Aviseur International renseigne, sans complaisance, sur la problématique de la drogue, du narcotrafic, de la corruption et sur les politiques mises en œuvre par les différents Etats et les dérives que s'autorisent les fonctionnaires des administrations — marcfievet@live.fr — 33 (0) 6 84 30 31 81
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Base de transit vers l’Europe ou/et le Canada et les USA
La production mondiale de cocaïne a atteint un nouveau plus haut historique avec près de 2 000 tonnes en 2017, tandis que celle d’opium connaît un recul inédit, relève l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) dans son rapport annuel publié mercredi.
A 1 976 tonnes, la production de cocaïne a connu un bond de 25% par rapport à 2016, année où elle avait déjà augmenté d’un quart, selon les estimations de cette agence basée à Vienne.
Consommation en hausse
L’essor de la cocaïne, absorbée principalement par les marchés d’Amérique du Nord et d’Europe, est notamment lié à l’extension des cultures et des capacités de production en Colombie, souligne l’agence.
Dans ce pays assurant quelque 70% de la production mondiale, les surfaces d’arbres à coca ont progressé de 17% en 2017, une conséquence de l’accord de paix conclu en 2016 avec les Farc, qui a paradoxalement permis à des groupes criminels de prospérer sur des territoires auparavant contrôlés par cette guérilla. L’ONUDC déplore par ailleurs qu’ »une diminution des efforts d’éradication ait pu favoriser l’idée que cette culture est relativement peu risquée» en Colombie.
Les saisies progressent, certes, mais du seul fait de la progression du trafic et non de la plus grande compétence des services
Parallèlement, les saisies de cocaïne ont progressé à 1 275 tonnes en 2017, soit une hausse de 13%, indique l’agence onusienne, qui se félicite d’une meilleure efficacité de la coopération internationale en la matière.
La cocaïne reste toutefois consommée par 18,1 millions de personnes dans le monde, notamment aux Etats-Unis où elle touche 2,1% de la population adulte.
Opiacés de synthèse
A l’inverse, la production d’opium s’est effondrée pour la première fois en deux décennies, avec un recul de 25% en 2018, à 7 790 tonnes, relève l’ONUDC.
Ce recul s’explique notamment par une baisse de 17% des surfaces de pavot cultivées en Afghanistan, un pays qui assure plus de 80% de la production mondiale.
Due en partie à un épisode de sécheresse qui a frappé ce pays, cette évolution résulte aussi d’une baisse des prix «probablement liée à une surproduction les années précédentes», qui a «rendu cette culture moins lucrative» pour les paysans, estime l’agence.
Malgré cette chute, l’usage d’opiacés continue de progresser à travers le monde en raison du développement constant de la consommation de produits de synthèse en Amérique du Nord et en Afrique, s’alarme l’agence. Aux Etats-Unis, le nombre de morts liés à l’usage d’opiacés a ainsi progressé de 13% pour s’établir à plus de 47 000 décès en 2017, un nouveau record. Cette évolution est notamment due à la popularité du fentanyl, un opioïde synthétique 50 fois plus puissant que l’héroïne et aisément disponible sur ordonnance.
Parallèlement, le tramadol progresse en Afrique, où les saisies de cet antalgique ont été multipliées par douze en sept ans, à 125 tonnes, note l’ONUDC.
Au total, quelque 585 000 décès ont été répertoriés en 2017 dans le monde en lien avec la consommation de drogues, contre 450.000 en 2015. Cette progression est liée en partie à une meilleure prise en compte statistique dans certains pays comme l’Inde et le Nigeria. Elle n’inclut toutefois pas la Chine.
Au total, plus de 270 millions de personnes consomment de la drogue chaque année, le cannabis se taillant la part du lion avec 188 millions d’adeptes, selon l’ONUDC.
Les opioïdes affectent 53,4 millions de consommateurs.
Dakar, 25 juin (APS) – L’attaché douanier régional de l’ambassade de France au Sénégal, Michel Gindroz, a salué mardi la « vieille tradition de coopération » liant les douanes françaises et sénégalaises, l’opération ’’Ailes africaines’’, mise en œuvre depuis plusieurs années, étant selon lui ’’emblématique’’ de cette coopération.
L’opération « Ailes africaines », mise en œuvre depuis plusieurs années, est destinée à contrôler les petits avions pour lutter plus efficacement contre les grands trafics, drogue, armes, etc.
Elle consiste d’abord en ’’une action de formation, et ensuite il y aura des opérations de contrôles approfondis qui seront opérées et coordonnées par les douanes de l’ensemble des pays de la sous-région’’, a indiqué l’attaché douanier régional de l’ambassade de France, à l’ouverture d’un séminaire de formation sur le contrôle de l’aviation privée.
Selon Michel Gindroz, ’’l’année passée, grâce à l’opération Aile africaine 5, il y a eu plus d’une demi-tonne de produits stupéfiants qui ont été saisis’’.
« Les résultats sont enregistrés et permettent ensuite une diffusion à l’ensemble des membres en temps réel de messages opérationnels’’, a-t-il expliqué.
Moctar Kettani Doucouré, coordonnateur de la Direction générale des douanes du Sénégal, note de son côté que l’opération les « Ailes africaines » vise à ’’cibler le trafic de drogue par le vecteur aérien notamment l’aviation privée’’.
’’La douane a des prérogatives de contrôle sur tous les moyens de transport, que ça soit des moyens institutionnels connus ou des moyens de transports privés’’, a-t-il souligné.
’’Si dans un pays, on identifie des vols privés, la douane est obligée d’être présente pour faire ses contrôles par des ciblages et par une présence permanente au niveau des aéroports mais aussi les aéroports secondaires’’, a rappelé M. Doucouré.
Il signale que quand un aéroport est secondaire, « la présence de la douane est intermittente’’, cela fait que chaque fois qu’il lui est donné l’occasion d’être informée de l’existence de vols privés qui arrivent, « la douane est présente pour faire ce contrôle parce que ce sont des vecteurs qui ne sont pas suffisamment contrôlés’’.
’’L’accompagnement de la douane française, c’est en termes de formation d’abord mais également en termes d’équipements, la douane française nous a dotés d’équipements à usage facile pour détecter la drogue’’, a précisé le coordonnateur de la Direction générale des douanes du Sénégal.
’’La formation est obligatoire parce qu’avant d’aller sur le terrain, il faut connaitre les routes de la drogue et elles ne se feront connaitre que par un échange d’expérience, par la formation, par l’identification des drogues’’, a-t-il insisté.
Des représentants d’une quinzaine de pays d’Afrique prennent part à cette formation dont l’objectif est de « renforcer la capacité d’intervention des douanes et des Forces de défense et de sécurité de ces pays pour les aider de mieux faire face aux nouvelles pratiques dans le trafic illicite par voie aérienne ».
Selon un communiqué de presse, « la formation réglementaire, des cas pratiques de l’opération de contrôle et le renseignement douanier en tant que nécessité opérationnelle incontournable seront entre autres modules présentés ».
Cette formation est rendue possible grâce à la collaboration de l’Organisation mondiale des douanes (OMD), de l’ambassade de France, de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et des administrations douanières, selon la douane sénégalaise.
Saly Portudal
Piste en latérite, saison sèche seulement. Plus qu’un aérodrome, celui de Saly-Joseph, accueille des évènements tels que concerts, réceptions, conférences sur son espace de 1 000 m2 (…) Contactez
Diass, 47 km de Dakar
Nouvel aéroport international du Sénégal, mis en service le 7 décembre 2017. Capacité 3 millions de passagers par an. Code AITA : DSS. Code OACI : (…) Contactez
Les policiers en poste au port Tanger-Med, ont saisi 270 kilogrammes de haschich à bord d’une voiture immatriculée en Allemagne conduite par un ressortissant marocain de 51 ans.
La cargaison de cannabis était soigneusement dissimulée dans des boites en plastique de petite taille contenant des biens de consommation, a indiqué la DGSN dans un communiqué, précisant que la saisie a eu lieu au moment où la voiture s’apprêtait à monter à bord d’un bateau en direction d’un port français.
La douane a saisi dimanche 23 juin 2019, à Tatatouine, 14.000 pilules de médicaments pour le traitement des douleurs neuropathiques et utilisés comme drogue, cachées dans le véhicule d’un contrebandier en provenance de Libye.
Les agents de la douane opérant dans le désert de Larzet à Tataouine ont intercepté 3 véhicules transportant de la marchandise de contrebande. Les conducteurs ont refusé de s’arrêter et ont même tenté de faucher des agents de la patrouille.
Les douaniers de l’aéroport de Roland Garros ont, hier matin, arrêté trois jeunes femmes en provenance de Paris. Dans leurs bagages: 30kg de résine de cannabis et 2700 cachets d’ecstasy.
« Les agents de la brigade de surveillance extérieure (BSE) de Saint-Denis-Gillot ont sélectionné trois voyageuses d’une vingtaine d’années au débarquement d’un vol en provenance de Métropole. Le passage des bagages à l’appareil à rayons X a fait apparaître à l’image des masses rectangulaires sombres semblant dissimuler des marchandises de fraude » détaille la direction des Douanes dans un communiqué publié ce lundi 24 juin.
« Parmi quelques vêtements et effets personnels des jeunes femmes, leurs valises contenaient des boîtes remplies de café renfermant des sachets thermo-soudés dans lesquels les douaniers ont découvert des savonnettes de résine de cannabis, pour un poids total de 29,9 kg« dit encore la direction des Douanes.
L’une des voyageuses était également porteuse d’un sac zippé dans lequel les cachets d’ecstasy étaient conditionnés.
À l’issue de la procédure douanière, sur instruction du procureur de la République, les trois voyageuses ont « été remises à la Sûreté départementale » terminent les Douanes.
Avec la participation de Michel Charasse, l’ancien ministre du Budget, de l’ancien directeur de la DST, Yves Bonnet, de l’ancien directeur de la DNRED jean Henri Hoguet et de l’ancien ministre Azouz Begag.
