soutien s’étaient tenues dans toute la France, notamment devant le palais de justice de Dijon. Une autre était prévue hier.

Les syndicats de douaniers, satisfaits de la libération de M. Ribatet, ont annulé leur journée d’action et de grève annoncée pour le 11 juin. Pour la CGC, dont le douanier lyonnais est adhérent, «cette décision n’est que justice». Satisfaction également à la CGT qui souligne: «Le problème reste entier quant aux missions de la douane, ses moyens pour les remplir et leur cadre juridique». Cette question a été publiquement posée par André Lajoinie, au nom du groupe communiste à l’Assemblée, dans une lettre au ministre de la Justice Henri Nallet.

De source bien informée, un protocole intégrant au droit et procédures français les moyens reconnus par la Convention de Vienne pour lutter contre le trafic aurait été élaboré par les ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Finances (Douane). Mais en ce qui concerne l’attribution de la qualification d’officier de police judiciaire aux douaniers, ce qui leur permettrait de conduire jusqu’à la clôture de l’instruction judiciaire les affaires qu’ils réalisent, le blocage du ministère de l’Intérieur demeure total.

Jean-Michel Cordier

Port la Nouvelle: http://www.sea-seek.com/images/b/bc/Port_La_Nouvelle.jpg

VOIR ou revoir: https://ns55dnred.wordpress.com/a-propos/Le héros de "Gibraltar" attaque l'Etat

LIRE: https://ns55dnred.wordpress.com/2014/06/29/quand-on-constate-la-lachete-des-directeurs-generaux-de-la-douane-francaise-les-denommes-pierre-mathieu-duhamel-et-francois-auvigne/

Reportage : C.Le Goff/F.Le Moal/O.Lecointe/S.Malin

via : api.dmcloud.net

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FRANCE (14 Juillet): jour historique et soirée de honte pour la douane

La directrice générale de la Douane française Hélène Crocquevieille défilera-t-elle à la tête de ses douaniers?
DOUANE14

Le 14 juillet 2016 sera un jour historique pour la douane, car cela fait presque 100 ans qu’elle n’avait pas défilé sur les Champs-Élysées.

La dernière participation date du défilé de la victoire, le 14 juillet 1919, les bataillons douaniers s’étant particulièrement illustrés en temps de guerre pour la protection du territoire national.

Ce 14 juillet sera effectivement aussi un jour historique de honte pour la DGDDI, fort taiseuse, voire menteuse, dans le dossier de Marc Fievet, AKA NS 55 DNRED.

La projection du film « GIBRALTAR » sur la chaîne M6  21 H 00 devrait rafraichir la mémoire sélective de tous ces ministres du budget et DG successifs qui n’ont jamais eu le courage d’assumer les actions terrains de la DNRED.

auvigneFrançois Auvigne

Soirée de honte

Soirée de honte donc pour la douane française et en particulier pour l’ex DG, l’énarque inspecteur des finances François Auvigne, qui n’a pas su assuré la continuité du service de l’Etat. Jour de honte pour les successeurs de François Auvigne qui, tous trop occupés, au bon déroulement de leur carrière en quête de privilèges et autres prébendes, n’ont pas trouvé le temps de gérer le dossier NS 55 DNRED.

Voir ou revoir le reportage consacré à Marc Fievet

Au service des douanes, il s’est infiltré parmi les trafiquants de drogue, avant d’être « lâché » par ses employeurs. Une équipe de « Pièces à conviction » l’a rencontré en 2005, à sa sortie de prison.

Retrouver toutes les infos sur la vidéo sur : http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/affaire/v

ou sur: « GIBRALTAR », le jeudi 14 juillet 2016 à 21h sur M6

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Le dossier de Marc Fievet est toujours classé « Secret Défense »

SECRET DEFENSE

AVIS
Avis n° 2005-03 du 27 janvier 2005
NOR: CSDX0508078V

Vu la loi n° 98-567 du 8 juillet 1998, et en particulier ses articles 4 (2e alinéa), 7 et 8 ; Vu la lettre de saisine du ministre de l’économie, des finances et de l’industrie en date du 16 décembre 2004 et la demande présentée le 17 novembre 2004 par Mme Sophie Clement, vice-présidente chargée de l’instruction au tribunal de grande instance de Paris, dans le cadre de l’instruction ouverte à son cabinet sur plainte de M. Marc Fievet concernant ses relations avec les douanes françaises ;

La Commission consultative du secret de la défense nationale, régulièrement convoquée et constituée, ayant examiné l’ensemble des documents classifiés qu’elle a recueillis au terme des investigations conduites par son président en vertu des pouvoirs que lui confèrent les articles 5 et 6 de la loi susvisée,
Emet un avis défavorable à la déclassification des pièces contenues dans le dossier établi au nom de M. Fievet, en sa qualité d’aviseur de la direction générale des douanes et droits indirects.

