FRANCE 🇨🇵  (OFDT) : le visible et l’invisible

Les mutations récentes du trafic de gros de la cocaïne

Le sociologue Gabriel Feltran présente pour l’OFDT le nouveau modèle de plateformisation criminelle qui régit désormais le trafic transnational de cocaïne.

Le sociologue Gabriel Feltran, directeur de recherche CNRS au Centre d’études européennes et de politique comparée (CEE Sciences Po), travaille depuis plus de 20 ans sur le crime et les marchés illégaux transnationaux, en particulier celui des drogues. Il a plus récemment étudié les transformations récentes des marchés illégaux de la cocaïne.

Au travers de la hausse de la production, des saisies et de la pureté ainsi que de la baisse des prix, il a mis en évidence une “plateformisation criminelle”, c’est-à-dire la mise en place d’une gouvernance sophistiquée, où des équipes indépendantes de trafiquants opèrent comme prestataires de service. Ce nouveau modèle vient remplacer celui des intermédiaires-propriétaires, qui a très longtemps dominé ce marché.

Pour l’OFDT, Gabriel Feltran et Willian Neves (sociologue, avocat, et assistant de recherche) présentent dans cette publication un cas représentatif du trafic de cocaïne depuis l’Amérique latine (ici le Brésil) vers l’Europe (ici l’Espagne et la Belgique).

Présentation d’un cas réel représentatif du trafic

Cette analyse de cas est basée sur une opération de la police fédérale brésilienne, qui a surveillé des expéditions de cocaïne vers l’Europe entre 2020 et 2021.

Les auteurs détaillent d’abord la partie la plus visible de l’opération logistique: les acteurs directement impliqués dans le transport de la drogue. Ces acteurs opèrent comme des prestataires de service, avec des équipes dédiées au transport maritime et d’autres au transport aérien. Les fonctions des individus des équipes d’importation et d’exportation, les livraisons, les chargements de cocaïne sont présentés par les auteurs, ainsi que les sommes versées pour assurer la “sécurité” des chargements, au travers de la corruption. L’intervention directe du PCC, le Primeiro Comando da Capital, groupe criminel le plus puissant d’Amérique latine à l’heure actuelle, lors d’un tribunal extralégal suite à plusieurs échecs de livraison est aussi décrite.

Dans un second temps, les auteurs se penchent sur la partie invisible: l’organisation (le PCC, en partenariat avec quelques groupes criminels balkaniques et latino-américains) capable de couvrir la production et la transformation de la drogue, les contacts commerciaux et la planification conjointe avec les mafias européennes et d’autres continents, la logistique lourde impliquant avions et navires, l’achat de soutiens au sein du système juridique ou encore la structuration financière du blanchiment d’argent.

Une mutation récente et majeure du mode de fonctionnement du trafic de cocaïne

Le principe de fonctionnement de la plateforme criminelle est ainsi mis en évidence. Grâce à des réseaux de confiance, garantis par l’appartenance à ces mafias, les équipes de trafiquants reçoivent des offres de service de transport et se positionnent pour réaliser l’exportation et l’importation.

Les auteurs rappellent que le trafic de cocaïne était auparavant organisé autour d’un réseau d’intermédiaires-propriétaires, des trafiquants qui achetaient la drogue à un maillon antérieur et la revendaient après y avoir ajouté une marge bénéficiaire. Ils soulignent que cette structure a fonctionné jusqu’en 2015 environ, puis qu’elle a été éliminée (au sens propre et figuré) par le PCC et son nouveau mode de fonctionnement.

Ce travail montre de façon empirique comment la plateformisation criminelle permet d’expliquer l’augmentation spectaculaire de l’offre mondiale de cocaïne, et comment elle fait de l’Europe un lieu de consommation mais aussi de transit de cette drogue.

Source OFDT

0000