« Brest, France, 18 mars 2019 : Suite à “une information reçue”, de bon matin, les forces de l’ordre procèdent à une perquisition dans un logement du centre-ville. Un “trafiquant” est interpellé et placé en garde à vue, il reconnaît les faits : ces six derniers mois, il aurait acheté quatre kilos de feuilles de khat sur Internet puis les aurait revendues en petits sachets. Pour un bénéfice total de 150 euros ». (Lu dans Le Télégramme du 18 mars 2019)
Prier, se détendre et couper la faim
À l’origine mastiqué par les érudits et dignitaires religieux musulmans des cités de l’est éthiopien, le khat a ensuite étendu sa treille dans les campagnes pour stimuler la prière des croyants mais aussi pour encourager au travail, couper la faim et offrir le temps, tout en mâchant, de discuter et se détendre, entre hommes.
En suivant les routes de l’islam, l’arbre et ses feuilles cabotent de comptoir en comptoir sur les pistes du commerce caravanier vers Djibouti, la Somalie le Somaliland (des pays consommateurs mais non producteurs) ou le Kenya. En empruntant les voies maritimes, il s’implante aussi au Yémen puis aux Comores et Madagascar où il débarque au début du XXe siècle.
Les chemins du khat, Éthiopie, 2001. Lemessa Dessacha, Author provided
Depuis une trentaine d’années, le public de mâcheurs – qui se féminise – s’étend en suivant les diasporas de la Corne de l’Afrique. Ainsi, le bouquet euphorisant poursuit sa route toujours plus loin, toujours plus vite – aux États-Unis, en Europe, en Australie et plus tardivement en Chine – en composant désormais avec les différentes réglementations nationales en vigueur.
Prohibitions
« 24 août 2015 : Golfe d’Oman, Sultanat d’Oman, 1 300 bouquets saisis par la douane ».
Le comité de la pharmacodépendance de l’OMS n’inscrit cependant pas le catha edulis dans la « Convention des Nations unies sur les psychotropes de 1971 ».
En effet, seules deux des principales substances actives contenues dans les feuilles de khat, et non les feuilles elles-mêmes, sont visées par cette convention : la cathinone (inscrite au tableau I) et la cathine (tableau IV) – qui partagent les propriétés des amphétamines de synthèse mais dont les effets, « naturels », sont beaucoup plus faibles.
Un client achète du khat à Harlesden, au nord-ouest de Londres, en juin 2014, quelques jours avant son interdiction et classification C parmi les drogues et substances illicites par le gouvernement britannique.
Justin Tallis/AFP
Il appartient donc à chaque État de légiférer : la France l’interdit en 1957, la Chine très récemment en 2014 alors que d’autres pays, comme l’Autriche, ne le prohibent pas.
Pourtant la consommation et le commerce des feuilles demeurent dans un réseau d’initiés. Des Éthiopiens, Somaliens, Kenyans et Yéménites, du Danemark au Minnesota comme dans le quartier londonien de Camden, mâchent pour adoucir l’exil.
D’autres s’étourdissent :
« Pour les hommes, je te parle de nos pères, c’est le seul moyen de se reposer et de se relaxer […]. À Londres, le week-end, la seule chose qu’ils veulent c’est khatter, être entre eux, comme s’ils n’étaient pas là […] Pour eux, le khat c’est être un Somali, faire comme un Somali, même loin […] ». (A., Dire Dawa, Éthiopie, avril 2013)
Un nouvel ennemi à abattre
Cette méfiance envers le khat répond à des considérations sanitaires : sur le long terme, la consommation de khat provoquerait, selon les études, insomnies, troubles de la sexualité, dénutrition, augmentation des risques de cancer de la bouche et de la gorge.
Mais les enjeux sécuritaires sont également forts. Il y a d’une part la war on drugs impulsée par les États-Unis – dont on sait qu’elle a fait plus de morts que les drogues elles-mêmes.
D’autre part la lutte mondiale contre le terrorisme se profile : l’argent du khat financerait des groupes terroristes en Somalie. Une liaison d’autant plus dangereuse qu’elle n’est pas étayée. La presse américaine ou britannique interrogent ainsi de façon souvent insidieuse, les liens entre khat et terrorisme. Le khat est donc cet ennemi supposé qui guette, dehors.
« Des gangs somaliens ont terrorisé les gens à Lewiston, dans le Maine, où la population africaine a grimpé de plus de 600 pour cent, en un court laps de temps. L’immigration frauduleuse continue. La Sécurité intérieure ne fait rien […]. Quand je pense à ce khat qui y est envoyé, surtout en cette période où on célèbre l’anniversaire du 11 septembre 2001, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qui est importé d’autre que les honnêtes citoyens ne peuvent même pas imaginer ». (Marietta Daily Journal, 4 avril 2012)
Mais le khat n’incarne-t-il pas – surtout ? – cet ennemi qui guette du dedans ? En effet, nombre de [propos recueillis sur le khat] font ressac sur les immigrés, le bruit et l’odeur des hommes [« à la peau sombre »).
« Ici [à Xiaobei, quartier de Canton] les gens ont peur de la police […]. Si tu es noir, pour la police, c’est une certitude que tu vends de la drogue ou que tu en prends […]. La semaine dernière j’ai fêté mon anniversaire dans un club […] avec mes amis, des Éthiopiens surtout, la police a débarqué, ils nous ont tous forcés à pisser dans des tubes […] » (A., étudiant, Guangzhou, Chine, juillet 2018).
Expédier du khat, c’est jouer au billard en plusieurs bandes
Pour déjouer les contrôles et atteindre la clientèle de mâcheurs, les commerçants de Dire Dawa doivent sans cesse redéployer leurs réseaux et trajectoires. Ils expédient par avion vers des pays européens où le khat est autorisé et prévoient ensuite son acheminement avec chauffeur et voiture à travers les territoires de prohibition pour rallier les marchés de Londres ou d’Oslo… Expédier du khat, c’est jouer au billard en plusieurs bandes.
« Il faut repérer des nouvelles destinations, répéter, c’est risqué, il faut changer tout le temps les itinéraires. On repère, on envoie un ou deux personnes en reconnaissance sur place, on leur envoie le colis dans leur hôtel, ils tournent, ou avec une boîte postale, on essaie, et ensuite on change […]. On a fait ça pour Guangzhou [Canton], ça a bien marché. » (D., Dire Dawa, Éthiopie, février 2015)
Or, les délais d’acheminement doivent être très rapides, c’est-à-dire moins de 48 heures avant que ne flétrissent les effets stimulants des feuilles fraîches. À destination des États-Unis, les commerçants recourent aux services express de Fedex/UPS ou empruntent les liaisons aériennes, avec valises en soute, en aménageant une escale pour tromper la vigilance des douaniers face aux arrivages directs « from Ethiopia » d’emblée connotés « khat ».
L’évèque Stanley Karuru offre des prières devant une botte de khat à l’église AIPCEA à Igembe (Kenya) pays particulièrement touché par l’interdiction d’exportation de khat au Royaume-Uni en 2014. Tony Karumba/AFP
Lyophilisé et réhydraté au Coca-Cola
Il est également possible d’affréter un container au départ du port de Djibouti. Avec détour, par Hanoï. Direction la Chine, pour noyer le khat dans le trafic qui met le cap sur les États-Unis. Plus modestement, et plus fréquemment, tout un chacun peut aussi prendre le chemin de la poste de Dire Dawa et envoyer son colis, toujours en ricochet.
« Je ne connais pas le gars aux États-Unis mais il connaît un gars de Dire Dawa qui m’appelle […]. Moi, j’envoie d’abord au Kenya, j’ai un ami là-bas […] qui envoie en Chine […] c’est pour effacer les traces, Dire Dawa, ils savent que c’est le khat […] et de la Chine, le gars envoie aux États-Unis […]. Le gars des États-Unis connaît le gars de Chine et le gars de Dire Dawa […]. Moi, je connais que le gars au Kenya et celui de Dire Dawa […] ». (Conversation dans un salon de khat, Dire Dawa, Éthiopie, avril 2014)
Dans ces deux derniers cas – container de 20 pieds ou boîtes à chaussures – la lenteur du transport impose alors de lyophiliser la marchandise : le khat est préalablement séché, réduit en poudre (étiqueté « henné » ou « thé ») et, à son arrivée, il est réhydraté au Coca-Cola.
« On ne fait pas les colis pour devenir riche, c’est la famille là-bas qui a besoin aussi de cette rentrée d’argent. Ce sont les femmes là-bas, surtout, qui nous demandent d’envoyer le khat, elles le vendent et avec le bénéfice, elle nous aide ici, participent aux dépenses de la famille. » (Conversation dans un salon de khat, Dire Dawa, Éthiopie, avril 2013)
Ces stratégies de contournement à l’international ont un coût financier et la probabilité accrue de tout perdre décourage de plus en plus et notamment ceux qui n’ont pas les moyens de prendre des risques. Il leur resterait alors le commerce transfrontalier et local. Quoique…
À Madagascar, les fermiers et paysans aussi cultivent le khat.
En Éthiopie : une manne financière à contrôler
Si le khat suit des chemins qui l’emportent au loin, rappelons toutefois que la première destination d’exportation des feuilles cultivées dans l’est éthiopien est le Somaliland, où 60 000 kilos sont exportés quotidiennement en toute légalité.
Une entreprise privée, la 571, gérée par un couple éthio-somaliland, exerce un monopole grâce, notamment, à sa flotte de livraison : 25 camions ISUZU FSR (contenance de 8 tonnes au moins) et deux Antonov basés sur le tarmac de Dire Dawa.
La seconde destination, tout aussi autorisée, est celle de Djibouti où chaque jour, 15 000 kilos y sont expédiés légalement.