Fait à Paris, le 27 janvier 2005.
Pour la Commission consultative du secret de la défense nationale :
Le président,
P. Lelong

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=6686A6840C8BCEDB3986A4EB25B2F9E9.tpdila13v_1?cidTexte=JORFTEXT000000629551&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000000002264

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« GIBRALTAR », le jeudi 14 juillet 2016 à 21h sur M6

Inédits, Gibraltar, le jeudi 14 juillet 2016 à 21h sur M6

Le jeudi 14 juillet 2016 à 21h, M6 programmera le film français inédit « Gibraltar ».

gib lelouche

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FRANCE: quant aux méthodes des régaliennes pour lutter contre le trafic de drogue

LCPNS55

Les invités d’Arnaud Ardoin – LCP

Emmanuel Fansten, journaliste à Libération, auteur de l’enquête – Dominique Perben, ancien Garde des sceaux et aujourd’hui avocat – Gilbert Collard, avocat, député RBM-FN du Gard et Secrétaire Général du Rassemblement Bleu Marine, auteur du livre  » Les dérives judiciaires : et si ça vous arrivait ?  » Paru aux Editions Eyrolles  – Marc Fievet, aviseur de la douane française, inscrit sous le matricule  » NS 55 DNRED « , auteur des livres  » Infiltré au coeur de la mafia  » paru aux Editions Hugo Doc, et  » Gibraltar « , paru aux Editions Michel Lafon.

http://www.lcp.fr/emissions/ca-vous-regarde
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Le narcotrafic, et tout ce qui en découle, ne semble pas être pris au sérieux par nos décideurs politiques qui continuent à laisser les régaliennes affectées à cette tâche, et ses différentes hiérarchies, faire « joujou » avec les moyens mis à leurs dispositions pour surtout dérouler des plans de carrière qui trop souvent vont privilégier des réussites personnelles à l’atteinte de résultats probants dans la lutte contre la drogue.
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« La lutte contre le trafic de stups a pris 10 ans de retard en une journée, à cause d’une guerre des chefs de service entre les douanes et l’Office« , résume un policier de terrain (INFO RMC).

L’OCRTIS et les « opérations Myrmidons » avec ses derniers exploits de se constituer en super protecteur de narcotrafiquants pour permettre de transmettre des fiches de renseignements aux services de police judiciaires et à des pays étrangers comme l’Espagne, l’Angleterre voire le Maroc.
La DNRED (Douane française) avec ses « saisies spectaculaires » pour lesquelles on assistera au déplacement totalement surréaliste du président Hollande accompagné de son fidèle Sapin et en l’absence de Jean Paul Garcia, le patron de la DNRED.
Les stups du « 36 » avec ses casseroles.
La Douane française et ses services « Cyberdouane » ( DARKNET: cocaïne, shit et armes en deux clics…Que fait la cyberdouane? ) et « CELTIC » ( Douane française: la CELTIC (cellule d’études et de lutte contre les trafics illicites par conteneurs ), la Gendarmerie, les Policiers municipaux, le TRACFIN et les Services Spéciaux…
Tous ces services s’emploient à nous expliquer chaque jour par des communicants performants qu’ils sont les meilleurs et que d’exploits en exploits ils nous protégeraient de ce fléau, alors qu’il n’en est rien.

Nos frontières sont de véritables passoires et la progression des saisies dans l’hexagone, territoire de consommation et de transit, n’est due qu’à l’augmentation de la demande et donc du business généré!

Comment ne pas être inquiet lorsque l’on apprend la saisie, par hasard, de  270 kilos d’héroïne pure dans un camion iranien qui est arrivé sans avoir été contrôlé à Flixecourt dans la Somme (FRANCE (Camion iranien): à Flixecourt(80), suite à la saisie de 260 kg d’héroïne, le patron d’  »Immo Ouest » est bouleversé !) , comme cette saisie par hasard (FRANCE (narcotrafic maritime): 230 kilos de cocaïne trouvés dans un conteneur de verre pour Saint-Gobain, pas contrôlé par la CELTIC) ces derniers jours.

Les alertes au ministre Christian Eckert (DROGUE (Douane française): lettre ouverte à Monsieur Christian Eckert, ministre du Budget) comme à la directrice générale de la Douane, Madame Hélène Crocquevieille (FRANCE (Douane française): lettre ouverte à madame Hélène Crocquevieille, directrice générale.) n’ont pas réussi à provoquer la moindre réaction à ce jour et les dernières décisions du ministre de l’intérieur comme la mise en place d’une section « anti-mules » en Guyane avec promesse de doublement des effectifs affectés à la lutte contre le narcotrafic ne sont pas à la hauteur des besoins ( OCRTIS (Guyane): vers la création d’une antenne de lutte contre les mules…).
Affecter une quinzaine de fonctionnaires pour tenter de limiter le transport de drogue via les « mules » ne sera qu’une énième « ligne Maginot » que les narcotrafiquants contourneront sans aucun problème.
Nos régaliennes continuent à se concurrencer, quand ce n’est pas à se tirer dans les pattes, au mépris de l’efficacité pour avant tout se faire mousser!

Comment ne pas être inquiet de cette non évolution dans les moyens mis en œuvre par nos décideurs qui de « machin » en « machin » ne savent plus que faire pour essayer encore de berner l’opinion publique sur la soit disant efficacité de nos services.
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OCRTIS France: le Commissaire Vincent Le Beguec va-t-il faire évoluer les méthodes de travail de l’Office Central de la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants ?

OCRTIS1 FRANCE (OCTRIS année 1989): un grand cru pour Mario Le Corff

ET

Pour mémoire,

les drôles dessous d’une grosse saisie de cocaïne réalisée par l’OCRTIS

Mercredi, 4 Mai, 1994
L’Humanité

Le procès qui s’est ouvert hier à Grasse n’aurait été que celui de trafiquants pris dans le filet des stups si un commissaire suisse n’y était allé de quelques confidences explosives.

De notre envoyé spécial à Grasse

Le procès qui s’est ouvert hier à Grasse (Alpes-Maritimes) pourrait avoir d’importantes répercussions. Tout démarre en février 1992 dans le département avec l’arrestation de plusieurs trafiquants de drogue. Ce jour-là, dans la petite ville de Cagnes-sur-Mer, des inspecteurs de l’Office central de répression du trafic illicite des stupéfiants (OCTRIS) interceptent Vittorio Ceretta, un Calabrais de cinquante-deux ans, en train de remettre 63 kilos de cocaïne au conducteur d’un semi-remorque, Rosario Dioguardi, chargé de passer la frontière franco-italienne avec la marchandise.

Trois mois plus tard, nouveau coup de filet. 53 kilos de coke sont saisis et quatre autres personnes sont interpellées. Un couple d’Espagnols, Manuel et Manuella Munoz, ainsi que Drissia Bonacina et son époux suisse, Sergio Bonacina. Du beau travail donc, réalisé par les policiers français en relation avec leurs homologues brésiliens.

Tout irait pour le mieux et les autorités pourraient assurer que la répression du trafic porte ses fruits si Fausto Cattaneo, policier et suisse, commissaire de surcroît, ne dénonçait, dans un rapport en date du 27 novembre 1992 et adressé au Conseil d’Etat du canton du Tessin et au ministère public de la Confédération, les dessous de l’opération. A la lecture de ce volumineux rapport, on se dit effectivement que tout cela n’est pas bien propre.

Qu’écrit Cattaneo? Tout d’abord que la prise de cocaïne effectuée sur la Côte d’Azur est la ramification d’un trafic beaucoup plus important que le policier surnomme Mato Grosso, du nom de l’Etat brésilien dans lequel se fabrique une partie des produits acheminés par une filière colombienne. Le commissaire explique comment il a infiltré le réseau, parle de son travail avec les indics et les multiples problèmes qui ont surgi. Il raconte son contact avec un industriel brésilien lié à l’ex-président Collor et à Roméo Tuma, chef de la police, accusé de corruption et disposant de comptes bancaires à Genève «gérés, entre autres, par un fonctionnaire de la police genevoise».

Mais Cattaneo ne s’arrête pas là. Il dénonce également l’attitude et le rôle des services français – notamment d’un commissaire des stups parisien – accusés de l’avoir écarté de l’opération Mato Grosso: «Les services français et les indicateurs, ainsi que les éléments de la police fédérale brésilienne (…) se sont introduits entre fournisseurs et acheteurs en remplaçant les vrais trafiquants à l’origine du flux de drogue», écrit-il.

Et un peu plus loin, à propos de la cocaïne saisie près de Nice, on peut lire: «La drogue ne provenait pas des cartels colombiens ou des raffineries du Mato Grosso mais a été mise à disposition par la police brésilienne.» Les indicateurs ayant remis la cargaison avec l’accord des services français et brésiliens «ont encaissé environ 800.000 dollars qu’ils se sont partagés avec les fonctionnaires de police».