Aujourd’hui quatre grandes compagnies « privées » (mais non sans lien avec l’État parti) et une centaine de licences attribuées – majoritairement à des hommes – trustent la filière en partenariat avec une société relais djiboutienne (la SODJIK) qui réalise en moyenne, à la revente, un chiffre d’affaires annuel de 32,8 millions de dollars.
Cette « rationalisation » du secteur de l’exportation au début des années 2000 – à l’ère du « libéralisme politique » et de la « libéralisation économique » – permet à l’État éthiopien de contrôler une partie des revenus générés par le khat ; de faire émerger ses propres figures de la réussite ; de limiter la prolifération d’outsiders locaux qu’il lui serait plus difficile d’identifier, de taxer et de surveiller. Et ce d’autant plus que dans cette région orientale, mâcher ensemble dans l’intimité des salons serait associé, vue du Palais, au complot et à la contestation sociale.
De plus, favoriser quelques entreprises fidélisées permet à l’État de manœuvrer politiquement dans cette région où des fronts de libération ont contesté/contestent le pouvoir de l’autorité centrale. Ainsi l’un de mes informateurs me rapporte à propos d’un des gros distributeurs de khat de la ville :
« Tu distribues le khat, tu fais de l’argent, tu deviens riche alors le gouvernement vient vers toi […]. Ils veulent […] que tu te présentes aux élections pour eux. C’est avec le khat qu’on gagne les élections ici à Dire Dawa et dans l’Ogaden ». (L., Dire Dawa, mars 2015).
Les femmes, ces aventurières quotidiennes du khat
Si le secteur se réorganise, la contrebande aussi : de Dire Dawa au Somaliland, 30 000 kg transiteraient par jour, tandis que 3 000 kg passeraient en douce vers Djibouti. Si le contrôle de l’État n’est pas sans faille, si les trafics demeurent, ce sont en revanche ses acteurs qui changent peu à peu.
« Il y avait une majorité de femmes sur les trains […], je dirai 80 % de femmes, surtout des femmes issas et oromos […] elles se faisaient taxer à chaque station, dès Dire Dawa, mais personne ne les empêchait de faire leur business, tout le monde y participait, on y gagnait tous […] sans la contrebande, Dire Dawa serait morte ». (J., Dire Dawa, février 2014)
En effet, des années 1970 au début des années 2000, ce sont les femmes qui embarquaient à bord des trains vers Djibouti avec du khat frais et redescendaient à Dire Dawa avec des produits de consommation courante (boîtes de sardines, vêtements) bravant la répression policière et les abus de pouvoir des hommes.
« Il était impératif pour ces commerçantes de coopérer avec le personnel du chemin de fer […]. Oui, les gars les aidaient parce qu’ils avaient couché avec elles […]. » (H., Dire Dawa, avril 2013).
Aux décisions politiques de réorganisation de la filière d’exportation (qui profitent à certains hommes, et bien moins aux femmes) s’ajoute celle de mettre fin à la circulation du train vers Djibouti.
Pour les commerçantes, ce coup de sifflet marque la fin du voyage et le repli sur les petits et grands marchés de khat locaux où, derrière leurs étals, elles exercent le monopole de la vente de proximité.
Pour l’’heure les femmes résistent d’autant mieux que les représentations sociales font encore rimer la vente du khat au féminin. Cette spécificité genrée de l’activité est volontiers justifiée par la division sexuelle du travail, par la soi-disant inadéquation féminine au ruminage, par les qualités essentialistes attribuées aux femmes mais, plus encore, par la corrélation entre l’effet que suscite la vendeuse et celui « sensuel » que procure le bouquet au mâcheur qui maintient les dames comme vendeuses et les messieurs comme clients.
Mais, pour combien de temps encore ce pré-carré ?
Devantures d’étals vendant du khat à Djibouti, mai 2015. Carl de Souza/AFP
Une autre mondialisation
Tantôt fléau à éradiquer, tantôt or vert qui fait vivre une région entière, le khat peut être lu comme une marchandise ambivalente qui change de statut, de valeur et de matérialité car ses circonvolutions à l’international l’exposent à l’altérité, aux différents bastions moraux. À la confrontation des normes. Aux rapports de pouvoir.
Ainsi, loin de Davos et de Wall Street, il y a ces resquillages permanents de commerçants qui continuent d’alimenter les marchés internationaux ; il y a aussi ces consommateurs qui continuent à se repaître à travers le monde, quelles qu’en soient les conséquences – puisque devenir un citoyen modèle ne serait pas compatible avec le masticatoire ; il y a enfin ces anciennes contrebandières sédentarisées qui doivent composer avec une potentielle confiscation des hommes.
L’ouverture d’une nouvelle ligne de train entre l’Éthiopie et Djibouti en 2018 bénéficiera-t-elle aussi aux vendeuses de khat ?
Suivre la marchandise khat propose donc de s’immerger dans une autre mondialisation, non pas celle des grandes entreprises transnationales, mais celle plus « discrète », celle dite « par le bas », pour en cerner certains des enjeux économiques et politiques. Entre l’intime et le monde, entre connexions et déconnexions, il convient d’entendre aussi ce que les hommes font du khat et ce que le khat, sur un marché globalisé, fait aux hommes. Et plus encore, aux femmes.
L’auteure vient de publier Puissance khat, Vie politique d’une plante stimulante aux éditions PUF.
Le rocher de Gibraltar, à moins de 20 km des côtes africaines, c’est l’entrée sud de l’Europe. C’est aussi l’un des détroits les plus surveillés au monde, puisqu’il est devenu le passage obligé des tonnes et des tonnes de drogue des montagnes du Rif marocain…qui sont expédiées chaque jour.
La plupart du hasch consommées en France en Allemagne en Angleterre passe par le détroit de Gibraltar, avant d’arriver sur les plages de la Costa del Sol, de Tarifa, Cadix, Huelva ou sur les cotes algériennes, françaises, italiennes, portugaises , tunisiennes et parfois anglaises.
Estimation du trafic: 15 tonnes de haschich par 24 heures
The extraordinary true story of ordinary Frenchman, Marc Fiévet, moonlighting as a customs informant in Gibraltar.
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The Informant
with
Gilles Lellouche, Tahar Rahim, Riccardo Scamarcio
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Inspired by real events, The Informant is a gripping crime thriller from screenwriter Abdel Raouf Dafri (A Prophet) and director Julien Leclercq (The Assault). In order to free his family from financial worries, Marc Duval, a Frenchman expatriated to Gibraltar, becomes a spy for French customs. He progressively wins the trust of Claudio Lanfredi, a powerful cocaine importer tied to the dangerous Columbian cartels. This in-depth immersion in the world of drug trafficking forces Marc to take increasing risks. But, as he rises in the cartel hierarchy, he also discovers easy money, temptation and a luxury lifestyle.
L’interception par la marine canadienne de trafiquants présumés d’héroïne, en mer d’Arabie, en janvier 2014.
LS D. BARD/MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE/REUTERS
La moitié de la production afghane transiterait par le Pakistan voisin. Une partie est consommée sur place – à moins de 1 euro le shoot -, le reste poursuit son chemin par des circuits complexes en direction de l’est (Inde, Extrême-Orient) ou de l’Afrique. Depuis quelques années, d’importantes saisies effectuées dans l’océan Indien, à proximité des côtes orientales du continent africain, ont démontré l’émergence de cette « route du sud ». Ainsi, en mai et juin 2015, les forces navales de la coalition internationale Task Force 150 ont récupéré 1,5 tonne d’héroïne à bord de sept bateaux au large de la Tanzanie.
Les anglophones surnomment cette voie d’exportation « the smack track » en argot américain, « la piste de l’héro ». En fait, il s’agit d’un ensemble de routes aériennes et maritimes reliant le Pakistan et l’Iran, d’un côté, aux pays du Golfe et à l’Afrique de l’Est, de l’autre. Seule une partie de la drogue est destinée à la consommation régionale, estimée à quelque 2,6 tonnes d’héroïne pure.
« Les zones de transit finissent toujours par devenir des lieux de consommation, explique Olivier Maguet, de Médecins du monde. Les narcos ont besoin d’intermédiaires locaux, qui peuvent être rémunérés en nature. Ces derniers cherchent alors à attirer de nouveaux consommateurs et à créer un marché sur place. »
La voie aérienne, la plus courte et la plus rapide, n’est pas la plus sûre: les aéroports disposent de moyens de détection plus systématiques et plus performants que les ports. Ainsi, les saisies se sont multipliées ces derniers temps dans le « hub » aéroportuaire des Emirats arabes unis (EAU), où transitent d’importants volumes de fret aérien, ainsi qu’au Qatar ou au Kenya.
Mais la très grande majorité des cargaisons d’héroïne parvient en Afrique par voie maritime.
Principaux points de départ: le port de Karachi, au Pakistan, et la côte sud de l’Iran, dans la région du Makran. La « came » traverse l’océan Indien cachée dans des conteneurs à bord de cargos ou sur des boutres, des caboteurs traditionnels à coque en bois. Ces bateaux, appelés dhows en arabe, sillonnent la mer Rouge et l’océan Indien. La plus grosse saisie effectuée sur un boutre date d’avril 2014: en plein océan, une frégate de la coalition navale internationale arraisonne un bateau faisant route entre le Pakistan et la Tanzanie.
A bord, 1032 kilos d’héroïne, dont la pureté avoisine les 60%. Une prise dont la valeur s’élèverait à plusieurs centaines de millions d’euros sur le marché européen. Au total, en 2014, près de 4 tonnes de cette drogue ont été interceptées par les navires de surveillance, soit le double de l’année précédente. Mais quelles quantités échappent aux contrôles? Plusieurs dizaines de tonnes, assurément.