Le procès de Grasse, interrompu en milieu de matinée, après l’audition de trois témoins, pour cause d’enterrement du bâtonnier, ne pourra éviter de traiter des méthodes pour le moins surprenantes des enquêteurs. L’OCTRIS jure que ces pratiques lui sont étrangères, alors que deux des principaux accusés assurent que les indics ont été volontairement laissés en liberté. Il reste que le commissaire Cattaneo était absent et qu’il risque de le rester jusqu’à la fin du procès, prévue pour jeudi soir.

http://www.humanite.fr/node/78968

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Cent kilos de coke qui pèsent lourd

Jeudi, 5 Mai, 1994
L’Humanité

AU procès des trafiquants de cocaïne, à Grasse, c’était hier l’audition de Sergio Bonacina, considéré comme le chef du groupe appréhendé en deux temps dans la région niçoise, le 24 février et le 29 mai 1992, ainsi que 100 kilos de cocaïne. Sergio ne manque pas d’aplomb: «Les accusations de trafiquants portées contre moi viennent de la fantaisie de M. Cattaneo». Fausto Cattaneo est un commissaire suisse, auteur d’un rapport mettant en cause l’attitude des services français dans cette affaire, reliée selon lui à un trafic beaucoup plus important surnommé «Mato Grosso» et portant sur cinq tonnes de «coke».

Mais Cattaneo n’a pas été autorisé par sa hiérarchie à se présenter à la barre des témoins «pour des raisons de sécurité». Bonacina, de son côté, reconnaît s’être livré au Maroc au «trafic de stupéfiants mais, après ça, finito, basta!». Il avoue, en revanche, être un consommateur occasionnel de poudre blanche. Le président Acquaviva semble amusé par ses déclarations: «Vous avez pourtant une certaine stature dans les activités illicites.» L’homme nie tout. Il prétend être «un homme sous l’influence de sa femme». Mais cette dernière, présente dans le box des accusés, dit le contraire, se bornant à répéter que son mari en savait long sur toute l’opération et sur les contacts avec deux Sud-Américains, pourvoyeurs de drogue.

De ces deux Sud-Américains, il en fut longuement question lors de l’audition de Mario Le Corff, commissaire principal à l’Office central des stupéfiants. Ce dernier affirme que les prises effectuées en 1992 sur la Côte d’Azur n’ont rien à voir avec l’affaire «Mato Grosso». Pour lui, «le rapport Cattaneo relève de la mégalomanie». Tout s’est passé légalement, dans le cadre d’une livraison surveillée, c’est-à-dire sous haute surveillance policière, jusqu’à l’interpellation. Dans le cadre de l’enquête, plusieurs personnes étaient suivies. «Puis sont apparus des individus non identifiés que nous avons considérés comme étant sud-américains», dit le policier français. Malheureusement, ils ne seront jamais appréhendés, ce qui déclenchait de la part de la défense une vive polémique. Me Baudoux laisse entendre que les Sud-Américains travaillaient pour les policiers. Après deux jours de débats, le flou continue de régner dans ce procès. La seule certitude que l’on ait est que la Mafia est solidement implantée dans le sud de la France, région devenue privilégiée pour les trafics en tout genre entre l’Hexagone et l’Italie.

http://www.humanite.fr/node/79083

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Des trafics et une enquête qui intrigue

Samedi, 7 Mai, 1994
L’Humanité

Le procureur a requis des peines de douze à dix-huit ans de prison pour achat, importation et tentative d’écoulement de 117 kilos de cocaïne. La défense invoque un coup monté par les policiers français.

De notre correspondant régional.

ETRANGE procès en vérité que celui qui vient de se tenir dans les locaux du tribunal de Grasse, et dont le verdict a été mis en délibéré jeudi soir. Les personnes jugées l’étaient, selon l’acte d’accusation, pour achat, importation et tentative d’écoulement de stupéfiants. Le trafic portait sur 117 kilos de cocaïne. La France, et plus particulièrement la Côte d’Azur, n’étant qu’un lieu de transit avant l’acheminement vers l’Italie.

Des faits assez graves pour que le procureur de la République, Jean-Luc Cabaussel, requière des peines allant de douze à dix-huit ans d’emprisonnement, avec ce petit commentaire qui résume bien l’atmosphère: «Je suis toujours très satisfait de requérir face à des malfrats.»

Une phrase qui n’était pas gratuite. Depuis l’ouverture des débats, quelque chose semblait gripper la machine judiciaire. Plus exactement, un rapport établi par un commissaire suisse, Fausto Cattaneo, en partie corroboré par le numéro deux de la section antidrogue de l’office du procureur de la Confédération helvétique, Jacques-André Kaeslin.

Les deux hommes, dans deux notes séparées et officielles, soulignent les pratiques des services français et plus particulièrement de l’Office central de répression du trafic illicite des stupéfiants (OCTRIS). Des révélations de taille comme celle lue par le procureur lui-même, à propos de la drogue saisie, qui «proviendrait des stocks de Marco Cavallero, numéro deux de la police fédérale des stupéfiants du Brésil, et aurait été importée, livrée et vendue par des informateurs».

Le procureur n’a pas soutenu la demande de supplément d’informations exigée par les avocats de la défense. «Ce serait énorme», dit-il: «Ce rapport, c’est un jet d’encre craché par un mollusque marin avant qu’il ne tombe dans l’épuisette.»

Que les accusés ne soient pas des enfants de choeur, ou plutôt de «Marie», selon les termes d’un défenseur, personne ne semblait le nier, sauf peut-être ceux qui attendent de connaître leur sort.

Selon Interpol, deux d’entre eux, Vittorio Ceretta et Stefano Fasanotti, seraient membres de la N’Dranghetta calabraise et un troisième larron, Renato Macri, appartiendrait à une organisation mafieuse dans le Piémont. Sergio Bonacina n’est pas non plus un inconnu pour les stups de différents pays et son épouse Drissia vivait auparavant avec un «mauvais garçon» en cheville avec des trafiquants basés en Amérique latine.

Mais l’audition de plusieurs policiers en qualité de témoins et notamment de Mario Le Corff, commissaire principal à l’Office central des stupéfiants, devait jeter le trouble.

A l’écoute de ces fonctionnaires, on avait une sensation de non-dit. Comme si certaines pratiques n’avaient pas à être évoquées. Comme si, la fin justifiant les moyens, seules importaient les «prises» record de drogue. Qui étaient les Sud-Américains, fournisseurs repérés dans cette affaire, jamais arrêtés ni photographiés de face contrairement aux autres protagonistes?

Je ne sais pas, répondait Le Corff, qui répétait devant le tribunal que dans cette procédure, aucun indicateur n’avait été utilisé. Mais selon Fausto Cattaneo (absent à l’audience), il s’agirait d’informateurs et il donne leurs noms. Mais le procureur, une fois de plus, s’est refusé à en tenir compte, ne serait-ce que pour que la lumière soit faite. «Ce rapport ne vient pas du ciel mais de l’enfer dans lequel se morfond Fausto Cattaneo.»

Les défenseurs avaient alors beau jeu de demander dans leurs plaidoiries si «l’efficacité de la répression permet tout», si la justice «allait servir le droit ou la pyromanie policière» ou encore de dénoncer «le mur de l’Etat policier».

Au mois de février déjà, à Marseille, dans un procès portant sur une saisie de 5 tonnes de hasch, les avocats des prévenus avaient invoqué un coup monté par l’OCTRIS… Ni la justice ni la police n’auraient à gagner à couvrir de tels agissements. Car si quelques «mules» tombent grâce à ces stratagèmes, ils n’ont pas d’effet sur les cartels qui continuent de proliférer tandis que les narcodollars pénètrent toujours plus l’économie mondiale.

C’est dire si le verdict du tribunal de Grasse, prévu pour le 24 mai, est attendu. Avec crainte ou espoir, c’est selon…

http://www.humanite.fr/node/79247

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FRANCE (Complément d’enquête sur la drogue): la guerre perdue – Le direct débutera ce jeudi 9 juin 2016 à 22h45

paris-customs-find-71-tons-of-cannabisFrançois Hollande et Michel Sapin, au siège de la DNRED, sont reçus  par la DG de la Douane Française, Hélène Crocquevielle.

DNRED (Douane francaise): Hollande prend la pose devant une opération anti-drogue… ratée ! – Le Point

FRANCE (Grand Bal des « Faux-culs »): tous, du BCS en passant par la DCPJ, la DNRED, l’ IGPN, l’ OCRTIS, le SIAT et … le Parquet vont rivaliser dans le port de « faux-nez »

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Un trafic de drogue au plus haut niveau. Des tonnes de cannabis arrivées du Maroc par bateaux pneumatiques et remontant vers la France via des « go fast » − dont la police n’interceptait qu’une partie. Alors que l’affaire Neyret continue de défrayer la chronique, cette nouvelle affaire d’indics pourrait devenir un scandale d’Etat. Après une saisie record de 7 tonnes de cannabis, la police des polices enquête sur les méthodes des stups français.

Pour s’assurer de grosses saisies, des policiers auraient permis à certains « dealers-indics » d’écouler des dizaines de tonnes par an.francois-thierry-ocrtisFrançois Thierry

Sophiane Hambli,Des révélations publiées par Libération le 23 mai pointent le rôle central de l’ancien chef de l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS). C’est (https://fr.wikipedia.org/wiki/Sofiane_Hambli ) photo de droite, un ancien indic de François Thierry qui affirme avoir été payé en cash par l’ex-numéro 1 de la lutte antidrogue lui-même. En tout, 19 tonnes de cannabis auraient transité par une villa au sud de l’Espagne où « cinq hommes présentés comme des policiers français se relayaient pour charger et décharger sur la plage des dizaines de paquets remplis de drogue » récupérés sur des Zodiac venus du Maroc.

michelneyretQuand les flics franchissent la ligne rouge

Comment combattre efficacement le trafic de drogue ? En côtoyant au plus près les trafiquants « pour mieux les connaître », comme l’a plaidé l’ex-commissaire Michel Neyret à son procès ? L’ancien numéro 2 de la police judiciaire lyonnaise comparaissait en mai pour corruption et trafic de stupéfiants. Il est accusé d’avoir protégé certains de ses informateurs en échange de cadeaux et de voyages, et de s’être servi sur des saisies de drogue afin de rémunérer des indics.