Une fois débarquées sur le continent africain, les cargaisons sont stockées dans des entrepôts, fragmentées et reconditionnées en plus petites unités, souvent de 10 à 20 kilos. Puis la marchandise reprend sa route par rebonds successifs. Pour une part par voie aérienne, vers d’autres pays africains ou l’Europe. « Les vols d’est en ouest d’Ethiopian Airlines, d’Emirates Airline et d’Etihad Airways [EAU], par exemple, sont très surveillés », relève un bon connaisseur des filières.
La drogue circule aussi par la route. Soit vers l’Afrique centrale, via l’Ouganda. Soit vers le sud, à travers le Malawi et le Mozambique. Etape suivante: l’Afrique du Sud, où le port industriel de Durban fait office de carrefour. Une partie des stupéfiants poursuit alors son voyage en bateau, en contournant le cap de Bonne-Espérance; l’autre emprunte les vols internationaux à destination de l’Europe.
« L’Afrique tout entière est devenue une cible prioritaire pour les trafiquants d’héroïne, tant pour le transit que pour la consommation locale », souligne Pierre Lapaque, représentant pour l’Afrique centrale et de l’Ouest de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).
« Le marché européen est saturé, poursuit cet ancien commissaire de police français, aujourd’hui en poste à Dakar, au Sénégal. Le continent africain, lui, va voir sa population, déjà très jeune [40% des habitants ont moins de 15 ans], doubler d’ici à 2050. Une véritable classe moyenne, de plusieurs centaines de millions de personnes, est en train d’émerger. Avec leur approche commerciale du crime, les narcos veulent mettre la main sur ce secteur très alléchant. » .
Ce scénario touche de plein fouet l’ouest du continent. En quelques années, les saisies d’héroïne et d’autres opiacés y ont largement augmenté. Avec un épicentre: le Nigeria, dont les gangs contrôlent la réception et le « reroutage » des produits dans la région.
Au-de là de Lagos, tous les grands ports du golfe de Guinée sont concernés, de Cotonou (Bénin) à Lomé (Togo) et Abidjan (Côte d’Ivoire). Faute de moyens de contrôle suffisants, et sur fond de corruption endémique, des colis de 20 à 100 kilos d’héroïne dissimulés dans un conteneur de 20 tonnes se faufilent sans peine entre les mailles du filet.
Une fois à terre, l’essentiel de la drogue prend la direction du nord, pour être acheminée vers les rives de la Méditerranée, puis l’Europe. Comme la cocaïne ou les méthamphétamines, l’héroïne emprunte alors les traditionnelles routes caravanières à travers l’immensité sahélo-saharienne. Certains tronçons – via Tombouctou et Gao, dans le nord du Mali, Agadez, au Niger, Sebha dans le sud-ouest de la Libye – sont contrôlés par des mouvements armés, notamment des groupes « hybrides », où narcos et djihadistes s’associent, voire se confondent.
En décembre 2009, Harouna Touré et Idriss Abdelrahman, des passeurs du nord du Mali, ont franchi les portes du Golden Tulip, un hôtel d’Accra, la capitale du Ghana. Ils étaient là pour rencontrer deux hommes qui leur avaient offert l’opportunité de gagner des millions de dollars en transportant de la drogue à travers le Sahara. Touré portait un dashiki et Abdelrahman des guenilles et un turban, qui cachait une partie de son visage. Ils ont donné un pourboire aux gardes à l’entrée et ont salué Mohamed (un radical libanais) dans le hall d’entrée. Mohamed les a conduits dans une chambre d’hôtel pour rencontrer David, trafiquant de drogue et membre des Forces armées révolutionnaires de Colombie, ou FARC. « Hola Colombiano », a lancé Touré en entrant. Abdelrahman, qui voulait appeler David « 007 » en espagnol, s’est trompé et a dit « 477 » à la place. David, qui portait un pull à manches courtes et un bermuda, a ri et leur a offert des bouteilles d’eau.
Crédits : DEA
Touré et Abdelrahman venaient de Gao, une ville reculée et aride du nord du Mali qui est depuis longtemps utilisée comme plaque tournante de produits de contrebande, des immigrants aux cigarettes. Ces dernières années, la région a aussi été le théâtre de conflits violents entre plusieurs groupes de nomades insurgés, y compris les membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Au cours de mois de contacts téléphoniques et de rendez-vous, David et Mohamed ont répété à Touré que les FARC avaient 30 000 guérilleros en guerre avec les États-Unis, et qu’ils souhaitaient travailler avec al-Qaïda, organisation avec laquelle ils partageaient cet ennemi commun. « Ce sont nos frères », a dit Mohamed. Et d’ajouter : « Nous avons la même cause. » Touré a alors expliqué qu’il avait des liens avec l’organisation : il était à la tête d’une compagnie de transport et fournissait, en échange de la protection de ses camions, de la nourriture et du carburant à Al-Qaïda.
Pourtant, David restait sceptique. Il devait s’assurer que l’entreprise de Touré était à la hauteur de la mission. Les FARC, pour qui ce marché est synonyme d’enjeux considérables, étaient prêts à payer Touré et Abdelrahman à hauteur de 3 000 dollars le kilo, en commençant par un premier trajet test où ils devraient transporter 50 kilos de drogue vers Melilla, une ville autonome espagnole située sur la côte nord-ouest de l’Afrique. Des chargements dix fois plus conséquents suivraient si le premier voyage se déroulait sans accro, a précisé David. « Si tu as fini, c’est à mon tour de parler », lui a répondu Touré. Il a dit à David et Mohamed qu’il était fatigué de tout ce « blabla ». Il avait des ouvriers tout le long du circuit de contrebande, qui s’étendait du Ghana au Maroc. Abdelrahman, que Touré avait présenté comme chef de la milice malienne, a indiqué qu’il avait engagé un chauffeur entretenant des liens avec Al-Qaïda. Ces derniers avaient aussi soudoyé un haut gradé de l’armée malienne, qui les aiderait à traverser la frontière sans être contrôlé. David était rassuré. « Je veux qu’on continue de travailler ensemble, car nous ne faisons pas ça pour l’argent – nous faisons ça pour notre peuple », a-t-il dit. Deux jours plus tard, Touré et Abdelrahman sont retournés au Golden Tulip pour collecter leur premier paiement. Oumar Issa, un ami de Gao qui était aussi impliqué dans leur plan, attendait dans un deuxième hôtel pour recevoir sa part. Au lieu de cela, les trafiquants se sont retrouvés nez à nez avec les policiers ghanéens.
Il s’est avéré que David et Mohamed n’étaient pas des trafiquants de drogue mais des informateurs infiltrés de la Drug Enforcement Administration (ou DEA, l’Agence américaine de lutte contre les drogues).
Quelques jours plus tard, Touré, Abdelrahman et Issa ont été remis à la DEA et jetés dans un jet privé avant de s’envoler pour New York, où ils ont été traduits en justice devant un tribunal fédéral. Les trois trafiquants ont été inculpés — en vertu d’une disposition peu connue du Patriot Act datant de 2006 — pour narco-terrorisme, un crime commis par des délinquants violents, qui ont un pied dans le terrorisme et l’autre dans le trafic de drogue. À l’annonce des charges, Preet Bharara, l’avocate américaine du District sud de New York, a déclaré : « À mesure que les terroristes s’impliquent dans le trafic de drogue, ils nous fournissent davantage d’opportunités de les neutraliser et de supprimer les financements destinés à leurs futures actions. » Cette affaire est la première pour laquelle la disposition sur le narco-terrorisme a été utilisée contre Al-Qaïda. Les suspects correspondent précisément à ce profil hybride de délinquants, pour lequel la loi, qui ne nécessite pas que les activités incriminées se soient déroulées aux États-Unis, a été créée.
Michele Leonhart, qui était directrice de la DEA à l’époque des faits, a renchérit : « Les arrestations d’aujourd’hui sont une nouvelle preuve du lien direct entre des organisations terroristes dangereuses, parmi lesquelles Al-Qaïda, et les trafics de drogue internationaux qui alimentent leurs activités. »
Tandis que l’affaire des Maliens poursuivait son cours, ses défauts sont toutefois devenus évidents. Les prévenus apparaissent davantage comme des hommes malchanceux que comme des criminels endurcis, des amis d’enfance qui pensaient que les informateurs de la DEA les rendraient riches. « Ils nous mentaient. Et nous leur mentions nous aussi », m’a confié Touré depuis la prison. La juge Barbara Jones, qui a supervisé les dernières étapes de la procédure, a déclaré : « Il n’y a aucune implication des suspects ou des infiltrés… ni dans les activités d’Al-Qaïda ni dans celles des FARC. » Un autre juge a vu, quant à lui, autant de problèmes avec le statut qu’avec la valeur de l’affaire. « Le congrès a adopté une loi qui tente de relier le monde entier », me dit-il. L’enquête est encore aujourd’hui citée par la DEA comme un exemple des exploits américains en matière de sécurité nationale. Depuis que les mesures sur le narco-terrorisme ont été adoptées, la DEA a poursuivi des dizaines d’affaires qui correspondaient aux crimes prévus par la loi. L’agence, qui a revendiqué des victoires face à Al-Qaïda, le Hezbollah, les talibans et les FARC, a institué le narco-terrorisme au rang de menace prééminente contre les États-Unis.
À chaque succès supposé, la DEA a fait pression sur le Congrès pour faire augmenter ses financements. En 2012, Michael Braun, anciennement chef des opérations de l’agence, a, lors de son témoignage devant les parlementaires américains, fait état des liens entre les terroristes et les trafiquants de drogue : « Après 37 années passées dans la police et le secteur de la sécurité, croyez-en ma parole, ils parlent sans aucun doute affaires et partagent les enseignements de leurs expériences. »
Le trafic de drogue finance-t-il le terrorisme ?
C’est sans doute vrai. Dans de nombreuses régions, notamment en Colombie et en Afghanistan, il existe des preuves probantes de la collaboration entre terroristes et barons de la drogue.