Prohibition ou légalisation ?

Faut-il pratiquer la tolérance zéro, ou légaliser un trafic impossible à endiguer ? Jamais le narcotrafic ne s’est si bien porté. En France, la vente de cannabis atteint des records. Faut-il suivre l’exemple de certains Etats américains comme le Colorado, et mettre fin à la prohibition ? L’industrie de la marijuana y pèse 1 milliard de dollars ! Alléchés par ce « marché » lucratif, les loups de Wall Street s’engouffrent dans le business de l’herbe.

Un « héros » du narcotrafic

Au Mexique, où les cartels ont déjà fait 100 000 morts en dix ans, « Complément d’enquête » est parti sur les traces du plus puissant des narcotrafiquants : El Chapo, roi de l’évasion, baron de la drogue devenu milliardaire et considéré comme un héros par une bonne partie de la population.

Le 9 juin, « Complément d’enquête » vous raconte comment la drogue a gagné le combat.

Au sommaire

OCRTIS1OCRTIS : des méthodes stupéfiantes

Où se situe la ligne rouge quand on lutte contre le trafic de drogue ? Les stups peuvent-ils aider leurs indics à écouler du cannabis ? « Complément d’enquête » sur les liaisons dangereuses qui unissent policiers et dealers.

Une enquête de Matthieu Fauroux, Violaine Vermot-Gaud et Xavier Puypéroux, suivie d’un entretien avec Patricia Tourancheau, journaliste à l’Obs.

De l’herbe à Wall Street

Aux Etats-Unis, les fonds d’investissement les plus respectables ne se posent aucun problème moral : la vente de la drogue, c’est l’avenir ! Portrait de Douglas Anderson, 52 ans, talentueux homme d’affaires de Wall Street qui se lance dans le business de l’herbe, en toute légalité.

Un reportage de Baptiste des Monstiers, Christophe Kenck et Michel Pignard, suivi d’un entretien avec Emmanuelle Auriol, économiste.

El Chapo, sombre héros

« Complément d’enquête » au Mexique sur les traces du narcotrafiquant Joaquin Guzman, dit El Chapo. Portrait de ce baron de la drogue devenu milliardaire, admiré par la population.

Un reportage d’Yvan Martinet,Yann Moine et Olivier Broutin, suivi d’un entretien avec Stéphane Peu, adjoint au maire de Saint-Denis (93).

La rédaction de « Complément d’enquête » vous invite à commenter l’émission sur sa page Facebook ou sur Twitter avec le hashtag #Cdenquete.

http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/complement-d-enquete/complement-d-enquete-du-jeudi-9-juin-2016_1480673.html

lire aussi:

OCRTIS France: la défense des Stups part en fumée (ça part en sucette!)

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DNRED: l’Etat français a créé un nouveau fichier de données personnelles, le BCR-DNRED

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Le gouvernement a fait publier vendredi au Journal Officiel un décret n° 2016-725 du 1er juin 2016 qui ajoute un 13e fichier à la liste des fichiers confidentiels de données personnelles mis en œuvre par l’État, « intéressant la sûreté de l’Etat, la défense ou la sécurité publique ».

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Legifrance
JORF n°0128 du 3 juin 2016
texte n° 6Décret n° 2016-725 du 1er juin 2016 modifiant le décret n° 2007-914 du 15 mai 2007 pris pour l’application du I de l’article 30 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertésNOR: FCPD1602870D

Publics concernés : les services du ministère des finances et des comptes publics (administration des douanes et droits indirects) traitant de la prévention du terrorisme, de la criminalité et de la délinquance organisées et de la prolifération des armes de destruction massive.
Objet : mise en œuvre d’un traitement de données à caractère personnel ayant pour finalité la sûreté de l’Etat, la défense et la sécurité publique.
Entrée en vigueur : le texte entre en vigueur le lendemain de sa publication.
Notice : le décret modifie la liste des traitements automatisés de données à caractère personnel intéressant la sûreté de l’Etat, la défense et la sécurité publique relevant du dernier alinéa du I de l’article 30 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés et autorisé par un acte réglementaire dispensé de publication.
Il insère à l’article 1er du décret n° 2007-914 du 15 mai 2007 la référence à l’acte réglementaire autorisant la création du traitement de données à caractère personnel « BCR-DNRED » qui poursuit une finalité intéressant la sûreté de l’Etat, la défense et la sécurité publique.
Il modifie, par ailleurs, l’article R. 841-2 du code de la sécurité intérieure en ajoutant le « BCR-DNRED » à la liste des traitements ou parties de traitements automatisés de données à caractère personnel intéressant la sécurité de l’Etat.
Références : le présent décret ainsi que le texte qu’il modifie, dans sa rédaction issue de cette modification, peuvent être consultés sur le site Légifrance (www.legifrance.gouv.fr).

Le Premier ministre,
Sur le rapport du ministre des finances et des comptes publics,
Vu le code de la sécurité intérieure, notamment ses articles L. 841-2 et R. 841-2 ;
Vu la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, notamment son article 30 ;
Vu le décret n° 2005-1309 du 20 octobre 2005, modifié, pris pour l’application de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, notamment son article 16 ;
Vu le décret n° 2007-914 du 15 mai 2007 pris pour l’application du I de l’article 30 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés ;
Vu l’avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés en date du 21 janvier 2016 ;
Le Conseil d’Etat (section de l’intérieur) entendu,
Décrète :

Le 5 de l’article 1er du décret du 15 mai 2007 susvisé est ainsi rétabli :
« 5. Décret portant création au profit de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières d’un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé BCR-DNRED ; ».

I. – L’article R. 841-2 du code de la sécurité intérieure est complété par un 9° ainsi rédigé :
« 9° Décret portant création au profit de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières d’un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé BCR-DNRED. »
II. – Aux articles R. 895-1, R. 896-1, R. 897-1 et R. 898-1 du même code, la ligne :

R. 841-2 Résultant du décret n° 2015-1808 du 28 décembre 2015 relatif à la compétence du Conseil d’Etat pour connaître des requêtes concernant la mise en œuvre du droit d’accès aux traitements ou parties de traitements intéressant la sûreté de l’Etat, pris en application de l’article L. 841-2 du code de la sécurité intérieure

est remplacée par la ligne :

R. 841-2 Résultant du décret n° 2016-725 du 1er juin 2016 modifiant le décret n° 2007-914 du 15 mai 2007 pris pour l’application du I de l’article 30 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés

Le ministre des finances et des comptes publics et le secrétaire d’Etat chargé du budget sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait le 1er juin 2016.

Manuel Valls

Par le Premier ministre :

Le ministre des finances et des comptes publics,

Michel Sapin

Le secrétaire d’Etat chargé du budget,

Christian Eckert

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Comme l’explique Numerama, on sait en effet très peu de choses sur ce fameux fichier : « Comme le veut la règle, on ne sait strictement rien de ce fichier si ce n’est qu’il est baptisé « BCR-DNRED » et sera utilisé par les « services du ministère des finances et des comptes publics (administration des douanes et droits indirects) traitant de la prévention du terrorisme, de la criminalité et de la délinquance organisées et de la prolifération des armes de destruction massive ».

L’acronyme BCR-DNRED est sans aucun doute une référence à la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), rattachée à Bercy. Considérée comme un service de renseignement, elle est chargée notamment de collecter des informations sur les les grands trafics de contrebande, et de lutter contre les flux financiers clandestins.

On imagine donc que le fichier BCR-DNRED s’inscrit dans une politique de croisement d’informations concernant de possibles trafics internationaux illicites de biens ou d’argent qui transitent par la France, avec une orientation plus spécifique vers la recherche de financements de crimes graves. »

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DNRED: infiltré au coeur de la mafia.

infiltre21Bonjour à tous ! A la une de L’heure du crime, l’histoire vraie d’un « infiltré », dont la mission était de faire tomber un réseau international de trafic de stupéfiants, et qui se retrouve quelques années plus tard condamné à perpétuité !

Cet homme s’appelle Marc Fievet. Il est mon invité. Son nom est peu ou pas connu du public, mais son aventure a inspiré les scénaristes du film « Gibraltar », qui sort mercredi prochain au cinéma.

Pendant six ans, il  était connu sous le nom de code NS 55. Il a permis aux services des douanes; qui l’avaient recruté en 1988, de récupérer près de 100 tonnes de stupéfiants !

LIRE  et VIDEO

http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/l-heure-du-crime-vendredi-6-septembre-2013-infiltre-au-coeur-de-la-mafia-7771230825

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FRANCE (OCRTIS): le patron des stups poursuivi…. ça changera quoi ?

Publié le 31 mai 2016 dans Libertés publiquesOCRTIS1

Par Édouard H.