Mais un examen approfondi des affaires poursuivies par la DEA a révélé de nombreuses similitudes avec le cas des Maliens. Lorsque ces poursuites ont été intentées, les seuls éléments de preuve d’un lien entre le trafic de drogue et le terrorisme ont été mis en évidence par la DEA au travers d’informateurs qui étaient rémunérés plusieurs centaines de milliers de dollars pour inciter leurs cibles à participer à des mises en scène de complots narco-terroriste.
La DEA défend vivement l’efficacité de ces opérations d’infiltration, affirmant qu’elles sont un bon moyen pour identifier en amont les criminels qui constituent une menace pour les États-Unis.
Lou Milione, un haut fonctionnaire de l’agence, m’a confié que « l’une des choses dans lesquelles la DEA fait son affaire, c’est le fait que la quasi-totalité de nos enquêtes sont proactives. »
Mais Russell Hanks, un ancien haut diplomate américain, qui avait un accès direct aux cibles de la DEA lorsqu’il officiait en Afrique de l’Ouest, m’a expliqué : « La DEA a fourni à ces hommes tout ce dont ils avaient besoin pour commettre un crime, puis a dit : “Regardez ce qu’ils ont fait.” » Et d’ajouter : « Ce n’était pas du terrorisme ; c’était de la manipulation de personnes fragiles, dans des pays économiquement faibles, afin de faire gonfler le nombre d’arrestations. »
Prêts à tout
Le 11 septembre 2001, lorsque le vol 77 d’American Airlines a percuté le Pentagone, les agents de la DEA ont été parmi les premiers à réagir, se précipitant depuis leur siège, situé à moins de 800 mètres de là. Dans son livre Infiltré, Edward Follis, ancien agent fédéral de la DEA, se souvient comment lui et des dizaines de ses collègues « se sont précipités… pour retirer les corps, mais il n’y avait pas de corps à retirer. »
L’agence avait des avant-postes dans plus de soixante pays à travers le monde, plus que tout autre organisme fédéral de répression. Et elle comptait environ 5 000 informateurs et sources confidentielles. Michael Vigil, qui était la tête des opérations internationales de la DEA à l’époque, m’a expliqué : « Nous avons appelé toutes les sources que nous pouvions trouver, nous avons cherché des informations sur ce qui s’était passé, qui était responsable, et s’il y avait des plans d’une autre attaque imminente. » Il a ajouté : « Depuis la fin de la guerre froide, nous avions vu des signes qui laissaient penser que les groupes terroristes commençaient à dépendre du trafic drogue pour leur financement. Après le 11 septembre, nous étions sûrs que cette tendance allait se propager. »
Mais d’autres agences de renseignement ont vu les sources de la DEA comme de simples trafiquants de drogue – et les trafiquants de drogue ne connaissent rien au terrorisme.
Un ancien enquêteur du ministère de la Justice en charge du blanchiment d’argent m’a dit qu’il n’y avait aucune preuve réelle qui soutienne les affirmations de la DEA. « Ce qu’il s’est passé après le 11 septembre, c’est que de nombreuses ressources – financières — ont été transférées de la DEA vers la lutte contre le terrorisme », dit-il. « L’agence ne veut pas être le parent pauvre dans cette affaire. »
Le narco-terrorisme, m’a dit l’ancien enquêteur, « est devenu un moyen efficace pour la DEA de justifier son existence. »
La Maison-Blanche s’est ainsi avérée plus réceptive aux requêtes de la DEA. Juan Zarate, ancien conseiller adjoint à la sécurité nationale, affirme dans son livre Treasury’s War que le président George W. Bush voulait que « tous les éléments de la puissance nationale » puissent contribuer à l’effort pour « empêcher une autre attaque de frapper nos côtes ». Quelques mois après les attentats du 11 septembre, lors d’un rassemblement d’organisations de lutte contre la drogue, Bush a déclaré : « Il est important que les Américains sachent que le trafic de drogue finance les actes terroristes. Si vous renoncez à la drogue, vous rejoignez la lutte contre le terrorisme en Amérique. »
En février 2002, le Bureau de la Maison-Blanche chargé de la politique nationale de lutte contre la drogue a transformé le message du président en une série de spots de prévention diffusés durant le Super Bowl. Au lieu d’informer sur les dangers liés à l’usage de stupéfiants illicites – du genre « Ceci est votre cerveau sous drogues » —, les publicités mettaient l’accent sur le fait que les drogues aidaient les terroristes à « torturer le père de quelqu’un » ou à « assassiner une famille ». Au cours des sept années qui ont suivi, les ressources financières allouées à la branche internationale de la DEA ont augmenté de 75 %. Jusque-là, la plus grande participation étrangère de l’agence avait été réalisée au Mexique et dans la région andine de l’Amérique du Sud, le plus grand producteur mondial de cocaïne et berceau des guérillas marxiste – dont les FARC en Colombie et le Sentier lumineux au Pérou. Les deux groupes ont émergé dans les années 1960 et au début des années 1970, peu avant les rébellions paysannes. Ils ont commencé à taxer les producteurs et les contrebandiers de coca pour financer leur expansion. La DEA a vu dans ces organisations des exemples de la manière dont les motivations criminelles peuvent empiéter, et même prendre le dessus, sur l’idéologie. À présent, l’agence se concentrait sur l’Afghanistan, qui avait été l’un des plus grands producteurs d’opium dans le monde jusqu’en 2000, date à laquelle les talibans ont déclaré la culture du pavot contraire à l’islam et l’ont aussitôt bannie. Presque immédiatement après la chute des talibans, les agriculteurs du pays ont commencé à replanter du pavot dans leurs champs ; la DEA a averti du fait que les nouvelles cultures pouvaient devenir une source de revenus pour financer les attaques d’Al-Qaïda. « La DEA a été informée par plusieurs sources que Ben Laden a été impliqué dans le financement et a facilité le trafic d’héroïne », déclarait Asa Hutchinson, l’administrateur de la DEA, lors d’une audition au Capitole en mars 2002.
Crédits : Stratfor
Hutchinson a ainsi cité plusieurs groupes d’insurgés, originaire des pays producteurs de drogue du monde entier, et notamment les FARC, le Sentier lumineux et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie, dont l’est du pays était depuis longtemps tenu pour être un lieu important du trafic de drogues. L’ancien administrateur a également mentionné des éléments de preuves recueillis par la DEA qui laissent à penser que la zone frontalière entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine – qui abrite une large et prospère communauté de businessmen arabes – est devenue une source de fonds pour le Hamas et le Hezbollah. La DEA, avec le soutien du Congrès, a instauré le Counter-Narco-Terrorism Operations Center (Centre d’opérations de lutte contre le narco-terrorisme), un centre d’entraide pour tout renseignement terroriste glané par ses agents à travers le monde. L’agence a rouvert son bureau à Kaboul, fermé depuis l’invasion soviétique en 1979.
Celle-ci a rassemblé des officiers de police originaires de 19 pays d’Asie et d’Europe pour participer à un projet d’échange d’informations appelé « opération de confinement », qui visait à stopper les flux d’héroïne et d’opium afghans.
En 2004, la plupart des membres d’Al-Qaïda ont fui l’Afghanistan, et l’attention de la DEA s’est tournée vers les talibans, dont les agents pensaient que la drogue – émanant du pays — suivait le même schéma que celui des guérillas telles que les FARC. La DEA a mis au place des réseaux d’informateurs et des opérations d’infiltration visant les trafiquants liés aux insurgés. L’agence, qui n’avait jamais jusqu’alors joué un tel rôle dans une zone de guerre, a eu besoin du soutien de l’armée, qui n’était pas disposée à intervenir. Edward Follis, l’ancien agent de la DEA, m’a confié que la plupart des commandants militaires américains avaient pointé du doigt l’agence, qualifiant son action de « violation intentionnelle et flagrante ». Selon lui, le Pentagone « ne pouvait pas aller au-delà de l’idée de capturer ou de tuer des combattants ennemis ». Plus tard cette année-là, la DEA a porté l’affaire devant John Mackey, conseiller d’investigation républicain au Comité sur les relations internationales de la Chambre des représentants. L’ancien agent du FBI était en charge de la lutte contre la drogue auprès de Henry Hyde, président du Comité et éminent républicain de l’Illinois. Les actuels et anciens employés du Congrès se souviennent que Hyde n’était pas très intéressé par les questions de la lutte contre la drogue, ce qui a laissé à Mackey le champ libre pour prendre les devants. « Vous savez comment fonctionne le Congrès », m’a dit un ancien membre du personnel. « On y trouve des tas d’inconnus non élus qui exercent une influence énorme sur des sujets obscurs. Mackey était l’un d’entre eux. » Sous l’impulsion de Mackey, les législateurs républicains ont fait pression sur le Pentagone pour qu’il soutienne les opérations de la DEA en Afghanistan. Follis raconte que la DEA a reçu des dizaines de millions de dollars de fonds supplémentaires, lui permettant d’augmenter significativement le nombre d’agents dans le pays, qui sont passés de deux à plus de quarante, et de développer ses propres forces spéciales, connues sous le nom de FAST – Foreign-Deployed Advisory and Support Team, les équipes de soutien et de conseil déployées à l’étranger. Elles ont mené à bien des raids sur des bazars à opium et des laboratoires d’héroïne.
Le FAST à l’entraînement
Crédits : DEA
L’agence a également identifié une cible afghane très importante, Haji Bashir Noorzai, un trafiquant d’opium qui entretenait des liens étroits avec le chef des talibans, le mollah Omar. En 2004, le président Bush a placé Noorzai sur la liste des barons de la drogue les plus recherchés de la planète. Mais dans la mesure où la plupart de l’opium et de l’héroïne exportées par Noorzai atterrissait en Europe de l’Est et non aux États-Unis, il était difficile pour la DEA de le poursuivre. Mackey a fait de nombreux voyages avec l’agence en Afghanistan, et a averti le Congrès que des gens comme Noorzai allaient « passer à travers les mailles du filet à moins que nous n’élargissions notre mode de réflexion sur eux ». Début 2005, John Mackey a aidé à rédiger une loi qui conférerait à la DEA le pouvoir de traquer les trafiquants de drogue partout dans le monde, dans le cas où ce trafic serait lié au terrorisme. Lorsque Hyde a présenté le projet de loi, il a tenu à attirer l’attention de ses collègues sur sa portée : « Ce projet de loi établit clairement que, même sans lien direct États-Unis, si ces drogues servent de support ou de soutien à une organisation terroriste étrangère, les producteurs et les trafiquants peuvent – et doivent – être poursuivis pour “soutien matériel au terrorisme”, que les substances illicites soient destinées ou non à entrer aux États-Unis. »
La loi a été adoptée en 2006. Mais des interrogations chez des fonctionnaires du ministère de la Justice sur son application ont retardé d’un an sa mise en place. Certaines autorités se sont inquiétées du fait que des procureurs trop zélés pourraient être tentés d’utiliser la législation sur le narco-terrorisme contre les adolescents toxicomanes arrêtés avec de l’héroïne afghane en leur possession. Follis, qui ne plaisantait qu’à moitié, m’a confié : « Le champ de la loi était si large que vous pouviez inculper un sandwich à la mortadelle. » Cependant, lorsque les fonctionnaires du ministère de la Justice ont proposé d’ajouter des éléments de langage à la loi pour définir plus strictement la notion de terrorisme, Mackey a hésité. « Il n’y a pas besoin de préciser ce que nous entendons par “terrorisme” », a-t-il dit. « Vous le reconnaissez quand vous le voyez. » Dans les années qui ont suivi, la DEA a attiré deux marchands d’armes parmi les plus recherchés du monde, Monzer al-Kassar et Viktor Bout, dans des complots liés à la drogue avant de les arrêter, respectivement en Espagne et en Thaïlande. Un ancien haut fonctionnaire de la DEA m’a expliqué que, malgré le fait que Kassar et Bout n’avaient pas été accusés de narco-terrorisme, l’autorisation élargie dont bénéficiait la DEA pour enquêter lui a donné les moyens de poursuivre les trafiquants. David Raskin, ancien procureur principal du District sud de New York, a salué ces arrestations. « Ce ne sont pas les trafiquants de drogue à proprement parler », a déclaré Raskin à propos de Bout et Kassar. « Mais c’étaient manifestement des mauvaises personnes. Et la DEA a reculé ses limites. »
En 2008, la DEA faisait partie de ladite communauté du renseignement des États-Unis, qui regroupe les organismes militaires et civils les plus importants de l’espionnage américain depuis 1981. Michael Braun, qui est largement considéré comme l’architecte du programme afghan, a déclaré aux journalistes : « Au cours des 18 derniers mois, j’ai briefé plus de généraux à trois et quatre étoiles que l’agence n’a pu le faire au cours des 35 dernières années. » Il a ajouté : « Nous observons de plus en plus de connexions qui nous font dire qu’Al-Qaïda est impliqué dans le trafic de drogue. » Certaines des enquêtes de l’agence l’ont conduite en Afrique. Comprenant de larges zones de territoire laissées sans aucun contrôle, un longue histoire de guerres civiles et une montée en puissance des groupes djihadistes, parmi lesquels Boko Haram et AQMI, le continent était perçu par le Département de la Défense comme le nouveau front dans la guerre contre le terrorisme. La DEA a identifié l’Afrique de l’Ouest comme étant un important point de transit pour la cocaïne sud-américaine. Comme en Afghanistan, la plupart des drogues étaient destinées au marché européen. Mais la DEA soutenait que l’argent de ce business finissait dans les mains de terroristes. Lou Milione m’a indiqué que les trafiquants de drogue colombiens qui avaient été arrêtés en Europe de l’Est avaient reconnu avoir transporté, avec l’aide de passeurs arabes, des drogues à travers le Sahara, le long des routes qui chevauchent les territoires occupés par AQMI. « Si quelque chose transitait dans cette région, AQMI devait être impliqué », a déclaré Milione.
Fin 2008, Derek Maltz, qui dirigeait alors la division « opérations spéciales » de la DEA, a été convié à une réunion de hauts dirigeants du Pentagone fraîchement établis en Afrique. « Je ne voulais pas que ces gars-là pensent que j’étais juste un simple agent de la DEA venu pour leur parler des drogues », m’a confié Maltz. « J’étais là pour leur parler d’un problème de sécurité nationale. Et je voulais qu’ils sachent dès le départ que j’en faisais une affaire personnelle. » Maltz, un homme chauve et costaud, a commencé sa présentation par une série de photographies. La première montrait les tours jumelles en flammes. La seconde était une photo de son frère, Michael, ancien membre d’une équipe de sauveteurs parachutistes de l’Air Force, qui faisait un signe de la main fièrement. La troisième photo montrait une ligne d’hélicoptères stationnés sur un aérodrome en Afghanistan. Il y avait un vide là où aurait dû se trouver un hélicoptère – celui de Michael. Il avait été tué en 2003, alors qu’il était en service. « Vous les gars, vous êtes formés pour partir en mission et larguer des bombes sur l’ennemi », a dit Maltz dit à l’assemblée d’officiers. « Mais parfois, c’est impossible. Et c’est là que la DEA entre en jeu. Nous avons d’autres façons de mettre les bad guys hors jeu. »
Des combattants d’AQMI dans le Sahel
Les maîtres du désert
Harouna Touré est né dans un petit village d’éleveurs maliens appelé Bamba, il était le plus jeune des neuf enfants de la famille. Ils vivaient entassés dans un abri composé d’une pièce, faite de bois et de boue. Son père était un ouvrier agricole qui construisait des maisons, des puits et élevait des chèvres. Harouna est allé à l’école pendant quelques années avant de rejoindre son père au travail. Dès qu’il a été assez grand pour conduire, Touré, qui était carré et avait des yeux noirs expressifs, a déménagé à Gao. Il a commencé à travailler avec son frère aîné, Almatar, qui était à la tête d’une flotte de camions qui transportait des marchandises et des personnes à travers le Sahel, une région semi-aride située à la frontière du Sahara qui sépare le sud et le nord Mali. L’endroit grouille d’un commerce non réglementé datant du XVe siècle. Les routes étaient réduites au strict minimum, et conduire 60 kilomètres pouvait prendre une journée entière. « Quand vous arrivez au bout, vous avez mal de la tête aux pieds », m’a raconté Touré. Mais il aimait ça. « Pour moi, c’était amusant parce que chaque jour était différent », dit-il. « Je pouvais rencontrer de nouvelles personnes et voir de nouveaux endroits. » Gao est une ville sordide qui abrite une centaine de milliers d’âmes au bord du fleuve Niger, l’artère principale de la région pendant la saison des pluies. Touré m’a raconté que gérer une entreprise dans le Sahel était, par définition, une activité « presque » légale. Lui et son frère transportaient de la nourriture, du carburant, des matériaux de construction, des cigarettes et des travailleurs bangladais – la plupart d’entre eux arrivés dans le pays sans papiers et sans avoir été contrôlés. Les conducteurs voyageaient dans des convois armés pour se protéger, ainsi que leurs cargaisons, des bandits. Ils devaient aussi payer les militaires, les communautés tribales et les milices ethniques armées qui contrôlaient le territoire le long du chemin. Touré m’a expliqué qu’il n’a jamais eu affaire à al-Qaïda ou à ses agents lors de ses voyages, mais il a traversé le territoire d’autres groupes armés. « Parfois, il fallait leur donner de l’argent, de la nourriture ou du carburant », dit-il. « Si vous ne faisiez pas, vous vous exposiez à de gros problèmes. »
Pendant un certain temps, la situation a souri à Touré. Il a monté une entreprise de construction qui gérait de petits projets au sein des communautés qui bordaient la route des camions. Il employait des dizaines de personnes et gagnait assez d’argent pour voyager jusqu’à Paris et payer le pèlerinage de sa mère à La Mecque. « Je me déplaçais si vite que les gens m’appelaient “le maire” », dit-il. Mais il a accepté de nouveaux chantiers sans avoir été payé pour les précédents, et il s’est endetté. Fin 2008, il avait une femme et deux enfants. En plus de quoi il prenait en charge le traitement de son frère Almatar, devenu diabétique et dont le pied avait été amputé. Au même moment, la DEA a commencé à planifier ses opérations en Afrique de l’Ouest. Parmi les principales cibles de l’agence figurait AQMI, qui avait récemment commis un attentat au bureau des Nations Unies à Alger et avait, à plusieurs reprises, enlevé des touristes étrangers, des diplomates et des journalistes pour obtenir une rançon. Mais les actions de terrain – dans cette région — n’avaient rien de comparable avec celles menées en Amérique latine, où la DEA comptait nombre d’employés sur une zone allant de Tijuana à la Terre de Feu. Les opérations sur le continent africain ont été supervisées en grande partie depuis Rome. L’unité de narco-terrorisme en charge de la région était basée à Chantilly, en Virginie. Et l’agence manquait si cruellement d’agents familiers des dialectes africains qu’a été contrainte de s’appuyer sur des informateurs, rémunérés seulement si leurs renseignements donnaient lieu à des poursuites. (Les porte-paroles de la DEA nient le fait que des indics ont été payés en fonction de leurs informations, et que sa conduite en Afrique était différente de celle qu’elle observait sur d’autres continents.) « Nous avions d’importantes lacunes dans nos connaissances », m’a confié un ancien fonctionnaire de la DEA en charge du renseignement. Pour autant, il ajoute : « Dès que nous avons commencé à faire circuler de l’argent dans la rue, on est passés de 0 à 100 en deux secondes. » Mohamed faisait partie des informateurs payés par la DEA. Les agents me l’ont décrit comme un homme d’affaires libanais qui entretient des liens avec les communautés arabes d’Amérique du Sud et d’Afrique de l’Ouest. Il a reçu plus de 300 000 dollars pour son rôle dans l’affaire des Maliens.