Scandale, stupeur et surprise dans le monde de la prohibition française du cannabis ! Dans une enquête publiée le 23 mai dernier, Libération révèle le rôle qu’aurait eu François Thierry, anciennement à la tête de la lutte anti-drogues en France, dans l’importation de dizaines de tonnes de cannabis. Tel Jérôme Cahuzac qui donnait des conférences sur la fraude fiscale, le journal rappelle que l’ancien patron de l’office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis) avait pour habitude de poser devant les plus grosses prises aux côtés des ministres de l’Intérieur successifs.

Si ce scandale est avéré, il est peu probable que la hiérarchie de l’Ocrtis n’ait pas été informée de ces agissements: cette révélation serait ainsi une mise à nu de l’ampleur de la corruption du système anti-drogue français. Sans surprise pour les personnes s’intéressant de près ou de loin au débat sur la politique des drogues, la prohibition démontre une nouvelle fois à quel point elle tend à corrompre les administrations chargées de la mettre en place. Comme aux États-Unis durant la prohibition de l’alcool dans les années 1920, la prohibition du cannabis en France crée d’immenses incitations à la corruption pour l’administration étatique. La France, malgré sa politique répressive, est le premier consommateur de cannabis en Europe : les gains financiers pour les personnes répondant à cette demande sont colossaux.

LIRE sur: https://www.contrepoints.org/2016/05/31/254937-patron-stups-poursuivi-ca-changera-quoi

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FRANCE (Drogue): quand la police devient dealer

LCPNS55Les invités d’Arnaud Ardoin

Emmanuel Fansten, journaliste à Libération, auteur de l’enquête – Dominique Perben, ancien Garde des sceaux et aujourd’hui avocat – Gilbert Collard, avocat, député RBM-FN du Gard et Secrétaire Général du Rassemblement Bleu Marine, auteur du livre  » Les dérives judiciaires : et si ça vous arrivait ?  » Paru aux Editions Eyrolles  – Marc Fievet, ancien infiltré de la Douane Française, inscrit sous le matricule  » NS 55 DNRED « , auteur des livres  » Infiltré au coeur de la mafia  » paru aux Editions Hugo Doc, et  » Gibraltar « , paru aux Editions Michel Lafon.

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Pour regarder l’émission: http://www.lcp.fr/emissions/ca-vous-regarde/274542-drogue-quand-la-police-devient-dealer

Durant ce mois de mai, la justice a affaire à deux histoires de grands flics qui flirtent avec la légalité, deux histoires d’indics, deux histoires qui posent question du lien trouble entre policiers et voyous.

Michel Neyret, icône déchue de la PJ lyonnaise dont il fut le numéro 2, comparaît depuis le lundi 2 mai au tribunal correctionnel de Paris pour s’expliquer sur les relations incestueuses qu’il a entretenues avec ses informateurs.

Un autre grand flic l’ancien patron de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) François Thierry est soupçonné d’avoir laissé entrer en France plusieurs dizaines de tonnes de cannabis ces dernières années, d’après une enquête publiée Dans l’édition du lundi 23 mai par le quotidien Libération. En cause, la proximité de François Thierry avec le trafiquant de drogue Sofiane H., un des  » indics  » de l’Office.
Entre 2010 et 2015, il aurait laissé son indic, le principal trafiquant de cannabis en France à la tête du « troisième plus grand réseau de drogue » en Europe, la connivence va loin puisque la femme de François Thierry était l’avocate de Sofiane H.
Le puissant policier avait recruté en personne Sofiane H. et lui a permis d’importer d’importantes quantités de drogue en « livraison surveillée ». Cette technique, légale, permet à la police de laisser passer des stupéfiants sur le sol français afin de remonter une filière pour la démanteler.

Sauf qu’en l’espèce, le réseau mis en place par le trafiquant/indic n’a jamais été inquiété… contrairement à ceux de ses concurrents.

Sauf que depuis 2004, et la loi Perben II, le recours aux indics est encadré, ni un policier seul ni même une équipe d’enquêteurs ne peut en principe gérer seul son indic. Tous doivent désormais être répertoriés dans un fichier central.

Seulement pour démanteler un réseau, peut-on se contenter de la légalité ? Ne doit-on pas forcement user de techniques à la limite de la Loi ? Et cette zone trouble est-elle L’efficacité doit-elle primer sur le droit ? Les invités d’Arnaud Ardoin en débattent ce soir de 19h30 à 20h30 dans l’émission Ça vous regarde sur LCP.

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FRANCE (Assemblée nationale): ce soir sur LCP, Dominique Perben, Gilbert Collard, Emmanuel Fansten de « Libé » et Marc Fievet sur le plateau de l’émission « CA VOUS REGARDE »

lcp

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ASSEMBLÉE NATIONALE

FRANCE (Drogue): quand la police devient dealer

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