En septembre 2009, une enquête sur un complot indépendant a conduit Mohamed à Oumar Issa, un Malien à la carrure imposante, souriant, les traits anguleux, qui travaillait comme ouvrier agricole et chauffeur dans le port de Lomé, au Togo, une autre plaque tournante du trafic en Afrique de l’Ouest. Mohamed a confié à Issa qu’il cherchait quelqu’un qui pourrait aider un groupe de riches Colombiens à faire transiter de la drogue du Ghana vers l’Espagne en passant par le Mali. Issa a répondu : « Je connais des gens qui ont un pied dans la brousse. » C’est alors qu’il s’est rendu au Mali pour chercher Touré. Les deux hommes étaient amis depuis l’adolescence, mais quand Issa a abordé la question du transport de drogue, Touré a dans un premier temps décliné l’offre. Issa, qui s’était éloigné de l’islam, était connu pour être un alcoolique notoire. Touré ne voulait rien avoir à faire avec la drogue, principalement pour des raisons religieuses. Et il ne pensait pas se sortir sans encombre de la situation proposée par Mohamed. Les contacts de Touré n’étaient pas prêts à traverser le Sahara. Quant à Al-Qaïda, Touré m’a expliqué qu’il n’aurait jamais pu travailler avec eux. « Ils traitent les Noirs comme des esclaves. »
Accra, au Ghana
Crédits : Andrew Lyon
Mais Touré raconte qu’Issa l’a imploré de revenir sur sa décision. « J’ai pensé que si je pouvais me contenter de toucher l’argent, tout irait bien. Je pourrais prendre un nouveau départ », m’a-t-il dit. Il a enrôlé Idriss Abdelrahman, qui vendait des pièces d’automobiles sur un marché en plein air à Gao. Ensemble, m’a expliqué Touré, les trois hommes ont mis au point un système aussi élaboré que celui de la DEA. Alors que les informateurs prétendaient faire partie des FARC, Touré, Issa et Abdelrahman ont également fait mine d’appartenir à un réseau criminel qui entretenait des liens avec Al-Qaïda. D’après Touré, l’objectif était d’amener les trafiquants à leur verser une partie de l’argent avant l’opération, puis de disparaître dans le nord du Mali. Ce dernier précise qu’il était évident que les trafiquants n’avaient jamais mis les pieds au Mali, aussi n’a-t-il pas été très difficile de les berner.
Le 6 octobre 2009, Touré et Mohamed se sont rencontrés pour la première fois, dans une chambre d’hôtel au Ghana. D’après la vidéo de l’enregistrement fourni par la DEA, Mohamed, un homme de grande taille dont la bedaine dépassait de sa ceinture, a sorti une carte et proposé un itinéraire. Touré lui a retiré des mains et il a proposé un autre chemin. Touré a dit à Mohamed que pour ce voyage, la note serait salée. « Il y a des islamistes, des gars barbus ; ils sont dans la brousse », a-t-il expliqué. « Tu dois donner un petit quelque chose à leurs chefs. » Mohamed, qui préférait les appeler « nos frères », a dit : « Laissons-les prendre autant d’argent qu’ils veulent pour baiser les Américains. » Il a ajouté : « Tu paies Al-Qaïda pas vrai ? » Touré a hoché de la tête. « Vous payez tout ça. » Mohamed demandait plus de garanties. Il a dit à Touré qu’il inviterait un chef des FARC à les rejoindre au Ghana s’il ramenait un représentant d’Al-Qaïda. Pour jouer le rôle de David, le chef des FARC, la DEA a envoyé Walter Ramirez, un trafiquant de drogue déjà condamné originaire de Detroit qui travaillait comme informateur pour l’agence depuis près de dix ans. Touré a quant à lui invité Abdelrahman pour jouer le rôle du chef d’une milice affiliée à Al-Qaïda.
L’arrivée de la police ghanéenne
Crédits : DEA
La DEA affirme que, lors des réunions suivantes, les Maliens ont apporté de nombreuses preuves de leurs connexions avec Al-Qaïda. Les retranscriptions sont difficiles à suivre. Pour autant, le sujet d’Al-Qaïda a clairement été évoqué à plusieurs reprises, et souvent par les indics qui cherchaient à obtenir des déclarations pouvant incriminer leurs interlocuteurs. À une occasion, Mohamed a donné l’instruction aux cibles de l’enquête de s’adresser de façon plus agressive s’ils voulaient persuader David de faire le deal. « Je lui ai dit que vous étiez des guerriers », a déclaré Mohamed. « Faites-le sentir quand vous parlez pour que je puisse le répéter. Vous comprenez ? » David a brandi une liasse de billets. « Tu m’as dit que vous aviez besoin d’acheter un camion, n’est-ce pas ? » a-t-il demandé à Touré. « Voilà 25 000 dollars pour que vous puissiez l’acheter. » Mohamed a suggéré que la marque de confiance de David méritait un retour d’ascenseur. « Vous devez connaître notre pouvoir », a déclaré Touré. « Vous devez être au courant nos réseaux. » « C’est ça », a dit Mohamed. « Voilà ce qu’il veut. » Plus tard, il a demandé aux Maliens s’ils étaient vraiment « les maîtres du désert ». Abdelrahman est intervenu : « Nous avons les voitures, le pouvoir et les armes. » Touré a ajouté : « Nous avons des bandes. Nous avons des bases. Nous avons des armes. Nous avons tout. »
Pour Marc Fievet, l’OHIM aurait pu demander à l’ex DG de la Douane française Jean-Dominique Comolli de venir partager son expérience de tabatier…
Le rapport de l’Office européen de lutte contre les atteintes aux droits de propriété intellectuelle vient d’être publié par l’Office Européen de l’Harmonisation du Marché Intérieur (OHIM). Que de noms compliqués pour des concepts simples !
L’OHIM est un organisme qui gère les marques européennes. Il y a quelques années, il a créé un bureau d’étude pour suivre l’évolution d’une pratique illégale qui nuit à l’économie européenne : la contrefaçon.
La contrefaçon est la copie des produits protégés par des droits intellectuels parce qu’ils sont le résultat d’une recherche, d’innovations techniques, biologiques, esthétiques.
En France, ces droits sont d’une importance capitale dans l’industrie mécanique, le luxe et la mode, la pharmaceutique et tant d’autres domaines… on estime que la contrefaçon y occasionne 60 000 pertes d’emplois, couterait 6,8 milliards d’euros . Il occasionne des risques graves pour la santé, freine l’innovation. Sans compter l’impact environnemental : surproduction de produits de mauvaise qualité, sur- consommation de produits à prix cassés, destruction de ces produits…
Ce bureau a notamment pour rôle de dresser la liste des produits les plus contrefaits, les pays producteurs et les nouvelles cibles des contrefacteurs. Sans surprise, la Chine produit l’écrasante majorité des contrefaçons et se diversifie comme aucun autre pays : tee-shirts de mauvaise qualité, jouets pour enfants décorés avec des peintures cancérigènes, pièces détachées d’automobiles ou produits pharmaceutiques. La contrefaçon est une gangrène qui se propage à toute l’économie réelle et devient sans cesse plus dangereuse. Et les saisies douanières sont là pour en témoigner : en quantité, en diversité, la contrefaçon est un phénomène qui croît sans discontinuer depuis des nombreuses d’années.
Dans cet océan de faux produits, certains s’en tirent bien, notamment les produits du tabac. Pourtant la Chine est de loin le plus gros consommateur au monde et le plus gros producteur également.
Mais en Union Européenne, il n’existe quasiment pas de contrefaçon de tabac. Les trafics sont composés quasi-exclusivement de cigarettes légitimes, provenant des usines des 4 multinationales du tabac.
Comment expliquer ce phénomène ? Facile : un paquet de cigarette ne coûte pas plus de 15 centimes à produire. Ce sont les taxes et les marges des fabricants qui gonflent son prix. A ce prix-là, impossible pour d’autres produits à prix cassé d’envahir un marché déjà occupé. Mais pourquoi les produits authentiques se retrouvent-ils tant sur les marchés parallèles ? Pour mettre à mal les politiques de santé publique qui, avec des prix prohibitifs, tentent d’empêcher les jeunes de commencer à fumer, il faut bien trouver un moyen de vendre du tabac. Or sans contrebande, l’argent de poche ne permet pas de s’acheter de paquets à 10 euros ! A 3 ou 4 euros c’est une autre histoire…
Pourtant, dans les publications annuelles sur les trafics (ou celles des innombrables relais que l’industrie crée, finance, instrumentalise), la contrefaçon apparait comme un problème central. C’est pour ça que ces publications sont critiquées pour leur méthodologie biaisée.
Pourquoi ces rapports mêlent-ils contrebande et contrefaçon dans une même catégorie ? Si l’on veut s’attaquer aux trafics de tabac en France, c’est à la contrebande qu’on doit s’attaquer. Mais si l’on veut protéger les “droits de propriété intellectuelle” des industriels du tabac, c’est à la contrefaçon qu’on doit s’en prendre. Un flou est entretenu dans tous les rapports financés par l’industrie du tabac pour que sa responsabilité soit diluée.
La dernière version du rapport KPMG (financé par Philip Morris !) publiée début juin 2019 qui contient comme d’habitude une section « Contrefaçon et contrebande » fait à nouveau de la contrefaçon un problème majeur. Dans un fourre-tout insensé, ce sont contrebandes et contrefaçons qui sont mises ensemble. Insensé ? Pas vraiment, car ce faisant la responsabilité de l’industrie du tabac se trouve diluée.
On assimile les trafics aux méchants chinois, et on plaint les gentilles sociétés victimes et acculées… qui sont en réalité derrière ces trafics !
Que ce jeu malsain soit l’apanage de cols blancs peu scrupuleux, c’est désolant mais pas étonnant.
Cela devient révulsant quand ces pratiques trompeuses se généralisent à la sphère publique.
Ce n’est d’ailleurs par la première fois que l’ALCCI participait à ce genre d’enfumage : déjà à Bruxelles il y a un an, un colloque financé par Philip Morris avait réuni tout le gotha sous le thème : « contrebande, contrefaçon et financement du terrorisme ». Car il n’y a pas de limite à l’instrumentalisation des pires malheurs pour se rapprocher des pouvoirs publics.
Les patrons de la Commission Européenne invités – dont Pierre Moscovici- après avoir accepté, ont courageusement décliné l’invitation, après que le Canard enchaîné a publié la participation du Commissaire européen aux taxes et aux douanes !
Une participation à un évènement financé par le plus gros industriel du tabac qui fait tout pour contourner ces taxes n’était en fait pas conseillé par son service de communication ?
Mais il n’y a malheureusement pas qu’à Bruxelles que ces fumisteries sont pratiquées.
En France, où il est avéré – par certains industriels du tabac eux-mêmes !- que la contrefaçon ne représente pas plus de 0,2% du marché français, on retrouve les mêmes manigances. Ainsi, pour présenter le système de lutte contre les trafics de tabac mis en place à partir du 20 mai 2019, la Douane française déclare sur son site que le système de traçabilité « permettra de mieux lutter contre la contrebande et la contrefaçon des produits du tabac ». Pourtant s’il y a bien une entité qui doit connaître le sujet, c’est la douane. Le bureau “fiscalité douanière” partage les point de vues des fabricants de tabac, même si la France a tout sauf les mêmes intérêts. D’ailleurs, quand il s’agit de communiquer sur les montants de la fraude, le bureau “affaires juridiques et lutte contre la fraude” de la Douane ne parle plus de contrefaçon, mais seulement de contrebande
La lutte contre les trafics de tabac aurait-elle plusieurs visages selon les bureaux de la douane concernés ?
Seul Rodolphe Gintz, Directeur Général des Douanes, et responsable tant des fraudes que des droits indirects pourrait expliquer pourquoi certains dans son organisation reproduisent ces concepts de communication pensés par l’industrie du tabac alors que d’autres parlent plus simplement de contrebande.
L’approche des douanes est donc difficilement compréhensible.
Ce que l’on comprend sans mal en revanche, c’est que le lobby du tabac est omniprésent et influent jusqu’aux plus hautes officines.
Jusqu’au Parlement Européen, où les plus curieux pourront demander à Sonia Krimi, députée de la République en Marche, pourquoi elle invite le 20 juin le responsable de Philip Morris International pour un colloque à l’Assemblée Nationale sur la lutte contre les trafics. Alors que l’OMS recommande expressément de ne pas laisser participer l’industrie du tabac lorsque ce n’est pas strictement nécessaire.
Sans doute attend-elle de sa part un éclairage opportun sur les liens entre contrebande, contrefaçon, manipulation et entrisme…
Un détachement de l’Armée nationale populaire en coordination avec les services de la Sûreté nationale, a intercepté, le 10 juin 2019 lors d’une opération de qualité menée à Oran, trois narcotrafiquants en possession d’une importante quantité de drogues estimée à 3,280 kilogrammes de cocaïne, 12,94 kilogrammes de kif traité et 59679 comprimés psychotropes.
Quelles sont pour vous les solutions qui permettraient de s’attaquer à ces fléaux ?
La première chose essentielle, c’est la prise de conscience du danger que ces produits font courir aux populations. Ils sont présents un peu partout en Afrique de l’Ouest, dans les pharmacies « par terre », des officines informelles qui vendent des médicaments de contrebande et que les autorités tolèrent souvent, car elles permettent aux pauvres d’avoir l’illusion de se soigner. Or il ne s’agit pas de médicaments, mais de poison.
Et même lorsqu’il s’agit de Tramadol – un véritable médicament, lui – son usage sans contrôle est excessivement dangereux.
Une deuxième solution serait de renforcer les services de sécurité en leur permettant de bénéficier des techniques modernes d’investigation, comme les interceptions judiciaires et la surveillance électronique.
Il faut réformer les services de sécurité et les services judiciaires dans le sens de la spécialisation. À un crime organisé spécialisé et professionnel, il faut opposer des policiers, des gendarmes, des douaniers et des magistrats également spécialisés.
Enfin et pour en finir, il faut développer une coopération internationale et transversale.
Pas une coopération de séminaires, avec des déclarations d’intention devant des buffets garnis. Non, il faut des actions efficaces et tangibles.
Les choses commencent à changer et même si la lutte contre le crime organisé a pris beaucoup de retard, je garde espoir. En fait, nous n’avons plus vraiment le choix.
Atlantico: Dans « Africa Connection », vous proposez un grand panorama des cartes de la drogue et autres trafics illégaux sur le continent africain. Quelles sont tout d’abord les spécificités de ces réseaux aujourd’hui ?
Laurent Guillaume : Ces réseaux tiennent aujourd’hui la « dragée haute » au crime organisé classique, celui des mafias italo-américaines, des cartels sud-américains, des triades chinoises et des yakuzas japonais. Ces criminels jouent à domicile même si, pour être exact, depuis déjà plusieurs décennies, ils sont implantés aux quatre coins du monde.
Leur influence s’exerce au Brésil, aux États-Unis, en Thaïlande, en Chine, au Pakistan et même en Afghanistan. Ces réseaux – souvent nigérians – se caractérisent par une résilience exemplaire dans un univers mondialisé. Ils opposent des modèles criminels d’une grande souplesse, à l’organisation très fluide, peu hiérarchisés, à des structures traditionnelles verticales et pyramidales, très hiérarchisées et pérennes comme la Camorra. Par ailleurs, ces réseaux nigérians recrutent sur une base ethnique – souvent des Igbos ou Yorubas du sud du Nigéria – avec des cérémonies d’intronisation animistes au cours desquelles les membres doivent prêter un serment d’allégeance, serment qu’ils devront respecter au risque de voir s’abattre – du moins le croient-ils – les pires fléaux sur eux et sur leurs proches. Les trafiquants vont jusqu’à prendre ces familles en otage, en gage de loyauté et d’omerta. Ce recrutement ethnique des membres des réseaux nigérians rend toute tentative d’infiltration impossible. Enfin, ils utilisent des langues vernaculaires pour communiquer, ce qui complique les interceptions téléphoniques. En bref, ils représentent un véritable casse-tête pour les forces de sécurité.
Oltre alla cocaina c’erano anche delle escavatrici edili e nell’immediato fu segnalato che “la compagnia di destinazione era di proprietà di napoletani legati alla camorra”.
Così è scattato il blitz “Spaghetti Connection” (questo il nome dato all’indagine ndr) svolto in collaborazione tra le polizie di Costa d’Avorio, Francia, Italia e Brasile. Ma in realtà da anni il porto di Abidjan è uno dei luoghi nevralgici per i traffici internazionali di cocaina.
« Ci sono le prove che le merci erano destinate a ‘ndrangheta e camorra e cittadini italiani, ivoriani residenti da più o meno tempo, erano dietro il traffico”, ha detto Silvain Couè, ufficiale di collegamento francese.
Il carico era stato acquistato per 2,5 milioni di euro in Sud America e sarebbe stato rivenduto in Europa per 250 milioni. “La cocaina avrebbe dovuto attraversare la Costa d’Avorio per poi fare ingresso in Italia”, ha spiegato Adorno Bonaventure, direttore del Transnational Organized Crime Unit.
Le destinataire final de la marchandise n’était pas la Camorra à Naples mais la ´Ndrangheta en Calabre.
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Deux autres expéditions depuis 2017 ont été effectuées avec le même mode opératoire.
Depuis 2012, le parquet antimafia de Naples bossait dessus sans arriver à faire tomber cette organisation.
Tous les destinataires de la ´Ndrangheta ont été identifiés…Certainement déjà en cavale, ils vont être serrés dans les semaines qui viennent!!!!
C’est Sylvain Coué, de la police française qui est l’officier de liaison, basé à Accra qui s’est félicité de la très bonne coopération, seul moyen pour obtenir de bons résultats.
Suite à la saisie au Brésil en septembre 2018 d’ une tonne 195 kilogrammes de cocaïne emballés dans plusieurs paquets soigneusement cachés à l’intérieur des compacteurs de trois caterpillars destinés à la Côte d’Ivoire.
« Par le biais de la coopération internationale, l’unité de lutte contre le crime transnational ( UCT) avec la collaboration des structures de lutte anti-drogue de cinq pays de l’arc du golfe de Guinée et l’appui de certaines unités de police et de gendarmerie spécialisées mènent une vaste opération qui a abouti à l’interpellation de 10 individus dont 06 italiens, 01 franco-turque et 03 ivoiriens dont 02 femmes», rapporte la direction de la police nationale ivoirienne dans une note d’information, ajoutant qu’ils ont également saisi 08 armes à feu, des dizaines de montres de valeur et des véhicules de luxe.
L’opération avait été baptisée « Spaghetti Connection ».
Tout a commencé en septembre par la saisie de 1,2 tonne de cocaïne dans le port de Santos au Brésil, dissimulée dans une cargaison à destination d’Abidjan.
Neuf mois plus tard, six Italiens, un Français et trois Ivoiriens ont donc été arrêtés, et des armes saisies.
« La société destinatrice ici est tenue par des Napolitains apparentés à la Camorra », a déclaré Silvain Coué, officier de liaison à la direction de la coopération internationale française. Par le passé, ils avaient déjà effectué depuis 2017 plusieurs expéditions du même genre. Quand vous savez que 1,2 tonne de cocaïne est achetée sur le marché sud-américain environ 2,5 millions d’euros, mais que cela se revend 250 millions d’euros. Évidemment on savait qu’on avait affaire à un réseau criminel mafieux qui était également introduit sur place et qui avait les contacts sur place. »